jeudi, 09 juillet 2009
Les solutions écologiques ?
« Le péché n'est pas que les locomotives soient mécaniques, il est que les hommes le soient. »
Gilbert Keith Chesterton
L'écologie n'est pas la réponse aux problèmes de l'homme et de la nature; elle en est la conséquence invertrice. L'homme a asservi la nature et servi la mort; l'écologie sert la nature et la mort en leur asservissant l'homme.
L'homme ne doit pas devenir plus « naturel », il doit humaniser la nature et, l'humanisant se déifier et attirer la nature humanisée à sa suite.
Ce qui est véritablement humain dans l'homme, et qui doit le devenir dans la nature, c'est Dieu.
Pour saint Irénée, le premier Adam n'était pas « perfection », mais son « rôle », son espérance était dans le perfectionnement sous la conduite de l'Esprit dans le Verbe, conduite librement consentie en vue de l'achèvement parfait de l'humain en le divin, soit la « verbification ». La venue du Verbe était envisagée « de toute éternité » (oikonomia) ... Adam avait une cible : la déification (oikonomia). Le mal (kakia), le péché (amartia) c'est d'avoir manqué cette cible. Cependant, ceci ne se résout pas dans un seul sens « technique », au contraire, toute technicité était exclue en ce sens qu'elle aurait constitué l'introduction d'une forme de nécessité, or cela, c'est « l'esprit du contraire » qui l'introduit précisément pour dévier la flèche de la déification, la faille fut personnelle, intimement intime, la faille fut intimement relationnelle, aussi, le recours n'est pas dans une technique, fut-elle, spirituelle mais plutôt dans une méthode (meta-hodos, « voie supérieure ») non-linéaire, non technique, une libre discipline après la métanoïa qui est, dans ce sens la re-connaissance, le retournement supérieur de la connaissance (epignosis) de la nature réelle de la faute.
« Le faux naturel insiste toujours sur la distinction entre le naturel et l'artificiel. Le vrai naturel ignore cette distinction. Pour l'enfant, l'arbre et le réverbère sont aussi naturels et aussi artificiels l'un que l'autre, ou plutôt ni l'un ni l'autre, tous deux sont surnaturels car tous deux splendides et inexpliqués. » G. K. Chesterton
En décembre 2008, eut lieu, à Uppsala, un sommet inter-confessionnel sur le climat. Selon le Père Chryssavgis (Patriarcat de Constantinople) les « communautés religieuses sont retardataires » (sic). L'article n'en dit pas plus, et nous sommes en droit de nous demander « sur quoi donc ? ». Puis on évoque un « péché écologique » ... (sic), et aussi le fait que la terre (avec un T) est Création de Dieu et que l'homme doit tout faire pour la sauver, prendre en considération ce que dit la science et enfin, on nous dit qu'il ne « s'agit pas de trouver des réponses religieuses spécifiques ».
Et voilà, voilà comment le monde, comment le ON, le monde du ON, l'unanimisme sacré, retourne l'Église elle-même. Tout au moins une part de Celle-ci ! Devant la force centripète de ce gros ON dont la force n'est pas même la faiblesse (comme l'Église) mais la médiocrité équitablement partagée les chrétiens n'osent plus affirmer que ce n'est pas la terre (avec ou sans T) qu'il faut sauver, mais bel et bien l'homme. Et comment donc, le ferions-nous, puisque même cette idée d'homme (avec un H, souvent) a été évidée par le ONISME, par ce monde ... à coup de « droits », de « morales », d'évitements soigneusement dosés ...
Comment le ferions-nous puisque l'Église elle-même, en sacrifiant aux droits de l'homme en tant que dogme, s'éloigne du martyrium (du témoignage) qui pourtant est son fondement.
Bien sûr les droits de l'homme sont moralement justifiés, éthiquement fondés, oui, évidemment, oui ... selon ce monde ! Mais, soyons clairs, au fond du fond, nous voici face au Grand Inquisiteur ! Aujourd'hui, au nom des droits de l'homme, l'Église, Amnesty International, la Ligue des Droits de l'homme, Human Right Watch ... tous, interdiraient la crucifixion du Christ, ils s'y opposeraient avec la dernière énergie. Au nom de l'homme, ou plutôt de l'abstraction de ses « droits » ils laisseraient triompher la mort !
Alors qu'en définitive, l'homme est-il fait ?
Pour nous, : il fut créé, il a chuté (bien prendre note de la différence verbale !).
Il est fait, oui, si il ne se décide pas à devenir ce qu'il est, image et ressemblance.
S'en est fait de lui, oui, si il préfère encore et toujours se balader, tous ses droits en bandoulières comme équipement technique, sur l'abysse qu'il intègre toujours plus à mesure qu'il croit pouvoir le nier.
Il est fait, oui, fait comme un rat, un rat de laboratoire ! Oui mais, attention un rat « bio » !
« L'Homme n'est pas encore né.
Seulement son cadavre. »
(Yannick Haenel / François Meyronnis)
Mais, un cadavre qui marche et qui chemine avec son bel attirail, un cadavre qui aime les grands trecks où il peut côtoyer du vide plus exotique que son vide à lui et ainsi l'en nourrir, l'en nourrir « bio », évidemment, ou, au pire « équitablement ». Un cadavre-citoyen-du-monde-en-réseau !
Tous ces nobles sentiments, toutes ses pensées morales, bonnes protectrices, sont autant de bonnes intentions qui pavent les voies de l'enfer (de l'enfer vert !). Cette vie vidée de sens, comblée de choses, déphasée, cataphatique, cette vie que l'homme a voulu sienne, propre et seule, qu'il a vidé, évidé, dont il a emplit tous les vides de ses consommations-addictives, cette vie-là il faut, par tous les moyens, philosophiques et techniques, la prolonger, encore, et encore, quitte à la terminer par une euthanasie « librement consentie dans le respects de ses droits et de sa dignité » ...
Et ce ne sont pas les résultats des récentes élections zéropéennes qui amélioreront le « climat » ...
Le pôle totalitaire « vert » va se renforcer au sein du faux néozempire européen. Les peuples, consentant par voie de fait contraignant, supporteront la part la plus forte de cette nouvelle pression politico-moraliste et, puisque les « verts » représentent la bonne conscience morale et ultra-consensuelle du « sauvons la planète », ils pourront, en toute bonne conscience, propager (et propagandiser) toutes les bonne idées humanistes du droit et du bien pour l'Homme ...
Sans être éperdument à la recherche de réactions, pour corroborer mes intuitions, naïves et confuses selon certains, je dois admettre que, parfois, trouver un écho, qui, sans être une justification, va dans le sens d'un éclaircissement, je suis plutôt satisfait, ainsi je relève que, peu de temps avant la victoire des « gentils verts » (un écolo méchant ça ne se peut pas !!) le Président de la Croix-Rouge française notait que « collectivement et de manière non consciente, la France est aujourd'hui une société eugéniste qui refuse le handicap et préfère l'élimination de l'enfant handicapé. » (J-F. Mattei, entretien Famille chrétienne, 30 mai 2009). Je regrette (mais je n'ai pas lu l'entretien en entier) seulement que le lien ne soit pas fait avec tout ce qui se cache derrière l'écologie politique pro-avortement-et-bidouillage-génétique (ça pollue moins que les hormones rejetées avec l'urine dans les rivières) et toutes ses conceptions faussement naïves-naturalistes. Non, non, non, ON ne doit pas modifier génétiquement les épis de blé, mais ON peut parfaitement apprendre à gérer une fabrique de bébé-cadavres non-conformes selon les lois de Mère Nature, du moins selon la représentation idylléologique qu'ON s'en fait. Je regrette donc aussi que ne soit pas même émises cette idée du double discours : refus, à la source, de ce que la nature peut imposer de non-conformité, et acceptation forcée dans une discrimination positive (oxymore), qui, en outre, n'entend pas tant accepter réellement l'autre, tel qu'il est, mais surtout le hausser à un niveau de « normalité » acceptable, par tous les procédés « non-naturels » possibles !!
« Tous écolos », titrait récemment le journal La Croix... pas si sûr ! Le « principe responsabilité », déjà détourné en « principe de précaution » pourrait bien se muer en peur « panique » ! Les habituelles mises au point, tergiversations de surfaces, toujours consensuelle et unanimiste pourront un temps faire illusion, ou plus exactement faire « masque », écran. Dans l'éditorial de ce numéro le journal s'interroge sur la profondeur et la véracité des « conversions » à l'écologisme... Le mot est assez bien choisi ! Rappelons la figure de l'antique dieu PAN, c'est de lui, que viendrait la « panique », la peur hystérique des « non-initiés » à ses mystères devant la nature sauvage et incompréhensible. Embusquée derrière cette image foisonnante et inquiétante : la mort. Rappelons le cri légendaire qui accompagna la victoire du christianisme : PAN est mort ! Cette scène-là nous a été rejouée depuis, historiquement ... ON nous l'a dit : Dieu est mort ! Et parmi les adeptes les plus fervents de l'écologisme, nul doute que ce cri là est enregistré et validé depuis belle lurette. Pourtant c'est le dyonisiaque Nietzsche, qui voulut longtemps se persuader de la véracité du cri historique, qui nous éclairera. Le solitaire de Sils-Maria le dit, Dieu est le témoin gênant de la médiocrité de l'homme, en le liquidant l'homme peut médiocriter en paix et surtout il peut tâcher de se construire sa propre armature divine, mais ne pouvant plus prétendre viser une union avec un Dieu mort, une « béatitude » réintégrée dans le Paradis alors il visera le « bonheur » (restaurant ainsi le manichéisme cher à son coeur avec le corollaire du « malheur »). Malheureusement, le « bonheur », la paix béate et repue plongé dans une poubelle à ciel ouvert ... ça coince. Logiquement l'écologisme emboite donc le pas à l'idéologie du progrès, celle-ci, cause première des dégâts que l'on sait, s'invertie très tranquillement et s'agrège les vieilles utopies naturalistes de l'Age d'Or sans trop de difficultés puisque le fond évolutionniste permets de s'accommoder sur l'ensemble. En outre, puisque la crise financière s'en mêle, le modernisme écolonomique va pouvoir se prévaloir de plusieurs pistes à utiliser suivant le sens des événements. Il s'adaptera parfaitement à un néo-néo-libéralisme option décroissance-bio et nouvelles technologies « vertes », et, de plus, il va parfaitement pouvoir dépoussiérer l'option cyclique marxiste, la tendance solidaire pourrait bien relancer l'idée collectiviste et ON pourrait tout à fait nous assujettir à une forme de bio-communisme-soft.
Pour Nietzsche, encore, faire du bonheur le seul ressort de la vie est « un état d'impuissance absolue ». C'est bien en fait, par delà un hédonisme vulgaire et primaire de façade (bon enfant, pourrais-je dire, sans vouloir faire de « mauvais esprit »), ce que vise ce mouvement, en apparence, divisé et diviseur, qui sait unir les opposés (en inversion de la vraie conciliatio oppositorum). Oui c'est bien ce qu'il vise : « le bonheur millénaire et stupide dans le paradis » (saint Grégoire de Nazianze).
CODICILLE :
du 6 Juillet de l'an de Grâce 2009
France-Inter, émission « ça vous dérange : l'écologie peut elle devenir un nouveau fascisme ? »
Les invités : Jean-Pierre Legoff et Noël Mamère.
Ils ont osé ! « Enfin » me dis-je, et puis aussitôt, lucide déception, réalisme ...
Deux invités en présence autour de l'animateur, Jean-Pierre Legoff et Noël Mamère. Ou, comment désarmer le débat, ou plutôt désamorcer efficacement toutes les armes possibles de l'adversaire. En fait, le débat, l'appel incessant et démocratique au dialogue ce n'est jamais que cela, toujours. Amener l'ennemi sur votre propre terrain, le contraindre à user des mêmes armes tactiques, et comme, toute la technique, toute les tactiques sont de votre côté, même une défaite vous devient une victoire ...
Seront cités : G. Anders et J. Ellul. Tous deux par monsieur Mamère. Mais, évidemment, tout ce qu'Ellul pose comme exigence chrétienne, spirituelle et eschatologique dans sa critique de la technique et du productivisme est évacué. Et, face aux extraits de certains textes d'Edgar Morin en faveur de l'écologisme, véritables incantations à la dévorante et liquéfiante mama gaïa, l'attitude de Noël Mamère sera la même évacuation : « l'éocolgie ce n'est pas ça » ! Fin de non recevoir – camouflage ! Le pseudo-discours sur la Technique à partir d'Ellul (très peu, très vague) et de L'Obsolescence de l'homme de Anders sera de la même eau (croupie ? Allons ...) !
Curieux tout de même comme les maximalistes écologistes s'arrêtent en chemin. Comment ils n'osent aller au bout de ce chemin pour regarder et, éventuellement, voir que, précisément, leurs réponses à la Technique dévoreuse des ressources du monde sont du domaine de la Technique et que, pis encore, elles s'avèrent, en fait, être, sans doute, les alliées les meilleures d'un avancement substantiel vers l'espoir final de la Technique-Monde.
Désillusion donc ... Ce que nous étions peu à annoncer, à pressentir ... les médias viennent de s'en saisir ... nul doute qu'ils sauront organiser le grand vacarme qui fait silence autour d'une nouvelle « anti-écolototalitarisme », une nouvelles division de plus, qui aiguillonnera tous les indécis et les précipitera dans les bras suintants et humides d'une mama gaïa à la puissance nucléaire, d'un grand Pan cyber-bio-technologique ...
Nous n'aurons plus alors pour nous-mêmes que l'espérance, la brulante et noire espérance, les ténèbres du vrai silence, celles au coeur desquelles brille la vraie lumière qu'elles n'ont su retenir ...
Les solutions écologiques, plus elles sauvent et plus elles asservissent ...
22:30 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Ecologisme, Inscriptures, Politis, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : christianisme, écologie, idéologie, écologisme, philosophie, philosophie de la tâche commune, hédonisme, communisme |



































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Commentaires
Très à la mode, le préfixe "éco", désormais employé à toutes les sauces, se voulant synonyme universel de "bon", "éclairé", "progressiste": nous avons le devoir de devenir des "écocitoyens", d'envoyer nos enfants dans des "écolycées", de prendre notre "écovoiture" (faire de "l'écovoiturage"?), en toute chose d'adopter une "écoattitude", comme si ce préfixe garantissait une "positive attitude" désormais de rigueur. Son imposition souriante et visqueuse, indifférente à toute coloration politique, mais à nouveau relevée pas plus tard qu'hier dans le bulletin d'information gratuit d'un Conseil général (inutile de préciser lequel, ils en sont tous au même point), me fait invinciblement penser au remarquable ouvrage de Viktor Klemperer sur la LTI, la Lingua Tertii Imperii (la langue du IIIè Reich). Je suis, d'un certain point de vue, encore heureux de pouvoir frissonner de malaise lorsque j'opère mentalement des raccords, pour moi évidents dans leur dialectique, entre l'obsession écologiste actuelle et les conséquences de l'hygiénisme nazi, cette faction, cette Weltanschauung dont certains voudraient bien nous faire oublier qu'elle contracte le nom composé "national-socialiste".
Ecrit par : Stéphane Normand | vendredi, 10 juillet 2009
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