mardi, 11 août 2009
L'Empire, en pire ...
« Une intelligence séparée est toujours une intelligence de refus. » Abellio
LEGITIMITE TOTALITAIRE DU DEMOCRATISME
Tous les régimes démocratiques modernes ont, depuis leurs origines, porté, voluptueusement, en leurs seins, les plus terribles potentialités totalitaires. Leur essentialisme unificateur en est l'une des sources. En outre, les régimes totalitaires développés, de droite comme de gauche, n'ont jamais réellement tranchés les liens qui les rattachent à leurs origines. Toujours, d'une façon ou d'une autre, selon des processus variés et des procédés divers, toujours, ils sont eu besoin de s'appuyer sur la masse, la majorité, l'unanimisme, même manipulé, résigné, silencieux et incapable de tout sursaut salutaire.
Depuis quelques temps déjà l'actualité n'est plus qu'un ballet rapide et agité de pleureuses, de spécialistes experts en expertises du « je dis ça je ne dis rien ». Il faut qu'il y ait du scandale, mais ...
Et voilà qu'au cours de l'un de ces innombrables séminaires pour « grand de ce monde » qui, « si, si on le jure » vont, en l'espace de deux journées de discours et d'un rapport que personne ne lira, pas même ceux qui l'auront rédigé, changer le monde et les hommes; et voilà donc que le président-élu iranien y va de son long discours, discours que tout le monde attendait, celui que tout un chacun savait qu'il ferait, espérait qu'il ferait, celui que toutes les pleureuses patentés attendaient afin de pouvoir, enfin, agiter leurs très pures et virginales mains, leurs têtes très intelligentes et morales et leurs coeurs si bons et généreux pour faire « non, non, non », indignés ! Pouvoir enfin se signaler à tous et à chacun dans un courageux, bien qu'unanime, élan, se lever et quitter, en signe de protestations la salle où se commet l'ignominie.
Ce bel exercice de manoeuvre stratégiquement droit de l'hommesque, qu'on ne saurait, sans être odieusement méchant, taxer de « retraite », permets, en outre, un plaisir supplémentaire aux commentateurs qui le plus gentiment du monde se hâtent de souligner que les représentants du Vatican, eux, sont restés assis ! Ainsi, ceux qui se bouchent les oreilles, et cassent celles des autres, en battant bruyamment en retraite pour le bien général sont courageux, et ceux qui demeurent sur leurs positions afin d'entendre les arguments et, éventuellement, les combattre réellement sont d'affreux collaborateurs, des pleutres et des antisémites (ce que tout le monde, enfin le monde réellement civilisé, sait depuis longtemps, bien sûr !).
Bref, quelques commentateurs, auront tout de même, suite à cette manifestation aussi bruyante qu'intutile, le bon goût de signaler aux occidentaux, civilisés donc, que le cirque logorrhéique du sieur Ahmadinejad devant les instances antiracistes européennes, relevait, en réalité, d'un autre cirque, électoral, celui-là même dont en ce moment se déroulent les navrantes conséquences en Iran.
Par contre, aucuns de ceux-là n'ira jusqu'à pousser l'analyse à son terme en mettant, par exemple, en lumière le fait que les « élections démocratiques » s'accommodent fort bien des discours jugés ici intolérants et intolérables, aucun ne signalera que, bien évidemment, l'opinion de la foule, des masses électives, peut fort bien être violent, aucun non plus pour affirmer qu'il y a quelque chose de monstrueux, lorsque l'ON a que le mot de tolérance à la bouche, de refuser qu'un peuple puisse, légitimement, en son âme et conscience, ne pas être d'accord, ne pas accepter la haute idée de l'Homme-Atome. Personne pour affirmer que la raison d'être de ce discours haineux ce n'est rien d'autre, que, précisément, ces élections, qui demeurent, pour nos aguerris commentateurs l'acmé de la civilisation et la seule possibilité d'une liberté réelle. Ainsi, bien évidemment, ne vont-ils pas se tirer une balle dans le pieds en avouant que les élections, quelle qu'elles soient, sont très exactement ce quelles sont, une porte ouverte sur tout le pire ! Alors ? Alors ON camouflera tout cela en renversant tout du côté du dualisme racisme / antiracisme ! Même si ils votent les racistes sont de faux démocrates, c'est-à-dire de faux électeurs ! Leurs voix ne comptent pas, et si la majorité opte pour ce vilain défaut et bien, pour le coup, ce sera la minorité qui aura raison parce que le seul homme-électeur qui vaille c'est celui qui est d'accord avec nous.
IMPERIALISME CONTESTATAIRE et MACHINE ANTIFASCISTE
En marge (comme ON dit) de ce sommet très officiel, se déroulèrent des manifestations. Manifestations qui, pour une fois, manifestèrent non pas contre mais avec ! Remarquons au passage le coquasse de la situation : les mêmes anarco-altermondialistes qui manifestent contre le G8 ou le G20, manifestent ici leur soutien à la même cause antiraciste. Et ce n'est, bel et bien, que l'antifascisme pathologique et cultuel des anarchistes et de certains socialistes qui donne aujourd'hui une réalité au fascisme, plus exactement à l'artefact fantasmé que l'ON a baptisé ainsi, et qui s'avère très utile puisque cette non-réalité peut-être brandie comme argument et contre-argument par toutes les parties « opposées ».
L'antifascisme en tant que doctrine politique mobilisatrice est une créature stalinienne. L'antiracisme n'en est, originellement, qu'une fraction. Toutefois, suivant la logique politique du monde la fraction a débordé l'ensemble, c'est l'antiracisme qui a diffusé ces miasmes idéologiques le plus surement, le plus complètement.
Historiquement et concrètement, nous pourrions croire qu'antifascisme et anticommunisme de faisaient face et se combattaient dans l'arène du monde. Mais, ce fut loin d'être le cas, en tout état de cause pas dans ces termes, tant que le fascisme et le national-socialisme furent de ce monde. Ce n'est qu'après leur effacement en tant que forces et puissances réelles des enjeux mondiaux que l'antifascisme politique pris son essor véritable et que purent être fondues ensembles toutes les pensées non-conformes sous le terme « fascisme ».
« Le fascisme théorique a été écrasé en Europe mais la politique et l'économie mondiales sont sorties facsisées de cet écrasement. » Voici ce que Raymond Abellio pouvait écrire, encore, en 1978 dans la seconde édition de L'Assomption de l'Europe. Depuis lors, nous pourrions reprendre les mêmes termes concernant le communisme mais idéologiquement. La politique et l'économie furent fascisées et cette transformation eut lieu sous le bouclier, utile et efficace de l'antifascisme ...
Soulignons encore ceci, pour, en fait, rentrer dans le vif du sujet, soulignons donc le glissement sémantique opéré par les opposants officiels et patentés à la mondialisation, glissement déjà pointé de la plume avec pertinence par M.G Dantec dans American Black Box. Donc, les ennemis de la mondialisation sont passés de l'anti-mondialisme à l'alter-mondialisme. Car, finalement, ON peut parfaitement demeurer antisémite, antisioniste et surtout antiraciste ou anticapitaliste mais, voyez-vous, non pas anti-mondialisation puisque celle ci peut-être rédimée, modifiée, rachetée, rendue « bonne ».
Tout « anti » refuse l'altérité, la possibilité même de l'existence d'une singularité séparée.
Voilà pourquoi les deux tendances se retrouvent, semblant mener bataille, dans le champs clos de la mondialisation.
Elle est un système « orientée », il suffit donc de changer son orientation ... Un bord nous le dit, elle est actuellement américano-sioniste donc raciste, capitaliste et belliqueuse ... et bien faisons la « à notre image », elle sera internationaliste, socialiste et pacifique, solidaire, écologique et antiraciste (si ON y trouve encore des racistes, mais si ON n'en trouve pas, ON en fabriquera des nouveaux ...). Avant toute chose la mondialisation planétarisée est un programme anti-christique, une phase du processus de division infinie, phase de division-indivise dans laquelle plus l'affrontement semble critique, plus il semble reposer sur des options irréconciliables et plus il intensifie le statu quo désintégrant.
ON nous a donc posé, lors de cet événement, un beau programme de division-indivise. On invite, lors d'un colloque devant mener à la résolution planétaire du vilain racisme, un monsieur dont ON sait pertinemment qu'il va se fendre d'une diatribe antisémite. Antisémite oui, mais antiraciste aussi ! Et puis nous avons, ou plutôt ON nous donne nos aguerris commentatueurs pour nous rassurer : ce n'est pas grave puisque cela fait partie du « jeu électoral » essentiel dans le processus démocratiques, ce n'est que pour galvaniser la foule élective ...
IMPERIALISME DEMOCRATIQUE ET ANTISEMITISME POLITICO-MYSTIQUE
« Ah, donc ON peut être antisémite ET antiraciste ?
Bien sûr, puisqu'en fait, en réalité les races n'existent pas !
Ah oui ...
Oui, et puis, si vous produisez, rationnellement, attention hein, rationnellement, faut pas faire dans les salmigondis mystico-curé hein, attention ! Donc, vous posez, avec rationalité, que les sémites sont racistes et là vous pouvez être légitimement les deux ... bé oui ! En plus, ON vous le dit les races ça existe pas, donc, ben « sémites » c'est, comment dire, une commodité langagière. »
Et tout le monde est content, dedans les professionnels de la démocratie-protestative s'en vont pleins de la satisfaction du devoir-de-donneur-de-leçon accompli, dehors les anars peuvent, avec l'assentiment de leurs frères-ennemis-double libéraux, manifester contre les vilains « fascistes » et le racisme qu'est pas « bô », les commentateurs rayonnent de la joie que leur procure leur occupation préféré, « ajouter du creux dans du vide », les plus téméraires n'oseront aller au bout de leur tout-début de petit morceaux d'analyse, ils se rattraperont donc en flétrissant les catholiques qui sont restés là (« Eux, oui, eux ON peut dire, IL FAUT dire qu'ils sont antisémites »), cadeau-bonus de ceux qui détestent toutes les religions mais qui ont trop peur des limites qu'ON c'est fixées.
Ainsi, l'alibi à l'antisémitisme sera-t-il, d'une part la campagne électorale, d'autre part l'antiracisme. Dire que cette détestation de la nation juive, que la haine de l'adversaire (l'anti-américanisme se défend dans les mêmes termes) en tant que race ou peuple proviennent du fond même de l'islam tel que professé par le président-élu et les siens se serait faire le lit de l'islamophobie ... (terme à connotation rationnellement médico-psychique, notons le).
Et pourtant, en allant au bout de l'idée de l'islam en tant que « sceau » et accomplissement des « religions du livre », les deux précédentes ne peuvent subsister, doivent se fondre au coeur de l'unique religion de l'unique ... et cette insistance sur l'unité, qui rejoint si bien le fond de la grande cause révolutionnaire, aujourd'hui écologique (même drapeau vert, soulignons, juste en passant) ne peut vouloir que le même, non pas l'autre.
Cette terminologie trompeuse de « religions du livre » provient d'ailleurs de l'appellation coranique « gens du Livre », ceux qui peuvent être « tolérés » dans le territoire du Dar al-islam. (Cette notion juridique de tolérance aura de beaux jours devant elle). Car, en définitive, l'approche faites de « ce » Livre est singulièrement différente et révèle de nombreux éléments instructifs. En s'exprimant ainsi l'islam repousse le christianisme vers le judaïsme, puisque pour les chrétiens, qui ont infondus ensemble quoique qu'avec des notions différenciées, l'Ancien et le Nouveau Testament (l'Ancien étant toujours lu à la lumière du Nouveau ...) ce n'est pas le « livre » qui importe tant, il n'est pas sacré en tant que tel, il n'est pas « incarnation » de la Parole divine, c'est le Christ qui l'est, ce que, bien évidemment l'islam ne peut accepter. Ainsi, juifs et chrétiens, solidairement, ont trahis le rapport au Livre et à la Loi, rapport que le Coran, seul « Livre authentique » restaure; l'ancien ordre, l'ancienne loi divine quand la voie chrétienne est intériorisation et dépassement (transfiguration) de la Loi.
L'islam a reçu et intégré de nombreuse données essentielles de la mystique juive, en particulier en Iran, espace spirituel duquel, avant son islamisation, la mystique juive a, elle aussi, reçu plusieurs dons. Néanmoins, depuis l'origine, la communauté musulmane s'est considérée comme une reprise et une régénérescence spirituelle autant que politique d'Israël, et fidèle en cela à sa vision propre Israël doit se convertir ou disparaître, et les chrétiens, juifs hétérodoxes, y sont inclus ...
Que les chrétiens aient agi de même ... en quelque sorte mais assez différemment. L'Église, nouvelle Israël est aussi une nouvelle Arche, baptiser les nations est une mission mais le jugement contre celles qui se refusent au baptême est laissé entre les mains de Dieu. Ceci est, du moins, la parole de l'Evangile, l'ordre du Christ qui ne demande nullement aux Apôtres de tuer ou d'éliminer les récalcitrants car il ne s'agit pas tant d'une loi que d'une nouvelle liberté spirituelle. Toute choses qui changent avec l'avènement de l'Empire chrétien... alors c'est Rome qui se christianise, l'ancien oppresseur du peuple élu reçoit quelque chose d'Israël, l'ancien oppresseur des chrétiens (l'antéchrist) reçoit quelque chose du Christ, les enfants de Jacob sont dispersés parmi les terres des anciens « accusateur d'Israël » ... Ils persistent et deviennent ainsi les témoins du temps d'avant le Christ-Messie, témoignages vivants de l'Ancienne Alliance qui sera conservée jusqu'au second et glorieux avènement.
REFRACTIONS D'EMPIRE
L'Iran, ombre imaginale de l'Empire Perse, condense et définit parfaitement cette volonté souterraine d'une empirie qui oppose et divise faussement. A la volonté impérialiste américaine ON a opposé une volonté révolutionnaire (faussement populaire, comme pour toute révolution) qui unissait, contre le monarchisme, structures républicaines et légitimité religieuse. Dès lors ce n'était plus une révolution au sens occidental d'une marche en avant vers le progrès des « droits humains », mais au coeur de la tradition islamique une authentique révolution traditionnelle puisque faisant retour à l'ordre « légitime » qui place le pouvoir temporel sous la tutelle de l'autorité spirituelle. Vivante alliance, donc, de l'Europe révolutionnaire (en 1789, Desmoulins avant la prise de la Bastille, plaçait ce combat sous le signe d'une cocarde verte ...) et de la révolution islamique, même visée destinale : l'âge d'or planétaire. L'islam conquérant change de tactique et doit se réinstaurer dans ses foyers antiques avant de poursuivre son mouvement de conquête. Certains, ont voulu croire, ils furent bien utiles, que l'islam luttait spirituellement contre le monde moderne pour sauvegarder sa tradition, il s'avère qu'il se fond, sans se dissoudre, dans ce monde et sait en utiliser les puissances et contre-puissance (l'anti-modernisme étant, par essence, une forme de la modernité). Concurrent perpétuel de l'Empire romain d'Orient, non capitaliste mais économiquement libérale, l'Empire Perse de notre aujourd'hui à pris pour cible les Etats-Unis d'Amérique, capitaliste et économiquement libérale, le nommant le Grand Satan (i.e le Grand diviseur), parce qu'il lui fallait bien pour légitimer son combat un ennemi à sa taille, l'Europe ne pouvant plus l'être tant celle-ci avait, en partie, intégré son combat, ce que les actuels délires, confinant à une attaque stratégique mnésique en règle, selon lesquels sans l'arabo-islamisme l'occident serait totalement inculte en sont un signe éloquent. En partie car voilà bien longtemps que « l'Europe » s'est divisée et dédoublée et ne sais plus si elle doit être l'occident ou bien l'Europe, force politique nécessairement impérialiste (à défaut d'être impériale) ou vaste marché démocratico-économique démarchant le monde pour acheter des objets qu'elle ne peut plus fabriquer et vendre des idées, des droits, des idéologies qui reviendront toujours l'annihiler davantage.
JONCTIONS-DISJONCTIONS
Le parallèle pourrait être séduisant à poursuivre entre les états arabo-musulmans et les Etats-Unis, mais la problématique est un peu différente. En effet, il s'agit, en définitive entre ces deux pôles d'une guerre, ou plus exactement d'une guérilla messianique. L'affrontement de deux messianismes, apparemment contradictoires et nécessairement conflictuels. Plus en profondeur c'est un peu plus complexe.
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21:55 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Nouvelles de ce monde, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : politique, antiracisme, antisémitisme, iran, durban 2, anarchisme, islamisme, christianisme, orthodoxie |



































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