mardi, 14 octobre 2008
De la nature de la nature
"C'est maintenant le jugement du monde." saint Jean, 12, 31.
"L'homme est appelé à être le prêtre de la création. C'est pour cela qu'il a été fait et de cela qu'il a été déchu. Son caractère sacerdotal tient à son rôle, qui est de dominer la création non pour lui-même, mais en vue de la faire entrer en communion avec le Créateur. C'est ce que par sa faute il n'a pas fait et c'est le Christ seul, le prêtre par excellence, qui lui en a rendu la possibilité." Jean ZIZIOULAS
L'Immatériel s'est fait matière ! Pour que nous, nous élevions, en Lui et par Lui, la matière. Or, au lieu de suivre cette sainte inversion, retourner en Lui ce qui, venant de Lui, fut corrompu par nous et en nous, au lieu de cela nous avons inverti l'inversion, négativement, en sacralisant la matière. En la chosifiant nous l'avons sacralisée en creux et nous sommes octroyés le droit de l'autonomiser, de l'atomiser, proprement pour nous l'asservir, ou plus exactement pour l'utiliser en nous y asservissant, dévots fidéistes de la matière.
"Il y a une interrelation constante entre l'Eglise et le monde, le monde étant création de Dieu et ne cessant jamais de lui appartenir, et l'Eglise étant la communauté qui, par le moyen de la venue de l'Esprit Saint, transcende en elle-même le monde et l'offre à Dieu dans l'Eucharistie." Jean ZIZIOULAS
Cela, nous ne pouvons l'asservir, nous ne pouvons, malgré tout, jamais l'empêcher, quelque soit nos péchés, nos erreurs, nos divagations ! Mais cette honteuse dichotomie nous en sommes responsables, tous et toujours ! L'augmentation, l'élargissement de cette faille nous en portons la responsabilité, chrétiens et non-chrétiens. Même si aujourd'hui, après avoir souillé, dépecé, exténué, troué, marchandé la nature l'homme, le même homme, le pécheur, se "repent" en souhaite ardemment, nettoyé, réparé, soigné ... pourquoi le fait-il ? Pour les générations futures, pour "ses" enfants, pour des personnes ? Non, ardemment, profondément, il le fait parce qu'il à peur, parce qu'il à toujours peur de la mort, de la FIN, de la destruction, de la souffrance, de la souillure de la mort, de l'angoisse ... Il ne le fait pas par amour d'une personne indestructible, éternelle parce que sauvée ! Il le fait par désir, par désir de lui-même, pour PERSONNE, non pour une Personne ! Alors, pourra-t-il sauvé la "planète", celui qui refuse d'être sauvé ? Si il le fait, si cela advient, prions pour que ce "salut" lui fasse ouvrir les yeux sur le sien !
« Le Christ unit aussi sur la terre, en les régénérant, la communauté humaine et la nature. Il réalise encore l'union entre la terre et les corps célestes en montrant que la nature de toutes les créatures sensibles est unique et repliée sur elle-même. » (saint Maxime le Confesseur)
Hans Jonas a bien perçu le caractère gnostique de la technique, il a bien perçu la blessure infligée à la nature, au monde ... Il a fort bien analysé le dualisme qui sous-tend cette vision du monde et cette action sur le monde, mais le problème du vocabulaire, le problème généré par le nominalisme, entre autre désoriente les intuitions de Jonas. En effet quoique l'euphémisme « gnosticisme » puisse faire valoir ses « droits », il n'en demeure pas moins que l'on qualifie encore de « gnose » les anciennes hérésies dissolvantes. Alors même que la Gnose (voire l'épignose) est une réalité ferme, vivante et vivifiante du christianisme, il s'en voit interdire l'usage, il proscrit l'idée de lui-même, l'abandonnant à ses adversaires quoique ceux-ci soient, en apparence, vaincus ! Même la précision imparable des Pères ne semble plus suffisante, quand bien même saint Irénée soi-même l'avait blasonné sur la bannière du combat : « Contre la gnose au nom menteur » ! Oui, cette « menace » n'a pas de nom propre, elle usurpe toujours et encore ! Elle ne peut faire que cela !
La défaite du dualisme, du « gnosticisme », de l'arianisme, de l'iconoclasme fut bien une défaite; toutefois la « menace » ne souhaite pas nécessairement la victoire. En définitive nous pourrions même dire que la défaite est souvent sa plus grande « victoire » ! Vaincue dans l'Eglise, vaincue dans la sainte doctrine, dans la juste glorification, elle s'est dès lors propagée dans le monde !
La fausse gnose a perdu l'Eglise et gagné le monde !
Elle a diffusé d'autant plus loin et plus fort dans le monde qu'elle semblait plus mortellement atteinte dans l'Eglise. Inversion intensifiante !
De là toutes les autres fausses gnoses qui se divisent et se sur-divisent, métastases métaphysiques. Ainsi les sciences qui furent à l'origine des chaos contemporains tout autant qu'elles en sont les rémèdes les plus surs et les plus espérées ! Les sciences qui s'atomi sent autant qu'elles atomisent. Husserl avait parfaitement raison en affirmant que le monde dans lequel nous vivons n'est pas pas cette image mathématique dont la science nous donne l'image. Les saints Pères affirmaient avec une grande constance que "la nature même du nombre par elle-même n'additionne ni ne divise." Parlant ainsi ils visaient, essentiellement, le mystère de la Trinité ou celui des deux natures du Christ mais nul doute qu'ils gardaient présent à l'esprit que le principes hujus mundi lui est, de son nom même, le diviseur.
Les sciences modernes divisent et sur-divisent encore la division, elles percent la Création et la matière.
Le "monde", ce monde lui calcul, il divise. Il pense qu'il ne finira jamais, qu'il n'en finira jamais, il veut se sauver, se sauver de la fin. Il fuit à "toutes jambes" toute fin ! Voila pourquoi il cherche tant ses "origines", pourquoi il veut prouver !
Saint Maxime, exprimant, l'avis des Pères, affirmait avec vigueur qu'après la transgression de la volonté divine "on ne peut plus expliquer la fin par le commencement, mais le commencement par la fin."
Avec l'Incarnation c'est bien l'eschaton qui est entrée dans l'histoire ... mais : "l'eschaton peut seulement se frayer un chemin à travers l'histoire, mais jamais être identifiée à elle." J. Zizioulas
22:30 Ecrit par Thierry dans Ecologisme, Inscriptures, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : christianisme, nature, philosophie, jugement |



































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