lundi, 16 novembre 2009
Contre Agamben ... tout contre ! (1)
« Puissè-je ne pas me glorifier, sinon dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! »
(Epître aux Galates, 6, 14)
« Lutter contre la biopolitique en pratiquant le retrait du corps biologique (pâle et myope copie de l'ascèse monastique), en défendant sa privatisation, ne permet pas de rompre avec le schéma anthropologique qui fonde ce pouvoir.
La biopolitique envisage le monde sur un mode dualiste, marqué par l'opposition entre le corps et l'âme. Elle est, en cela, héritière du théologico-politique des chrétientés occidentales ... »
Henry BEQUE, Biopolitique ou zoopolitique in Revue Nunc, n° 5
Cet héritage, c'est ce que Giorgio Agamben démontre et démonte de façon intelligente et, je dirais ingénieuse, dans son ouvrage Le Règne et la gloire. Mais, en effet, bien que le philosophe aille plus loin que dans ses ouvrages précédents, auxquels se réfère l'excellent article d'Henry Beque,le schéma anthropologique sur lequel il fonde sa recherche n'est pas modifié. En outre, cette nouvelle avancée dans le travail pertinent de G. Agamben confirme que sa lecture des sources auxquelles il s'abreuve est tout entière marquée par le criterium occidental. L'auteur ne s'en cache pas, bien évidemment. Mais, le « souci » vient de ce qu'il affirme UNE seule théologie, UNE seule approche, UNE seule, unique et possible dérivation. Il applique au christianisme tout entier les critères de théologies catholiques et protestantes.
Nous ne nierons pas la thèse de ce livre, à savoir la dérivation du pouvoir « démocratique » moderne depuis les conceptions théologiques, qui se révèlent, au demeurant, être beaucoup plus théologico-politiques, de l'Église dans son rapport à l'autorité et au gouvernement, pas plus que nous ne nierons l'analyse éclairante, dans le cadre de « l'Empire », de la « gloire » et de ses insignes.
Nous soulignerons seulement que, comme toujours, en pareil cas, l'auteur avance naturellement en philosophe et en historien des idées mais que, contrairement à ce qu'il semble penser, son travail est lui aussi tributaire de contres-vérités et de manipulations qui concernent, en outre, très précisément le sujet qu'il évoque ...
Bien sur l'étude de Giorgio Agamben est, pour son auteur, « théologico-politique », toutefois, elle apparaît à sa lecture bien plus philosophico-politique. Il y a déjà là, toute la distance qui sépare l'Orthodoxie chrétienne de la vision théologique propre à l'Occident. C'est, tributaire de cette vision que l'auteur s'engage dans son étude. Je le répète, dans l'ensemble ces conclusions ne peuvent apparaître que justifiées, bien que discutables sur certains détails, évidemment. Mais l'auteur semble ignorer et rejeter l'idée pourtant aisément vérifiable qu'il existe une autre théologie, une autre approche et il lit ainsi les Pères et la pensée théologico-politique de l'Empire Byzantin (sic) à la lumière de la pensée même qu'il déconstruit. Pensée qui, précisément, a souhaité et fabriqué ce présupposé.
En outre, comme si souvent en pareil cas, se pose le problème du regard de l'auteur, de son orientation générale... La « science des religions » est-il vraiment le seul domaine concerné par cette posture qui fait qu'un chercheur doive être nécessairement détaché de son objet d'étude ? Imagine-t-on décemment un chercheur en physique étudier la fission et ses diverses implications et déclarer que : « bien sûr l'atome n'existe pas, c'est un mythe, un dérivatif imaginé par les peuples et leurs chefs; d'ailleurs si l'atome existe il faudrait encore qu'il donne de lui-même des preuves de son existence ! » ?
Dema
nderais-je, à tous ceux qui s'approche de sujet tel que la théologie de ne le faire qu'en ayant la foi ? De quel droit ? Et, de plus, combien de ceux qui, justement, abordèrent cette matière avec la foi sont-ils responsables de cet arraisonnement de la théologie par le pouvoir et la technique ? Je ne demanderais donc rien, mais je me souviens, pour ma part, des mises en garde de saint Syméon le Nouveau Théologien réaffirmant toute la tradition patristique ...
Et voici donc, la première pierre d'achoppement ...
En effet, tout au long de ce livre, l'auteur nous présente les théories, les constructions doctrinales qui, selon lui, sont à l'origine de la lente mais ferme dérivation vers le pouvoir des données de la théologie, comme provenant d'un ensemble homogène, intégralement accepté par l'Église, qu'on appelle : les Pères de l'Église ...
Or, aucun, de Tertullien, Augustin ou Thomas d'Aquin n'est reconnu comme tel par l'Église indivise. En outre, les très rares citations des Cappadociens , de saint Jean Chrysostome sont, de toute évidence, hors de tout contexte, soigneusement choisies pour illustrer le propos et aller dans le sens de la démonstration. A aucun moment il n'est tenu compte de ce que les saints Pères et toute la tradition de la théologie mystique ont fait de ce legs, de ce qu'ils ont vécus. Dans le texte d'Agamben, il semble que tous ces textes ne soient que des constructions abstraites ayant eu une influence sur le « monde des idées » puis, par décision et stratagème politique, sur le monde tout cours; oeuvres d'écrivains en chambre. L'incroyable corpus des Pères de l'Eglise est bien, en effet, un corps, un corpus; mais un corps nouveau, fruit d'une expérience vécue, transmis « en vue » d'une expérience vécue. Mais, évidemment, l'auteur ignore de quelle vie les « idées » qu'il analyse, vivent au sein de l'Église, plus particulièrement dans la Liturgie, et par quels actions spirituelles elles sont prolongées et, précisément, vivifiéesi.
L'interrogation initiale concernant ce qu'il est advenu du terme et de l'idée oikonomia entre l'époque ancienne et le monde moderne est, certes, excellente et l'ensemble de l'analyse est excellente elle aussi, la démonstration du caractère économique du pouvoir, non seulement aujourd'hui mais depuis l'époque fort éloignée de la philosophie antique et de la patristique naissante est exaltante et a l'immense mérite de mettre en lumière des pans occultés de l'histoire des idées ... Et, précisément, c'est sur le caractère « occulte » qu'achoppe le plan analytique d'Agamben qui ne parvient pas à se défaire de l'idéologie chiastique du modernisme. Il s'agit, obscurément, d'un préjugé. Toutefois, d'un préjugé si répandu, même (et surtout) parmi tous ceux qui voudrait penser au-dessus et au-delà du monde moderne, parmi tous ceux qui osent faire le saut au-dessus de l'abîme « idéologique ». Saut, d'autant plus périlleux, qu'aujourd'hui l'idéologie est imbriquée, infondue dans notre chair « sacro-sainte », dans notre être-corps protégé par la magnifique barrière des droits-de-l'homme ...
OIKONOMIA – KENOSE
L'idée-directrice est entendue depuis l'ouverture de l'ouvrage : l'oikonomia telle que retravaillée par les Pères de l'Église, en particulier dans le dogme trinitaire, est devenue le paradigme du pouvoir en s'infiltrant dans la doctrine du « gouvernement divin du monde » ...
Pour « point de départ », pourrait on dire, à cette idée : l'inversion d'une proposition paulinienne. Ainsi, « l'économie du mystère » devient dans le corpus patristique « le mystère de l'économie ».
L'économie du mystère suggère, très clairement, les raisons pour lesquelles a eu lieu ce mystère, ici il est question, bien évidemment de l'Incarnation du Christ et de l'Histoire sainte. L'origine de l'inversion des termes se logerait dans les polémiques liées à la clarification de la christologie et de la théologie trinitaire. Ce glissement déboucherait ainsi sur une aporie ontologique et constituerait alors le fondement théologique du paradigme du pouvoir en tant que « gouvernement ».
« Ce qui résulte de la relation entre volonté générale et causes occasionnelles, entre Règne et Gouvernement, entre Dieu et Christ est une oikonomia où l'enjeu n'est pas tant de savoir si les hommes sont bons ou méchants que de savoir comment la damnation des plus nombreux se concilie de façon ordonnée avec le salut de quelques uns et comment la méchanceté de certains n'est que l'effet collatéral de la bonté des autres. »
Cette analyse, outre qu'elle oublie, volontairement (ou pas), l'Esprit Saint (le vivificateur, précisément) inséparable du Père et du Fils (« adorons l'Indivisible Trinité car c'est Elle qui nous a sauvé » dit la divine Liturgie selon saint Jean Chrysostome), se fonde uniquement sur la théologie catholique de tradition thomiste.
« parmi les êtres naturels, il arrive toujours, ou dans la plupart des cas, ce qui est mieux; et il ne saurait en être ainsi si les êtres naturels n'étaient pas dirigés vers une bonne fin par la providence. Or, c'est précisément cela gouverner. »
(Thomas d'Aquin, De Gubernatione mundi)
Toute la psychologie thomiste, optimiste et intellectualiste (selon Nicolas Berdiaev) considère l'homme comme un être qui aspire au bonheur, elle tend vers un eudémonisme foncier. Pour Thomas et cette théologie, en contradiction avec les Pères orthodoxes, la Providence agit comme nécessité, comme une (fameuse) « main invisible ». Or saint Jean Damascène le disait « Où il y a nécessité il ne saurait y avoir vertu ». Saint Syméon le Nouveau Théologien réagissait encore en son temps contre ceux qui prétendent que la grâce agirait à notre insu, sans notre concours, de manière absolument extérieure, comme une « nécessité naturelle qui incombe aux choses qui sont déterminées en vue d'un fin » (Thomas d'Aquin, ibid). Pour lui (et pour les Pères avant lui) la grâce est une communion à Dieu, et elle ne peut être agnostos, elle exige la synergie divino-humaine (théantropique).
Agamben regrette quelque part dans le corps de l'ouvrage la position scolastique sur l'au-delà, position dérivant de l'idée de Providence, incluse, de ce fait, dans l'économie et qui manque singulièrement de cet amour qui est le Nom de Dieu. Mais, il ignore par exemple un ouvrage exemplaire sur le sujet, le De la Providence de Dieu, de saint Jean Chrysostome. Pour ce dernier toute l'économie divine est fondée sur le don et le sacrifice gratuit, ses exhortations à l'aumône, base du « sacrement du frère », se fondent elles-mêmes tout entières sur l'imitation de l'économie divine. De même, toute l'économie des saints Pères, telle qu'en elle même, et non revisitée par le catholicisme ou le protestantisme (les seules sources « vivantes » interrogées par Agamben), prend appui sur l'idée de la kénose, ou exinanition, sur cela pas une ligne, or nous verrons plus loin en quoi cette idée est primordiale.
« Tout le mystère de l'économie consiste de l'exinanition et l'abaissement du Fils de Dieu. »
saint Cyrille d'Alexandrie

« Si on ne comprend pas cette vocation originaire « anarchique » de la christologie il n'est pas possible de comprendre ni le développement historique de la théologie chrétienne, avec sa tendance athéologique latente, ni l'histoire de la philosophie occidentale avec sa césure éthique entre ontologie et praxis. »
Giorgio Agamben, base ici sa démonstration sur un texte de Grégoire de Nazianze et sur le texte du Concile Oecuménique de Nicée selon lequel le Fils « règne absolument, anarchiquement et infiniment avec le Père. » (anarchos kai ateleutètès)
Pour Agamben, qui suit de près Augustin et Thomas d'Aquin; la conception Trinitaire ne se fonde que sur la praxis, l'action, le gouvernement ... or, cette conception, qui mène à l'aberration théologique moderne d'une distinction entre Trinité interne et Trinité externe, ne se conçoit qu'en « mode fillioquiste ».
Ce que Giorgio Agamben veut, à tout crin, faire coïncider avec son intuition est un « lieu commun », que la philosophie européenne est l'héritière de la théologie scolastique et, à travers cette théologie très particulière, celle de la philosophie antique à travers l'oeuvre des Pères de l'Église.
Or, elle n'est l'héritière des Pères qu'en ce sens qu'elle est la trahison spécialement occidentale, elle hérite de la philosophie antique en oblitérant le retournement que ceux-ci, à la lumière de la théologie secrète de Christ (le Seigneur de Gloire), avait opéré.
« Il est évident que la proclamation de la « mort de Dieu » résume le processus historique tant de la théologie naturelle que de l'apophatisme en Occident. Heidegger affirme que, dans la pensée de Nietzsche, la théologie chrétienne s'identifie au platonisme, et en même temps que « le christianisme est pour Nietzsche la manifestation historique, séculière et politique de l'Église, et son exigence de puissance dans le cadre de la formation de l'humanité occidentale. » Le Dieu chrétien s'est identifié autant au monde intelligible de la métaphysique classique, qu'à la forme culturelle d'une utilité sociale. La proclamation de Nietzsche signifie « l'hérésie » fondamentale du christianisme en Occident, la recherche d'une ingérence rationnelle et sociale, le refus du paradoxe, c'est-à-dire du caractère « nouveau » de l'Église. » Christos Yannaras, De l'Absence et de l'inconnaissance de Dieu.
Le processus décrit dans Le Règne et la gloire, est bien intrinsèque à l'Occident, et cette progression est admirablement, et synthétiquement, décrite par Ch. Yannaras :
« Les singularités dogmatiques, historiques et canoniques qui séparent le christianisme occidental du christianisme originel tendent toutes à ce changement fondamental de la conception ecclésiologique, que fut l'exigence d'une autorité temporelle de l'Église, l'Église cédant à la troisième des tentations du Christ, comme l'a noté Dostoïevsky.
La proclamation de la « mort de Dieu » est l'aboutissement historique qui juge en tout l'évolution théologique de l'Occident. En apportant un soutien rationnel aux vérités de la révélation, l'Église d'Occident prépare leur réfutation rationnelle. Le rationalisme, fruit direct de conséquence naturelle du thomisme, est le seuil historique de l'empirisme. Et l'empirisme est la porte ouverte à l'avénement du nihilisme. En même temps, l'antirationalisme, fruit direct et conséquence naturelle de l'apophatisme protestant est le seuil historique de l'axiocratie. Et l'axiocratie est la porte ouverte à l'avènement de l'amoralisme, le « renversement de toutes les valeurs. » (ibid)
Ce qu'Agamben rate totalement, car il est engagé dans l'arraisonnement qu'il ne veut pas même soupçonner, c'est que si le pouvoir contemporain a bel et bien la forme economico-providentielle qui est la sienne, il le doit en effet à cette dérivation très particulière de la théologie « franco-latine »; toutes ses tentatives pour faire remonter cet arraisonnement aux saints Pères sont dépourvues de sens. Pourquoi ? Parce que ses méthodes et ses présupposés sont ceux-là mêmes de l'arraisonnement ...
« Ce que chacun doit comprendre c'est que les termes qui appartiennent aux catégories métaphysiques furent et sont utilisés uniquement par les hérétiques comme support de leurs positions. Les Pères furent contraint d'utiliser ces termes et ces catégories contre les hérétiques eux-mêmes, mais sans avoir jamais l'intention d'utiliser ceux-là en tant que parties des définitions de Dieu.» Père Romanidès.
En effet, les Pères se sont clairement saisi du terme oikonomia, comme ils l'ont fait pour tant d'autres. Mais il ne s'agit pas, dans ce cas, d'un glissement sémantique ou d'un problème de signature; et la stratégie des saints Pères ne fut jamais de « légitimer » le pouvoir en attirant à lui une vénération divine, « glorieuse » pour reprendre la thèse de l'auteur. S'il s'agissait bel et bien d'une stratégie et d'une co-opération celle-ci visait non la subjugation des masses mais, précisément, la guérison d'une telle subjugation.
[...]
i« sentir Dieu » pour la philosophie c'est un non-sens ou bien une négation de tout logicité, c'est, en fait, une crucifixion qui humilie et exalte l'homme dans une méta-noèse, impensable mais vécue. » Olivier Clément
23:05 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Contre Agamben, tout contre ... II
Une très, très brève mention, dans le corps de l'ouvrage, accordera une attention fort légère au fait que le terme patristique oikonomia, avait presque disparu des débats théologiques de l'occident et qu'il ne reparaît, happé par une autre idéologie, qui sert pourtant de point de basculement essentiel, que bien des années après son occultation ...
C'est bien ici qu'aurait pu être saisie le détournement opéré. C'est à ce point précis que l'on aurait pu ana
lyser la terrible dérivation théologique transformée en politique. Il faut bien souligner qu'avec un recherche moins orientée Giorgio Agamben aurait pu, lui-même découvrir que les vrais Pères de l'Église définissait la relation interne à la Trinité (qui dans cette étude semble être le point nodal de retournement et de questionnement) non en terme d'oikonomia mais comme OKEIÔSIS, qui exprime, de façon voisine, certes mais avec une nuance d'une extrême importance, la communauté de vie entre personnes vivant dans un même lieu. Terme qui définit également l'intimité du fidèle avec Dieu, donc nullement en terme d'autoritarisme, ou d'économie ...
SABBATISME – KATAPAUSISME
Redécouverte agambienne : le désoeuvrement désigne ce qui est le plus propre à Dieu :
« être désoeuvré -anapauesthai- n'est vraiment propre qu'à Dieu seul » (Philon); « Le sabbat, qui signifie désoeuvrement -anapausis-, est de Dieu. » (Philon)
Dans cette partie de l'ouvrage, l'auteur remarque, avec une pointe d'ironie, que le fait que le Christ place le mot Amen au début de ces dires, pouvait sembler une forme de subversion. Evidemment, il lui est quasi impossible de reconnaître la véracité de ce fait et, sans doute, est-ce la raison pour laquelle il n'est pas fait mention dans cette même partie de cette parole christique : « Le sabbat est pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat ».
Il s'agit bien plus d'une inversion que d'une subversion. Et, en définitive, par rapport à la « nature » chutée, et donc à l'économie « chutée », toute l'oeuvre du Christ est une inversion, une reprise invertrice, une inversion de l'inversion initiale. Le caractère gestionnaire, ordonnateur de l'oikonomia est renversé très concrètement par le Christ, voir les épisodes du jeune homme riche, de la veuve qui donne tout son maigre avoir au temple, des marchands du temple et surtout les paraboles du jeune homme riche, de Zachée et particulièrement celle des ouvriers de la onzième heure. Il en est de même quant à la « nécessité naturelle ». N'est-elle pas bouleversée dans la résurrection de Lazarre et dans celle de la « jeune fille » ?
Selon certaines conceptions après le Jugement les ministères angéliques s'éteignent, pour Thomas d'Aquin les saints
ne feront que contempler les tourments des damnés et la jouissance de cette vision justifie la justice divine et leurs propres béatitude fondée en elle. Ainsi, seul le gouvernement (la praxis) des démons « exécutant les sentences » demeure éternellement. En effet, le manque d'agapè semble flagrant, ainsi que le remarque Agamben ! Or, pour l'Orthodoxie les glorifiés sont tournés vers Dieu seul, vers la Toute Sainte et Indivisible Trinité, les nuances entre chacun tient compte de la notion centrale d'hypostase, laquelle n'est aucunement annulée après le Jugement puisque la déification est précisément la révélation intégrale, dans la Gloire du Seigneur, de la personne. Il s'agit d'une vision de personne à personne (prosopon pros prosopon) : « la gloire que nous voyons aujourd'hui de façon confuse comme dans un miroir (di' esoptrau en ainigmati) nous la verrons alors face à face (prosopon pros prosopon). » (1 Co. 13, 12)
...
Mais, ainsi que le laisse suggérer ce que nous avons noté plus haut, Agamben n'a aucune conscience de ce « statut » de glorifiés, confondant sans cesse ce qui ressort de la louange et ce qui est, dans la langue particulière et rénovée des Pères, la glorification, proprement la participation unitive à la Gloire de Dieu que l'Occident, en effet, ayant oublié l'opérativité complète et la concrétude très réelle de cette « métamorphose invertrice », considère comme « extérieure » aux créatures, comme appartenant à un « autre monde » quasiment inaccessible. Si les créatures doivent chanter et « rendre grâce », ce n'est pas en tant que soumises à une autorité mais bien parce qu'elles sont « prises », conscientes dans le mouvement dynamique des énergies divines qui sont le chant de l'indicible silence; baignées dans les ondes de la circulation érotique de la création glorifiée. Non comme individus strictement étagés comme dans un fonctionnariat hiérarchisée mais comme les âmes « noetisées », spirituellement unies (kata noûn) au Verbe au moyen du baiser spirituel (noéros), désormais « aussi simples et indivisibles qu'elles peuvent l'être. »
Et cette remarque est d'importance car toute la représentation qu'Agamben donne des écrits de Denys l'Aréopagite est totalement faussée par cette interprétation très « moderne » qu'il entend, par ailleurs, démonter. Les hiérarchies évoquées par saint Denys ne se fondent pas sur un autoritarisme extérieur et contraignant (nécessaire) mais sur l'érotique reconnaissance de la nature et de l'état réel (noétique) de chaque créature, sur ce qu'est sa personne (hypostasis), son eso anthropos. Il s'agit d'amour (agapè) et de désir (éros) pas de caporalisme.
Tout ceci peut encore être ramené au texte explicatif de C. Yannaras et plus loin encore à la vision historique exposée par le Père Romanidès.
22:55 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Orthodoxie, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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jeudi, 12 novembre 2009
Corps-machines
"L'homme est une machine douée pour les choses banales, d'une bien plus grande faculté d'automatisme qu'il ne le croit." Raymond Abellio
Les machines ne sont pensées qu'à partir de l'homme, à partir de la partie "machinique animale" de l'homme, à partir d'une "vision" de l'homme réduit à cette part ...
Les machines (latin, machina, du grec mèchanè) sont des pièges. Elles sont conçus à l'image et à la ressemblance de l'homme (latin, masculus). De l'homme déchu. De l'homme-corps. De l'homoncule, de cette dissemblance d'homme qu'est l'humain « naturel » d'après la chute.
Du machisme (espagnol, macho, du latin, masculus) au machinisme il n'y a qu'un pas.
Cette option, la possibilité même de cette vision, provient d'une longue, longue dérive théologico-philosophique. Elle remonte même bien plus loin, ou, plutôt, bien plus « haut ».
Dans l'un des exercices de Métaphysique Critique de la première occurrence de TIQQUN, intitulé Hommes-machines, mode d'emploi, l'origine de cette option historique, de cette contrainte politico-théologique, cette origine est évoquée.
« Si Adam n'avait pas péché le Tiqqun, la Réunification, se serait accompli; toute choses eût repris sa place et l'univers eût été sauvé. Et pourtant cette chute dans la confusion du bien et du mal, qui devaient rester séparés, et ce déchirement en des séparations artificielles de ce qui devait demeurer uni, ne nous condamnent pas à un exil définitif et à une irréversible impuissance. L'enfer où nous sommes tombés est notre errance, et le désert que nous traversons aujourd'hui, c'est l'histoire; en un certain sens, « non seulement nous sommes maîtres de notre destin, et au fond responsables de la poursuite de l'exil, mais nous remplissons aussi une mission qui a des finalités plus lointaines » (G.Scholem). [...] La Kabbale dit que l'homme tombe dans l'isolement lorsqu'il veut se mettre à la place de Dieu, en d'autres termes lorsqu'il prétend que la liberté doit lui servir et que ce n'est pas à lui de servir la liberté. »
L'origine est évoquée. Mais elle est aussitôt happée et infusée dans les brumes de la dérive.
« A mi-chemin entre transcendance et immanence, la Shekhina se tient à la fenêtre qui s'ouvre sur notre propre néant, sur notre propre liberté. Ce langage au moyen duquel l'homme mystique, l'homme qui était plus haut que les anges, rentre dans son vêtement terrestre, se réconcilie avec son corps, c'est un langage qui raconte l'individu, qui le fait se redécouvrir lui-même, qui l'ouvre à la reconnaissance des autres. Certes un tel langage est différent pour chacun, mais il est compréhensible pour ceux qui suivent le même chemin, c'est-à-dire, « dès lors que chaque individu à une tâche particulière dans la lutte pour lé réalisation du Tiqqun, selon le degré et l'état propre de son âme (G. Scholem). Marx disait en substance la même chose, mais avec plus de précision : « C'est seulement quand l'homme réel individuel a repris en soi le citoyen abstrait [...] quand l'homme a reconnu et organisé ses propres forces en forces sociales et donc ne sépare plus de soi la force sociale sous la forme de la force politique, c'est alors seulement que s'achève l'émancipation humaine » (Marx, La Question juive). »
Sous le masque de la fausse compréhension spirituelle (qui n'est, en outre, que religieuse, confusion révélatrice) c'est immédiatement la démonie du social qui reparaît. Idolâtrie et hypnose syncopées.
Par une particularité excessivement moderne, quoi qu'on s'en défende, on essai de surmonter, de transcender des critères que l'on juge dépassés, obsolètes et l'on considère qu'il est beaucoup plus radical (plus seyant, en réalité) de remonter « plus haut » (à ce que l'on croit) ...
« La Shekhina, si intime qu'elle soit avec la sphère céleste, se tient amoureusement auprès de tous les hommes, comme elle l'était auprès d'Israël partout où il était en exil; et de même, « lorsque deux hommes sont assis à interpréter les paroles de la Torah, la Shekhina se trouve parmi eux » (J. Abelson), puisqu'il n'y a pas de lieux où la Shekhina ne soit pas, où elle ne souffre pas la même douleur que l'homme, « pas même dans le buisson ardent » (Exode rabba sur Exode 2, 5). « Lorsque l'homme endure des souffrances, que dit la Shekhina ? « Ma main me fait mal; ma tête me fait mal » (G. Scholem). »
L'Occident est bien malade, et le monde le suit comme son ombre. L'Occident est bien malade, de ses choix, de ses déviations multiples et ramifiées, multiples et dont chaque division entraîne des divisions intensifiées et autant d'inversions de ses inversions. L'Occident est bien malade et les pharmacopées qu'on lui choisies sont pires que le mal.
Le Tiqqun ? Il est.
Le Tiqqun est réalisé. Le Seigneur de Gloire Lui-même l'a réalisé ... Lui-même. La cure, la voie de guérison est connue.
« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom je suis au milieu d'eux ... »
Le langage qui fera/fait que l'homme-Adam se réconcilie avec son corps c'est le langage eucharistique ... et, en aucun cas, il ne concerne des individus. Dans la primitive Eglise, telle que décrite par Paul, les idiotès, sont les « individus privés », tous ceux qui n'ont pas encore été illuminé, tous ceux dont le coeur n'est pas purifié, qui ne sont pas des glorifiés et qui, pour cette raison n'entendent pas la prière perpétuelle « dites » dans le coeur par les prophètes de l'Église, i.e les glorifiés. Ainsi, il est vrai que les « réconciliés » qui peuvent parler chacun un langage particulier peuvent aussi, sinon se comprendre, du moins « s'entendre » ...
Ignace d'Antioche utilisera le terme mèchanè pour désigner : la croix du Christ !
Dans le domaine militaire de l'antiquité mèchanè désignait en premier lieu les « machines de guerre », celles qui permettaient d'assaillir ou de piéger l'ennemi. L'Ennemi qui a piégé les âmes et les corps par la ruse est vaincu par une « machine de guerre », un piège divin ... Et, logique paradoxale de l'inversion, ce qui est machine pour le propagateur du piège viral est, pour les malades, l'onguent et la cure ...
« L'allégorie offre [...] à l'âme éloignée de Dieu comme une machine qui la fait s'élever vers Dieu. »
saint Antoine le Grand
Pourtant la maladie progresse. La faute aux « médecins » que nous nous choisissons, sans doute ?
« Alors que dans le modèle de production fordiste, le corps était condamné à la chaîne de montage par ses gestes répétitifs, et l'esprit restait « libre » d'en penser les formes d'émancipationi, aujourd'hui, le travail étant dans les sociétés capitalistes avancées presque entièrement intellectuel, c'est le corps qui assiste, incrédule et oublié, à cette nouvelle exploitation. Oublié durant les heures de travail, mais constamment présent dans le temps libre sous forme d'obsession, le corps est la plus matérielle de nos déterminations en même temps que la carte de visite qui permet d'accéder au marché du travail dématérialisé. »
L'empire vide, que j'appelle dominion est comme un cancer, mais ses métastases peuvent non seulement accroître le domaine du mal mais encore engendrer d'autres pathologies pas encore pensées ...
Qu'est-il arrivé à nos corps ?
« La grâce de l'Esprit donne au corps aussi l'expérience des choses divines. »
saint Grégoire Palamas
Nos corps ne sont plus à nous, arraisonnés par le machin-monde. Ils ne sont plus à nous puisque nous ne suivons pas la voie anagogique qui assure la restitution, le Tiqqun, l'henosis ! Où, dans quelle parole, est magnifiquement célébré cette union, si ce n'est dans le Cantique des Cantiques, le chant de l'amour fidèle et du corps exultant ... ?
Nos corps ne sont plus à nous car c'est dans le Corps du Christ qu'ils nous sont restitués, qu'ils sont authentiquement hypostase, pleinement « personnes ». Le Salut (soteria) n'est pas en mode individuel (ni collectiviste, ni « communiste ») mais en mode personnel ... ce qui signifie que le salut ne concerne pas l'au-delà mais bien le hic et nunc, la vie. Seul l'individu est concernée par la mort c'est-à-dire le domaine corporel, auquel appartiennent (bien que non entièrement) le cérébral et le rationnel. Le thanatos, comme l'éros (compris vulgairement comme le seul désir sexuel) ne concernent que le corps. La mort, par inversion intensifiante de sa défaite, est gagnante, elle masque avec ruse, sa défaite (« mort, où ta victoire, où ton aiguillon ? ») par l'éros vulgaire intensifié.
Les plus fins analystes s'y laissent prendre, à ce piège, à cette stratégie ...
Ne voulant rien lâcher de leurs convictions, de leurs découvertes qu'ils croient leurs propres.
Ainsi Michel Foucault (influence d'Agamben et de TIQQUN) a-t-il raison d'écrire dans Il faut défendre la société : « la grande ritualisation publique de la mort a disparu, ou en tout cas s'est effacé, depuis le XIIIè siècle [...] Au point que maintenant la mort – cessant d'être une de ces cérémonies éclatantes à laquelle les individus, la famille, le groupe, presque la société tout entière, participaient – est devenue au contraire ce qu'on cache. [...] Et à la limite c'est moins le sexe que la mort qui est aujourd'hui l'objet du tabou. »
Mais quoi, tout ceci n'est perçu que d'un point de vue sociologique, s'en est presque plus écoeurant encore que le fait qu'il désigne. Ce type d'analyse est réellement typique du mal occidental, dévastatrice non tant pour ce qu'elle pense combattre que pour ce quelque chose d'indéfini qu'elle entend défendre. C'est en cela, sans doute, que toutes ces pensées rejoignent le grand flou de l'hermétisme qui a fasciné tant les humanistes et les « Lumières » que ceux qui entendait les combattre ... Orobouros de dévorant lui-même à partir de son extrémité opposée. Et la tentation pourrait être grande de se dire alors, « laissons le monstre et ses enfants s'entredévorer ! Dieu reconnaitra les siens ! », mais d'une part ce dévorement ne signifie nullement la défaite, et, d'autre part, Dieu reconnaitra-t-Il pour « siens » ceux qui, en aucune manière, n'auront réagi ?
Pour en finir (très provisoirement), notons à la suite de Foucault que, dans l'Église Orthodoxe se perpétue l'orthopraxie concernant les « morts ». Ceux-ci sont participants de ce qu'il faut appeler leur dernière participation à une Liturgie ici-bas ... Contrairement à la pratique occidentale, en effet, le cercueil est, aux pieds de l'iconostase (là où se tiennent ceux qui communient, les nouveaux baptisés ...), ouvert ! Le « défunt » (qui pour l'orthodoxie est « né au ciel ») assiste pleinement à la Liturgie qui se tient dans la communauté qu'il a connu, à laquelle il appartenait ...
Différence singulière, une fois encore ! Le corps n'est pas escamoté, aucune machine-piège ne l'engloutit avant l'ultime sacrement, il est encore présent comme le Christ est Présent, déjà-toujours-là ...
Un saint moine de l'Athos disait à propos de ceux qui sont « guéris » en Christ : « ... nous voyons les visages comme des images du Dieu débordant d'amour. Celui donc qui a revêtu la grâce du Christ voit les autres revêtus de même, même si leur corps sont nus, alors que celui qui n'a pas la grâce de Dieu voit les corps nus, même s'ils sont habillés ! » (H. Vlachos, Entretiens avec un ermite de la sainte Montagne sur la prière du coeur)
Les saints Pères ont « définis » une très réelle et concrète thérapeutique (que nous évoquons ici parfois sous le terme de théorapie). Selon le Père Romanidès elle constitue même l'acmé de la voie christique, son essence véritable ! En occident, les catholiques ont réagis aux théories psychanalytiques et psychiatriques en évoquant une influence satanique, mais mêlant à leurs condamnations tout ce qu'il ne faut pas de pathos et de sentimentalisme. En réalité ces théories sont des reprises profanatrices, des reprises en inversion intensificatrices de la très fine analyse des différentes parties de l'âme établies par les saints Pères à partir des saintes Ecritures et d'une expérience vécue très concrète de la cure christique !
Toutefois, ce qu'il convient d'ajouter à ce tableau, c'est qu'à mesure que passait le rouleau annihilant du temps-monde, à mesure que le processus d'individualisation avançait et, du même coup, détruisait la compréhension « personnelle » de l'âme humaine en collectivisant la « psychè », il convenait d'appliquer à la société dans son ensemble le diagnostic non-complaisant des Pères. Non-complaisant car plein de compassion réelle, l'amour est sévère ! Ainsi, comme le disaient de nombreux Pères « l'éros est une agapè intense »... or, il est bien évident qu'à l'aujourd'hui l'éros n'est plus, absolument plus, agapè, il n'en est plus du tout l'intensification mais a raréfaction la plus atrophiante ! Nous en sommes à l'air de la gastrimargia ... où tout est consommation sur-intoxicante ! Si, comme le disait avec une profond élégance Olivier Clément, le christianisme nous appelle à nous faire « tout visage », il est clair que « ce monde » tel qu'il roule sur sa pente savonneuse, nous appelle à nous faire « tout regard », et regard envieux et désirant-jalousant !
Quant à un rapport plus strictement lié au « corps » les Pères appelaient philarguria cette forme excessive d'avarice qui nous fait désirer chaque chose ou idée comme « nôtres ». Lié au « stade anal », lorsque l'enfant identifié entièrement à son corps et effrayé par sa défécation dans laquelle il perçoit une liquéfaction de son être, une mort de son corps ...
Et l'homme a eu peur de perdre la merde
ou plutôt il a désiré la merde
et, pour cela, sacrifié le sang.
A. Artaud, Pour en finir avec le Jugement de Dieu
Pour défaire l'efficace du processus sotérique (salut1/santé) l'occident l'a transformé en « système », celui des 7 péchés capitaux ... délaissant l'aspect concret, formé sur l'expérience et l'expérimentation pneumatique des saints Pères « ce monde » a préféré, pour en annuler l'efficience, le figer et le masquer en un moralisme solidifiant mais qui, évidemment, contenait, plus il se durcissait, toutes les promesses de ces plus nauséabondes liquéfactions futures ...
Extraire nos corps à la soumission de ce monde qui pousse en mauvaise graine de bio-pouvoir; oui ! Trois fois oui ! Mais pas sans une âme qui va avec,et pas sans une âme qui puisse, puisqu'elle est irrémédiablement chutée en son état actuelle, être rectifiée par l'application rigoureuse (et pas rigoriste) d'une voie sans complaisance et absolument, essentiellement, non conformiste puisque ne pouvant jamais (en son essence vive) être conformée au schéma sclérosant de « ce monde » !!
1Le plus anodin « salut » avec lequel nous commençons une journée s'accompagne souvent d'un « comment vas-tu » ou « ça va » ... Or, précisément ce « salut » matinal signifie en « ancien » français « comment allez-vous ... » sous entendu « à la selle » ...
i(sic) Penser son émancipation sur un plan tout horizontal et matériel, sur le seul plan que les exploitants avaient également en vue ... le résultat fut, et sera, désespérant ... Je songe ici, toutefois, à cette « légende ouvrière » des émigrés russes qui, dans leurs pays d'accueil, pouvaient se retrouver à l'usine et qui, au rythme des machines, précisément ne tombaient pas au niveau de ces « pièges productifs », mais en usaient pour « s'élever » en récitant la prière du coeur (prière noétique) ...
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mardi, 03 novembre 2009
Un saut hors de la nature 4
« Au lieu du péril croît aussi se qui sauve. » Holderlin
Ecologie et économie sont liées, intrinsèquement et essentiellement. Elles le seront de plus en plus quelques soient les formes qu'elles revêtiront. Autant le caractère « technique » de l'économie ne fait aucun doute, autant il faut bien prendre conscience de ce que l'écologie n'atteindra son « but », la sauvegarde de l'environnement naturel, qu'en devenant de plus en plus technique, son efficience dépend uniquement de cela, de son intégration de la technique et de son intégration dans la technique. Ainsi elle sauvegardera bel et bien l'environnement mais en aucun cas l'homme car, comme l'économie et la technique, dont elle ne saurait être autre chose qu'un moyen, qu'un secteur, elle asservira l'homme.
L'écologie pose comme fin la sauvegarde de l'environnement et, en outre, elle établie cette fin comme moyen unique de la sauvegarde de l'humanité se faisant elle agit comme la morale courante, le moralisme de la loi, en assignant pour but une idée abstraite. Oui, nous disons bien une idée abstraite ! L'écologie fait de son but le souverain bien que l'humanité se doit d'atteindre. Elle offre ainsi au « doux commerce » un télos de substitution, la consommation débridée va se faire ascétique, la croissance n'est plus un télos nu, suffisant à lui-même, il va pouvoir se parer d'une conscience presque stoïcienne. C'est, vraisemblablement, dans l'écologisme que va pouvoir se réaliser la fusion de l'utopisme marxo-communiste et du « doux commerce »1.
« Le « doux commerce, autre nom du mondialisme, ne partage pas seulement avec son ex-frère ennemi soviétique la vision radieuse du but final. Pour changer le monde, lui aussi doit changer les hommes, fabriquer l'homo oeconomicus de l'avenir, l'homme nouveau homogène, vidé de son contenu, possédé par l'esprit du marché universel et illimité. Le zombi est heureux. » (Dominique Venner, Violence et « doux commerce », NRH n° 44)
Ce règne nouveau peut être nommé « cosmocratie », son citoyen : le « globhomme » (pour reprendre l'expression de M.G. Dantec) ! Ce zombi-globalisé au comportement et à la pensée semi-automatisée (rappelons ici que le grec automaton signifie « hasard », soit le dieu des rationalistes) évoluera donc, éco-citoyen-éthique, dans le jardin d'Eden-bio du marché universel et illimité soumis à la douce loi de fer du gouvernement planétaire démocratique (non pas unique puisque démocratique, mais pluri-unique pour réaliser l'utopie de l'internationalisme).
L'écologisme pense que le monde est malade, qu'il est malade de l'homme. Ce dernier serait un prédateur-virus et le remède serait : ... l'homme ! Il pourrait, par contrainte médiatico-politique et détermination scientifico-éthique devenir le bon vaccin. Le zombi-global aura donc, grâce à son dévouement écocitoyen et sa conscience éthiquement pure, fini comme tout bon virus doit le faire, par contaminer et coloniser la planète entière mais, dans le but de la sauver. L'éco-zombi-global sauvera la planète de l'homme qu'il fut !
Or, c'est l'homme qui est malade de ce monde. Sa fin dernière il ne peut la concevoir en-dehors de cet espace clos qu'il voudrait pourtant sans limite (cosmocratisme). Uniquement matériel mais illimité. Que l'application de son pouvoir illimité change, il n'en demeure pas moins que sa foi en ce pouvoir reste intacte.
Le problème écologique est définitivement un problème théologique. C'est-à-dire qu'il est également anthropologique (théantropique) et cosmologique.
Mais, l'Église semble suivre la sente catagogique. Elle suit, Elle qui doit précéder, toujours. Et qui toujours en réalité précède. A-t-Elle attendu les nominations « bio », « écolo », « éthico-citoyen », « durable » pour faire ce que la terre attendait ? Ceux qui ont fait des pagis paiëns les paysans chrétiens capables d'unir la ruralité authentique à la foi intérieure, capables de défaire les liens de la contrainte « sacrée » pour mener les bois, les landes, les prés vers la sanctification, vers la synergie humano-cosmique à la suite du Théantropos, ceux-là furent les saints moines ...
Tout comme est vain (vaniteux et dérisoire) l'oecuménisme moderne (inversion fausse de lOecuménisme de l'Empire chrétien), l'écologisme affiché et médiatisé d'une Eglise qui devrait courir après ce monde est vain, vide et dérisoire ... « vanité des vanités ... »
L'Église a, pour Elle; non, mieux : EN ELLE, le langage nécessaire à l'authentique SALUT (soteria), Elle doit (devrait) éviter comme la peste le langage de ce monde (devenu écolo- compatible), tous les mots-boites noires qui creuse le vide et empilent du creux dans du vide ...
Rapportons cette parole du saint ascète Abba Pambo au rapport de l'Église au monde : « Si mon silence ne lui est pas utile, il n'aura aucune utilité dans mes paroles. »
L'« écologie » de l'Église ? : « fuir la contre-nature, sauver le selon-la-nature, et se rendre digne des charismes au-dessus de la nature. » (saint Nicodème)
En effet, c'est un bien dur programme; en effet, il n'y est pas question « d'environnement » et autre mot-piège-machine; pas de « développement durable » puisque l'Église est appelé à vivre dans le Christ « la stabilité toujours en mouvement » et le « mouvement stable » (saint Maxime).
« Pour cesser de se voir, et lui-même et ses blessures intérieures, le monde s'intéresse à autrui et non à soi-même. » (Hiérothée Vlachos, Entretien avec un ermite de la sainte montagne sur la prière du coeur)
Pour ne pas se sauver lui-même ce monde s'intéresse à l'environnement, il « veut » se faire « environnement », il veut enclore l'homme dans « son » environnement, le fasciné, l'occuper tout entier avec cela. L'environnement c'est la cage dorée du vieil homme. L'hypnose complète de l'homme hors de toute idée de salut (d'eschatos) avait toujours échouée, peu ou prou. Elle entre en phase de quasi complétion, et lorsque le fascination aura entièrement gagné l'Église elle-même ...
« Il faut se libérer du vieil homme, de l'homme moderne et faire de la terre un désert plutôt qu'un fumier, car un désert vivant vaut mieux qu'un monde mort. » Guido De Giorgio
1Cf. Flora Montcorbier, Le Communisme de marché, L'Age d'Homme, 2000. Je découvre seulement ce livre publié depuis 9 ans et il est toujours agréable de trouver une confirmation « scientifique » à ses intuitions un peu folles ... Quand bien même je resterais toujours réticent à appuyer ma « vision du monde » uniquement sur les « faits » rationnels tant ceux-ci sont aux mains, précisément, de la dominion. L'inspiration de la lecture de livres « de feu » et l'intuition intellectuelle (noétique) resteront donc, quoiqu'il en soit, mes piliers « de sagesse ».
21:25 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Ecologisme, Orthodoxie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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jeudi, 29 octobre 2009
La sub-version comme principe chtonien
Toute idée peut être subvertie !
Toute idée ne peut subvertir que ce que le subversif tient pour être normatif !
La « sub-version » c'est l'inversion par le dessous ! Pénétration souterraine d'une idée dans une autre !
Il faut toujours déterminer ce qui doit être subverti ! Il faut aussi en analyser, en jauger, en peser le poids en terme de puissance, de pouvoir, de dynamique !
En règle général nous pouvons admettre que le subversif souhaite, juge nécessaire, de subvertir ce qui, à ses yeux, semble statique, pesant ! Ce qui semble injuste devient alors absolument injustifié, injustifiable et doit être abattu absolument et radicalement ! Toutefois, admettons, que, le plus souvent ce qui devait être absolument éradiqué est plus transformé que proprement éliminé par la subversion. La subversion s'avère alors bien plus une substitution qu'une inversion. Elle n'est plus inversion catagogique mais retournement, renversement substitutif. Jamais absolue elle demeure une simple substitution de critères normatifs, nous pourrions dire « moraux », voire moralistes.
Ainsi, certaines défenses sont-elles les meilleures alliées de « l'ennemi ».
Ainsi, certains amis de l'idée monarchiste s'élèvent-ils contre les divers échauffourées de « banlieues », certains actes « anarchistes-vandalistes ». Et les honnêtes royalistes de se faire contre ceux qu'ils considèrent comme « ennemis », les vaillants défenseurs des marchands « sans âmes », des policiers vilipendés; tous « gens d'arme » de la république qui, qu'on se rassure enfin, continue à « gouverner mal mais à se bien défendre », comme le soulignait l'inénarrable Thiers.
Que ne voient-ils nos « royaux » amis que c'est, précisément, l'emprise qu'ils entendent combattre par ailleurs qui se livre combat à elle-même ?
On s'en prend aux caténaires ? Il faut défendre les caténaires ? Pourquoi diable ?
Diantre, ceux-là ne sont-ils pas la matérialisation très exacte de la modernité décapitatrice ? Les fils de la toile concentrationnaire qui a liquéfié l'esprit des campagnes afin d'en tirer la moëlle pour nourrir les réseaux artérielles thanatiques de la goule-métropole ? Ne sont-ils pas l'expression achevée de la nature succubique de la révolution ?
L'Etat policier naît avec la Révolution française et se propage dans le maillage du chemin, qui est, comme l'âge, de fer ... Il kidnappera et transbahutera les corps et les âmes, comme les marchandises destinées à ces « corps et âmes » qui ne sont plus en exil depuis qu'ils sont en partance, par wagons entiers, pour d'exotiques ou de laborieux voyages, quand ce n'est pas pour une destination qui, comme la solution, est finale !
23:04 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mercredi, 28 octobre 2009
L'idée-nation comme idéologie
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Le nationalisme est une conséquence de la maladie d'une nation, tout comme le socialisme est une conséquence de la maladie d'une « société »; les deux sont les symptômes des pathologies touchant au « corps » national et au « corps » social. Loin d'être des remèdes efficaces ils concourent, lorsqu'ils sont pris pour ce qu'il ne sont pas, à la ruine, à l'aggravation de la maladie. En effet, au lieu de chercher un remède aux maux divers qui frappent une communauté, ils imposent des solutions qui nient la possibilité d'une unité, d'un équilibre de cette communauté et accentuent encore le déséquilibre, la division.
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Le nationalisme est un centralisme. Il ne peut que tendre à imposer abusivement une morale et une norme qu'il pose comme dogmes de manière inconsidérée.
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Le nationalisme est un centralisme sans centre réel, il fait d'une idée, d'un mirage à dire le vrai, un donné concret. En outre, sa tendance au « mysticisme » est d'autant plus paradoxale, en apparence, qu'il se bâtit avant tout sur une biologisation de la personne humaine. Ce n'est qu'une apparence, en effet, car en réalité il rejoint bel et bien les religions de massification pour lesquels la personne ne compte qu'en tant qu'elle est une partie du tout, la proportion d'anonymat dépendra de la capacité de servitude à l'idée.
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Asservissement mortifère et néguentropique de la communion. Inversion de l'union (hénosis) sans confusion en fusion confusément unifiante.
21:00 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Le nihil comme idéologie
I. Ce qui, en Russie, porta, à l'origine, le nom de nihilisme fut un courant de pensée profondément matérialiste. En ce sens, le nom convient bien à cette pensée car la matière a sa source dans le « nihil ». Dieu, « in principio » (en arkei) créa « ex nihilo ». Il appela, du néant, à l'existence ce qui n'existait pas. Du néant Dieu tira l'existence.
En elle-même, la matière est négative, non pas moralement, ni même « métaphysiquement » mais quasi magnétiquement, elle est « en creux » et ne tire son « positif » que de l'appel divin.
Le nihiliste s'oppose au gnostique-manichéen en ce que le premier ne croit qu'en la matière qu'il positive, la posant comme radicalement athéiste, séparée de Dieu, il n'oppose pas, lui, la matière et l'esprit ainsi l'homme issue de la nature limitée à la matière couronne la nature.
II. Enthousiaste et « positive » en sa genèse cette pensée se heurte pourtant à son « néant », précisément – et non, comme elle le croit au néant négatif de l'existence. Pourquoi ?
Si l'homme, par volonté et intelligence sort du bois obscur de la nature et de l'animalité pour se ruer vers la civilisation, vers un meilleur toujours possible, toujours à conquérir ? Dans quel but le fait-il, que vise-t-il ? Une vie éternelle mais selon la « nature » ? Une vie éternelle et repue sur cette terre ?
Là s'ouvre l'abime béant, là les voies : désespoir ou totalitarisme ... (tout le reste est pis-aller ou mascarade) !
III. La matière tirée du néant veut s'y résorber ! « veut », non, pas tout à fait, elle obéit à une loi d'attraction inverse. L'adage populaire dit : « la nature a horreur du vide ». Cela fait sens, oui, elle se souvient, la nature de sa « nature », de son « essence » : le vide. La nature sait, elle, qu'elle n'a pas son être par elle-même. Elle est, celle qui est à naître, en constante parturition d'elle-même, elle « tire » son être d'un autre. Alors, « pourquoi l'être plutôt que rien » ? Mais par amour ! C'est l'agapè, l'amour débordant de Dieu qui comble le vide pour offrir l'être, pour offrir la possibilité d'une relation d'amour. La Création est la première kenose divine !
IV. L'homme lui, a reçu l'être, le pôle positif, il n'est pas seulement « existant », ni-même « étant » (bien que n'ayant pas, d'évidence, son être de lui-même).
Si il est seulement l'animal supérieur, sorti, par une volonté et une intelligence constituées uniquement par matière et nature alors ses inventions, ses avancées, ses projets, sont en vain, son voyage n'a pas de but et, malgré les artefacts de plus en plus subtils de ses civilisations il n'est nullement sorti de son animalité, ou plutôt si, il en est sorti mais par le bas ... une brute imbue de raffinements technologiques !
V. L'absurde de la vie, le vide absurde ? Les trous que l'homme a creusé dans l'amour divin, les trous qu'il tente de combler par des passions, des idéologies, des philosophies qui toujours finissent par s'avérer creuses, vides ... A force de trous il ne reste en nous que des forces magnétiques obscures, des courants psycho-physiques qui s'auto-alimentent, s'auto-éliminent jusqu'à la fin. Alors, rien n'est fait, tout reste vide, toujours. L'homme moderne est une taupe-métaphysique, il creuse autant de galeries qu'il le peut pour aller à « rien », pour le conduire vers ce « nul part » qui est l'horizon bouché qu'il s'est fixé lui-même et qu'il barbouille, en temps de déprime sévère, du fard grossier des « lendemains qui chantent » en mode politique, idéologique ou religieux. Déjà les saints Pères de l'Église comparaient les innovations religieuses de la philosophie au creusement de galeries de mine.
« Les êtres sont « éloignés de Dieu, non par le lieu, mais par la nature ». Cette distance « naturelle » entre les êtres et l'essence divine est infinie et indéfinissable. C'est un abîme vertigineux sur lequel aucune conception métaphysique ne peut jeter un pont. Ce vide de l'inexistence, à partir duquel les êtres sont appelés à l'être, c'est le néant de l'apophatisme théologique, indéfinissable et inconcevable à un degré infini, car l'esprit humain ne peut se mouvoir que dans les catégories de l'être. Etre et en même temps ne pas être, c'est une insondable et incompréhensible contradiction, puisque rien n'existe en dehors de Dieu, et cependant Dieu « appelle » à l'existence des êtres qui sont en dehors de sa nature. En ce sens, l'existence du monde et de l'homme émerge du chaos de l'inexistence, du néant : les êtres existent, non comme essences ou comme existences, mais seulement comme vérité (a-lètheia), ils ex-istent, et leur existence implique la distance, l' « en-dehors » de l'existence divine. « La vérité est êtres » disent les écrits aréopagitiques, « et déchoir de la vérité, c'est déchoir de l'être. »
Christos Yannaras
VI. Le nihilisme n'est pas la reconnaissance ou l'exaltation « libératrice » du néant; c'est la peur et la lâcheté de reconnaître le néant qu'est Dieu (to ouden, ce que certains parmi les plus audacieux de Pères affirmaient volontiers sous ce terme précis). Néant en tant qu'il n'en rien entre lui et ce monde, en tant qu'il est impossible de la connaître par l'intellect rationnel seul, par la « raison » souillée par le péché et les passions, par la raison non conformée au divin Logos.
« Il faut comprendre ainsi que Dieu n'est rien : Il n'est rien de ce que sont les êtres. En effet, la cause des êtres est au-dessus des êtres. Dieu est donc partout et nulle part. Puisqu'Il n'est nulle part, tout est par Lui, et tout est par Lui, qui n'est rien de ce que sont tous les êtres. Tout est en Lui, parce qu'Il est partout. Et tout est par Lui, car Il n'est nulle part. Etant partout, Il emplit tout ... mais Il n'est nulle part ... S'il n'était que partout, Il serait tout et en tout dans l'espace. Il faut donc aussi qu'Il ne soit rien, étant au-dessus des êtres. »
saint Maxime le Confesseur
20:37 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Orthodoxie, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mardi, 27 octobre 2009
Turbo-capitalisme
« La peur nue sera donc aussi peu encline à l'abdication que le capital. » Milosz
Le capitalisme n'est plus une économie, c'est un langage, un langage qui engage nos corps. Une langue qui est comme un coin enfoncé dans la jonction entre âme et corps.
« Or je vous le dis : de toute parole sans fondement que les hommes auront proféré, ils rendront compte au Jour du Jugement. Car c'est d'après tes paroles que tu seras justifiés et d'après tes paroles que tu seras condamné. » Matthieu 12, 36-37
Les capitalistes ne remercieront jamais assez les communistes qui ont asservis les hommes au travail comme à leur seul gloire et honneur. Les capitalistes ne remercieront jamais assez les nationaux-socialistes qui ont asservis les hommes au travail comme à l'instrument de leur liberté : Arbeit macht frei !
« L'or qui aliène l'homme à lui-même, en fait un nain; la peur mise à la place du capital aliène l'homme encore plus efficacement. » Milosz
[...en construction]
22:09 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Philosophie, Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mercredi, 21 octobre 2009
Précautionneuse hystérie
Mais qu'allons-nous devenir ? Voici venir le redoutable virus A/H1N1 !
ON vous le dit braves gens, craignez pour votre vie et celle de vos enfants, ON vous le dit !

Source : intellego.fr
Fort heureusement, nos dirigeants, tous nos dirigeants, ceux que nous connaissons et tous les autres que nous ignorons mais qui eux nous connaissent bien, tous, donc ils vont nous sauver ! Le salut, brave gens, est dans la maîtrise savante de la précautionneuse hystérie, dans l'orchestration des catastrophes naturelles contrôlées. C'est aussi ça l'écologie. C'est aussi ça le biopouvoir.
Le SIDA ? Plus assez rentable ! La crise économique ? Déjà bouclée et pas assez mobilisatrice finalement ! Alzheimer ? Trop pour les vieux, pas assez « sexy », pas assez « jeune fille » ! Kreuzfell-Jacobs, la vache-folle ? Trop cérébral !
Que diriez-vous d'une bonne grippe ? Un peu vieillot ? Trop « entre deux-guerres » ? Non, ON a la solution une grippe mutante, un truc génétique ... ça va cartonner ça ! Penses-tu ! ON avait bien essayé avec la grippe aviaire ... Ouais mais les poules, il y a un capital sympathie trop grand pour l'animal ... Alors que là, avec le porc, ON a carrément bien ciblé ! Imaginez; les musulmans pourront dire que c'est un complot occidental ! Ils pourront joué symboliquement sur l'image de cet animal interdit ! Et puis nos anticapitalistes, nos alter-mondialistes végétariens pourront eux aussi y aller de leur comparatifs imagés avec les puissances d'argent qui se cachent derrière tout cela, la production industrielle, les organismes génétiquement modifiés ...
Ils n'auront, sans doute, pas entièrement tort (les gredins). Il faut avouer qu'il est des conjonctions un peu trop voyantes. ON a connu des délires mortifères de la dominion un peu mieux organisés au niveau du secret. Mais, sachons ne pas ignorer que parfois beaucoup de bruit vaut mieux que des pas feutrés ou quelques occultes « messes basses » pour, précisément, occulter le « vrai » ...
Et faut-il donc que la médiatite soit, elle, un virus bien virulent pour que l'Église elle-même, du moins certaines Eglises, soient, tout à coup, prises elles aussi, de cette hystérie de la précaution...
Où il nous faut bien constater que l'empoisonnement est profond lorsque la confiance, l'espérance en le Sacrement central de la foi est mis en doute, est soumis au diktat de la précaution selon le monde, où la santé sacralisée est mise un rang au-dessus de la sainteté promise ... et la voici bien compromise. Comme la compréhension authentiquement chrétienne de la Création se trouve bien compromise lorsque, par alliance exogène, l'Église se mêle de « journée de l'environnement » ...
Nous voilà confronté, encore, à deux tenailles idéologiques de l'empire de ce monde. Nous voici aux prises avec SES mots, SES injonctions, SES remèdes, SES problèmes et SES solutions, et tous sont nécessairement les « bons », puisque ON vous le dit cette réalité est réelle et il n'y en a pas d'autres.
Et puis ... ON se doit d'être pragmatiques, tout en étant très « humain », cela va sans dire. Bien sur, il ne faut pas, non, il ne faut pas être trop « scientifique », bien que la science soit l'alpha et l'oméga du monde civilisé, mais, justement, civilisés nous le sommes, alors que, en bon darwinistes nous pourrions, très scientifiquement déclarer que : les meilleurs survivront, si ils survivent parce qu'ils auront eu accès à un vaccin qui coûte très cher (même à ceux qui n'en bénéficieront pas) et bien c'est ainsi et, en outre, cette éventualité sera très écologique ... débarrassant notre sacro-sainte terre de quelques milliers de pollueurs potentiels ou réels et relâchant ainsi la pression sur le climat, arrangeant, du même coup, les problèmes connexes de la « surpopulation ». De plus, elle serait également avantageuse économiquement, redistribuant le travail, créant des emplois, relançant la sacro-sainte « croissance » ... Finalement, finalement, ces deux crises sont peut-être la chance, la voie vers un « monde meilleur » ... ?? Oui, il faut « sauver » mais « sauver vert » et « rentable » ! Le meilleur des mondes sera, évidemment, écologique-hygiénique-citoyen-rentable ...
Sérieusement, à bien y regarder les enjeux ... ne tournons-nous pas, sans oser le dire, évidemment, autour de cela ... Cette crise « sanitaire » ne profite-elle pas à l'autre ? A moins que ce ne soit l'inverse ? Va savoir ...
Encore une fois toute question réelle, toute question regardant la « fin » est écartée comme ne devant pas existé ... Il n'y a pas de « crise », puisque « rien ne change » réellement, nous sommes poussés, toujours, dans la même logique générant elle-même les « crises » dont elle a besoin (mêmes si elles apparaissent contradictoires) comme autant de « phases-chocs » nécessaires à son développement, à son « chaos-planifié » ...
Le langage nihilisant a pris le dessus, comme toujours ...
L'aspect totalitaire des messages sera regardé comme anecdotique, il le sera d'autant plus que les comiques troupiers zappointés, les rebelles rigolards professionnels s'empareront du « buzz » et que les dénonciateurs - défouloirs hystériques, disqualifiés avant même que d'ouvrir la bouche, feront leurs basses œuvres ...
Et pourtant, pourtant ... le tutoiement, à la fois « camarade » et infantilisant, le message basique, presque idiot, répété à l'envie, tellement répété qu'il finit par ne plus rien signifier, par être déconnecté de la réalité pour laquelle il est « primitivement » conçu, ce message qui devient comme une « phrase magique » qui rassure, qui apaise (et ne fait plus que cela) ...
Non ?
Exagération ? Encore ? Sans doute ...
Toutefois, bien que savamment cachées (c'est-à-dire occulté par les savants), les origines occultistes, à tout le moins leur communes adhésions à un ensemble de « valeurs », des sciences modernes ne sont pas tout à fait inaccessibles. Ainsi, un livre américain, récemment traduit en français, en remet-il une couche sur la convergence, le non-opposition, entre la foi chrétienne et les données scientifiques du darwinisme, allant même jusqu'à l'émouvante évocation de la foi de Darwin lui-même, foi que l'auteur de l'ouvrage avoue partager avec l'illustre savant. Savant qui semble tout de même ignorer dans son immense bienveillance réconciliatrice les passages des journaux de Darwin dans lesquels l'immense précurseur se défait sans scrupule de cette foi éclairée et avoue qu'il ne la confesse que par pure stratégie ...
Stratégie ? Nous rejoignons le domaine propre de cette articulet ! L'orientation entière de la perspective darwiniste est stratégique. Elle sert de base à « l'avancée » des recherches actuelles. Elle ré-oriente même toutes les découvertes qui pourraient la mettre à mal. Véritable machine stratégique, stratagème gnostico-scientiste, cheval de Troie de l'inversion médicinale sotériologique de CE monde, elle se trouve être le fondement de toutes les idéologies concordantes-divergentes de la dominion, celle de Marx comme celle de Smith ...
L'objectif « santé » est l'un des biais, reconnu pour efficace, de l'objectif « bien-être » (c'est-à-dire « bonheur », mais certains mots font quand même un peu peur ...), qui n'est autre que le télos proposé par la « maladie de la religion ».
Au moment de la révolution française, un voile fut levé, certains pouvaient croire le moment bien choisi après un début qui n'était rien d'autre qu'une « émeute de la faim », une « insurrection du ventre » ! On nomma donc instance dirigeantes les « comités de salut public » (les soviets ne furent pas autres choses, au demeurant ...). L'inversion apparaît alors flagrante. Elle prend pour base cette hérésie (cette « séparation ») qui prétend enseigner le salut comme « salut individuel ». De là au bien être de chacun, à la conjonction aberrante entre « salut » et salubrité, à la « fonctionnalité » du matériau humain aux camps, réadaptation, expériences médicales (en particulier sur des vaccins) et psychologique, goulags ...
Les premières véritables « politiques » de santé publique furent le fait de l'Etat national-socialiste (seul un régime réellement totalitaire, et plus même, totalisant est en mesure de réaliser ces politiques ...), fruits d'expériences concentrationnaires.
Le IIIe Reich fut l'une des inversions intensificatrices les plus démoniaques de l'Empire romain chrétieni ! Si nous nous référerons encore au travail du Père Romanidès, et considérons avec lui (et les saints Pères) que l'association providentielle de l'Empire romain avec l'Église indivise avait pour but de diffuser à l'échelle planétaire la cure de la maladie de religion (pandémie à l'échelle mondiale), rendue possible par la venue du Christ il devient assez clair que toute les tentatives humanitaires, scientifiques, médicales de « santé (salut) publi(c)que » ne sont que des inversions intensifiées de la sotériologie orthodoxe ...
D'ailleurs, il ne s'agit pas tant de soigner et de protéger que de contrôler. Contrôle à la fois des virus et de leurs « antidotes », c'est-à-dire, contrôle des populations, activités d'une politique sanitaire de sureté publique ...
Lien internel :
Stratégie du choc : http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/10/12/amn...
ihttp://fr.wikipedia.org/wiki/Lingua_Tertii_Imperii
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| Tags : santé, épidémie, grippe a, politique, contrôle social, christianisme, théorapie, biopouvoir, biopolitique |
jeudi, 15 octobre 2009
Néantisation des rebelles
« Dans la société communiste on s'efforce à une objectivité de plus en plus poussé. C'est même la meilleures définition qu'on puisse donner de cette société ... Dans la société communiste idéale, il n'y a plus, à la limite que des policiers et des machines électroniques... Tout le monde est policier. »
Raymond ABELLIO, La Fosse de Babel
« La violence, c'est-à-dire le pouvoir de l'Etat est également une force économique. »
Marx/Engels, Correspondance
« Les intellectuels travaillant dans la clandestinité étaient particulièrement exaspérés par le climat déraisonnable qu'on respirait dans la résistance. L'hystérie n'était pas loin. Conspirer devenait une fin en soi; mourir et exposer les autres à mourir, presque un sport. »
Milosz, La Pensée captive
Résistantialisme
Dans notre époque où tout réussit si bien et pour laquelle le recours à la violence est, officiellement, une violence à ses principes même, il n'est guère surprenant, en définitive, de voir les opposants à l'état dominant fort surpris de la réponse apportée à leur « lutte ».
Par exemple, les membres supposés de Tiqqun ou du Comité Invisible, eux qui ont théorisé l'idée de guerre « civile », qui ont déclaré prendre part à cette guerre, semblent manifester, lorsque l'Etat réagit avec la violence qu'ils lui prêtent, le même étonnement et la même indignation morale, que n'importe quel démocrate droit-de-l'hommesque ...
N'est-ce pas la part des insurgés, des révoltés, que de subir cette violence ? Pourquoi la dénoncer sur ce mode de la surprise et de l'indignation ? Ou même sur le mode sarcastique ? Parce que les désignés-coupables sont en effet innocents ? Ne savons-nous pas que ceci n'a aucune espèce d'importance ? La violence, comme « état d'exception » est communicationnelle, la réponse à celle-ci le fut également ... Si le « combattant » désire l'anonymat, l'état dominant, ne veut que « nommer », dénommer et dénombrer ses « ennemis ». En répondant par la voie communicationnelle, par les moyens mis à sa disposition, quand bien même il s'agit de dénoncer ceux-ci, l'adversaire tient le rôle peu enviable de la « lumière » qui luisait dans les ténèbres et que les ténèbres ont circonscrites ... La réponse circonscrite justifie à posteriori l'exceptionnalité de la violence mais n'échappe en rien à cette violence exceptionnelle.
Mais, notre exemple n'est qu'un exemple ... il s'agit d'une tendance générale que j'ai ressenti à bien d'autres occasions. ON se targue de lutter, de combattre; et puis lorsqu'une réaction arrive ON se lamente et ON dénonce l'injustice de cette réaction. Mais, si cette réaction correspond bien à la réalité que l'ON dénonce pourquoi donc dénoncer aussi la démonstration de sa véridicité ? Il ne saurait y avoir d'injustice, de « sentiment d'injustice » que pour ceux qui n'ont pas une claire conscience de ce qui est en jeu ... Pour le reste il s'agit de constater qu'en effet, la machine dont le fonctionnement secret à été mis en lumière, s'exécute « proprement ».
Ce qu'ON nomme « le système » (car il veut être nommer) n'a-t-il pas en ce domaine remporté encore l'une de ses victoires néantisantes ? La « domination » veut être dénommée car elle n'a pas de Nom, elle veut être nommée pour assurer sa rationalisation car son essence, son noeud vital est « vide » et non-rationnel. A la rigueur, il conviendrait même d'affirmer que la dominion désir être combattue; elle ne peut pas ne pas vouloir ardemment la nomination, la rationalisation, l'opposition et la division. Elle peut même fourbir les armes et les contres-attaques !
CYBER-WAR STRATEGIES
C'est un peu ce dont il est question dans l'excellent document réalisé par le Comité Invisible sous le titre « Ingénierie sociale et mondialisation » : disciplines gestionnaires, marketing, management, robotique, cognitivisme, psychologie sociale et comportementale, programmation neurolinguistique, social learning, formatage social, espionnage, recherche de toutes informations, évaluation, reconfiguration d'un donné humain, stratégie du choc (amnésie par trauma), études, analyses et définitions des structures générales et constantes, constitution et implantations de structures nouvelles ...
Tout, ou a peu près tout, ce qui figure dans ce document semble largement plausible et même relativement évident.
Le document, diffusé stratégiquement sur la « toile », n'échappe pas à ce nouveau « théâtre des opérations » : « La blogosphère et les nouveaux médias sont une autre zone de guerre. » A. Leibovich
Toutefois il aurait pu analyser également l'essence ubiquitaire de l'informatique et mettre le doigt là-dessus que l'internet est une invitation constante à faire usage de sa liberté. Liberté que les gouvernements démocratiques nous engagent à « utiliser », qu'ils favorisent en travaillant à une amélioration à l'accessibilité aux réseaux hauts-débits et wifi ... pour plus de liberté et d'égalité et d'éducation (cela va sans dire), mais dont ils savent et veulent réprimer les aspects les plus « sauvages » ou disons, pour parler leur langage, qu'ils souhaitent lui offrir un encadrement législatif pacifiant ... (Disons aussi que l'ON offre un espace franc de liberté qui sert, de lui-même, à démontrer le bien fondé du contrôle lorsque l'expression de la liberté montre un visage peu conforme à la bienséance du moment ...).
Le web de nos gouvernants invite donc chaque citoyen , dès le plus jeune âge, à se connecter, à s'exprimer en « toute liberté » ... Double fonction :
abêtir et amener à l'oubli ceux qui n'ont déjà qu'un faible potentiel de « révolte » (qui n'ont pas grand chose à exprimer en terme de liberté)
amener les « autres », par le double langage et de quelques bords qu'ils soient à se dénoncer eux-mêmes en usant de leur « liberté »
C'est l'une des grandes forces de « ce monde » que de laisser suffisamment de liberté, de l'offrir ... Vous êtes libres, objectivement, idéalement de ne plus rien avoir avec lui, de déconsommer, de décroisser, de désirer, voire de réaliser une forme ou une autre d'autarcie communautaire et ce, dans le silence ou bien en contestant. Cette liberté qui, en définitive, ne dépend guère que de vos moyens, devient l'argument choc, la massue idéologique ... et elle se retourne d'un coup, d'un seul, contre vous, contre elle-même ...
Plus besoin de délateurs zélés, nous sommes dans l'ère de l'auto-délation, de l'egoscope auto-dénonciateur. L'une des tâches du résistant fut de ne pas être dénoncé, dans l'actuel ajourd'emain résister c'est se dénoncer. Avec pour corolaire la fausse idée très habillement répandue : « si vous êtes surveillés c'est que vous êtes dangereux » ... Les limites de la résistance étant fixées par « l'ennemi », ses règles aussi, il devient évident que la surveillance, ou la simple idée de la surveillance (génératrice d'auto-suffisance) et l'idée suscitée de la dangerosité peuvent s'avérer des moyens bien plus efficace que le contrôle musclé.
Ceci conduit presque à ce que j'appellerais le Tyler Durden's complex ... la dominion générant elle-même ses adorateurs et ses dénonciateurs, générant une immense société purement schizophrènique !
Ne faut-il pas l'être, même un tout petit peu, pour dénoncer la soit-disant volonté de la dominion de faire du monde un monde-un qui ne serait qu'un gigantesque disneyland ( image parfaite, si caricaturalement parfaite d'un Nouvel Ordre mondial qu'elle en devient ineffective) ... ? C'est, en tout cas, perpétuer la dramatique erreur (fort utile) d'identifier la dominion ou sa volonté, son hegemon, avec une « nation » particulière. C'est aussi ne pas voir, malgré une bonne volonté évidente, que par-delà les différents masques idéologiques c'est la même « quête luciférienne du bonheur sur terre » qu'ont en vue, précisément, toutes les idéologies et toutes les métaphysiques qui, le cas échéant, fondent les présupposés des premières ... (fussent-elles, prétendument, « traditionnelles » ou « modernes » ou « post-modernes »).
Par exemple : pour s'imaginer qu'il aura fallu attendre les années 2000 pour que soit mis à mal le programme du Conseil National de la Résistance ? Pour analyser finement la théorie et les principes de cette déconstruction et ne pas oser dire que Mai 68 a obéit à cette même théorie, que l'offensive libérale-égalitaire sur les moeurs et le savoir a préparé la stratégie économico-libérale de dissolution ... ? Ce qui apporte aussi une réponse à cette question « Comment réussir à ce que la transgression de l'intégrité mentale des masses populaires reste inaperçue ? », comme en 68 en mettant en avant la transgression comme valeur !
Communisme/communauté/communautarisme – communion !
Autre phénomène de néantisation : le second tome de la revue TIQQUN est aujourd'hui publié sous forme de livre avec pour titre Tout a échoué, Vive le communisme !. Comme si le communisme n'avait pas échoué ! Pour de telles intelligences analytiques quelle faillite ! ... et, par pitié, que l'on garde pour soi les sentencieuses répliques sur l'intrinsèque « bonté » de l'idéologie, sur l'inaltérable « humanité » du projet, sur la « trahison » ... tout cela est aussi infect et infectieux que n'importe quel révisionnisme historique, même blocage psychologique et émotionnel, même moralisation mauvaise. On peut bien nous dire « que nos pires ennemis l'ont usé, et qu'ils continuent. » (Comité Invisible, Mise au point, janvier 2009), le nom prépare un projeti.
Le projet, malheureusement, semble trop évident. La « communauté qui vient » remplacera-t-elle les communautés qui se sont ou ont été créés ? Ne sera-t-elle pas une de plus parmi les autres ? Si non, comment imposera-t-elle sa préférence communautaire ? Ses choix, ses visées, sa VIE ? La limite est toujours celle d'un « système humain » voulant remplacer un autre « système humain », une organisation veut en supplanter une autre. Toujours, reparaît le spectre, assez hideux derrière son masque de béatitude, de l'Age d'Or ! Et surtout cette idée inquiétante que ce dernier pourrait se voir décréter par la Loi ou créé par une commune volonté ...
Ce qui, toujours, a fait défaut à cette idée du « communisme primitif » vers lequel tendrait toute révolution (au sens étymologique d'un « retour », moins « vers », que « de » quelque chose), ce qui lui a constamment manqué (aporie ontologique) c'est l'idée et la réalité de la « communion ». C'est également ce qui est, actuellement, le néant performatif des « communautaires » nouveaux !
« Il y a une interrelation constante entre l'Eglise et le monde, le monde étant création de Dieu et ne cessant jamais de lui appartenir, et l'Eglise étant la communauté qui, par le moyen de la venue de l'Esprit Saint, transcende en elle-même le monde et l'offre à Dieu dans l'Eucharistie. » (Jean Zizioulas)
Hakim Bey dans Zone d'Autonomie Temporaire, serait plus proche d'une certaine vérité, opposant la « famille nucléaire » non à la « communauté » mais à la bande : « La bande est ouverte - certes pas à tous mais, par affinités électives, aux initiés liés pas le pacte d'amour.» Structure qui peut se retrouver dans les sociétés dites « tribales » autant que dans les « sociétés secrètes », congrégations ou autres « confréries ». Toutefois, ici encore, et le gnosticisme volontariste de Bey, ni change rien, il s'agit d'un contrat humain et profane qui n'échappera pas à une forme d'égoïsme ou, à tout le moins, d'égocentrismeii.
« l'Église est plus qu'une institution apparue à un moment donné de l'histoire. Elle est plus qu'une assemblée d'hommes, fondée sur une véritable communauté spirituelle de doctrine et de discipline. [...] son existence en Dieu précède ou plus exactement conditionne son existence historique. Elle est en fait la Déi-Humanité in actu. Selon l'expression du Pasteur d'Hermas, Dieu a créé le monde pour l'Église. » (Père Serge Boulgakov)
Selon le Père Romanides seuls les glorifiés revenus à l'état normal, « naturel », peuvent être « utiles » à la société, en tant que médecins, étant eux mêmes sauvés de l'état de maladie. L'Occident, dans son ensemble, a dévié l'Église et bloqué le processus de la cure par sa confusion entre les spéculations métaphysiques rationnelles et la théologie authentique qui est en vue de la guérison. L'erreur et la déviation se poursuivent. L'idée de la communauté qui « libère » des « maux », qu'elle soit d'orientation sociale ou ethnique ou même « religieuse », ne mène à rien, nul part, sinon à la perpétuation, par des voies diverses, en apparence contradictoires, de la « quête » au bonheur béatifique (et en fait, ontologiquement égoïste, derrière ces voiles humanistes) sur cette terre.
Est-ce assez pour éclairer la « néantisation » ? Je ne sais ? Mais, pour éclairer un peu mieux je voudrais encore écrire quelques mots sur LE mot : « social ».
Hypnose du social
Paix sociale, guerre sociale, luttes sociales ... le social minimise le poids des mots et creuse encore cet écart de néant. Que mesure-t-il donc ? Le social : le mot-alibi qui sert d'une « catégorie » à l'autre, qu'on se tend, qu'on se passe, qu'on s'agite sous le nez avec véhémence ou cordialité, du plus grand jusqu'au plus petit ... Une vraie « boite noire » !
L'hypnose sacrée qui vaut pour toutes sortes de mots du côté dextre, est absolument la même avec celui-ci côté sénestre ! Et, j'oubliais, la « justice sociale » ... Mais quel lien avec la justice, ce que ON, le grand ON touglobal, appelle « justice sociale » n'est que le camouflage d'une pensée bourgeoise du monde. Une répartition différente des richesses ... ? cela n'a rien à voir avec la justice, cela s'appelle de la corruption ! La démonie de l'économie engendre la démonie du social. Cette aveugle passion du « social » n'est pas un anti-économisme, ses titres de « noblesse » le disent assez : anti-capitalisme, anti-libéralisme; pas plus, d'ailleurs que le contraire de l'économisme, mais un « économisme contraire » ! Les uns face aux autres s'agitent sous le nez des économismes à rebours ...
Pourtant, dans le document en question apparaît clairement une très claire analyse de certaines tendances « contemporaines » : le regressus ad paganus !
REGRESSUS et MAMA GAÏA
« l'ingénierie du Nouvel Ordre Mondialiii, comme effacement des frontières sous une tutelle unique, s'identifie à un processus de régression pré-Oedipienne et d'infantilisation délibérée des populations. Du point de vue de la psychogénèse, le giron maternel est éprouvé par l'enfant comme une continuité de son vécu intra-utérin, c'est-à-dire comme ce monde unique et englobant [...]; et l'enfance est cet âge de la vie sans politique, marqué par l'adhésion spontanée aux valeurs dominantes du corps social ... »
« La culture de l'involution vers des stades archaïques du psychisme, avec en perspective le retour à un stade foetal, se présente ainsi comme le fil conducteur de l'ingénierie psycho-politique mondialisée. » (Comité Invisible, op.cit)
Ce que nous propose donc la dominion c'est cette régression infantile servit et asservit, toutefois, par une technique et une technologie qui ne sont plus envisagées sur le mode conquérant et progressiste mais sur celui de la possession égotique sécurisante.
« Je tiens, tu tiens, nous tenons notre Moi comme un guichet fastidieux. » (L'Insurrection qui vient)
Dans de riches développements le document du CI évoque comme symptôme (ou comme résultat) de cette volonté, la « tendance » du cocooning comme recherche, en dehors ici de toute communauté, d'une sécurité pacifiante, ludique, bienheureuse. Tendance confortée aujourd'hui par la « mode » de la décoration, du cooking et plus encore par celle du « maternage ». Avec cette dernière mode, ce ne sont plus seulement les adultes que l'on tend à faire régresser, ce sont les touts jeunes enfants qu'on contraint, sous le prétexte de la « vie saine », naturelle, à ne pas se détacher du monde infantile-maternel.
« En cherchant à abolir toutes les frontières, donc toutes les limites, et dans le même geste la notion même d'extériorité, de monde extérieur, objectif, réel, l'ingénierie mondialiste cherche ainsi à construire une forme de société déréalisée s'appuyant sur une culture de l'intériorité, de la fusion charnelle dans un bloc identitaire homogène et du rejet corrélatif de tout ce qui est hétérogène, autre, bref de tout ce qui rappelle le Père, c'est-à-dire l'instance qui fissure l'emprise exclusive et englobante du monde maternel pour introduire au « monde extérieur » et au réel. » (CI)
Le processus complexe et multiformes est ici fort bien résumé. Il faudrait ajouter que cette tendance est, pour employer la langue de la dominion, lourde. Elle se fait jour, en outre, et c'est qui mérite d'être plus particulièrement souligné, dans presque tous les mouvements modernes et en particulier chez ceux là même qui entendent lutter contre la dominion dont ils ont très, très mal envisagé le « visage réel ». Les nouvelles religiosités, en particulier toutes celles qui s'appuient sur le « bien être », le chamanisme, les médecines parallèles, le « yoga », le « zen », le « développement personnel », puis tous les néo-paganismes, les mouvements « d'enracinements », plus ou moins écologistes.
Le « désenchantement » et le « réenchantement » du monde sont les deux mouvements d'un seul processus, vide et vain, mais qui paraît d'autant plus « vivant » et réel qu'il multiplie les divergences, les divisions, les opinions contradictoires ...
Mais, une chose est de percevoir ce mouvement subtil, apparemment désorganisé et contradictoire, une autre de creuser jusqu'à ses authentiques sources.
L'écologisme, aujourd'hui, en lien avec les idées diffuses d'identité, de communautés (même, et surtout, si elles paraissent, pour l'heure conflictuelles) participe de cette « culture de l'involution vers des stades archaïqes », vers ce retour au culte de Mama Gaïa ...
Ekhete kai ton typon tès thlifeos tès erkhomès megalès. (Hermas, Le Pasteur)
Ce « détail » est plus présent et bien mieux analysé dans le texte de L'Insurrection qui vient :
« Il n'y a pas de « catastrophe environnementale ». Il y a cette catastrophe qu'est l'environnement. L'environnement, c'est ce qu'il reste à l'homme quand il a tout perdu.
...
Aucun milieu matériel n'a jamais mérité le nom « d'environnement », à part peut-être maintenant la métropole.
...
L'excitation morbide qui anime désormais journalistes et publicitaires à chaque nouvelle preuve du réchauffement climatique dévoile le sourire d'acier du nouveau capitalisme vert, celui qui s'annonçait depuis les années 1970, que l'on attendait au tournant et qui ne venait pas. Eh bien, le voilà ! L'écologie, c'est lui ! Les solutions alternatives, c'est encore lui ! Le salut de la planète, c'est toujours lui !
...
Tout est permis à un pouvoir qui s'autorise de la Nature, de la santé et du bien-être.
...
Le paradoxe présent de l'écologie, c'est que sous prétexte de sauver la Terre, elle ne sauve que le fondement de ce qui en fait cet astre désolé.»
L'analyse est pertinente et véridique. Toutefois, la problématique reste entière. Car cette même analyse, repose, en dernière instance sur un projet politique bien flou et un présupposé métaphysique, qui, même s'il entend rendre compte de la réalité de la Métaphysique Critique, peu se voir opposé une autre métaphysique aussi pertinente. En outre cette critique, de par son caractère non-déterminé, peut se retrouver placé dans la bouche de n'importe qui. Déjà on voit poindre ce phénomène logique de la dominion, la contestation se voit introduite dans son champs sémantique, dans son espace de communication. Et, dans un premier temps, cette critique radicale ne pourra être mieux servi que par ceux qui réussiront le mieux à la desservir (Francis Lalanne, en ce moment, pour l'exemple -et pour faire sourire). La démocratie et les droa-du-globhomme seront le fondement d'une critique acerbe et médiatique des risques de dérives totalitaires d'un mouvement lui même démocratique et droa-de-l'hommesque ... La boucle est bouclée, le vide est encerclé d'impuissance. Mais, cette éventualité est contenue déjà-toujours dans la première page, oui, dans le titre lui-même de cet exercice :
L'Insurrection qui vient! « Soulèvement, ou sa forme latine insurrectio, sont des mots employés par les historiens pour qualifier des révolutions manquées – des mouvements qui ne suivent pas la courbe prévue [...] : révolution, réaction, trahison, l'état s'érige plus fort, et encore plus répressif ... En ne se conformant pas à la courbe, le sous-lèvement suggère la possibilité d'un mouvement extérieur et au-delà de la spirale hégélienne de ce « progrès » qui n'est
secrètement rien de plus qu'un cercle vicieux. Surgo – soulever, lever. Insurgo – se soulever, se lever. Une opération auto-référentielle. Un bootstrap. Un adieu à cette malheureuse parodie du cercle karmique, à cette futilité historique révolutionnaire. Le slogan « Révolution ! » est passé de tocsin à toxine, il est devenu un piège du destin, pseudo-gnostique et pernicieux, un cauchemar où nous avons beau combattre, nous n'échappons jamais au mauvais Eon, à cet Etat incube qui fait que, Etat après Etat, chaque paradis est encore administré par un nouvel ange de l'Enfer. » (Hakim Bey, Zone autonome temporaire)
L'Insurrection ne vient pas, elle est là-déjà-toujours. A ceux qui pourraient le percevoir elle s'identifie, se confond avec la liberté de l'Esprit, liberté explosive. Le soulèvement est tel une vague. Précisément il s'élève, comme elle, et retombe, comme elle, mais, comme elle sans rien perdre, jamais de ce qu'il est, de ce qui le fait, de cette dynameis pneumatique. Hypnotisé par le politique, le métaphysique, le social, on échoue toutefois à l'identifier. L'Insurrection c'est une érection interne, c'est se mettre debout, en position de pilier, stavros, c'est, dans cette vie, dans ce monde se mettre en position de « relevé », c'est-à-dire de ressuscité ! Talitha koumi !
Celui qui Vient
Comme nous l'indiquons en note, non seulement, toutes les structures révolutionnaires se sont constitués sur le modèle des société « initiatiques » et de leur culture du secret, mais, en outre, depuis la redécouverte des sociétés pré-chrétiennes et, surtout, de leur mise à disposition de la « mode », toutes les communautés qui ont essayé de se constituer sur ce « modèle », ont été, en fait, des ersatz gnosticistes des premières communautés chrétiennes, de l'Église en tant que telle ...
Analysé brièvement dans le document du CI l'ouvrage de Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, pourrait aussi servir de manuel aux leaders de toutes les sectes du monde que les gouvernements occidentaux prétendent combattre avec acharnement. Mais qui sont, pourtant, comme autant de reflets du maître, bons élèves de la dominion dans leurs « domaines » respectifs.
Toutefois, le plus intéressant reste cette liste des « impulsions primaires » dressée par Tchakhotine et qui, selon lui, sont les « mamelles » de la manipulation : l'agressivité, l'intérêt matériel immédiat, l'attirance sexuelle au sens large, la recherche de la sécurité et de la norme. Inversez ces impulsions, vous trouvez ce sur quoi luttent les saints moines depuis quelques siècles. Vous trouvez ce que le Christ, viril et solaire, est venu abolir; ce qu'Il est allé arracher aux entrailles de la terre (situs symbolique des Enfers mais aussi image du monde intra-utérin précisément.)
Ce phénomène polymorphe est donc un regressus ad paganus, mais un paganisme frelaté qui n'a plus l'excuse de l'attente de la révélation, celle de l'état non-rédimé du monde... Contre la course solarienne de l'histoire christifiée (avant que d'être déifiée par la Parousie) c'est un retour au gnosticisme chtonien ! C'est, ainsi que Nicolas Berdiaev le notait, le combat antique que se livrent le principe masculin et le principe féminin pour la prédominance sur l'homme, « ce dernier accepte difficilement la victoire du soleil sur la terre, celle de l'esprit sur la matière, [...] celle de la personne sur le collectif. Il se révolte contre cette domination qu'exerce le Logos sur le sein maternel, auquel il aspire à retourner et à s'unir. C'est en somme une protestation contre le détachement d'avec la terre, d'avec la source originelle de la vie. » (N. Berdiaev)
« Dans le soleil, il a placé sa tente. »
« Il s'élance comme un géant pour parcourir sa route. » Psaume 18, 5-6.
Le remède ne sera pas fait de main d'homme. Toutes les analyses, toutes les solutions actuellement proposées se posent sur le même terrain et peuvent, consciemment ou non être asservies au processus qui, répétons-le, se nourrit de tout ce qui s'engendre sur son terrain. La devise de la dominion est nietzschéenne « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »
iNotons que le vocabulaire, les concepts, les idées autour de l'empire, la métropole ... dirigés vers la domination actuelle sont aussi utilisé par Milosz dans La Pensée captive, à ceci près que l'écrivain les utilise pour désigner le Centre c'est-à-dire Moscou. Notons encore que dans tout l'ouvrage Milosz parle du socialisme du Centre en tant que la Nouvelle Foi... La portée « religieuse » des mouvements révolutionnaires n'avait pas échappé à cet écrivain mesuré et perspicace.
ii Notons que dans le monde Orthodoxe, jusqu'à ce que l'influence occidentale y soit très puissante, les organisations ésotériques, les sociétés secrètes étaient inconnues. Notons encore que la plupart des mouvements révolutionnaires ont reçu, d'un manière ou d'une autre, leurs constitutions et leurs organisations clandestines des sociétés occultes « spiritualistes ».
iiiLe N.O.M soit le NOM ... à lier, avec mesure, à ce que j'évoquais plus haut sur la volonté de « dénomination » ...
21:55 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Littérature, Livre, Philosophie, Politis, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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