mardi, 03 novembre 2009

Un saut hors de la nature 4

« Au lieu du péril croît aussi se qui sauve. » Holderlin


Ecologie et économie sont liées, intrinsèquement et essentiellement. Elles le seront de plus en plus quelques soient les formes qu'elles revêtiront. Autant le caractère « technique » de l'économie ne fait aucun doute, autant il faut bien prendre conscience de ce que l'écologie n'atteindra son « but », la sauvegarde de l'environnement naturel, qu'en devenant de plus en plus technique, son efficience dépend uniquement de cela, de son intégration de la technique et de son intégration dans la technique. Ainsi elle sauvegardera bel et bien l'environnement mais en aucun cas l'homme car, comme l'économie et la technique, dont elle ne saurait être autre chose qu'un moyen, qu'un secteur, elle asservira l'homme.

L'écologie pose comme fin la sauvegarde de l'environnement et, en outre, elle établie cette fin comme moyen unique de la sauvegarde de l'humanité se faisant elle agit comme la morale courante, le moralisme de la loi, en assignant pour but une idée abstraite. Oui, nous disons bien une idée abstraite ! L'écologie fait de son but le souverain bien que l'humanité se doit d'atteindre. Elle offre ainsi au « doux commerce » un télos de substitution, la consommation débridée va se faire ascétique, la croissance n'est plus un télos nu, suffisant à lui-même, il va pouvoir se parer d'une conscience presque stoïcienne. C'est, vraisemblablement, dans l'écologisme que va pouvoir se réaliser la fusion de l'utopisme marxo-communiste et du « doux commerce »1.


« Le « doux commerce, autre nom du mondialisme, ne partage pas seulement avec son ex-frère ennemi soviétique la vision radieuse du but final. Pour changer le monde, lui aussi doit changer les hommes, fabriquer l'homo oeconomicus de l'avenir, l'homme nouveau homogène, vidé de son contenu, possédé par l'esprit du marché universel et illimité. Le zombi est heureux. » (Dominique Venner, Violence et « doux commerce », NRH n° 44)


Ce règne nouveau peut être nommé « cosmocratie », son citoyen : le « globhomme » (pour reprendre l'expression de M.G. Dantec) ! Ce zombi-globalisé au comportement et à la pensée semi-automatisée (rappelons ici que le grec automaton signifie « hasard », soit le dieu des rationalistes) évoluera donc, éco-citoyen-éthique, dans le jardin d'Eden-bio du marché universel et illimité soumis à la douce loi de fer du gouvernement planétaire démocratique (non pas unique puisque démocratique, mais pluri-unique pour réaliser l'utopie de l'internationalisme).


L'écologisme pense que le monde est malade, qu'il est malade de l'homme. Ce dernier serait un prédateur-virus et le remède serait : ... l'homme ! Il pourrait, par contrainte médiatico-politique et détermination scientifico-éthique devenir le bon vaccin. Le zombi-global aura donc, grâce à son dévouement écocitoyen et sa conscience éthiquement pure, fini comme tout bon virus doit le faire, par contaminer et coloniser la planète entière mais, dans le but de la sauver. L'éco-zombi-global sauvera la planète de l'homme qu'il fut !

Or, c'est l'homme qui est malade de ce monde. Sa fin dernière il ne peut la concevoir en-dehors de cet espace clos qu'il voudrait pourtant sans limite (cosmocratisme). Uniquement matériel mais illimité. Que l'application de son pouvoir illimité change, il n'en demeure pas moins que sa foi en ce pouvoir reste intacte.

Le problème écologique est définitivement un problème théologique. C'est-à-dire qu'il est également anthropologique (théantropique) et cosmologique.

Mais, l'Église semble suivre la sente catagogique. Elle suit, Elle qui doit précéder, toujours. Et qui toujours en réalité précède. A-t-Elle attendu les nominations « bio », « écolo », « éthico-citoyen », « durable » pour faire ce que la terre attendait ? Ceux qui ont fait des pagis paiëns les paysans chrétiens capables d'unir la ruralité authentique à la foi intérieure, capables de défaire les liens de la contrainte « sacrée » pour mener les bois, les landes, les prés vers la sanctification, vers la synergie humano-cosmique à la suite du Théantropos, ceux-là furent les saints moines ...

Tout comme est vain (vaniteux et dérisoire) l'oecuménisme moderne (inversion fausse de lOecuménisme de l'Empire chrétien), l'écologisme affiché et médiatisé d'une Eglise qui devrait courir après ce monde est vain, vide et dérisoire ... « vanité des vanités ... »

L'Église a, pour Elle; non, mieux : EN ELLE, le langage nécessaire à l'authentique SALUT (soteria), Elle doit (devrait) éviter comme la peste le langage de ce monde (devenu écolo- compatible), tous les mots-boites noires qui creuse le vide et empilent du creux dans du vide ...

Rapportons cette parole du saint ascète Abba Pambo au rapport de l'Église au monde : « Si mon silence ne lui est pas utile, il n'aura aucune utilité dans mes paroles. »

L'« écologie » de l'Église ? : « fuir la contre-nature, sauver le selon-la-nature, et se rendre digne des charismes au-dessus de la nature. » (saint Nicodème)

En effet, c'est un bien dur programme; en effet, il n'y est pas question « d'environnement » et autre mot-piège-machine; pas de « développement durable » puisque l'Église est appelé à vivre dans le Christ « la stabilité toujours en mouvement » et le « mouvement stable » (saint Maxime).

« Pour cesser de se voir, et lui-même et ses blessures intérieures, le monde s'intéresse à autrui et non à soi-même. » (Hiérothée Vlachos, Entretien avec un ermite de la sainte montagne sur la prière du coeur)

Pour ne pas se sauver lui-même ce monde s'intéresse à l'environnement, il « veut » se faire « environnement », il veut enclore l'homme dans « son » environnement, le fasciné, l'occuper tout entier avec cela. L'environnement c'est la cage dorée du vieil homme. L'hypnose complète de l'homme hors de toute idée de salut (d'eschatos) avait toujours échouée, peu ou prou. Elle entre en phase de quasi complétion, et lorsque le fascination aura entièrement gagné l'Église elle-même ...

« Il faut se libérer du vieil homme, de l'homme moderne et faire de la terre un désert plutôt qu'un fumier, car un désert vivant vaut mieux qu'un monde mort. » Guido De Giorgio

1Cf. Flora Montcorbier, Le Communisme de marché, L'Age d'Homme, 2000. Je découvre seulement ce livre publié depuis 9 ans et il est toujours agréable de trouver une confirmation « scientifique » à ses intuitions un peu folles ... Quand bien même je resterais toujours réticent à appuyer ma « vision du monde » uniquement sur les « faits » rationnels tant ceux-ci sont aux mains, précisément, de la dominion. L'inspiration de la lecture de livres « de feu » et l'intuition intellectuelle (noétique) resteront donc, quoiqu'il en soit, mes piliers « de sagesse ».

mardi, 06 octobre 2009

Un saut hors de la nature 1

RAPATRIEMENT : TRAVAILLANT ACTUELLEMENT A UNE REPRISE SYNTHETIQUE DES TEXTES ICI PUBLIES AYANT UN LIEN AVEC L'ECOLOGISME J'AI DECIDE DE RAPATRIER CE TEXTE INITIALEMENT PARU SUR LE BLOG CONTRELITTERATURE EN TANT QUE TALVERA AU N° 21 DE LA REVUE :

 

L'homme est un saut hors du monde de la nature.
Nicolas Berdiaev

Leurs greniers sont remplis, débordant l'un dans l'autre ;

leur brebis sont fécondes et sortent en grand nombre

et leurs boeufs sont bien gras.

Dans leurs murs, il n'y a ni brèche ni passage,

et aucune clameur sur leurs places.

Et l'on dit bienheureux le peuple qui a ça !

Heureux plutôt le peuple dont le Seigneur est Dieu.

Psaume 144, 13-15 (version de la Septante)

   La talvera est cet espace, ce lieu (situs) non labouré, le lieu du retournement, l'espace demeuré vierge pour aller plus loin ; aussi, face à l'importance décisive d'un sujet tel que l'écologie, traité avec rigueur dans le dernier Contrelittérature, il m’apparaît important de me positionner sur l’espace de la talvera.

   J’apprécie et  respecte les différentes contributions publiées et c'est, précisément, à l'aune de ce respect que j’aimerais mesurer la profondeur des idées qu'elles peuvent amener à développer.
   Tout d'abord, faisons remarquer que, si nous acceptons l'idée de l'évolution (et non de l'évolutionnisme comme philosophie et moralisme) ainsi que l'idée d'une loi naturelle (contrebalancée, ou non, par une grâce surnaturelle) alors, ce faisant, n'acceptons-nous pas que la terre et son climat aient pu connaître déjà, à moult reprises, des changements profonds, radicaux ; des bouleversements violents, des évolutions patientes et ce, sans interventions humaines ?  En effet, si la nature est un tout et que nous en sommes une partie, un maillon, l'extinction de l'espèce humaine n'est-elle pas un événement naturel parmi d'autres dans l'écologie (au sens premier) de ce vaste « bio-système » ?
   Bien sûr, le grand nombre des écologistes (engagés, politiques, militants ...) ne partage pas ce radicalisme qui, en fait, s'inscrit logiquement et rationnellement dans leur doctrine. Pourtant, en poussant la pensée « écologiste » jusqu'à ces limites extrêmes, on constate aisément qu'elle porte en elle ce germe de nihilisme pour le genre humain. En outre, de plus en plus visiblement, l'homme a peur de sa liberté, il semble ne plus savoir qu'en faire. Cette liberté « désorientée » qu'il porte comme un fardeau, il serait presque prêt à la brader contre n'importe quelle promesse d'une sécurité et d'une stabilité bienfaisantes.  
   Dès lors, il en va de même pour toute forme de « responsabilité » (responsable mais pas coupable !). Afin de se libérer de cette tension « écologique », ne consentiraient-ils pas à abdiquer et à offrir à un pouvoir absolu la responsabilité de ces « choses » qui les dépassent ? Nous sommes bien d'accord pour affirmer qu'une société construite sur ces bases pourrait « à tout moment basculer dans un véritable cauchemar sécuritaire » (Philippe Conte).
   Cette « arrière-pensée » mérite donc tout de même d'être surveillée du coin de l'oeil. Mais, par ailleurs, lorsque, en tant que chrétiens, nous entamons un dialogue, lorsque nous en appelons à une vie plus « évangélique », sachons nous souvenir qu'il n'est pas certain que les premiers chrétiens, précisément, aient fondé beaucoup d'espoir sur la conservation de « ce monde »...

   Certes, notre perception a changé, celle de l' Église s'est sagement adaptée, néanmoins il reste à poser clairement les prolégomènes à toutes discussions claires et fructueuses sur un sujet vaste, complexe et parfois bien épineux !
   C'est bel et bien tout d'abord de l'idée de nature, de sa définition et de sa valeur qu'il faut partir. Et, en termes chrétiens nous ne saurions mieux dire qu'Alain Santacreu : « Contrairement à l'esprit païen, la nature n'a pas de valeur intrinsèque pour le chrétien. »

   De même lorsque, en réponse aux idées d'Alain de Benoist, il déclare : « Le nominalisme païen ramène le " spirituel " au " sacré " mais [...] reproche au spirituel d'avoir désacralisé le monde », nous ne pouvons qu'affirmer notre accord et même ajouter : Oui, le christianisme a désacralisé l'ancien monde, il a « démythifié » la nature, mais pour l'entraîner à sa suite vers la sanctification et la transfiguration. Toutefois, ceci est une définition presque apophatique ; aussi, pour définir une conception chrétienne plus positive, nous appuierons-nous principalement sur le document intitulé « Les Fondements de la doctrine sociale » de l'Église Orthodoxe russe, ainsi que sur d'autres sources anciennes ou plus récentes de la tradition vivante de l'orthodoxie, ou inspirée par elle.
   Donc : « L'orthodoxie ne considère pas la nature environnante isolément, comme une structure fermée. Les mondes végétal, animal et humain sont intimement liés. D'un point de vue chrétien, la nature n'est pas un réservoir de ressources destiné à une utilisation égoïste et irresponsable : elle est une maison, dont l'homme n'est pas le maître mais l'intendant, et un temple dont il est le prêtre qui d'ailleurs adore non pas la nature mais son Créateur. » Il découle logiquement de ce qui précède que 
: « Les problèmes écologiques ont par essence un caractère anthropologique, car ils sont suscités par l'homme et non par la nature. »
   Nous voici déjà avec une base assez sérieuse. Toutefois, ce document intitulé « Fondements » ne peut offrir tout le luxe d'un développement théologique et anthropologique complet. Aussi nous faut-il préciser quelques points.

   Effectivement « l'état de nature cher aux candides de l'écologie n'est pas forcément l'harmonie du jardin d'Eden » (Fabien Haug), mais il faut allez un peu plus loin, allez « droit de l'avant » comme le préconisait saint Paul ; et ne pas craindre un certain « maximalisme » en affirmant qu'il n'y a pas, dans l'état actuel du « réel », d'état de nature pour l'homme ! L'état actuel de l'homme est « contre-nature », il n'est pas dans sa « nature » propre : « le Créateur, selon le mythe vrai qu'évoque la Genèse, a insufflé le principe spirituel dans les narines de l'homme, et ce principe anime la boue première, la " nature ", tout en lui arrachant l'homme, puisqu'il fait de celui-ci une personne à l'image et à la ressemblance de Dieu » (Olivier Clément). Et nous savons tous ce qui « survient ensuite » : « La soufrance et la mort sont entrées dans le monde malgré Dieu, avec le péché [...] Dieu n'est pas le créateur de ce monde-ci, de ce monde de larmes et de sang, de ce monde où la mort est la condition de la vie » (Maurice Zundel). Le « créateur » de ce « monde-ci », de cet état du monde, c'est l'homme, le « démiurge » de cette « vallée de larmes », vallée malheureusement réelle et matérielle pour nous qui continuons à « l'objectiver » mais d'ores et déjà, et secrètement, transfigurée en Christ.

   Selon l'éminent théologien le père Jean Romanidès :
      « Les Pères de l'Orient rejetaient l'idée que Dieu est l'auteur de la mort, que le monde est " normal " dans sa situation actuelle et que l'homme peut vivre une vie "normale " à la seule condition de suivre les lois naturelles dont on suppose qu'elles gouvernent l'univers. La conception orthodoxe de l'univers est incompatible avec un système statique de lois morales naturelles. Le monde est au contraire conçu comme un champ d'action et de combat de personnes vivantes. Un Dieu vivant et personnel est à l'origine de la création tout entière. Son omniprésence n'exclut pas toutefois d'autres volontés, créées elles-mêmes par Lui, avec le pouvoir même de rejeter la volonté de leur Créateur. C'est ainsi que le Diable est non seulement capable d'exister, mais aussi d'aspirer à la destruction des oeuvres de Dieu. Il le fait en essayant d'attirer la création vers le néant dont elle est issue. La mort, qui est un " retour au néant " (St Athanase - De incarnatio Verbi, 4-5), constitue l'essence même du pouvoir diabolique sur la création (Rom 8,19-22). La résurrection du Christ dans la réalité même de sa chair et de ses os (Luc 24,39), non seulement constitue la preuve du caractère " anormal " de la mort, mais la désigne comme le véritable ennemi (1Cor 15,26). Mais si la mort est un phénomène anormal, il ne peut y avoir rien de tel qu'une " loi morale " inhérente à l'univers. »
   Précisons encore un peu : saint Grégoire de Nysse voyait, lui, que la mort-naturelle pouvait « parfaitement » s'insérer dans les mécanismes de transmission des domaines vitaux des espèces animales et végétales qui ne sont pas créées à l'image de Dieu ; au contraire, l'homme a, dès son « apparition », un caractère central, une valeur infinie, en lui il récapitule l'univers entier  – microcosme –  et, créé à l'image et à la ressemblance  – microtheos –, il doit communiquer la grâce à l'univers entier  – macrocosme. Rejetant le conseil, bafouant le commandement, il chute et se rend indigne de sa fonction cosmique de roi-prêtre, « il a oublié sa dignité de personne et s'est ravalé au rang de l'espèce. Du mode d'existence de la personne, qui eut été croissance sans fin dans l'immortalité, il est tombé dans le mode d'existence des espèces qui est multiplication selon la chair au sein de la mort » (O. Clément).

   Aussi, tout en comprenant et acceptant l'argument et la démonstration d'Alain Santacreu, lorsqu'il précise que « c'est bien l'espèce qui fait l'individu et non l'inverse. » nous devons-nous de préciser que la « personne » (hypostase) excède l'espèce (« La personne signifie l'irréductibilité de l'homme à sa nature » V. Lossky), que la vraie « nature » de l'homme excède la nature et le mode de l'espèce : c'est cette « nature » extranaturelle que le Christ est venue rétablir et accomplir, parfaire ! Maurice Zundel disait, lui, qu'il fallait « faire contrepoids à l'immortalité de l'espèce (par sa continuation physique) par l'immortalité de la personne ».
   Ce que nous souhaitions souligner en rappelant ceci à qui veut bien le lire c'est que, si « les fondements de la Nouvelle Alliance instituée par le Christ sont de nature à rééquilibrer la pensée écologiste militante » (Fabien Haug), alors, jusqu'où doit-on pousser le rééquilibrage ? Jusqu'à quel point l'idéologie écologiste et son « matérialisme ontologique » (Philippe Conte) peuvent-ils (veulent-ils ) être équilibrés ? Si la « pensée catholique est la seule à disposer des outils adéquats pour analyser de façon pertinente la crise environnementale » (Philippe Conte), pourquoi les chrétiens doivent-il continuer à user d'un vocabulaire enraciné dans une perception faussée ("développement durable", "crise environnementale", "environnement"...), perception qui, nous sommes bien d'accord, ne pose « aucune différence substantielle » (Philippe Conte) entre le vivant et le mort ?
    Philippe Conte a bien raison d'affirmer que, pour éviter de laisser les chrétiens se désintéresser de la question à cause du « matérialisme et du malthusianisme de la très grande majorité des écologistes », il « faut impérativement cesser de réfléchir comme les Lumières nous l'ont imposer mais en chrétiens ».
   Falk van Gaver appelle le « chrétien cohérent » à « favoriser l'avènement d'une société non-malthusienne en mettant en place l'intégralité des conditions pour y arriver ». Cela pourrait-être, selon nous, le « programme » de n'importe quelle idéologie. Nous approuvons, évidemment, les considérations suivantes, en particulier l'idée que « la sur-nature, la grâce, ne suppriment pas mais achèvent la nature », à ceci près que, pour l'orthodoxie, ce n'est que le parachèvement de l'homme, sa complète déification, qui peut non « achever » mais révéler la transfiguration de la Création accomplie par l'Incarnation et la Résurrection !
   Philippe Conte affirme, lui que : « Le comportement à l'origine de la crise environnementale (le consumérisme et l'hédonisme) est mauvais en lui-même, pour chacun et dès aujourd'hui, il doit donc être abandonné ! C'est parce qu'il est intrinsèquement injuste que le libéralisme économique doit être réformé en profondeur. » Pour Falk van Gaver il faut une méthode ! Certes cela peut porter ses fruits mais, en définitive, pour la théologie chrétienne, il ne peut s'agir de cela, que de cela ! L'achèvement de la nature, sa « destination » (pour reprendre le mot de Berdiaev) ce n'est pas, bâtir de main d'homme (même chrétien) une béatitude terrestre pacifiée et optimiste, une « vie bonne », une « vie selon la nature » (il n'en existe pas pour l'homme, selon les Pères) ; non, le destin de la nature, c'est sa complète, intégrale, transfiguration en Christ par l'Esprit. Ainsi Motovilov, lorsqu'il fut « pris » dans la lumière thaborique qui enveloppait le saint starets Seraphim, vit-il la nature qui l'entourait telle qu'elle est ! C'est-à-dire, déjà, mais secrètement, transfigurée par l'Esprit. En effet, oui, la nature soupire, toute entière elle gît dans les douleurs de l'enfantement, elle attend le oui libre de l'homme ... Un oui qui ne viendra qu'après la prise de conscience de la vraie nature du problème ! « Prise de conscience » qui ne saurait se limiter à la compréhension empirique des données du dit problème et à la « mise en place » de solutions extérieures, factuelles, actives ... Non ! Surtout pas, nous entendons bien par-là une intégration en profondeur de la Vérité incluse dans les expressions spirituelles adéquates, une véritable « inhumanation », nous pourrions aussi dire une « véritable humanisation », l'homme ayant perdu originellement son « humanité » véritable « à l'image et à la ressemblance » !   
   Ainsi, si  nous ne partageons pas nécessairement la position de Fabien Haug lorsqu'il affirme que « l'écologie est au coeur de la foi », néanmoins croyons-nous avec lui que « la foi peut défausser ce qui était faussé au sein de l'écologie » ; que « l'écologie doit triompher de ses vieux écueils, à savoir la caricature, les jeux d'influence, le déni, l'oubli de l'histoire et de la primauté de l'humain » ; et aussi que « l'Église doit mettre sa puissance terrestre et spirituelle au service de cet objectif d'intérêt universel ».

   Néanmoins, encore une fois, il convient d'aller plus loin pour éviter qu'une certaine écologie chrétienne ne s'en aille fureter du côté d'un certain monisme ou d'une forme de gnosticisme. Pour cela les « bases » doivent être saines. Elles le seront, si nous retenons les « leçons » des Pères, en particulier dans ce cas, des Pères cappadociens. Il faut avant tout éviter de considérer une fois de plus que l'être de Dieu et « l'être du monde » formeraient une unité infrangible, tout comme admettre qu'un abîme infranchissable sépare Dieu du monde. Ce problème vital nous met en face d'un défi véritable, il en appelle à un esprit à la fois de prophétisme et de repentir, un esprit de communion authentiquement vrai, c'est-à-dire ecclésial et théologique (dans le sens de la « théologie mystique »). Nous avons un besoin absolument urgent des saints Pères (nous écrivons bien des Pères, nous n'écrivons pas des « docteurs ») ! Non pour faire un retour sur le passé, qui serait tout à fait vain, stérile et illusoire (ainsi que « démobilisateur »), mais pour accomplir ce retournement absolu qu'implique le caractère fondamental du problème qui nous occupe.
    La pensée et la doctrine des saints Pères est de feu pour qui veut bien essayer de se l'approprier véritablement, c'est-à-dire, non comme un enseignement, mais comme un engendrement ! Par la prière, il faudrait faire « corps », faire « corps et âme » avec cette pensée qui va ensuite nous engendrer. La pensée des saints Pères est lumière et feu, lumière et feu de l'Esprit, elle est inabordable sans le sens de la prière, de la prière tout entière, ce qui signifie non pas seulement une « prière du coeur » largement mythifiée et fantasmé, mais toute la prière (car elle est inévitablement UNE), qu'elle soit d'imprécation, de demande, de confession, de louange ... La pensée, la doctrine des Pères fut et est toujours la seule véritable avant-garde. Constamment nous devons nous mettre en « mesure » de courir après elle qui est un souffle de feu vivifiant ! 
    Pour qui désire ardemment une méthode la voici, il ne saurait, pour des chrétiens « cohérents », y en avoir une autre, elle est l'authentique « meta-hodos », la sur-voie. Berdiaev affirmait crûment « Ce monde il faut le jeter au feu ! », ce monde objectivé et objectivant, opacifié et opacifiant, ce monde qui n'est pas tout à fait la Création, qui n'est pas encore le Royaume, il faut le soumettre au feu de cette pensée qui est Vie ! Il est là, déjà, ce feu, celui dont le Christ Lui-même a dit qu'Il était venu le jeter sur le monde ; et Il a dit aussi : « comme je voudrais qu'il brûle déjà. » Le feu est là, « ce feu ineffable et prodigieux caché dans l'essence des choses comme dans le Buisson »(saint Maxime le Confesseur).

  Bien sûr, on objectera qu'il faut tout de même plus de pragmatisme ou que tous les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté ne sont pas des « mystiques », qu'il nous faut être « utiles », que d'autres solutions sont envisageables... Oui, il y a mille et mille raisonnements honnêtes, raisonnables, concrets, applicables ... Oui, mais tous, tous sont « tissés de corruption et de mort ».
   Tous ils participent de ces « filets de mots », « du filet des chasseurs et des discours troublants » (Psaume 90, Septante) ! Nous rejoignons ici, en bout de course, en bout de sillon, l'exposé anti-nominaliste (ou plutôt  a-nominaliste ) d'Alain Santacreu dans lequel, toutefois, nous irions jusqu'à englober, au-delà du « nominalisme païen », tous les nominalismes et spécialement le « chrétien » qui finit immanquablement par déboucher sur le « matérialiste » dont on peut dire « dans une perspective berdiaévienne, qu'il s'emprisonne dans l'illusoire. L'intégration au niveau de l'objectivation, que poursuit le structuralisme, ne peut être qu'une intégration mécanique qui prive  l'homme de sa dimension personnelle et le cosmos de sa profondeur transparente. C'est une intégration au niveau des mots, non du sens, de l'extériorité, non de l'intériorité, du néant, non de la « gloire de l'être... » (O. Clément).
   Mais le « nominalisme » actuel, qu'il soit païen, chrétien, libéral, productiviste est essentiellement hypocrite. Si le nom n'était qu'un signe arbitraire pourquoi s'acharner à le « néantiser », à le « sublimer » mais « en creux » ? Il s'agit d'une continuation de l'objectivation du monde, continuation de son opacification. Les noms et les idées, comme vecteurs révélant des énergies divines (« les essences spirituelles des choses », saint Maxime le confesseur), sont niés avant que d'être invertis, devenant les ouvriers serviles de l'édification du mur qui cache la transparente profondeur du monde. Cela est rendu « possible » car ici encore nous sommes face à une « double nature ». Saint Maxime et les Pères pour désigner les « essences spirituelles » parlaient des logoï quand, dans le même temps, pour dénoncer les pensées « diaboliques » (étymologiquement « qui divisent ») dans l'homme, ils usaient du mot logismoï.  

   Aussi, à notre sens,  ne s'agit-il nullement pour les chrétiens « cohérents », d'investir l'idéologie écologiste. Car ne devraient-ils pas pour ce faire beaucoup trop triturer leurs idées, trop affadir la radicalité d'une vision du monde qui n'a rien en commun avec ce monde-ci et qui a déjà trop perdu à se compromettre avec lui ? Déjà le sens de la priorité semble avoir disparu, faut-il donc sauvegarder ou sauver ? Le mouvement souhaité par Fabien Haug ne se renverserait-il pas, l'écologie ne serait-elle pas en train de se substituer à une pensée authentiquement chrétienne sur le monde et la nature ? « L'homme fut créé comme mélange, mixture et union des deux natures et des deux mondes ... » (spirituel-angélique et sensible-matériel), le Logos, « habile artisan » a placé l'homme sur la terre « comme un deuxième monde, un grand dans le petit, un deuxième ange, un adorateur mixte, un spectateur de la création visible et un initié de l'invisible ... » (saint Grégoire le Théologien). Cette doctrine des Pères est-elle « assimilable » par l'écologie ? N'est-ce pas de la réponse à cette interrogation que dépendra la seule « action », le seul « activisme » chrétien authentique sur les questions touchant à la nature ?
    Contrelittérature peut jouer un rôle dans ce rappel car, en ce domaine aussi, il faut impérativement une « révolution de la révolution », il faut une « contrécologie » ! Il faut un « saut », un saut de l'esprit vers la doctrine unanime des saints Pères, un saut qui n'est ni vers le passé pas plus que vers un futur terrestre mais bien un saut dans le feu vivifiant de l'Esprit Saint ! Un saut, un retournement, une métanoia vraie, par-dessus le « vide » institutionnel et littéraire des mots, un saut pour retrouver « l'essence spirituelle des choses », ce feu saint et ineffable.

   Le christianisme a, en effet, « démythifié » la nature, « désacralisé » la vision moniste ou panthéiste de la nature, vision propre à l'état pathologique de l'homme chuté sans conscience de la maladie qui l'opprime. C'est seulement dans la relation et la communion d'amour à Dieu que l'homme « est vraiment un homme, qu'il fonctionne comme un homme, qu'il vit comme un homme ; c'est alors que toutes ses fonctions intérieures et extérieures agissent normalement, « naturellement » (kata phusin), d'une manière vitale et sans faute (sans péché) ... » (Hiéromoine Athanase Jevtic).   

   Maintenant l'homme, qui n'est plus ce qu'il est, peut miséricordieusement, aller de l'avant ; l'homme, parce que créé selon le divin modèle, est cordialement invité à sa propre déification et ceci concerne le monde et la nature au premier chef. Or, ce monde, précisément, ne veut plus entendre l'appel, il a défiguré le langage et l'énergie qu'il véhiculait et cherche encore à le défigurer d'avantage, à le triturer, à le « littératuriser » quand la lettre tue !

   L'homme a « abusé de la force spirituelle de l'amour » (agapêtikê dunameis – saint Maxime), il a détourné cette « force » et continue dans tous ses actes et pensées à le faire, même et surtout dans ceux qui semblent les plus moraux et les plus vertueux.

    « La kénose du fils ne dure que le temps de son ministère terrestre, elle prend fin à l'achèvement de celui-ci par la glorification. Celle de l'Esprit, à proprement parler, commence dès la création du monde, lorsqu'il lui appartient de donner sa vie au créé et de le maintenir à la mesure de sa réception. Sa kénose ne devient cependant complète qu'à partir de sa descente dans le monde à la Pentecôte et elle continue jusqu'au plein accomplissement de la Théanthropie, quand "Dieu sera tout en tout". Ce stade kénotique intéresse par conséquent pour le moins l'ensemble de cet éon-ci, celui de l'Église "militante", du règne de la grâce, après lequel seulement arrive " le règne de la gloire ". L'instauration du Christ sur la terre (et son ministère " royal ") sont opérés par la puissance du Saint Esprit, qui est le " Royaume de Dieu venant en puissance". » (Père Boulgakov)

    Que nos frères chrétiens nous pardonnent, s'ils trouvent dans ces lignes une inutile agressivité polémique, elle n'est pas le moteur de ces remarques enflammées seulement - du moins l'espérons-nous, imparfaits que nous sommes - par le « zèle » pour l'Esprit ...




 

jeudi, 09 juillet 2009

Les solutions écologiques ?

« Le péché n'est pas que les locomotives soient mécaniques, il est que les hommes le soient. »

Gilbert Keith Chesterton

 

L'écologie n'est pas la réponse aux problèmes de l'homme et de la nature; elle en est la conséquence invertrice. L'homme a asservi la nature et servi la mort; l'écologie sert la nature et la mort en leur asservissant l'homme.

 

L'homme ne doit pas devenir plus « naturel », il doit humaniser la nature et, l'humanisant se déifier et attirer la nature humanisée à sa suite.

 

Ce qui est véritablement humain dans l'homme, et qui doit le devenir dans la nature, c'est Dieu.

 

Pour saint Irénée, le premier Adam n'était pas « perfection », mais son « rôle », son espérance était dans le perfectionnement sous la conduite de l'Esprit dans le Verbe, conduite librement consentie en vue de l'achèvement parfait de l'humain en le divin, soit la « verbification ». La venue du Verbe était envisagée « de toute éternité » (oikonomia) ... Adam avait une cible : la déification (oikonomia). Le mal (kakia), le péché (amartia) c'est d'avoir manqué cette cible. Cependant, ceci ne se résout pas dans un seul sens « technique », au contraire, toute technicité était exclue en ce sens qu'elle aurait constitué l'introduction d'une forme de nécessité, or cela, c'est « l'esprit du contraire » qui l'introduit précisément pour dévier la flèche de la déification, la faille fut personnelle, intimement intime, la faille fut intimement relationnelle, aussi, le recours n'est pas dans une technique, fut-elle, spirituelle mais plutôt dans une méthode (meta-hodos, « voie supérieure ») non-linéaire, non technique, une libre discipline après la métanoïa qui est, dans ce sens la re-connaissance, le retournement supérieur de la connaissance (epignosis) de la nature réelle de la faute.

 

« Le faux naturel insiste toujours sur la distinction entre le naturel et l'artificiel. Le vrai naturel ignore cette distinction. Pour l'enfant, l'arbre et le réverbère sont aussi naturels et aussi artificiels l'un que l'autre, ou plutôt ni l'un ni l'autre, tous deux sont surnaturels car tous deux splendides et inexpliqués. » G. K. Chesterton

 

En décembre 2008, eut lieu, à Uppsala, un sommet inter-confessionnel sur le climat. Selon le Père Chryssavgis (Patriarcat de Constantinople) les « communautés religieuses sont retardataires » (sic). L'article n'en dit pas plus, et nous sommes en droit de nous demander « sur quoi donc ? ». Puis on évoque un « péché écologique » ... (sic), et aussi le fait que la terre (avec un T) est Création de Dieu et que l'homme doit tout faire pour la sauver, prendre en considération ce que dit la science et enfin, on nous dit qu'il ne « s'agit pas de trouver des réponses religieuses spécifiques ».

 

Et voilà, voilà comment le monde, comment le ON, le monde du ON, l'unanimisme sacré, retourne l'Église elle-même. Tout au moins une part de Celle-ci ! Devant la force centripète de ce gros ON dont la force n'est pas même la faiblesse (comme l'Église) mais la médiocrité équitablement partagée les chrétiens n'osent plus affirmer que ce n'est pas la terre (avec ou sans T) qu'il faut sauver, mais bel et bien l'homme. Et comment donc, le ferions-nous, puisque même cette idée d'homme (avec un H, souvent) a été évidée par le ONISME, par ce monde ... à coup de « droits », de « morales », d'évitements soigneusement dosés ...

Comment le ferions-nous puisque l'Église elle-même, en sacrifiant aux droits de l'homme en tant que dogme, s'éloigne du martyrium (du témoignage) qui pourtant est son fondement.

Bien sûr les droits de l'homme sont moralement justifiés, éthiquement fondés, oui, évidemment, oui ... selon ce monde ! Mais, soyons clairs, au fond du fond, nous voici face au Grand Inquisiteur ! Aujourd'hui, au nom des droits de l'homme, l'Église, Amnesty International, la Ligue des Droits de l'homme, Human Right Watch ... tous, interdiraient la crucifixion du Christ, ils s'y opposeraient avec la dernière énergie. Au nom de l'homme, ou plutôt de l'abstraction de ses « droits » ils laisseraient triompher la mort !

 

Alors qu'en définitive, l'homme est-il fait ?

Pour nous, : il fut créé, il a chuté (bien prendre note de la différence verbale !).

 

Il est fait, oui, si il ne se décide pas à devenir ce qu'il est, image et ressemblance.

 

S'en est fait de lui, oui, si il préfère encore et toujours se balader, tous ses droits en bandoulières comme équipement technique, sur l'abysse qu'il intègre toujours plus à mesure qu'il croit pouvoir le nier.

 

Il est fait, oui, fait comme un rat, un rat de laboratoire ! Oui mais, attention un rat « bio » !

 

« L'Homme n'est pas encore né.

Seulement son cadavre. »

(Yannick Haenel / François Meyronnis)

 

Mais, un cadavre qui marche et qui chemine avec son bel attirail, un cadavre qui aime les grands trecks où il peut côtoyer du vide plus exotique que son vide à lui et ainsi l'en nourrir, l'en nourrir « bio », évidemment, ou, au pire « équitablement ». Un cadavre-citoyen-du-monde-en-réseau !

 

Tous ces nobles sentiments, toutes ses pensées morales, bonnes protectrices, sont autant de bonnes intentions qui pavent les voies de l'enfer (de l'enfer vert !). Cette vie vidée de sens, comblée de choses, déphasée, cataphatique, cette vie que l'homme a voulu sienne, propre et seule, qu'il a vidé, évidé, dont il a emplit tous les vides de ses consommations-addictives, cette vie-là il faut, par tous les moyens, philosophiques et techniques, la prolonger, encore, et encore, quitte à la terminer par une euthanasie « librement consentie dans le respects de ses droits et de sa dignité » ...

 

Et ce ne sont pas les résultats des récentes élections zéropéennes qui amélioreront le « climat » ...

Le pôle totalitaire « vert » va se renforcer au sein du faux néozempire européen. Les peuples, consentant par voie de fait contraignant, supporteront la part la plus forte de cette nouvelle pression politico-moraliste et, puisque les « verts » représentent la bonne conscience morale et ultra-consensuelle du « sauvons la planète », ils pourront, en toute bonne conscience, propager (et propagandiser) toutes les bonne idées humanistes du droit et du bien pour l'Homme ...

 

Sans être éperdument à la recherche de réactions, pour corroborer mes intuitions, naïves et confuses selon certains, je dois admettre que, parfois, trouver un écho, qui, sans être une justification, va dans le sens d'un éclaircissement, je suis plutôt satisfait, ainsi je relève que, peu de temps avant la victoire des « gentils verts » (un écolo méchant ça ne se peut pas !!) le Président de la Croix-Rouge française notait que « collectivement et de manière non consciente, la France est aujourd'hui une société eugéniste qui refuse le handicap et préfère l'élimination de l'enfant handicapé. » (J-F. Mattei, entretien Famille chrétienne, 30 mai 2009). Je regrette (mais je n'ai pas lu l'entretien en entier) seulement que le lien ne soit pas fait avec tout ce qui se cache derrière l'écologie politique pro-avortement-et-bidouillage-génétique (ça pollue moins que les hormones rejetées avec l'urine dans les rivières) et toutes ses conceptions faussement naïves-naturalistes. Non, non, non, ON ne doit pas modifier génétiquement les épis de blé, mais ON peut parfaitement apprendre à gérer une fabrique de bébé-cadavres non-conformes selon les lois de Mère Nature, du moins selon la représentation idylléologique qu'ON s'en fait. Je regrette donc aussi que ne soit pas même émises cette idée du double discours : refus, à la source, de ce que la nature peut imposer de non-conformité, et acceptation forcée dans une discrimination positive (oxymore), qui, en outre, n'entend pas tant accepter réellement l'autre, tel qu'il est, mais surtout le hausser à un niveau de « normalité » acceptable, par tous les procédés « non-naturels » possibles !!

 

« Tous écolos », titrait récemment le journal La Croix... pas si sûr ! Le « principe responsabilité », déjà détourné en « principe de précaution » pourrait bien se muer en peur « panique » ! Les habituelles mises au point, tergiversations de surfaces, toujours consensuelle et unanimiste pourront un temps faire illusion, ou plus exactement faire « masque », écran. Dans l'éditorial de ce numéro le journal s'interroge sur la profondeur et la véracité des « conversions » à l'écologisme... Le mot est assez bien choisi ! Rappelons la figure de l'antique dieu PAN, c'est de lui, que viendrait la « panique », la peur hystérique des « non-initiés » à ses mystères devant la nature sauvage et incompréhensible. Embusquée derrière cette image foisonnante et inquiétante : la mort. Rappelons le cri légendaire qui accompagna la victoire du christianisme : PAN est mort ! Cette scène-là nous a été rejouée depuis, historiquement ... ON nous l'a dit : Dieu est mort ! Et parmi les adeptes les plus fervents de l'écologisme, nul doute que ce cri là est enregistré et validé depuis belle lurette. Pourtant c'est le dyonisiaque Nietzsche, qui voulut longtemps se persuader de la véracité du cri historique, qui nous éclairera. Le solitaire de Sils-Maria le dit, Dieu est le témoin gênant de la médiocrité de l'homme, en le liquidant l'homme peut médiocriter en paix et surtout il peut tâcher de se construire sa propre armature divine, mais ne pouvant plus prétendre viser une union avec un Dieu mort, une « béatitude » réintégrée dans le Paradis alors il visera le « bonheur » (restaurant ainsi le manichéisme cher à son coeur avec le corollaire du « malheur »). Malheureusement, le « bonheur », la paix béate et repue plongé dans une poubelle à ciel ouvert ... ça coince. Logiquement l'écologisme emboite donc le pas à l'idéologie du progrès, celle-ci, cause première des dégâts que l'on sait, s'invertie très tranquillement et s'agrège les vieilles utopies naturalistes de l'Age d'Or sans trop de difficultés puisque le fond évolutionniste permets de s'accommoder sur l'ensemble. En outre, puisque la crise financière s'en mêle, le modernisme écolonomique va pouvoir se prévaloir de plusieurs pistes à utiliser suivant le sens des événements. Il s'adaptera parfaitement à un néo-néo-libéralisme option décroissance-bio et nouvelles technologies « vertes », et, de plus, il va parfaitement pouvoir dépoussiérer l'option cyclique marxiste, la tendance solidaire pourrait bien relancer l'idée collectiviste et ON pourrait tout à fait nous assujettir à une forme de bio-communisme-soft.

 

Pour Nietzsche, encore, faire du bonheur le seul ressort de la vie est « un état d'impuissance absolue ». C'est bien en fait, par delà un hédonisme vulgaire et primaire de façade (bon enfant, pourrais-je dire, sans vouloir faire de « mauvais esprit »), ce que vise ce mouvement, en apparence, divisé et diviseur, qui sait unir les opposés (en inversion de la vraie conciliatio oppositorum). Oui c'est bien ce qu'il vise : « le bonheur millénaire et stupide dans le paradis » (saint Grégoire de Nazianze).

 

CODICILLE :

du 6 Juillet de l'an de Grâce 2009

France-Inter, émission « ça vous dérange : l'écologie peut elle devenir un nouveau fascisme ? »

Les invités : Jean-Pierre Legoff et Noël Mamère.

Ils ont osé ! « Enfin » me dis-je, et puis aussitôt, lucide déception, réalisme ...

Deux invités en présence autour de l'animateur, Jean-Pierre Legoff et Noël Mamère. Ou, comment désarmer le débat, ou plutôt désamorcer efficacement toutes les armes possibles de l'adversaire. En fait, le débat, l'appel incessant et démocratique au dialogue ce n'est jamais que cela, toujours. Amener l'ennemi sur votre propre terrain, le contraindre à user des mêmes armes tactiques, et comme, toute la technique, toute les tactiques sont de votre côté, même une défaite vous devient une victoire ...

Seront cités : G. Anders et J. Ellul. Tous deux par monsieur Mamère. Mais, évidemment, tout ce qu'Ellul pose comme exigence chrétienne, spirituelle et eschatologique dans sa critique de la technique et du productivisme est évacué. Et, face aux extraits de certains textes d'Edgar Morin en faveur de l'écologisme, véritables incantations à la dévorante et liquéfiante mama gaïa, l'attitude de Noël Mamère sera la même évacuation : « l'éocolgie ce n'est pas ça » ! Fin de non recevoir – camouflage ! Le pseudo-discours sur la Technique à partir d'Ellul (très peu, très vague) et de L'Obsolescence de l'homme de Anders sera de la même eau (croupie ? Allons ...) !

Curieux tout de même comme les maximalistes écologistes s'arrêtent en chemin. Comment ils n'osent aller au bout de ce chemin pour regarder et, éventuellement, voir que, précisément, leurs réponses à la Technique dévoreuse des ressources du monde sont du domaine de la Technique et que, pis encore, elles s'avèrent, en fait, être, sans doute, les alliées les meilleures d'un avancement substantiel vers l'espoir final de la Technique-Monde.

 

Désillusion donc ... Ce que nous étions peu à annoncer, à pressentir ... les médias viennent de s'en saisir ... nul doute qu'ils sauront organiser le grand vacarme qui fait silence autour d'une nouvelle « anti-écolototalitarisme », une nouvelles division de plus, qui aiguillonnera tous les indécis et les précipitera dans les bras suintants et humides d'une mama gaïa à la puissance nucléaire, d'un grand Pan cyber-bio-technologique ...

Nous n'aurons plus alors pour nous-mêmes que l'espérance, la brulante et noire espérance, les ténèbres du vrai silence, celles au coeur desquelles brille la vraie lumière qu'elles n'ont su retenir ...

Les solutions écologiques, plus elles sauvent et plus elles asservissent ...

mardi, 23 juin 2009

Gestion (depuis l'EdS)

En un sens Abellio avait raison : "Dieu ne gère rien", non; Dieu n'est pas un comptable ou un gestionnaire. Ni, surtout, un gardien du camp biopolitique, non, Il est la seule crevaison possible des pneus qui font avancer ce cargo faussement vivant, la seule échappée envisageable, la seule liberté à l'horizon, qui dépasse, singulièrement, comme dernière singularité, l'horizon c'est LA PAROUSIE ...

Oui les "mots sont usés", nous avons usé des mots, nous en avons abusé. Nous les avons néantisés en même temps que, boursouflés, inversion d'inversion ! Nos mots ne veulent plus rien dire, plus exactement il veulent dire "rien", malgré la "surcharge pondérale" dont nous les avons affligé.

La fièvre hygiéniste qui secoue nos "sociétés" (notons bien qu'il n'est plus et ne saurait plus être question de civilisations) en est un miroir. Nos mots sont pleins de notre néant, plus même emplis de "néantisation", et nos enfants sont obèses, ce n'est pas là la "faute aux américains", que nenni. C'est ce que l'Europe (et les Etats-Unis en sont une excroissance) à intégrée en elle de néant qui en est la cause, nous avons usés et évidés nos mots et nos enfants enflent de cette excroissance de néant. Alors à un mal on va s'empresser d'opposer un "bien". Sans jamais creuser la question, creuser se serait risquer de se heurter au gouffre vertigineux de la néantisation heureuse et repue, criminelle et perverse. Le "bien" opposé tirera son origine de la même source, invertie, sans doute, positivée, surement mais de la même.

L'Europe n'a pas su, pas voulu, éliminer "en esprit et en vérité" le totalitarisme de son sein, l'Europe a refusé de voir et d'entendre que celui-ci est à son fondement; celui-ci est son fondement et son vide, celui-ci est son vide et ce avec quoi elle entend combler ce vide, négativement ou positivement.

Hygiénisme, naturalisme, écologie, mysticisme de la terre, idéologie du retour à "l'âge d'or sur terre" ... tout ces "traits" se retrouvent au coeur même des idéologies "totalisantes" de l'Europe.
Sous une forme néantisée, invertie, vidée mais d'autant plus forte qu'elle est "vide", ses traits idéologiques sont toujours présents, bien présents !

"Il faut" être, sinon l'amant (mais, on y viendra) du moins l'ami de la "nature". Que cette nature soit, à l'heure actuelle et dans nos contrées, très largement artificielle et construite ou reconstruite par l'homme (ce qui est, en fait le "propre" de la biologie ou de l'écologie) qui peut encore oser l'affirmer ? Qui se souci encore de faire, de poser, la différence entre natura naturata et natura naturans ? Qui peut encore voir l'importance de ce que ce mot, "nature" signifie "ce qui est à naître" ? La nature est, par nature, instable ! La nature se n'est pas l'Etre !
Comment "gérer" la nature, ce qui est, en soi, le projet écologique ! Il faut bien finir par "lacher" le mot, comme on lache les chiens. Les scientistes et leurs amis, progressistes éclairés, forcément, souhaitent : "gérer les stocks du monde du vivant". Il y aurait donc "le monde du vivant" et ... ? On se pose la question ... "le monde du mort" ?
Derrière un panthéisme (sans théos, évidemment !) de bon aloi s'avance l'idée de "gestion", de "gestion des stocks". Bien sur, bien sur, pour l'heure nous parlons de "singes", de "baleines" oui c'est évident, allons...
Osons regarder, osons voir : qui dans l'histoire de l'homme a promu la "gestion" comme politique, politique économique, raciale, sociale ... ? Vers où allons-nous aujourd'hui ? Vers l'économie et l'écologie durable, le "développement durable", l'antinomie comme néantisation du sens, néantisation du Verbe ! Qu'oppose-t-on alors à la "marchandisation" du monde, de l'humain, on y opppose une autre forme de gestion ... On envoi sur le ring deux morales qui n'ont pas de "fin", qui se préoccupent uniquement de gérer ! Evidemment la transcendance ça ne se gère pas, c'est ingérable la transcendance ! Alors on l'évacue, on ne garde que le "vivant" un joli euphémisme pour avouer au final qu'on ne souhaite pas d'autres horizons que le biologique.
Les N-S ont cherchés à réinventer une spiritualité "païenne", non-chrétienne. Ils l'ont fait sur des bases inverties, au vide antique que voyait leur propre nihilisme ils ont opposés un trop plein, leur trop plein d'une vision invertie et moderne de l'Antiquité, sur des bases naturalistes, scientistes et biologiques, conséquences conjuguées d'un héritage honnie dans les mots mais bel et bien intégrées, héritage de la Renaissance et du romantisme.

« Le nazisme se distingue par une inclinaison pédérastique très prononcée qui a toujours été en honneur chez les Allemands et que les traditions militaires ont exaltée; l'austérité spartiate, la nudité grecque, la gymnosophie furent, au XIXe siècle, les formes classiques du délire allemand. L'athlète hitlérien du XXe siècle est habillé, armé, sanglé, botté, casqué, décoré, mais l'inclinaison homosexuelle est plus forte que jamais. Tout l'indique : l'étalage de la force brutale et l'idôlatrie du muscle, des pectoraux de gladiateur sous les baudriers éblouissants, la folie des uniformes qui fascinèrent jadis la France vaincue comme la fascinèrent les beaux barbares blonds. » — Vladimir Jankélévitch, Une monstrueuse apothéose, in Quel Corps ?, éd. Passion, 1986, p.42


En outre ils y ont intoduits leur technicisme ! Les N-S n'étaient pas l'extrême droite de l'époque, il s'agissait d'un large mouvement unanimiste réunifiant gauches et droites telles que sorties de la Révolution française. Toutes ces révolutions, celle allemande des N-S comme celle russo-européenne des Communistes, ont eues pour base et cause le spirituel et le religieux, la politique fut un moyen, rien d'autre... spirituel et religieux invertis, certes, philosophiquement invertis mais bel et bien réels ...
Les révolutions (de revolvere, faire retour, et sous-entendu "vers l'origine") depuis la révolution française (qui venait de l'Europe et visait l'Europe, par les "Lumières") entendent "faire retour", paradoxalement, en apprence, en s'opposant à leur idéologie de "progrès", "d'avancée permanente"... Il ne s'agit nullement de déceler un complot, ni de dénoncer une concertation, une volonté mais il s'agit d'oser regarder et voir la pente quasi-naturelle d'un monde qui refuse obstinément la radicalité de la Chute, de la Rédemption et de la Resurrection.
L'unanimisme est toujours un danger, non d'un point de vue moral mais réellement, objectivement. Pour le judaïsme ancien un concensus contre un seul homme doit toujours être tenu pour suspect et révisé.
La technocratie réglementatrice de Bruxelles à reçu cet héritage. Son refus absolu, son rejet déterminé de tout ce qu'on donne pour avoir été les valeurs des N-S servent en définitive une continuité nihilistique, quelque soient les valeurs mises en avant, ou plutôt "mises en scène" (valeur finalement "en creux" / néantisées) c'est le même nihilisme, plutôt le même fond nihilistique, le même refus de la Rédemption divine au nom d'une humanité sacralisée et divinisée (mais sans-Dieu).
N-S et communisme ont eu un but ... gérer le monde sans Dieu, rendre réelle ou plutôt concrète la perception faussée de la povocation nietzschéene : "Dieu est mort" ! Provocation qui, également, passe à côté de l'essentiel : oui, Dieu est mort ! Mort sur la Croix ! Mais Il est ressucité. Alors pour tuer Dieu dans l'homme, comme une inversion intensificatrice du "corps sans organe" d'Artaud. D'un côté le peuple élu d'où est sortie l'Espérance, de l'autre certaines "classes" de la société au sein desquelles étaient visées les "croyants" stigmatisés en tant que "bourgeois ennemis du peuple". Visée équivalente, d'ailleurs le communisme, associa les juifs au capital, comme les N-S qui, eux, ajoutèrent à cela, selon leur logique propre, le rationnalisme biologique. Les deux, d'abord conjointement, puis, en apparence, en opposition, se devait de creuser une immense tombe, en Europe, l'un, l'autre dans le monde, collaborant, quoique de façon opposée parfois, dans le premier authentique "globalisme", la destruction de "l'espérance chrétienne", de la certitude de la résurrection, étant le premier échellon de ces gestionnaires du néant. Ces messianismes invertis, ces contres-religions, non pas irrationnelle, comme on le prétend mais, strictement, méta-rationnalistes ont ensemencés le monde actuel, la force de leur cruauté a permis de faire accepter la cruauté douce-amère des démocraties mondialisées.
"La vérité vous rendra libres". Adage chrétien, plus encore : réalité humaine, divino-humaine qui demeura, malgré le refus humain, et se vit invertie par l'idéologie de la gestion : "Le travail rend libre", slogan (c'est-à-dire "cri de guerre") qui convient bien aux deux monstres totalitaires. Le Libérateur qui anihile l'esclavage est nié au profit d'un servage "consenti", instrument d'une libération désirée à toute force et même accomplie. Il n'y a pas de résurrection, pas d'espérance céleste, ce n'est pas même le "travail vous rendra libre" mais, à l'entrée même de l'Enfer sur terre la promesse d'un Eden collectiviste hic et nunc. Les deux montres, ou plutôt ce monstre gestionnaire bicéphale fut, plus qu'un totalitarisme, un "unanimisme", quand bien même l'unanimité s'obtint-elle à la force du "revolver", des camps ou des chambres à gaz.
En cela l'Europe, héritière déclarée et volontaire des "immortels et universels" principes des droits de l'homme (révolutionnaire) est dans le droit fil de cette logique nihilisante, quand bien même les moyens, c'est-à-dire, les armes ont changés. Nous n'en sommes plus au temps des bureaucrates et des fonctionnaires à "revolver", la technique (i.e : l'art) a évoluée, l'art a trouvé sa maturité.

jeudi, 14 mai 2009

Nacht

C'est dans la nuit qu'il faut prier. ELLE est, un peu plus que le jour, le symbole de notre état.

Et pourtant, les insectes qui chantent, les grillons, les chouettes qui hulullent, prient Dieu mieux que nous.

Durant le jour les oiseaux signent les anges, invisibles à nos regards leurs chants, mutiples et un, sillonnent les cieux, ondulent l'air. Et nous, nous singeons les démons. Affairés, besogneux, méchants, indifférents, pressés ...

ROZANOV avait raison, l'être des insectes n'est pas physiologique mais cosmogonique !

BLAKE avait raison, l'hirondelle c'est le vol d'un ange !

 

 

mardi, 14 octobre 2008

De la nature de la nature

"C'est maintenant le jugement du monde." saint Jean, 12, 31.

"L'homme est appelé à être le prêtre de la création. C'est pour cela qu'il a été fait et de cela qu'il a été déchu. Son caractère sacerdotal tient à son rôle, qui est de dominer la création non pour lui-même, mais en vue de la faire entrer en communion avec le Créateur. C'est ce que par sa faute il n'a pas fait et c'est le Christ seul, le prêtre par excellence, qui lui en a rendu la possibilité." Jean ZIZIOULAS

L'Immatériel s'est fait matière ! Pour que nous, nous élevions, en Lui et par Lui, la matière. Or, au lieu de suivre cette sainte inversion, retourner en Lui ce qui, venant de Lui, fut corrompu par nous et en nous, au lieu de cela nous avons inverti l'inversion, négativement, en sacralisant la matière. En la chosifiant nous l'avons sacralisée en creux et nous sommes octroyés le droit de l'autonomiser, de l'atomiser, proprement pour nous l'asservir, ou plus exactement pour l'utiliser en nous y asservissant, dévots fidéistes de la matière.  

"Il y a une interrelation constante entre l'Eglise et le monde, le monde étant création de Dieu et ne cessant jamais de lui appartenir, et l'Eglise étant la communauté qui, par le moyen de la venue de l'Esprit Saint, transcende en elle-même le monde et l'offre à Dieu dans l'Eucharistie." Jean ZIZIOULAS

 Cela, nous ne pouvons l'asservir, nous ne pouvons, malgré tout, jamais l'empêcher, quelque soit nos péchés, nos erreurs, nos divagations ! Mais cette honteuse dichotomie nous en sommes responsables, tous et toujours ! L'augmentation, l'élargissement de cette faille nous en portons la responsabilité, chrétiens et non-chrétiens. Même si aujourd'hui, après avoir souillé, dépecé, exténué, troué, marchandé la nature l'homme, le même homme, le pécheur, se "repent" en souhaite ardemment, nettoyé, réparé, soigné ... pourquoi le fait-il ? Pour les générations futures, pour "ses" enfants, pour des personnes ? Non, ardemment, profondément, il le fait parce qu'il à peur, parce qu'il à toujours peur de la mort, de la FIN, de la destruction, de la souffrance, de la souillure de la mort, de l'angoisse ... Il ne le fait pas par amour d'une personne indestructible, éternelle parce que sauvée ! Il le fait par désir, par désir de lui-même, pour PERSONNE, non pour une Personne ! Alors, pourra-t-il sauvé la "planète", celui qui refuse d'être sauvé ? Si il le fait, si cela advient, prions pour que ce "salut" lui fasse ouvrir les yeux sur le sien !

« Le Christ unit aussi sur la terre, en les régénérant, la communauté humaine et la nature. Il réalise encore l'union entre la terre et les corps célestes en montrant que la nature de toutes les créatures sensibles est unique et repliée sur elle-même. » (saint Maxime le Confesseur)

Hans Jonas a bien perçu le caractère gnostique de la technique, il a bien perçu la blessure infligée à la nature, au monde ... Il a fort bien analysé le dualisme qui sous-tend cette vision du monde et cette action sur le monde, mais le problème du vocabulaire, le problème généré par le nominalisme, entre autre désoriente les intuitions de Jonas. En effet quoique l'euphémisme « gnosticisme » puisse faire valoir ses « droits », il n'en demeure pas moins que l'on qualifie encore de « gnose » les anciennes hérésies dissolvantes. Alors même que la Gnose (voire l'épignose) est une réalité ferme, vivante et vivifiante du christianisme, il s'en voit interdire l'usage, il proscrit l'idée de lui-même, l'abandonnant à ses adversaires quoique ceux-ci soient, en apparence, vaincus ! Même la précision imparable des Pères ne semble plus suffisante, quand bien même saint Irénée soi-même l'avait blasonné sur la bannière du combat : « Contre la gnose au nom menteur » ! Oui, cette « menace » n'a pas de nom propre, elle usurpe toujours et encore ! Elle ne peut faire que cela !

La défaite du dualisme, du « gnosticisme », de l'arianisme, de l'iconoclasme fut bien une défaite; toutefois la « menace » ne souhaite pas nécessairement la victoire. En définitive nous pourrions même dire que la défaite est souvent sa plus grande « victoire » ! Vaincue dans l'Eglise, vaincue dans la sainte doctrine, dans la juste glorification, elle s'est dès lors propagée dans le monde !

La fausse gnose a perdu l'Eglise et gagné le monde !

Elle a diffusé d'autant plus loin et plus fort dans le monde qu'elle semblait plus mortellement atteinte dans l'Eglise. Inversion intensifiante !

De là toutes les autres fausses gnoses qui se divisent et se sur-divisent, métastases métaphysiques. Ainsi les sciences qui furent à l'origine des chaos contemporains tout autant qu'elles en sont les rémèdes les plus surs et les plus espérées ! Les sciences qui s'atomi sent autant qu'elles atomisent. Husserl avait parfaitement raison en affirmant que le monde dans lequel nous vivons n'est pas pas cette image mathématique dont la science nous donne l'image. Les saints Pères affirmaient avec une grande constance que "la nature même du nombre par elle-même n'additionne ni ne divise."  Parlant ainsi ils visaient, essentiellement, le mystère de la Trinité ou celui des deux natures du Christ mais nul doute qu'ils gardaient présent à l'esprit que le principes hujus mundi lui est, de son nom même, le diviseur.

Les sciences modernes divisent et sur-divisent encore la division, elles percent la Création et la matière.

Le "monde", ce monde lui calcul, il divise. Il pense qu'il ne finira jamais, qu'il n'en finira jamais, il veut se sauver, se sauver de la fin. Il fuit à "toutes jambes" toute fin ! Voila pourquoi il cherche tant ses "origines", pourquoi il veut prouver !

Saint Maxime, exprimant, l'avis des Pères, affirmait avec vigueur qu'après la transgression de la volonté divine "on ne peut plus expliquer la fin par le commencement, mais le commencement par la fin."

Avec l'Incarnation c'est bien l'eschaton qui est entrée dans l'histoire ... mais : "l'eschaton peut seulement se frayer un chemin à travers l'histoire, mais jamais être identifiée à elle." J. Zizioulas

 

22:30 Ecrit par Thierry dans Ecologisme, Inscriptures, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, nature, philosophie, jugement |

dimanche, 12 octobre 2008

Verbifier la "nature"

 

Notre ami Alain Santacreu, a décidé, de façon murie, longuement, et réfléchie, de "mettre en sommeil" la revue CONTRELITTERATURE !

Comme nous le lui avons annoncé, ce sommeil, ne saurait nous empêcher de continuer à avancer en ce lieu spécifique qu'Alain avait su nous révéler, et corollairement cette "idée-chair" de la Talvera  :

La Talvera est un lieu, un situs, traditionellement, la part d'un champs non labouré, là ou la charrue manoeuvre et se "retourne" ...

La Talvera c'est le situs du retournement, qui est ainsi également le "lieu de la metanoia" ! L'espace essentiel; l'acte contrelittéraire, car, contrairement à la littérature qui est cogitation inassouvie la Contrelittérature c'est le Verbe en acte, le Verbe en terre, le Verbe en chair, qui patiemment, parfois avec violence (une violence toujours amoureuse), "joue" la transformation, agit l'essentialité inaltérable du verbe, la personne du mot !

"Si le Verbe s'est fait chair pourquoi la littérature ?" Voici la maitresse question telle que définit par Henry Le Bal ... Le Verbe s'est fait chair pour que toute chair puisse être, dans l'Esprit (Celui qui "fait" l'Incarnation), VERBIFIE -expression de saint Irénée soi-même ! Oui la Contrelittérature n'est pas "une littérature contraire", une littérature qui se ferait "contre LA littérature", non, la Contrelittérature c'est bien "le contraire de la littérature", une authentique "révolution" un retour à l'originel (ce qui n'a rien à voir avec le passéisme, la réaction, le conservatisme) authentique qui est toujours en avant, toujours "dynamique" puissant dans les "énergies divines" (dynameis) ...

Suivant son étymologie la littérature se lie à la "lettre", lettre qui tue ! la littérature est toujours meurtrière ! Le Verbe c'est fait chair, pour nous il y a l'Ecriture, certes mais avant l'écriture il y a le Verbe et le Verbe Incarné et le Verbe crucifié, et le Verbe ressucité ! tout cela avant l'écriture, non seulement avant l'écriture mais même encore et toujours "en avant" de l'écriture !

Pour nous, donc, il y a "l'écriture" mais une écriture qui n'est pas "sacrée", et non ! non elle est Sainte mais pas "sacrée", ça fait, voyez-vous une sacrée différence !

Et elle est sainte parce qu'elle vient après le Verbe, le Verbe Incarné ... et tout et tout ! Sans cela pas d'écriture ! Et cette écriture est dites nouvelle, elle vient après, et d'après, une autre écriture, ancienne, et l'ancienne reste telle et la Nouvelle reste telle, elle ne peut absolument pas devenir ancienne ... pas tant qu'il restera une infime poussière à VERBIFIER ...

"L'homme s'est fait pareil à ce qui est néant ..." Psaume 143-4, et il a fait de même avec les mots ... Exemple vécu et frappant, pour la majorité des personnes de ma génération pendant des années le mot "pneumatique" ne se rapportait pas à autre chose qu'à un canot ou un matelas ... (Etonnant, non ! aurait dit monsieur Cyclopède !!) et même pour un enfant cathéchisé de 7 à 11 ans ...

Nous avons fait des mots un néant ... nous avons laissé la porte grande ouverte au nihil dont nous sommes et cela même nous le nions !!

La Contrelittérature sera, est, l'en avant de la restauration-instauration, de la VERBIFICATION nouvelle ! La Contrelittérature rendra le "pneuma" à la littérature, elle la transfigurera, elle inhumanera la littérature des "derniers hommes à la face de mufle", elle sera le visage enfin radieux de la littérature qui n'en sera plus !

Là est la Talvera ...