vendredi, 10 octobre 2008

Gloses

 En copiant ces mots, ceux de saint Maxime le Confesseur et de saint Jean de Damas je me rends compte que je ne peux les « adresser » à personne, je navigue en solitaire, je ne suis pas dans le « réel-réel ». Plus je « prends conscience », plus je me pénètre de ces vérités essentielles plus je m'aperçois que cela creuse un fossé entre moi et « le monde ».

Quelles implications !

Oui, mais : quelle implication ? Comment cela se matérialise-t-il en moi ? Ça ne changera rien, pas un « iota » au monde tel qu'il va. Qui a encore envie d'entendre cela ?

Si notre foi se limite à une sorte de conduite éthique ou morale ... que faire de tout cela, que faire de ces intuitions brulants du feu de la Vérité ? Qui veut consciemment se laisser consumer par cela ?

Qu'est-ce que notre foi ? L'espérance, la charité ... Où, et comment, s'incarnent-elles ? Que faisons-nous ?

Parler et vivre, politiquement ?

N'est-ce pas la politis, n'est-ce pas le pouvoir politique qui a voulu contraindre la foi, qui a coupé la main et la langue de saint Maxime, détruit les saintes Icônes et poursuivi saint Jean Damascène ?

Nous avons la raison, la volonté, la foi et l'intelligence. La charité, ce n'est pas uniquement l'émotion compassionnelle; elle doit être dirigée par la foi, l'intelligence, la volonté.

La Grâce, le feu de l'Esprit seul peut opérer la fusion, la fission même, intérieure qui opérera à l'extérieur.

Comment, comment être emporté assez loin par le flot brulant et tempétueux de la prière ? La prière muette, pur don de liberté, la kénose individuelle qui ouvre la voie à la Personne ?

Le Sacrifice d'Isaac, n'est-ce pas l'image de ce sacrifice de l'individu, révélation de la Personne ?

Alors il faut laisser derrière soi le monde du « on ». L'Eglise, image de cet « homme » qui doit être le LIEU de rencontre de la créature et de son créateur, l'Eglise nous apprend à dire « nous » tout en gardant l'esprit personnel de notre prière.

La prière « individuelle » de chacun, d'un seul, prend alors sa forme personnelle, alors elle transcende l'individu, le fait « entrer » dans la communion des personnes dans laquelle « je » et « nous », tout en restant distincts ne font qu'un, se sur-unifie sans cesser d'exister l'un et l'autre, l'un dans l'autre, mais surtout l'un pour l'autre.

« La personne est l'horizon sur lequel se révèle la vérité de l'être non comme simple nature, sujette à l'individualisation et à la combinaison, mais comme image unique de la totalité et catholicité de l'être, en elle altérité et communion ne sont pas contradictoires mais coïncident. » (Jean Zizioulas)

La Vérité comme communion ne conduit donc pas à la dissolution de la diversité des êtres dans le vaste océan de l'être mais à l'affirmation de leur altérité, dans et par l'amour.

Mais, alors, que font les mots, que peuvent les écrits ... Doivent-ils, ainsi que je le crois parfois, être « retournés », invertis en « inscrits » ?

Dans « L'Apocalypse russe » Jean-François Colosimo quelques lignes admirables à propos de Gogol. Celui-ci, désolé, entre autre chose, de l'orientation que la critique tire de son livre « Les âmes mortes » se « retourne », affirme sa foi orthodoxe, il brulera le manuscrit du second tome des « Ames mortes » et mourra, d'inanition volontaire, quelque jours plus tard : « Alors que se profile la dernière heure la littérature doit se consumer en confession, le livres doivent se calciner face au Livre, et l'écrivain se convertir jusque dans sa chair devenue flamme aux Ecritures. Abolition ? Non, accomplissement. Quelle autre parole que la Parole crucifiée pourrait permettre l'immortalité dont aucune oeuvre ne peut assurer même le semblant ? »

Dans sa Bonté le Seigneur comble les vides que creuse notre intelligence.

"Chaque existence humaine creuse au sein de la matière et de la société un abîme ... : l'homme est une déchirure dans le tout." (Marcel Moré)

Dieu creuse le monde par ses propositions qui sont Lui-même dans ses énergies. Il creuse le monde et le comble dans le même mouvement de charité divine. Dieu ne s'impose pas ! Selon le Damascène l'homme de la chute est dépouillé de "tout dire de Dieu" (pan phètos). Par notre mouvement constant de recul, Dieu ne se propose que dans le silence. Ce silence que Christ proposa pour seule réponse possible, envisageable aux questions de Pilate, ce silence plein face au mufle du Grand Inquisiteur ...

 

21:44 Écrit par Thierry dans Poétique, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer | |

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