jeudi, 25 juin 2009

La contrévolution des armées célestes

"Mais de même que le "Je" transcendantal créé le monde en sortant du monde, cet Occident christique ne peut plus être mondain mais extra-mondain, il est l'idée transcendantale du monde."

Raymond Abellio 

A ce qu'il paraît, l'exception confirme la règle ...

Alors, confirmons la, en infirmant ce que j'ai écrit il y a peu à propos des commentaires.

Sur la note La Spirale intensificatrice de l'ésocriture, un courageux lecteur s'est fendu d'un bref commentaire qui, comme c'est trop souvent le cas, ne fut rédigé que pour essayer de prouver la supériorité d'une pensée, celle de l'anonyme qui fait oeuvre de commentateur, sur celle du questeur dont l'oeuvre inscrite n'est que l'interface externe de la theoria personnelle et expérientielle.

Bref, ce codicille, fut écrit pour « faire le malin » en retournant les faits pour m'accuser de faire « la bête » ! De quoi est-il question ?

Le texte en question concerne mon approche personnelle de l'expérience interne de l'écriture, en lien avec l'aventure spirituelle que fut, pour moi, la Contrelittérature (la revue et l'esprit) et le congé qui m'en fut donné. Mais, au-delà de cela, et des interprétations divergentes, qui en l'occurrence ne rentrent pas en ligne de compte puisqu'il s'agit bien de mon expérience et de nulle autre, au-delà, donc il semble au regard de notre modeste hôte que je nage en pleine confusion en paraphrasant Joseph de Maistre sur une sentence qui, à mon sens, et dans mon activité personnelle, me semble aller plus avant que celle qui fut, un temps, choisie pour représenter la dites revue (et l'esprit).

L'objet du délit est celui-ci : « la contre-révolution sera angélique ou ne sera pas. » Or, selon l'avisé commentateur cette phrase ne saurait appartenir en propre à l'esprit lumineux du Comte savoisien à cause de l'influence de Louis-Claude de Saint Martin. Et là, d'en tirer des conclusions quelque peu exagérées et n'appartenant qu'à lui (ou elle d'ailleurs) ! Exagérées car il ne me semble pas avoir écrit où que ce soit que la destination spirituelle de l'homme était de devenir un ange et je ne crois pas que l'on puisse, en aucune façon, interpréter ainsi la phrase de Maistre (influence saint-martinienne ou pas). Sur ce sujet j'ai déjà, en effet, inscrit plusieurs choses dans le corpus de cette interface, en lien avec l'écriture interne et les livres, sur les puissances noétiques, les miroirs angéliques et quoique mon « langage » soit parfois, je l'admets, un peu obscur j'ai toujours pris pour limites intangibles le corpus de nos Saints Pères, c'est à leur aune, pas à celle de MM de Maistre ou Saint Martin, que je vérifie mes folles intuitions. C'est pourquoi j'ai déjà cru utile, ailleurs, de modestement renvoyer mon aguerri commentateur (qui devrait lire mieux et commenter moins) vers l'oeuvre essentielle de Denys l'Aréopagite.

Toutefois, le grand Denys, fort heureusement n'avait pas encore devant ses yeux qui, pourtant, perçaient le lointain, les terribles idées de la révolution et de la contre-révolution. Quoique ? Le fondement ontologique de toute révolution ne se tient-il pas dans la première « prévarication » (pour reprendre un terme affectionné par Maistre et les siens ...) ?

Allons, l'explication de texte et le commentaire se tenant dans la même auge, explicitons donc, une fois n'est pas coutume :

Le terme révolution, dans le sens de mouvement perpétuel, convient primitivement à « l'activité » des Séraphins (« ceux qui brûlent » c'est-à-dire « ceux qui s'échauffent », nous précise Denys) dont l'une des propriétés est d'avoir « le pouvoir d'élever efficacement à leur ressemblance leurs inférieurs en les animant de la même ardeur, de la même flamme et de la même chaleur. » (La Hiérarchie céleste, VII, 1, 205 C)

La première involution du terme se confond avec la rébellion de Lucifer. D'une part « révolution » c'est, tout d'abord, faire retour à l'origine mais le perpétuel mouvement angélique se fait « autour » du centre intangible de la suressentielle divinité. Le désir du retour à l'origine n'est pas hypnotisant puisque dans la louange et la contemplation le lien d'origine n'est pas rompu mais transcendé. La révolte luciférienne est, elle, un décentrement; demeure le mouvement de soi-à-soi mais le centre est déplacé de Dieu à l'égo, or, ainsi que le rappelait Maître Eckhart « ego, le mot JE appartient à Dieu seul ». Dieu est le seul JE possible des anges, Lucifer se dédit et se place, autoritairement, en JE de lui-même.

Ainsi, les puissances célestes, angéliques, doivent nous illuminer et nous attirer vers la source de l'illumination (tout ceci est amplement décrit et définit par Denys dans l'ouvrage cité), satan et ses légions nous attirent vers nous-mêmes, exclusivement.

Toute révolution, dès lors, est extension de celle-ci. La faute première en fut une, la chute fut sa dévolution, mais, elle portait en elle le germe de la possibilité de la contre-révolution.

Dans sa phrase, Maistre, signale, qu'aucune contre-révolution authentique ne saurait être envisagée sans la synergie divino-humaine. Malgré la révolution luciférienne (qui est le contraire, l'inversion, de la révolution angélique primaire) les hiérarchies célestes sont demeurées fermes et fidèles, elles sont le seul et unique modèle qui doive éclairer l'humain. Souvenons-nous donc de ce qui adviendra : nous verrons le Fils, et nous verrons les anges monter et descendre, et nous verrons encore les anges accomplir ce qui doit, selon le récit fidèle de l'Apocalypse.

Nous ne devons pas devenir « ange », évidemment, qui pourrait soutenir ceci en dehors de quelques mous du bulbe gavés de propagande new-age (j'allais écrire mauvaise littérature new-age ! Quel pléonasme !) à la sauce « marron » ... mais, (n'oublions jamais, non plus, que le christianisme est une voie du et et du mais) Notre Seigneur, pourtant, nous l'a dit « alors, vous serez comme des anges », ce que nous ignorons, c'est le comment, car celui-ci, précisément git secrètement dans le silence rayonnant du suressentiel mystère.

Mais n'oublions pas que dans sa Vie terrestre, le Christ, le Fils de Dieu, l'Ange du Grand Conseil, fut annoncé et servi par les anges, n'oublions pas le bel enseignement de Denys concernant les anges des nations, n'oublions pas la prière à l'ange gardien, n'oublions pas que les anges célèbrent la Liturgie à nos côtés ... la contre-révolution, voyez, n'est pas à venir, son rayonnement final, oui, mais d'ores et déjà, elle vit, elle se vit !

Toute révolution est révolution contraire, comme son modèle archétypal ... voilà pourquoi la seconde phrase-sentence de Maistre va en avant de la première, voilà pourquoi elle n'a rien à voir avec une quelconque « ombre portée » de l'influence de qui que ce soit, la contre-révolution authentique sera angélique car elle sera le contraire de la révolution-contraire ...

Voyez Notre Seigneur, refusant, l'injonction de l'esprit malin dans le désert lui commandant de se laisser protéger par les anges, tentation politique s'il en est !

La contrévolution est un perpétuel mouvement, la Contrelittérature est un moment perpétuel, mieux, elle est un lieu, un situs, ce que symbolise proprement la Talvera ... un lieu vierge de retournement, un lieu de non-où, un espace non localisable, non vocalisable, l'espace hors l'espace labouré par les mots, hors les murs de la lettre-littérale, espace non spacialisable qui prolonge et, en même temps, annihile les murs immatériels du camp-monde. Elle contre l'acide assaut liquéfiant des mots-littéraires, elle les retourne à leur transparence énergétique contre l'opacité autophagique et ontophagique. Mais, c'est retournement, et les mots doivent réintégrer le monde-camp et agir en lui. Les voici devenu déflagration théognosique. Lieu de révélation et d'extension intériorisante. Il s'agit, ensuite, de cheminer dans l'extension, dans l'étendue, ainsi offerte. C'est là, sans doute, sa vertu et son acte politique, autant que faire se peut. Voilà en quoi elle se tient aux côtés des légions angéliques qui soutiennent les nations.

La Contrelittérature n'est pas littérature contraire mais le contraire de la littérature-contraire, c'est-à-dire contrefaites, qui est celle des littératueurs du camp, les psychomécaniciens eugénistes de la lettre, elle n'a donc pas besoin de contrelittérateurs ou d'écrivains contrelittéraires, surtout pas. Il y a en chaque lecteur et en chaque « écrivain » littérature et contrelittérature, un double qui se détruit en se créant et qui créera son unification en se disloquant.

Situs intérieur, force internelle, dans la Talvera elle révèle l'originelle littérature, celle qui est écriture et non charme et force contraignante égotique de la lettre.

Elle est authentique ré-instauration. En cela elle est authentiquement contrevolutionnaire !

Mais, mais, mais ...

On m'en a donné le congé, aussi, vais-je me faire silence à ce sujet, et en revenir à :

 

 

l'indissidence contrevolutionnaire !

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