mardi, 15 septembre 2009
L'Empire, empire ... ou pas !
"Si un empire n'est pas sacré, il n'est pas un Empire, mais quelque chose comme un cancer dans l'ensemble des fonctions distinctes d'un organisme vivant." Julius Evola

Les invasions barbares mirent fin à l’Empire romain, du moins en Occident. L’Empire d’Orient, appelé plus tard byzantin, continua à porter le rêve pendant un millénaire. Justinien entreprit même, au VIe siècle, une gigantesque expédition punitive pour arracher les territoires de l’ex-Empire d’Occident des mains des Germains.
Si les États-Unis ont souvent été comparés à Carthage, ce qui tient plus de la trouvaille sloganique que d’un rapport quelconque entre les deux entités, l’Europe actuelle a bien son Empire byzantin, un pays gigantesque, construit lui aussi sur des bases impériales, orthodoxes, messianiques, passé maître dans l’art de la manœuvre politique. Ce pays, que la religion et l’alphabet cyrillique ont tenu à l’écart, au moins depuis le schisme de 1054, des révolutions intellectuelles, spirituelles et politiques que connurent les Européens convertis au catholicisme puis à la Réforme (qui, comme l’a montré A.S. Khomakiov, n’est qu’une réforme interne au catholicisme, réforme dont la poussée s’arrêta aux portes de l’Europe orthodoxe comme devant un mur de béton) est la dernière pièce du puzzle qui permet une analogie quasiment mystique entre le Ve et XXIe siècle.
La Russie, puisqu’il s’agit d’elle, et malgré toutes ses faiblesses : démographie catastrophique, absence de tissu industriel, présence de plus en plus massive de musulmans russes et d’Asie centrale, a décidé de continuer à perpétuer le rêve impérial. Par là même, elle redevient un acteur quand l’Europe de l’Ouest n’est plus qu’un enjeu, situation recréant donc la dichotomie de l’Antiquité tardive. Dans cette optique, les États-Unis endosseraient plutôt le rôle de l’Empire perse sassanide.
Pour la seconde fois, l’Empire d’Occident, qui avait disparu une première fois sous sa forme étatique mais s’était reconstitué, sous une forme civilisationnelle, par le truchement de l’Église catholique romaine, est donc en train de s’écrouler.
André Waroch, Europa Maxima
En effet, « l'empire d'Occident » s'écroule, disons plutôt qu'il fond, lentement mais surement et qu'à mesure qu'il fond il creuse dans le même temps une fosse profonde ...
Toutefois, de quel empire parlons-nous ? Celui, « civilisationnel », d'Occident en fut-il un ou bien ne fut-il pas, n'est-il pas, selon le mot de Julius Evola, une sorte de cancer, n'étant plus « sacré » ?
Et le fut-il jamais, construit qu'il était sur une usurpation et un mensonge ? Usurpation et mensonge qui fonde le socle du fantasme moderne qui a pour « domus Europa », Europe, quelque soient les appelations qui précèdent ou suivent ce nom ...
Tout d'abord il faudra bien accepter que le mot et l'idée « d'empire byzantin » est un piège, un camouflage, quelque chose qui n'a jamais existé, terme de stratégie politique visant à néantiser une réalité, à en bâtir une autre et à donner à celle-ci toute la réalité possible en réécrivant l'histoire. Ce terme stratégique, de formation récente, à pris le pas sur celui, généré par Charlemagne et son « think tank » ..., d'empire grec.
Et la réécriture se poursuit dans un mouvement qui, quoi que se définissant en opposition au modèle en place, n'en est, finalement, qu'un rameau, une option, une « alter-native » ...
Toni Negri en jette les bases, moins en détournant le mot « empire » qu'en le renvoyant à une acception négative toujours déjà là (une option alternative) :
« Comment définir l’empire ? C’est la forme politique du marché mondial, c’est-à-dire l’ensemble des armes et des moyens de coercition qui le défendent, des instruments de régulation monétaire, financière et commerciale, et enfin, au sein d’une société mondiale biopolitique, l’ensemble des instruments de circulation, de communication et de langages. » Toni Negri, Exil.
Inversion, donc. Le politique se fait ancillaire. L'économisme, globalisant est dominateur, asservit exclusivement tous les moyens à sa finalité. Quel rapport avec l'Empire ? Les moyens, certes. Mais, largement dévalués et investis de valeurs « autres ». Ainsi, l'alternative se prend elle-même au piège de sa source. Le mot ne définit pas la réalité ontologique et, bien qu'armé négativement il affaiblit considérablement la charge, révélant ainsi la collusion. Une voie dénonce l'autre, logique imparable de l'affrontement dans un accord tacite, le « quelque chose comme un cancer » se répand dans toutes les perspectives, fussent-elles persuadées elles-même d'être réellement antagonistes. L'Empire reste extérieur à ce dialogue pathologique armé.
Tout comme il reste, en réalité, extérieur, aux différentes conceptions qui s'affrontent autour de son nom et de son histoire, autour des réalités qui lui sont appliquées diversement.
« La différence de longitude et de latitude entre Rome et Moscou présente ainsi une importance symbolique considérable : elle est le ressort perpétuel du monde. » Raymond Abellio, L'Assomption de l'Europe.
Dans La Pensée captive, essai sur les logocraties populaires, Czeslaw Milosz, utilise le terme "Empire", pour désigner l'Union des Républiques socialistes soviétiques ... La définition de T. Négri pourrait-elle s'appliquer dans ce cas ? Pas dans les mêmes termes, cependant il ne faudrait pas y changer grand chose pour voir les deux formules se correspondrent ...
21:50 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Nouvelles de ce monde, Orthodoxie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : empire, état, états-unis, russie, byzance, empire d'orient, empire d'occident, fin, eschatologie, déclin, politique, géopolitique, orthodoxie |



































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