vendredi, 27 novembre 2009
Regarde un mot
"Plus on regarde un mot de près, plus il répond de loin."
Karl KRAUS
22:54 Ecrit par Thierry dans En avant le verbe, aphorismes et citations, Inscriptures, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, écriture, langage, karl kraus, étymologie, épistémologie |
mercredi, 25 novembre 2009
Théori -Theoria versus cryptographia
"Ta parole ne sera pas mensongère ni vide, mais pleine d'action", Didachè, II, 4
"Le Verbe, le Logos est le sujet divin de tous le logoi, paroles essentielles qui porte les choses. L'homme logikos, image personnelle du Logos, est appelé à devenir leur sujet humain. Il le devient pleinement en Christ, décelant en lui ces essences, non pour se les approprier mais pour les offrir après les avoir - personnellement et collectivement - "nommées", c'est-à-dire marquées de son génie créateur." Olivier Clément, introduction à LA PHILOCALIE, DDB/J-C Lattès.
Chemin faisant, paisiblement, graduellement (et ce mot n'est pas sans rapport aux "livres") je découvre la raison et la vérité de cette "théorie littéraire" qui se fait jour en moi, telle une "folie". Ce qu'Olivier Clément écrivait au sujet de la Bible (livre des livres) se révèle, pour l'occident, dont la littérature est une quête à la fois positive (apophatique) et négative (néguentropique), d'une rare précision.
O. Clément à la suite des Pères nous rappelle que "c'est seulement en Christ [...] que la Bible cesse d'être ombre et secret (skiagraphia et cryptographia)." (ibid)
la suite ... bientôt ...
21:20 Ecrit par Thierry dans Inscriptures, Littérature, Orthodoxie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : littérature, livre, orthodoxie, christianisme, écriture, prophétie, vision, la voie étroite, chemin de vie, mort, résurrection |
jeudi, 12 novembre 2009
Corps-machines
"L'homme est une machine douée pour les choses banales, d'une bien plus grande faculté d'automatisme qu'il ne le croit." Raymond Abellio
Les machines ne sont pensées qu'à partir de l'homme, à partir de la partie "machinique animale" de l'homme, à partir d'une "vision" de l'homme réduit à cette part ...
Les machines (latin, machina, du grec mèchanè) sont des pièges. Elles sont conçus à l'image et à la ressemblance de l'homme (latin, masculus). De l'homme déchu. De l'homme-corps. De l'homoncule, de cette dissemblance d'homme qu'est l'humain « naturel » d'après la chute.
Du machisme (espagnol, macho, du latin, masculus) au machinisme il n'y a qu'un pas.
Cette option, la possibilité même de cette vision, provient d'une longue, longue dérive théologico-philosophique. Elle remonte même bien plus loin, ou, plutôt, bien plus « haut ».
Dans l'un des exercices de Métaphysique Critique de la première occurrence de TIQQUN, intitulé Hommes-machines, mode d'emploi, l'origine de cette option historique, de cette contrainte politico-théologique, cette origine est évoquée.
« Si Adam n'avait pas péché le Tiqqun, la Réunification, se serait accompli; toute choses eût repris sa place et l'univers eût été sauvé. Et pourtant cette chute dans la confusion du bien et du mal, qui devaient rester séparés, et ce déchirement en des séparations artificielles de ce qui devait demeurer uni, ne nous condamnent pas à un exil définitif et à une irréversible impuissance. L'enfer où nous sommes tombés est notre errance, et le désert que nous traversons aujourd'hui, c'est l'histoire; en un certain sens, « non seulement nous sommes maîtres de notre destin, et au fond responsables de la poursuite de l'exil, mais nous remplissons aussi une mission qui a des finalités plus lointaines » (G.Scholem). [...] La Kabbale dit que l'homme tombe dans l'isolement lorsqu'il veut se mettre à la place de Dieu, en d'autres termes lorsqu'il prétend que la liberté doit lui servir et que ce n'est pas à lui de servir la liberté. »
L'origine est évoquée. Mais elle est aussitôt happée et infusée dans les brumes de la dérive.
« A mi-chemin entre transcendance et immanence, la Shekhina se tient à la fenêtre qui s'ouvre sur notre propre néant, sur notre propre liberté. Ce langage au moyen duquel l'homme mystique, l'homme qui était plus haut que les anges, rentre dans son vêtement terrestre, se réconcilie avec son corps, c'est un langage qui raconte l'individu, qui le fait se redécouvrir lui-même, qui l'ouvre à la reconnaissance des autres. Certes un tel langage est différent pour chacun, mais il est compréhensible pour ceux qui suivent le même chemin, c'est-à-dire, « dès lors que chaque individu à une tâche particulière dans la lutte pour lé réalisation du Tiqqun, selon le degré et l'état propre de son âme (G. Scholem). Marx disait en substance la même chose, mais avec plus de précision : « C'est seulement quand l'homme réel individuel a repris en soi le citoyen abstrait [...] quand l'homme a reconnu et organisé ses propres forces en forces sociales et donc ne sépare plus de soi la force sociale sous la forme de la force politique, c'est alors seulement que s'achève l'émancipation humaine » (Marx, La Question juive). »
Sous le masque de la fausse compréhension spirituelle (qui n'est, en outre, que religieuse, confusion révélatrice) c'est immédiatement la démonie du social qui reparaît. Idolâtrie et hypnose syncopées.
Par une particularité excessivement moderne, quoi qu'on s'en défende, on essai de surmonter, de transcender des critères que l'on juge dépassés, obsolètes et l'on considère qu'il est beaucoup plus radical (plus seyant, en réalité) de remonter « plus haut » (à ce que l'on croit) ...
« La Shekhina, si intime qu'elle soit avec la sphère céleste, se tient amoureusement auprès de tous les hommes, comme elle l'était auprès d'Israël partout où il était en exil; et de même, « lorsque deux hommes sont assis à interpréter les paroles de la Torah, la Shekhina se trouve parmi eux » (J. Abelson), puisqu'il n'y a pas de lieux où la Shekhina ne soit pas, où elle ne souffre pas la même douleur que l'homme, « pas même dans le buisson ardent » (Exode rabba sur Exode 2, 5). « Lorsque l'homme endure des souffrances, que dit la Shekhina ? « Ma main me fait mal; ma tête me fait mal » (G. Scholem). »
L'Occident est bien malade, et le monde le suit comme son ombre. L'Occident est bien malade, de ses choix, de ses déviations multiples et ramifiées, multiples et dont chaque division entraîne des divisions intensifiées et autant d'inversions de ses inversions. L'Occident est bien malade et les pharmacopées qu'on lui choisies sont pires que le mal.
Le Tiqqun ? Il est.
Le Tiqqun est réalisé. Le Seigneur de Gloire Lui-même l'a réalisé ... Lui-même. La cure, la voie de guérison est connue.
« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom je suis au milieu d'eux ... »
Le langage qui fera/fait que l'homme-Adam se réconcilie avec son corps c'est le langage eucharistique ... et, en aucun cas, il ne concerne des individus. Dans la primitive Eglise, telle que décrite par Paul, les idiotès, sont les « individus privés », tous ceux qui n'ont pas encore été illuminé, tous ceux dont le coeur n'est pas purifié, qui ne sont pas des glorifiés et qui, pour cette raison n'entendent pas la prière perpétuelle « dites » dans le coeur par les prophètes de l'Église, i.e les glorifiés. Ainsi, il est vrai que les « réconciliés » qui peuvent parler chacun un langage particulier peuvent aussi, sinon se comprendre, du moins « s'entendre » ...
Ignace d'Antioche utilisera le terme mèchanè pour désigner : la croix du Christ !
Dans le domaine militaire de l'antiquité mèchanè désignait en premier lieu les « machines de guerre », celles qui permettaient d'assaillir ou de piéger l'ennemi. L'Ennemi qui a piégé les âmes et les corps par la ruse est vaincu par une « machine de guerre », un piège divin ... Et, logique paradoxale de l'inversion, ce qui est machine pour le propagateur du piège viral est, pour les malades, l'onguent et la cure ...
« L'allégorie offre [...] à l'âme éloignée de Dieu comme une machine qui la fait s'élever vers Dieu. »
saint Antoine le Grand
Pourtant la maladie progresse. La faute aux « médecins » que nous nous choisissons, sans doute ?
« Alors que dans le modèle de production fordiste, le corps était condamné à la chaîne de montage par ses gestes répétitifs, et l'esprit restait « libre » d'en penser les formes d'émancipationi, aujourd'hui, le travail étant dans les sociétés capitalistes avancées presque entièrement intellectuel, c'est le corps qui assiste, incrédule et oublié, à cette nouvelle exploitation. Oublié durant les heures de travail, mais constamment présent dans le temps libre sous forme d'obsession, le corps est la plus matérielle de nos déterminations en même temps que la carte de visite qui permet d'accéder au marché du travail dématérialisé. »
L'empire vide, que j'appelle dominion est comme un cancer, mais ses métastases peuvent non seulement accroître le domaine du mal mais encore engendrer d'autres pathologies pas encore pensées ...
Qu'est-il arrivé à nos corps ?
« La grâce de l'Esprit donne au corps aussi l'expérience des choses divines. »
saint Grégoire Palamas
Nos corps ne sont plus à nous, arraisonnés par le machin-monde. Ils ne sont plus à nous puisque nous ne suivons pas la voie anagogique qui assure la restitution, le Tiqqun, l'henosis ! Où, dans quelle parole, est magnifiquement célébré cette union, si ce n'est dans le Cantique des Cantiques, le chant de l'amour fidèle et du corps exultant ... ?
Nos corps ne sont plus à nous car c'est dans le Corps du Christ qu'ils nous sont restitués, qu'ils sont authentiquement hypostase, pleinement « personnes ». Le Salut (soteria) n'est pas en mode individuel (ni collectiviste, ni « communiste ») mais en mode personnel ... ce qui signifie que le salut ne concerne pas l'au-delà mais bien le hic et nunc, la vie. Seul l'individu est concernée par la mort c'est-à-dire le domaine corporel, auquel appartiennent (bien que non entièrement) le cérébral et le rationnel. Le thanatos, comme l'éros (compris vulgairement comme le seul désir sexuel) ne concernent que le corps. La mort, par inversion intensifiante de sa défaite, est gagnante, elle masque avec ruse, sa défaite (« mort, où ta victoire, où ton aiguillon ? ») par l'éros vulgaire intensifié.
Les plus fins analystes s'y laissent prendre, à ce piège, à cette stratégie ...
Ne voulant rien lâcher de leurs convictions, de leurs découvertes qu'ils croient leurs propres.
Ainsi Michel Foucault (influence d'Agamben et de TIQQUN) a-t-il raison d'écrire dans Il faut défendre la société : « la grande ritualisation publique de la mort a disparu, ou en tout cas s'est effacé, depuis le XIIIè siècle [...] Au point que maintenant la mort – cessant d'être une de ces cérémonies éclatantes à laquelle les individus, la famille, le groupe, presque la société tout entière, participaient – est devenue au contraire ce qu'on cache. [...] Et à la limite c'est moins le sexe que la mort qui est aujourd'hui l'objet du tabou. »
Mais quoi, tout ceci n'est perçu que d'un point de vue sociologique, s'en est presque plus écoeurant encore que le fait qu'il désigne. Ce type d'analyse est réellement typique du mal occidental, dévastatrice non tant pour ce qu'elle pense combattre que pour ce quelque chose d'indéfini qu'elle entend défendre. C'est en cela, sans doute, que toutes ces pensées rejoignent le grand flou de l'hermétisme qui a fasciné tant les humanistes et les « Lumières » que ceux qui entendait les combattre ... Orobouros de dévorant lui-même à partir de son extrémité opposée. Et la tentation pourrait être grande de se dire alors, « laissons le monstre et ses enfants s'entredévorer ! Dieu reconnaitra les siens ! », mais d'une part ce dévorement ne signifie nullement la défaite, et, d'autre part, Dieu reconnaitra-t-Il pour « siens » ceux qui, en aucune manière, n'auront réagi ?
Pour en finir (très provisoirement), notons à la suite de Foucault que, dans l'Église Orthodoxe se perpétue l'orthopraxie concernant les « morts ». Ceux-ci sont participants de ce qu'il faut appeler leur dernière participation à une Liturgie ici-bas ... Contrairement à la pratique occidentale, en effet, le cercueil est, aux pieds de l'iconostase (là où se tiennent ceux qui communient, les nouveaux baptisés ...), ouvert ! Le « défunt » (qui pour l'orthodoxie est « né au ciel ») assiste pleinement à la Liturgie qui se tient dans la communauté qu'il a connu, à laquelle il appartenait ...
Différence singulière, une fois encore ! Le corps n'est pas escamoté, aucune machine-piège ne l'engloutit avant l'ultime sacrement, il est encore présent comme le Christ est Présent, déjà-toujours-là ...
Un saint moine de l'Athos disait à propos de ceux qui sont « guéris » en Christ : « ... nous voyons les visages comme des images du Dieu débordant d'amour. Celui donc qui a revêtu la grâce du Christ voit les autres revêtus de même, même si leur corps sont nus, alors que celui qui n'a pas la grâce de Dieu voit les corps nus, même s'ils sont habillés ! » (H. Vlachos, Entretiens avec un ermite de la sainte Montagne sur la prière du coeur)
Les saints Pères ont « définis » une très réelle et concrète thérapeutique (que nous évoquons ici parfois sous le terme de théorapie). Selon le Père Romanidès elle constitue même l'acmé de la voie christique, son essence véritable ! En occident, les catholiques ont réagis aux théories psychanalytiques et psychiatriques en évoquant une influence satanique, mais mêlant à leurs condamnations tout ce qu'il ne faut pas de pathos et de sentimentalisme. En réalité ces théories sont des reprises profanatrices, des reprises en inversion intensificatrices de la très fine analyse des différentes parties de l'âme établies par les saints Pères à partir des saintes Ecritures et d'une expérience vécue très concrète de la cure christique !
Toutefois, ce qu'il convient d'ajouter à ce tableau, c'est qu'à mesure que passait le rouleau annihilant du temps-monde, à mesure que le processus d'individualisation avançait et, du même coup, détruisait la compréhension « personnelle » de l'âme humaine en collectivisant la « psychè », il convenait d'appliquer à la société dans son ensemble le diagnostic non-complaisant des Pères. Non-complaisant car plein de compassion réelle, l'amour est sévère ! Ainsi, comme le disaient de nombreux Pères « l'éros est une agapè intense »... or, il est bien évident qu'à l'aujourd'hui l'éros n'est plus, absolument plus, agapè, il n'en est plus du tout l'intensification mais a raréfaction la plus atrophiante ! Nous en sommes à l'air de la gastrimargia ... où tout est consommation sur-intoxicante ! Si, comme le disait avec une profond élégance Olivier Clément, le christianisme nous appelle à nous faire « tout visage », il est clair que « ce monde » tel qu'il roule sur sa pente savonneuse, nous appelle à nous faire « tout regard », et regard envieux et désirant-jalousant !
Quant à un rapport plus strictement lié au « corps » les Pères appelaient philarguria cette forme excessive d'avarice qui nous fait désirer chaque chose ou idée comme « nôtres ». Lié au « stade anal », lorsque l'enfant identifié entièrement à son corps et effrayé par sa défécation dans laquelle il perçoit une liquéfaction de son être, une mort de son corps ...
Et l'homme a eu peur de perdre la merde
ou plutôt il a désiré la merde
et, pour cela, sacrifié le sang.
A. Artaud, Pour en finir avec le Jugement de Dieu
Pour défaire l'efficace du processus sotérique (salut1/santé) l'occident l'a transformé en « système », celui des 7 péchés capitaux ... délaissant l'aspect concret, formé sur l'expérience et l'expérimentation pneumatique des saints Pères « ce monde » a préféré, pour en annuler l'efficience, le figer et le masquer en un moralisme solidifiant mais qui, évidemment, contenait, plus il se durcissait, toutes les promesses de ces plus nauséabondes liquéfactions futures ...
Extraire nos corps à la soumission de ce monde qui pousse en mauvaise graine de bio-pouvoir; oui ! Trois fois oui ! Mais pas sans une âme qui va avec,et pas sans une âme qui puisse, puisqu'elle est irrémédiablement chutée en son état actuelle, être rectifiée par l'application rigoureuse (et pas rigoriste) d'une voie sans complaisance et absolument, essentiellement, non conformiste puisque ne pouvant jamais (en son essence vive) être conformée au schéma sclérosant de « ce monde » !!
1Le plus anodin « salut » avec lequel nous commençons une journée s'accompagne souvent d'un « comment vas-tu » ou « ça va » ... Or, précisément ce « salut » matinal signifie en « ancien » français « comment allez-vous ... » sous entendu « à la selle » ...
i(sic) Penser son émancipation sur un plan tout horizontal et matériel, sur le seul plan que les exploitants avaient également en vue ... le résultat fut, et sera, désespérant ... Je songe ici, toutefois, à cette « légende ouvrière » des émigrés russes qui, dans leurs pays d'accueil, pouvaient se retrouver à l'usine et qui, au rythme des machines, précisément ne tombaient pas au niveau de ces « pièges productifs », mais en usaient pour « s'élever » en récitant la prière du coeur (prière noétique) ...
22:45 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Inscriptures, Littérature, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mardi, 10 novembre 2009
L'idiotie comme porte de sortie
Ce que je fais est essentiellement superflu, ce qui est absolument essentiel.
Ce que je suis est absolument essentiel, ce qui est essentiellement absolu.
Examine ceci : de même que le Christ a été déclaré maudit (Ga. 3, 13) à cause de moi, lui qui met fin à la malédiction [...] de même aussi, me voyant insoumis, il prend ce défaut sur lui, en tant qu'il est la tête du corps que nous formons. Saint Grégoire de Nazianze
Il est tout à fait clair que personne, je veux dire aucun, ne prend la mesure de ce qui s'écrit ici. Une écriture parfaitement authentique requiert une solitude ontologique extrême et ne tolérant aucune feinte ...
Il en ressort que ce qui s'écrit ici est « nul ». Et ne « sert » strictement à rien.
Et ce sont les lettres de noblesses de cette inscripture.
Ce qui s'écrit ne peut être utilitaire cependant, cette inscripture est bel et bien ancillaire !
Elle modifie le monde puisqu'elle modifie celui qui se laisse ainsi eso-inscrire.
La vision de l'histoire qui me traverse et me transcrit, me transhumane, ne peut que me poser en intense solitaire... il ne s'agit pas d'une nécessité, non; vraiment, rien d'utilitaire ou de nécessairement !
Nécessiteux spirituel.
Cela, oui !
Idiot ?
Cela, oui, sans aucun doute !
Selon la claire description de la « structure » de l'Église de saint Paul, les idiotês, sont les « individus privés », qui ne sont pas encore « réellement » membres du Corps du Christ, qui ne le sont que potentiellement, et qui, en tant que tels, disent « amen » au temps opportun lors des assemblées liturgiques, ils répondent, ils donnent leur « amen » après que ceux qui sont réellement illuminés, glorifiés, aient dit leurs prières, leurs psaumes, leurs actions de grâces ...
D'où, le retournement du sens, car, il semble évident que cette attitude, profondément spirituelle ne pouvait qu'être prise en mauvaise part par ce monde. Ceux qui disent « amen » à tout sont des idiots, des imbéciles, des crétins, des sots ...
Vous voyez, la racine très profonde de l'incompréhension ?
Vous apercevez enfin ... ?
[...]
21:24 Ecrit par Thierry dans Inscriptures, Orthodoxie, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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jeudi, 29 octobre 2009
Le premier des ISMES
Le premier, le plus terrible des ISMES, l'origine des autres, de tous : l'EGOISME.
Les Pères l'appelait PHILAUTIE !
Son terme ? comme le décrit l'écrivain russe Mamléïev : l'AUTOPHAGIE !
Egoisme, montanisme, encratisme, gnosticisme, manichéisme, philétisme, piétisme, moralisme, rationalisme, idéologisme, fascisme, humanisme, narcissisme, mécanisme, systématisme, capitalisme, marxisme, socialisme, communisme, nationalisme, financialisme, européisme, islamisme, littéralisme, catholicisme ...
christianisme ...
Il aura fallu que l'on trouve opportun de ranger la voie christique dans ce fatras ...
?
Ce mot-là, n'a rien de "sacré" ... Il ne résume rien. Il permet de croire que l'on peut ranger cette voie parmi la relativité de tout le reste, de tout le fratras chaotique de ce monde, parmi la grande bibliothèque du contrôle ?
Que nous dirons les très modernes dictionnaires ? que ce mot désigne ce qui est relatif à la religion chrétienne ?
Le mot chrétien est de notre tradition, de notre voie, le mot "christianisme" ? Non, pas, merci bien ! L'échapatoire, l'exil lexical a été forgé par les saints Pères, merci bien ! Ortho-doxie ! Mais pour combien de temps encore ? Quand trouvera-t-on le "malin" qui nous servira-asservira l'orthodoxisme ??
Au train où vont les choses je ne serais guère surpris que cela soit déjà fait ...
20:29 Ecrit par Thierry dans En avant le verbe, aphorismes et citations, Inscriptures, Littérature, Orthodoxie, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mardi, 13 octobre 2009
Misosophie et généalogie contrelittéraire
« Lui qui des souffles fait ses anges et des flammes ses serviteurs. » Psaume 104; 4.
« Mettez-vous en colère mais n'allez pas pécher. » Psaume 4; 5.
Les livres, les vrais, sont fait pour que leurs auteurs, parlent à ceux qui les lisent, par-delà la mort. L'écriture, je l'ai déjà écrit ailleurs, est un processus thanatologique. L'écriture est liée à la mort et à son au-delà.

En redécouvrant, à travers une excellente série télévisée russe, le roman de Boulgakov, « Le Maître et Marguerite » je me suis aperçu que les arguments exposés par Michel Onfray dans l'entretien à la revue RING que j'ai commenté ici, sont ceux-là même du littérateur Berlioz. Cette réfraction chronologique m'a conduit à feuilleter quelques ouvrages du Misosophe. Il faut bien, en effet, se décider à appeler ainsi celui qui veut philosopher sans amour et sans sagesse. « Sans amour », pourquoi ? Il n'est que de parcourir son pamphlet gratuitement haineux sur l'athéisme. Rien que ce titre « Traité d'athéologie », comment, avec un tant soit peu de bon sens, mêler le « logos » à cette diatribe logorrhéique , précisément, à ce réquisitoire logomachique ? Le ton et les arguments sont ceux-là mêmes qu'employèrent les zélés littératueurs du système soviétique contre le génie igné de Boulgakov. Ce même ton, cette même pensée qui fit déclarer à celui que certains veulent encore voir comme la fierté des lettres françaises : « Tout anti-commnuniste est un chien. »
« Sans sagesse » ? quelle sagesse préside au projet philosophique de M. Onfray ? Et bien, là encore, nous assistons, médusés, à une nouvelle réfraction chronologique. Ce projet humaniste-épicurien est, sous quelques habiles camouflages philosophico-philantropiques, ni plus ni moins que celui du socialisme révolutionnaire, celui-là même que Dostoïevski avait prophétiquement décelé, celui-là même dont Boulgakov a mystiquement et brillamment analysé le fond-sans fond. Il faut bien, un jour, redéfinir clairement certains axes, tout ceci ressort de la cacosophie, ou plus exactement encore de la cacodoxie !
« Mais, faire des reproches n'est pas le principal : c'est très facile et à la portée du premier venu; tandis qu'opposer à l'erreur son propre sentiment, c'est faire preuve de piété et d'intelligence. » saint Grégoire de Nazianze.
Alors, suivons le sage conseil de ce théologien très sûr : oui, les livres authentiques sont les vecteurs d'un langage partagé entre vivants et morts. Ils sont les processeurs des énergies du Logos. Ils sont un maillage de mots, un carrefour vibratoire de la mémoire vivante. Mémoire vivante dont les « mémoires vives » de nos computer ne sont que les inversions néantisées. Les livres sont des corps livrés à la mort et appelés à la « re-suscitation » (Cf Religion of Resusciative-Resurrection, Philosophy of the Common Task of N. F. Fedorov, par Nicolas Berdiaev) par chaque lecture. Les livres sont les instruments (organon) qui transforment l'ombreuse opacité de leur matière en la lumière énergétique irréfragable et noétique. Les livres authentiques sont servis par les puissances angéliques et les servent. Les livres sont des fenêtres qui peuvent s'ouvrir sur la dimension de ces « lumières noétiques secondes » (saint Jean Damascène).
« D'abord Il a pensé les puissances angéliques et célestes, et penser était leur fonction. » saint Grégoire de Nazianze.
Non, les vrais écrivains ne sont pas les « mécaniciens des âmes », mais les miroirs des lumières noétiques, non pas des miroirs-objets, passifs et inanimés, mais des miroirs-vie, personnels et réflexifs. Les artisans qui tissent les fils de lumières tombés du ciel et qui nous forment une carte bien utile pour regagner la maison du Père. « Désormais je n'oublierais plus jamais rien » s'écrie le Maître alors qu'il est déjà passé de « l'autre côté » et Ivan, le poète qui avait écrit, sur commande, une vie de Jésus frelatée est convaincu de ne plus écrire de mauvaise poésie, s'adressant au Maître, mort mais debout devant lui : « C'est autre chose qui m'intéresse, maintenant j'écrirais autre chose. » Le Maître, ressuscite Gogol, le mystérieux maître des lettres russes, tout autant qu'il symbolise (et « venge ») Boulgakov et tous les écrivains qui savent se situer dans cette chaîne invisible et imprescriptible. Le Maître quitte ce monde, mort mais en vie, mort en apparence pour le monde mais vraiment vivant. Il abandonne au monde son manuscrit car il n'en a plus, selon ses termes, besoin, car il l'a intégralement intégré en lui, intégration et incarnation réciproque, c'est corporellement et charnellement qu'il mettra, non de sa plume mais par sa personne un terme à son histoire qui ne fut jamais la sienne propre et qui, dans sa conclusion devient proprement sienne.
Alors ? Répondrons-nous à la question rutilante et impérieuse posée opportunément, à temps et contre-temps, par l'ami Henri Le Bal ? « Si le Verbe s'est incarné, qu'est-ce que la littérature ? »
Oui, et non ! La réponse est dans la question. La question posée est sa propre réponse. La réponse ne serait qu'une nouvelle question, alors cheminons avec pour guide nos fils de lumière ...
Selon saint Jean le damascène, le prénom Joseph, signifie, « pour qui connait les lettres », le nouveau livre. Quel est-il ? Joseph fils de Jacob, préfigura le Christ, Joseph fut le prénom du père de Christ selon les hommes, Joseph fut le prénom du disciple caché, celui d'Arimathie, dont le nom fut lié au corps du Christ, et à la coupe que l'Occident appela Graal d'un mot qui fut, peut-être, graduale, c'est-à-dire « livre » et dont la légende fut révélée dans ce que l'on nomma, dès lors, romans. Mais, ces romans s'initièrent pour traduire et interpréter une perte, ils initièrent une quête, une recherche aventureuse pour retrouver et reconquérir se qui fut perdu.
Le nouveau livre, était, bien évidemment, pour l'admirable Jean, Le Nouveau Testament. Nous oserons affirmer que sans ce livre nouvel le roman n'aurait pas vu le jour, sans l'inhumanisation du Logos-Verbe de Dieu, sans la parole, incarnée dans un livre, de la Parole incarnée dans la corporéité de l'humanité, c'est-à-dire sans la révélation divine de la personne point de roman.
Le cheminement n'est pas rationnel, il ne s'appuie sur aucun fait établi. Le littératueur, le mécanicien-gestionnaire-régisseur, ne manquera pas de nous interpeller et de vouloir nous ramener à sa religion particulière, celle du « fait établi », le culte des moyens scientifiques et techniques.
Alors exagérons encore l'humeur bilieuse de ce dernier : à l'origine du livre « objet » il y a le bois, l'arbre (notons, au passage, que ce double terme de « livre-objet » définit assez bien ce qu'est le Graal.) Or, à l'origine de la Chute que trouve-t-on ?
« Le bois de la connaissance du bien et du mal c'est la pénétration de contemplations difficiles, c'est-à-dire de la sur-science (epignosis) de sa propre nature qui d'elle même révèle la magnificence du Démiurge. » saint Jean Damascène
Et notre père parmi les saints d'établir une distinction lexicale entre l'arbre (l'Arbre de vie), dendron; et le bois tsylon. Ainsi il ne serait pas question de deux arbres distincts mais de l'Arbre de vie qui se tient dans le bois de la connaissance du bien et du mal, le principe vivifiant axial se tient dans la forêt dense et touffus des signes... Interprétation qu'il convient d'admirer et de méditer sans vouloir la forclore dans un systématisme sclérosant.
Méditons : Y aurait-il comme une forme de mouvement de circulation et d'inversion ? Je le crois. L'économie du salut « n'est que » cela.
A l'origine de la chute « le bois de la connaissance», la transmission du savoir des hommes se fera alors par l'écriture, sur la pierre, sur le bois de l'arbre, la peau de l'animal, le métal puis sur les pages du livre (fait de bois). Les matières de la création seront le réceptacle transmetteur des paroles de mémoire de l'homme, ou, plus exactement des « sociétés », des « civilisations » qui soumettaient encore l'individu, la puissance de la personne. Puis fut Le Livre-Livres; la Bible, c'est-à-dire (pour reprendre le terme très juste de M. G. Dantec) un bibliogon ! Non pas un simple recueil, non une collection de textes ou de livres mais une Interface énergétique active, un vecteur de métapoiésis, un livres-monde ! Mais cette Interface active est, précisément, active dès le premier instant de l'expulsion, elle instaure le double mouvement qui ne cessera plus jusqu'à la consommation terminale : catabasis – anabasis, chute et redressement immédiat. La concrétisation de ce mouvement spirituel, sa réalisation la plus merveilleuse et admirable sera l'Incarnation – Ascension.
Le Logos-Verbe s'est inscrit dans la chair, d'abord la chair absolument vierge de Sa Très-Pure Mère, vierge comme l'est une page blanche, vierge comme ne peut le demeurer une feuille recevant une inscription et Elle le demeura. Ensuite dans Sa chair à Lui, dans Son Corps (corpus) à Lui. Son Corps devient ainsi également le lieu de l'incarnation du très saint bibliogon, de toute la sainte Ecriture (corpus Christi / Coprus srcipti). D'un point de vue quelque peu gnosticiste on pourrait voir dans la descente du Christ une « chute » mais en définitive cette descente ne se conçoit pas sans sa « remontée » (tout comme la Chute d'ailleurs). Selon saint Maxime toute la période de l'Ancien Testament est une catabasis qui prépare une « incorporation de Dieu dans l'humanité », puis depuis l'Incarnation jusqu'à la fin l'anabasis prépare l'élévation de l'homme vers Dieu (theosis). La bible chrétienne est le Livre-sceau qui rend vivant le témoignage de ce double mouvement.
On connait l'image de saint Jean, dans le Livre de l'Apocalypse, mangeant le petit livre donné par l'ange, le livre doux et amer. Nous nous en faisons une image, nous symbolisons. Mais, allons donc jusques au bout de notre symbolisation puisque ce mot signifie « réunir ». N'est-ce pas ce que fait Jean le Théologien ? Il est un Livre-sceau qui rend vivant avons-nous écrit ? Oui, alors ce Livre-sceau nous devons l'incorporer, au sens propre, il doit nous être intégralement intérieur. En matière de généalogie contrelittéraire pourrions-nous trouver plus bel ancêtre que l'admirable Jacob Boehme ? Or voici ce qu'il écrivit : « Je n'écris ni d'après un enseignement, ni selon une science puisée dans des manuels. Je m'inspire de mon propre livre qui s'est ouvert en moi. Le livre comprenant l'image de Dieu m'a été offert et j'y ai tout appris ... »
Sa première inspiration, Boehme la doit à la vision du vase en étain étincelant ... Un vase ? D'ailleurs, il vaudrait mieux écrire « aspiration » pour bien souligner ce fait qu'il fut aspirer vers son for intérieur, vers son propre livre, vers son corpus véritable, vers son internel texte indéchiffrable mais déchiffrant tout, véritable code divin qui, en réalité n'est pas du tout un code mais, très exactement, un « contrecode ». Aspiré donc vers l'ungrund, l'inexprimable Seigneur du coeur duquel s'originent toutes les signatures des choses, ce que saint Maxime appelait lui les logismoï. Ces petits logos inscrits en toute chose, même la plus infime, et qui font résonner en harmonie toutes choses avec le Logos indicible.
Nous en sommes arrivés là et il nous faut mettre un terme à cette recherche généalogique. Mais le point final sera, justement pour préciser l'écart entre philosophie et misosophie. Pour Boehme, la Sophia est le pouvoir intuitif qui offre à l'Absolu, à l'Ungrund, au « néant méontique » (diraient le Père Boulgakov ou Berdiaev) sa faculté d'auto-révélation, auto-connaissance. En outre, cette révélation est intrinsèquement liée à une volonté, à un désir (eros) produisant une joie, un amour (agapé). Les misosophes, en coupant tout lien possible avec ce puissant mystère de l'auto-révélation de l'Absolu par la Sagesse, barrent la route à cette dernière et à la sève puissante qu'elle fait courir spirituellement dans les livres-graal-corps, dans la chaîne qu'elle tissait des énergies divines. Ne laissant subsister que la nature, déspiritualisée, et la raison ils font des livres de corps et des écrivains des mécaniciens-gestionnaires des « âmes » auxquelles leur mince compassion laisse encore un semblant de vie ...
« Vous auriez bien aimé refaire le christianisme sur le mode humaniste mais vous n'y réussirez pas. » Nicolas Berdiaev
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vendredi, 09 octobre 2009
Vie du littératueur
« Les souvenirs du bonheur passé sont les rides de l’âme. » Xavier de Maistre
Lors d'une émission radiophonique l'écrivain Charles Dantzig parla d'un livre intitulé "Vie du lettré" de William Marx. A propos de cet ouvrage il prononça quelques lieux communs et aussi cette sentence :
"Une bibliothèque est une machine à sortir du monde."
Hors, toute "machine" possède, necéssairement, une entrée et une sortie ou un début, et une fin.
Ainsi, dans le même temps, le nommé Dantzig affirma que la lecture tout en nous retirant de la société marque également, et comme paradoxalement (mais ça c'est moi qui l'ajoute), une forme de désintéressement qui peut s'avérer utile à la dite société ...
A quelle société, "l'auteur" ne nous le dit pas ...
Celle des "gens de lettres", peut-être ! Allons, ne soyons pas taquins, admettons que nous avons compris le propos alambiqué ... et disons que l'entière société des pauvres gens qui ne lisent pas (et des riches qui ne lisent guère plus, ou plutôt mieux ...) a tout à attendre des esprits illuminés qui se trouvent sacrifier à la lubie du déchiffrement des glyphes d'autrui ...
Il est vrai qu'une bibliothèque est une machine à sortir du monde, mais en tant que machine elle permet aussi le chemin inverse ... et, conséquemment, non d'entrer dans le monde, puisque pour en sortir il faut, nécessairement, y être précédemment, non d'y entrer donc mais d'y rentrer ... Une bibliothèque permet, en effet, de RENTRER dans le monde, de lui rentrer dedans au sens éminemment physique du terme !
Les "lettrés" sont essentiellement de faux "ascètes". Et, comme le remarquait Berdiaev, l'ascèse est un moyen, pas une fin en soi, or nos lettrés en font une fin ... non qu'ils souhaitent réellement que tout un chacun partage avec eux, équitablement, le bonheur exquis de la lecture et de la culture, non, ce qu'ils désirent c'est que tout un chacun s'y mette et qu'ainsi ils puissent acquérir le rôle de "maître", de "primus inter pares", ils veulent la transformation de la culture en "civilisation" pour que l'idolâtrie soit à nouveau de mode ... Ils partagent cette espoir indicible avec les moralistes de tout poil !
Les "lettrés" sont des littératueurs, en eux la lettre tue le monde, le monde annihile la lettre comme vecteur-porteur d'énergie. En eux s'effectue une sortie du monde - complice du monde.
Leurs grandes idées sont ainsi efficacement exténuées et d'elles-mêmes sorties du monde, rendu inefficaces mais ... UTILES.
Voltaire s'emportait contre les grands formats, les in folio, et assurait qu'il fallait absolument écrire et publier des livres de petits formats, qui tiennent en main : des manuels ! La nécessité se faisait sentir de "livre de combat" ! Il fallait que le livre devint U-TIL-E !
Il faut bien constater l'ambivalence de ce monde, de tout ce qui s'y tient, même, surtout peut-être, de ce qui désire s'en échapper. Ainsi les samizdat furent utilisés par les révolutionnaires, les proscrits pour mener à bien la diffusion de leurs idées, de leur ardeurs idéologiques. Lorsque ceux-ci eurent mener à bien leur grande bataille et qu'ils s'installèrent dans l'eros du pouvoir ce fut au tour de leurs adversaires d'utiliser le samizdat, la publication clandestine, le livre qui « n'existe pas ». Non tant pour diffuser des idées que pour sustenter un « désir », pour soutenir.
Voltaire a un lien évident, tant historiquement que philosophiquement, avec la Russie, et son idée de manuel, de livres « éducatifs » aisément transportables, dissimulables, aura connu une longue et belle prospérité. Toutefois, lorsque ces livres sont pris dans les rais de la machine-capital quel combat peuvent-ils donc mener, ils deviennent alors les collaborateurs inconscients et, sans doute, involontaires de leurs « adversaires ». Gratuits, dissimulés, cachés ces manuels sont « sans prix » ... C'est ce qui advient, mais péniblement, avec le livre électronique. Que celui-ci servent aussi dans tous les camps et soit asservi, est une évidence, néanmoins il reste un champs d'action possible.
Inclus dans l'énorme machine vide de la dominion les livres « de poches » n'ont plus qu'une utilité, jouer le rôle de « boîtes noires » tout comme les mots et expression rangés dans cette « catégorie » par Eric Chauvier dans ses ouvrage Que du bonheur et La Crise commence là où finit le langage. Mots-clefs qui n'ouvrent rien, qui n'ouvre sur rien mais qui concentre sur eux l'attention, des mots-aimants qui attirent sur eux la contestation, voire des mots-turbines qui génèrent eux-mêmes leur contestation après avoir formaté la pensée selon leur acceptation fabriquée (pensée unique, politiquement incorrect / correct, système ...). A ceci près que, si l'auteur à raison dans son analyse, il semble, comme tant d'autres, effrayé, précisément par le fait que cette analyse peut aussi s'appliquer à son « camp ». En effet, « le monde social », la « solidarité », la « classe ouvrière » sont, bel et bien, d'autres boîtes noires.
Ils doivent être des livres de feu, ces manuels, pour espérer échapper à la meule du nivellement et de l'évidemment ! Le monde de la communication électronique asservi par la dominion, peut, encore, être un vecteur d'escapade hors de ses sentiers battus ou non, hors de sa conformité et de son anti-conformisme. Le e-manuel comme Emmanuel, comme tison, de l'incendie de la glorification.
http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/07/07/5e4...
23:00 Ecrit par Thierry dans Inscriptures, Littérature, Philosophie, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mardi, 06 octobre 2009
Un saut hors de la nature 1
RAPATRIEMENT : TRAVAILLANT ACTUELLEMENT A UNE REPRISE SYNTHETIQUE DES TEXTES ICI PUBLIES AYANT UN LIEN AVEC L'ECOLOGISME J'AI DECIDE DE RAPATRIER CE TEXTE INITIALEMENT PARU SUR LE BLOG CONTRELITTERATURE EN TANT QUE TALVERA AU N° 21 DE LA REVUE :
L'homme est un saut hors du monde de la nature.
Nicolas Berdiaev
Leurs greniers sont remplis, débordant l'un dans l'autre ;
leur brebis sont fécondes et sortent en grand nombre
et leurs boeufs sont bien gras.
Dans leurs murs, il n'y a ni brèche ni passage,
et aucune clameur sur leurs places.
Et l'on dit bienheureux le peuple qui a ça !
Heureux plutôt le peuple dont le Seigneur est Dieu.
Psaume 144, 13-15 (version de la Septante)
La talvera est cet espace, ce lieu (situs) non labouré, le lieu du retournement, l'espace demeuré vierge pour aller plus loin ; aussi, face à l'importance décisive d'un sujet tel que l'écologie, traité avec rigueur dans le dernier Contrelittérature, il m’apparaît important de me positionner sur l’espace de la talvera.
J’apprécie et respecte les différentes contributions publiées et c'est, précisément, à l'aune de ce respect que j’aimerais mesurer la profondeur des idées qu'elles peuvent amener à développer.
Tout d'abord, faisons remarquer que, si nous acceptons l'idée de l'évolution (et non de l'évolutionnisme comme philosophie et moralisme) ainsi que l'idée d'une loi naturelle (contrebalancée, ou non, par une grâce surnaturelle) alors, ce faisant, n'acceptons-nous pas que la terre et son climat aient pu connaître déjà, à moult reprises, des changements profonds, radicaux ; des bouleversements violents, des évolutions patientes et ce, sans interventions humaines ? En effet, si la nature est un tout et que nous en sommes une partie, un maillon, l'extinction de l'espèce humaine n'est-elle pas un événement naturel parmi d'autres dans l'écologie (au sens premier) de ce vaste « bio-système » ?
Bien sûr, le grand nombre des écologistes (engagés, politiques, militants ...) ne partage pas ce radicalisme qui, en fait, s'inscrit logiquement et rationnellement dans leur doctrine. Pourtant, en poussant la pensée « écologiste » jusqu'à ces limites extrêmes, on constate aisément qu'elle porte en elle ce germe de nihilisme pour le genre humain. En outre, de plus en plus visiblement, l'homme a peur de sa liberté, il semble ne plus savoir qu'en faire. Cette liberté « désorientée » qu'il porte comme un fardeau, il serait presque prêt à la brader contre n'importe quelle promesse d'une sécurité et d'une stabilité bienfaisantes.
Dès lors, il en va de même pour toute forme de « responsabilité » (responsable mais pas coupable !). Afin de se libérer de cette tension « écologique », ne consentiraient-ils pas à abdiquer et à offrir à un pouvoir absolu la responsabilité de ces « choses » qui les dépassent ? Nous sommes bien d'accord pour affirmer qu'une société construite sur ces bases pourrait « à tout moment basculer dans un véritable cauchemar sécuritaire » (Philippe Conte).
Cette « arrière-pensée » mérite donc tout de même d'être surveillée du coin de l'oeil. Mais, par ailleurs, lorsque, en tant que chrétiens, nous entamons un dialogue, lorsque nous en appelons à une vie plus « évangélique », sachons nous souvenir qu'il n'est pas certain que les premiers chrétiens, précisément, aient fondé beaucoup d'espoir sur la conservation de « ce monde »...
Certes, notre perception a changé, celle de l' Église s'est sagement adaptée, néanmoins il reste à poser clairement les prolégomènes à toutes discussions claires et fructueuses sur un sujet vaste, complexe et parfois bien épineux !
C'est bel et bien tout d'abord de l'idée de nature, de sa définition et de sa valeur qu'il faut partir. Et, en termes chrétiens nous ne saurions mieux dire qu'Alain Santacreu : « Contrairement à l'esprit païen, la nature n'a pas de valeur intrinsèque pour le chrétien. »
De même lorsque, en réponse aux idées d'Alain de Benoist, il déclare : « Le nominalisme païen ramène le " spirituel " au " sacré " mais [...] reproche au spirituel d'avoir désacralisé le monde », nous ne pouvons qu'affirmer notre accord et même ajouter : Oui, le christianisme a désacralisé l'ancien monde, il a « démythifié » la nature, mais pour l'entraîner à sa suite vers la sanctification et la transfiguration. Toutefois, ceci est une définition presque apophatique ; aussi, pour définir une conception chrétienne plus positive, nous appuierons-nous principalement sur le document intitulé « Les Fondements de la doctrine sociale » de l'Église Orthodoxe russe, ainsi que sur d'autres sources anciennes ou plus récentes de la tradition vivante de l'orthodoxie, ou inspirée par elle.
Donc : « L'orthodoxie ne considère pas la nature environnante isolément, comme une structure fermée. Les mondes végétal, animal et humain sont intimement liés. D'un point de vue chrétien, la nature n'est pas un réservoir de ressources destiné à une utilisation égoïste et irresponsable : elle est une maison, dont l'homme n'est pas le maître mais l'intendant, et un temple dont il est le prêtre qui d'ailleurs adore non pas la nature mais son Créateur. » Il découle logiquement de ce qui précède que : « Les problèmes écologiques ont par essence un caractère anthropologique, car ils sont suscités par l'homme et non par la nature. »
Nous voici déjà avec une base assez sérieuse. Toutefois, ce document intitulé « Fondements » ne peut offrir tout le luxe d'un développement théologique et anthropologique complet. Aussi nous faut-il préciser quelques points.
Effectivement « l'état de nature cher aux candides de l'écologie n'est pas forcément l'harmonie du jardin d'Eden » (Fabien Haug), mais il faut allez un peu plus loin, allez « droit de l'avant » comme le préconisait saint Paul ; et ne pas craindre un certain « maximalisme » en affirmant qu'il n'y a pas, dans l'état actuel du « réel », d'état de nature pour l'homme ! L'état actuel de l'homme est « contre-nature », il n'est pas dans sa « nature » propre : « le Créateur, selon le mythe vrai qu'évoque la Genèse, a insufflé le principe spirituel dans les narines de l'homme, et ce principe anime la boue première, la " nature ", tout en lui arrachant l'homme, puisqu'il fait de celui-ci une personne à l'image et à la ressemblance de Dieu » (Olivier Clément). Et nous savons tous ce qui « survient ensuite » : « La soufrance et la mort sont entrées dans le monde malgré Dieu, avec le péché [...] Dieu n'est pas le créateur de ce monde-ci, de ce monde de larmes et de sang, de ce monde où la mort est la condition de la vie » (Maurice Zundel). Le « créateur » de ce « monde-ci », de cet état du monde, c'est l'homme, le « démiurge » de cette « vallée de larmes », vallée malheureusement réelle et matérielle pour nous qui continuons à « l'objectiver » mais d'ores et déjà, et secrètement, transfigurée en Christ.
Selon l'éminent théologien le père Jean Romanidès :
« Les Pères de l'Orient rejetaient l'idée que Dieu est l'auteur de la mort, que le monde est " normal " dans sa situation actuelle et que l'homme peut vivre une vie "normale " à la seule condition de suivre les lois naturelles dont on suppose qu'elles gouvernent l'univers. La conception orthodoxe de l'univers est incompatible avec un système statique de lois morales naturelles. Le monde est au contraire conçu comme un champ d'action et de combat de personnes vivantes. Un Dieu vivant et personnel est à l'origine de la création tout entière. Son omniprésence n'exclut pas toutefois d'autres volontés, créées elles-mêmes par Lui, avec le pouvoir même de rejeter la volonté de leur Créateur. C'est ainsi que le Diable est non seulement capable d'exister, mais aussi d'aspirer à la destruction des oeuvres de Dieu. Il le fait en essayant d'attirer la création vers le néant dont elle est issue. La mort, qui est un " retour au néant " (St Athanase - De incarnatio Verbi, 4-5), constitue l'essence même du pouvoir diabolique sur la création (Rom 8,19-22). La résurrection du Christ dans la réalité même de sa chair et de ses os (Luc 24,39), non seulement constitue la preuve du caractère " anormal " de la mort, mais la désigne comme le véritable ennemi (1Cor 15,26). Mais si la mort est un phénomène anormal, il ne peut y avoir rien de tel qu'une " loi morale " inhérente à l'univers. »
Précisons encore un peu : saint Grégoire de Nysse voyait, lui, que la mort-naturelle pouvait « parfaitement » s'insérer dans les mécanismes de transmission des domaines vitaux des espèces animales et végétales qui ne sont pas créées à l'image de Dieu ; au contraire, l'homme a, dès son « apparition », un caractère central, une valeur infinie, en lui il récapitule l'univers entier – microcosme – et, créé à l'image et à la ressemblance – microtheos –, il doit communiquer la grâce à l'univers entier – macrocosme. Rejetant le conseil, bafouant le commandement, il chute et se rend indigne de sa fonction cosmique de roi-prêtre, « il a oublié sa dignité de personne et s'est ravalé au rang de l'espèce. Du mode d'existence de la personne, qui eut été croissance sans fin dans l'immortalité, il est tombé dans le mode d'existence des espèces qui est multiplication selon la chair au sein de la mort » (O. Clément).
Aussi, tout en comprenant et acceptant l'argument et la démonstration d'Alain Santacreu, lorsqu'il précise que « c'est bien l'espèce qui fait l'individu et non l'inverse. » nous devons-nous de préciser que la « personne » (hypostase) excède l'espèce (« La personne signifie l'irréductibilité de l'homme à sa nature » V. Lossky), que la vraie « nature » de l'homme excède la nature et le mode de l'espèce : c'est cette « nature » extranaturelle que le Christ est venue rétablir et accomplir, parfaire ! Maurice Zundel disait, lui, qu'il fallait « faire contrepoids à l'immortalité de l'espèce (par sa continuation physique) par l'immortalité de la personne ».
Ce que nous souhaitions souligner en rappelant ceci à qui veut bien le lire c'est que, si « les fondements de la Nouvelle Alliance instituée par le Christ sont de nature à rééquilibrer la pensée écologiste militante » (Fabien Haug), alors, jusqu'où doit-on pousser le rééquilibrage ? Jusqu'à quel point l'idéologie écologiste et son « matérialisme ontologique » (Philippe Conte) peuvent-ils (veulent-ils ) être équilibrés ? Si la « pensée catholique est la seule à disposer des outils adéquats pour analyser de façon pertinente la crise environnementale » (Philippe Conte), pourquoi les chrétiens doivent-il continuer à user d'un vocabulaire enraciné dans une perception faussée ("développement durable", "crise environnementale", "environnement"...), perception qui, nous sommes bien d'accord, ne pose « aucune différence substantielle » (Philippe Conte) entre le vivant et le mort ?
Philippe Conte a bien raison d'affirmer que, pour éviter de laisser les chrétiens se désintéresser de la question à cause du « matérialisme et du malthusianisme de la très grande majorité des écologistes », il « faut impérativement cesser de réfléchir comme les Lumières nous l'ont imposer mais en chrétiens ».
Falk van Gaver appelle le « chrétien cohérent » à « favoriser l'avènement d'une société non-malthusienne en mettant en place l'intégralité des conditions pour y arriver ». Cela pourrait-être, selon nous, le « programme » de n'importe quelle idéologie. Nous approuvons, évidemment, les considérations suivantes, en particulier l'idée que « la sur-nature, la grâce, ne suppriment pas mais achèvent la nature », à ceci près que, pour l'orthodoxie, ce n'est que le parachèvement de l'homme, sa complète déification, qui peut non « achever » mais révéler la transfiguration de la Création accomplie par l'Incarnation et la Résurrection !
Philippe Conte affirme, lui que : « Le comportement à l'origine de la crise environnementale (le consumérisme et l'hédonisme) est mauvais en lui-même, pour chacun et dès aujourd'hui, il doit donc être abandonné ! C'est parce qu'il est intrinsèquement injuste que le libéralisme économique doit être réformé en profondeur. » Pour Falk van Gaver il faut une méthode ! Certes cela peut porter ses fruits mais, en définitive, pour la théologie chrétienne, il ne peut s'agir de cela, que de cela ! L'achèvement de la nature, sa « destination » (pour reprendre le mot de Berdiaev) ce n'est pas, bâtir de main d'homme (même chrétien) une béatitude terrestre pacifiée et optimiste, une « vie bonne », une « vie selon la nature » (il n'en existe pas pour l'homme, selon les Pères) ; non, le destin de la nature, c'est sa complète, intégrale, transfiguration en Christ par l'Esprit. Ainsi Motovilov, lorsqu'il fut « pris » dans la lumière thaborique qui enveloppait le saint starets Seraphim, vit-il la nature qui l'entourait telle qu'elle est ! C'est-à-dire, déjà, mais secrètement, transfigurée par l'Esprit. En effet, oui, la nature soupire, toute entière elle gît dans les douleurs de l'enfantement, elle attend le oui libre de l'homme ... Un oui qui ne viendra qu'après la prise de conscience de la vraie nature du problème ! « Prise de conscience » qui ne saurait se limiter à la compréhension empirique des données du dit problème et à la « mise en place » de solutions extérieures, factuelles, actives ... Non ! Surtout pas, nous entendons bien par-là une intégration en profondeur de la Vérité incluse dans les expressions spirituelles adéquates, une véritable « inhumanation », nous pourrions aussi dire une « véritable humanisation », l'homme ayant perdu originellement son « humanité » véritable « à l'image et à la ressemblance » !
Ainsi, si nous ne partageons pas nécessairement la position de Fabien Haug lorsqu'il affirme que « l'écologie est au coeur de la foi », néanmoins croyons-nous avec lui que « la foi peut défausser ce qui était faussé au sein de l'écologie » ; que « l'écologie doit triompher de ses vieux écueils, à savoir la caricature, les jeux d'influence, le déni, l'oubli de l'histoire et de la primauté de l'humain » ; et aussi que « l'Église doit mettre sa puissance terrestre et spirituelle au service de cet objectif d'intérêt universel ».
Néanmoins, encore une fois, il convient d'aller plus loin pour éviter qu'une certaine écologie chrétienne ne s'en aille fureter du côté d'un certain monisme ou d'une forme de gnosticisme. Pour cela les « bases » doivent être saines. Elles le seront, si nous retenons les « leçons » des Pères, en particulier dans ce cas, des Pères cappadociens. Il faut avant tout éviter de considérer une fois de plus que l'être de Dieu et « l'être du monde » formeraient une unité infrangible, tout comme admettre qu'un abîme infranchissable sépare Dieu du monde. Ce problème vital nous met en face d'un défi véritable, il en appelle à un esprit à la fois de prophétisme et de repentir, un esprit de communion authentiquement vrai, c'est-à-dire ecclésial et théologique (dans le sens de la « théologie mystique »). Nous avons un besoin absolument urgent des saints Pères (nous écrivons bien des Pères, nous n'écrivons pas des « docteurs ») ! Non pour faire un retour sur le passé, qui serait tout à fait vain, stérile et illusoire (ainsi que « démobilisateur »), mais pour accomplir ce retournement absolu qu'implique le caractère fondamental du problème qui nous occupe.
La pensée et la doctrine des saints Pères est de feu pour qui veut bien essayer de se l'approprier véritablement, c'est-à-dire, non comme un enseignement, mais comme un engendrement ! Par la prière, il faudrait faire « corps », faire « corps et âme » avec cette pensée qui va ensuite nous engendrer. La pensée des saints Pères est lumière et feu, lumière et feu de l'Esprit, elle est inabordable sans le sens de la prière, de la prière tout entière, ce qui signifie non pas seulement une « prière du coeur » largement mythifiée et fantasmé, mais toute la prière (car elle est inévitablement UNE), qu'elle soit d'imprécation, de demande, de confession, de louange ... La pensée, la doctrine des Pères fut et est toujours la seule véritable avant-garde. Constamment nous devons nous mettre en « mesure » de courir après elle qui est un souffle de feu vivifiant !
Pour qui désire ardemment une méthode la voici, il ne saurait, pour des chrétiens « cohérents », y en avoir une autre, elle est l'authentique « meta-hodos », la sur-voie. Berdiaev affirmait crûment « Ce monde il faut le jeter au feu ! », ce monde objectivé et objectivant, opacifié et opacifiant, ce monde qui n'est pas tout à fait la Création, qui n'est pas encore le Royaume, il faut le soumettre au feu de cette pensée qui est Vie ! Il est là, déjà, ce feu, celui dont le Christ Lui-même a dit qu'Il était venu le jeter sur le monde ; et Il a dit aussi : « comme je voudrais qu'il brûle déjà. » Le feu est là, « ce feu ineffable et prodigieux caché dans l'essence des choses comme dans le Buisson »(saint Maxime le Confesseur).
Bien sûr, on objectera qu'il faut tout de même plus de pragmatisme ou que tous les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté ne sont pas des « mystiques », qu'il nous faut être « utiles », que d'autres solutions sont envisageables... Oui, il y a mille et mille raisonnements honnêtes, raisonnables, concrets, applicables ... Oui, mais tous, tous sont « tissés de corruption et de mort ».
Tous ils participent de ces « filets de mots », « du filet des chasseurs et des discours troublants » (Psaume 90, Septante) ! Nous rejoignons ici, en bout de course, en bout de sillon, l'exposé anti-nominaliste (ou plutôt a-nominaliste ) d'Alain Santacreu dans lequel, toutefois, nous irions jusqu'à englober, au-delà du « nominalisme païen », tous les nominalismes et spécialement le « chrétien » qui finit immanquablement par déboucher sur le « matérialiste » dont on peut dire « dans une perspective berdiaévienne, qu'il s'emprisonne dans l'illusoire. L'intégration au niveau de l'objectivation, que poursuit le structuralisme, ne peut être qu'une intégration mécanique qui prive l'homme de sa dimension personnelle et le cosmos de sa profondeur transparente. C'est une intégration au niveau des mots, non du sens, de l'extériorité, non de l'intériorité, du néant, non de la « gloire de l'être... » (O. Clément).
Mais le « nominalisme » actuel, qu'il soit païen, chrétien, libéral, productiviste est essentiellement hypocrite. Si le nom n'était qu'un signe arbitraire pourquoi s'acharner à le « néantiser », à le « sublimer » mais « en creux » ? Il s'agit d'une continuation de l'objectivation du monde, continuation de son opacification. Les noms et les idées, comme vecteurs révélant des énergies divines (« les essences spirituelles des choses », saint Maxime le confesseur), sont niés avant que d'être invertis, devenant les ouvriers serviles de l'édification du mur qui cache la transparente profondeur du monde. Cela est rendu « possible » car ici encore nous sommes face à une « double nature ». Saint Maxime et les Pères pour désigner les « essences spirituelles » parlaient des logoï quand, dans le même temps, pour dénoncer les pensées « diaboliques » (étymologiquement « qui divisent ») dans l'homme, ils usaient du mot logismoï.
Aussi, à notre sens, ne s'agit-il nullement pour les chrétiens « cohérents », d'investir l'idéologie écologiste. Car ne devraient-ils pas pour ce faire beaucoup trop triturer leurs idées, trop affadir la radicalité d'une vision du monde qui n'a rien en commun avec ce monde-ci et qui a déjà trop perdu à se compromettre avec lui ? Déjà le sens de la priorité semble avoir disparu, faut-il donc sauvegarder ou sauver ? Le mouvement souhaité par Fabien Haug ne se renverserait-il pas, l'écologie ne serait-elle pas en train de se substituer à une pensée authentiquement chrétienne sur le monde et la nature ? « L'homme fut créé comme mélange, mixture et union des deux natures et des deux mondes ... » (spirituel-angélique et sensible-matériel), le Logos, « habile artisan » a placé l'homme sur la terre « comme un deuxième monde, un grand dans le petit, un deuxième ange, un adorateur mixte, un spectateur de la création visible et un initié de l'invisible ... » (saint Grégoire le Théologien). Cette doctrine des Pères est-elle « assimilable » par l'écologie ? N'est-ce pas de la réponse à cette interrogation que dépendra la seule « action », le seul « activisme » chrétien authentique sur les questions touchant à la nature ?
Contrelittérature peut jouer un rôle dans ce rappel car, en ce domaine aussi, il faut impérativement une « révolution de la révolution », il faut une « contrécologie » ! Il faut un « saut », un saut de l'esprit vers la doctrine unanime des saints Pères, un saut qui n'est ni vers le passé pas plus que vers un futur terrestre mais bien un saut dans le feu vivifiant de l'Esprit Saint ! Un saut, un retournement, une métanoia vraie, par-dessus le « vide » institutionnel et littéraire des mots, un saut pour retrouver « l'essence spirituelle des choses », ce feu saint et ineffable.
Le christianisme a, en effet, « démythifié » la nature, « désacralisé » la vision moniste ou panthéiste de la nature, vision propre à l'état pathologique de l'homme chuté sans conscience de la maladie qui l'opprime. C'est seulement dans la relation et la communion d'amour à Dieu que l'homme « est vraiment un homme, qu'il fonctionne comme un homme, qu'il vit comme un homme ; c'est alors que toutes ses fonctions intérieures et extérieures agissent normalement, « naturellement » (kata phusin), d'une manière vitale et sans faute (sans péché) ... » (Hiéromoine Athanase Jevtic).
Maintenant l'homme, qui n'est plus ce qu'il est, peut miséricordieusement, aller de l'avant ; l'homme, parce que créé selon le divin modèle, est cordialement invité à sa propre déification et ceci concerne le monde et la nature au premier chef. Or, ce monde, précisément, ne veut plus entendre l'appel, il a défiguré le langage et l'énergie qu'il véhiculait et cherche encore à le défigurer d'avantage, à le triturer, à le « littératuriser » quand la lettre tue !
L'homme a « abusé de la force spirituelle de l'amour » (agapêtikê dunameis – saint Maxime), il a détourné cette « force » et continue dans tous ses actes et pensées à le faire, même et surtout dans ceux qui semblent les plus moraux et les plus vertueux.
« La kénose du fils ne dure que le temps de son ministère terrestre, elle prend fin à l'achèvement de celui-ci par la glorification. Celle de l'Esprit, à proprement parler, commence dès la création du monde, lorsqu'il lui appartient de donner sa vie au créé et de le maintenir à la mesure de sa réception. Sa kénose ne devient cependant complète qu'à partir de sa descente dans le monde à la Pentecôte et elle continue jusqu'au plein accomplissement de la Théanthropie, quand "Dieu sera tout en tout". Ce stade kénotique intéresse par conséquent pour le moins l'ensemble de cet éon-ci, celui de l'Église "militante", du règne de la grâce, après lequel seulement arrive " le règne de la gloire ". L'instauration du Christ sur la terre (et son ministère " royal ") sont opérés par la puissance du Saint Esprit, qui est le " Royaume de Dieu venant en puissance". » (Père Boulgakov)
Que nos frères chrétiens nous pardonnent, s'ils trouvent dans ces lignes une inutile agressivité polémique, elle n'est pas le moteur de ces remarques enflammées seulement - du moins l'espérons-nous, imparfaits que nous sommes - par le « zèle » pour l'Esprit ...
23:09 Ecrit par Thierry dans Ecologisme, Inscriptures, Orthodoxie, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : contrelittérature, maladie de la religion, écologie, christianisme, orthodoxie, philosophie, philosophie religieuse, écologisme, mal |
mercredi, 16 septembre 2009
Ce grand cadavre qui inverse
Rappelons brièvement la caratéristique principal de ce "blog-qui-n'en-est-pas-un". Interface (qui à dit inter-farce ?) externe d'un processus de construction-déconstruction intérieure spirituelle et existentielle. Toutes les notes puvbliées ici même, quand bien même elles apparaissent dans la catégorie "Aphorismes", peuvent êtres modifiées, corrigées à des dates postérieures (très postérieures) à leur première publication "visible", tout est support de pensée et de verbe, à priori comme à posteriori ...
Ainsi ce qui suit sera suivi ... ceci n'est que le prolégomène d'un vaste articulet qui me dévore depuis plusieurs mois et qui s'auto-alimente de façon non-chronologique, sans logique chronologique, les temps et contretemps se répondant de manière diachronique ...
CE GRAND CADAVRE QUI INVERSE :
"Intérieurement comme extérieurement, rien ne sera plus vie, tout sera construction : à l'être désormais éteint se substituent dans tous les domaines le "vouloir" et le "Moi", comme l'étayage sinistre, mécaniste et rationaliste, d'un cadavre."
Julius EVOLA, Révolte contre le monde moderne.
"Est-ce qu'ils ne sont pas des cadavres ? Est-ce qu'ils ne dorment pas, assis qu'ils sont toute leur vie ?"
Ivan GONTCHAROV, Oblomov
Le réalisme « religieux », gnostique, rationaliste de ce monde reste coi devant la réalité déroutante de la Nativité-Résurrection, déroutante car elle oblige à suivre une autre pente que celle « naturelle » du monde déchu, une autre sente, une sente qui n'est pas une descente dans le tunnel que creuse la pensée mondaine, une sente « ascensive » et apophatique, négation anagogique, non chute cataphatique, négatrice non dans sa forme mais dans son essence. En posant ses principes le darwinisme (entre autre) continue en les intensifiant nominalisme et rationalisme qui, à eux tous, poussent toujours plus loin l'enfermement de la matière, de la nature chutée.
Ce monde c'est « la domination du général objectivé » (Berdiaev). La seule insurrection qui vaille c'est celle de la « personne », insurrection non contre telle ou telle option de la gestion de « ce monde », telle ou telle opinion, mais contre la pesanteur générale du péché. Insurrection de la « personne » qui n'est pas l'individu (objectivation par le monde) qui appartient biologiquement et socialement au monde, à la société.
« La personne ne naît pas, elle est créée par Dieu; elle représente pour l'individu naturel une tâche à réaliser. » (Berdiaev)
Saint Paul le disait, la Loi c'est le « ministère de la mort » (diakonia tou thanatou); ce que d'aucuns appellent la « loi naturelle » est liée au péché, à la chute; elle est, en réalité comme le voile (kalymma) qui masque la lumière qui luit sur la face de Moïse. Or, le Christ est « désactivation du voile » (hoti en Christoi katargeitai), en référence, plus explicite ici au voile du Temple ...
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22:50 Ecrit par Thierry dans Inscriptures, Littérature, Orthodoxie, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, anthropologie, christianisme, orthodoxie, tradition, modernisme, postmodernisme, cadavre, société, spectacle, biopouvoir, biotechnologie, body |
lundi, 07 septembre 2009
Miracle des miracles
"Miracle des Miracles
l'impérissable n'est sauvé de périr que par le périssable
Et l'Eternel n'est maintenu,
n'est nourri éternel
que par le temporel."
Charles PEGUY
22:51 Ecrit par Thierry dans Christianisme, En avant le verbe, aphorismes et citations, Inscriptures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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