mercredi, 25 novembre 2009

Théori -Theoria versus cryptographia

"Ta parole ne sera pas mensongère ni vide, mais pleine d'action", Didachè, II, 4

"Le Verbe, le Logos est le sujet divin de tous le logoi, paroles essentielles qui porte les choses. L'homme logikos, image personnelle du Logos, est appelé à devenir leur sujet humain. Il le devient pleinement en Christ, décelant en lui ces essences, non pour se les approprier mais pour les offrir après les avoir - personnellement et collectivement - "nommées", c'est-à-dire marquées de son génie créateur."  Olivier Clément, introduction à LA PHILOCALIE,  DDB/J-C Lattès.

Chemin faisant, paisiblement, graduellement (et ce mot n'est pas sans rapport aux "livres") je découvre la raison et la vérité de cette "théorie littéraire" qui se fait jour en moi, telle une "folie". Ce qu'Olivier Clément écrivait au sujet de la Bible (livre des livres) se révèle, pour l'occident, dont la littérature est une quête à la fois positive (apophatique) et négative (néguentropique), d'une rare précision.

O. Clément à la suite des Pères nous rappelle que "c'est seulement en Christ [...] que la Bible cesse d'être ombre et secret (skiagraphia et cryptographia)." (ibid)

 

la suite ... bientôt ...

jeudi, 12 novembre 2009

Corps-machines

 "L'homme est une machine douée pour les choses banales, d'une bien plus grande faculté d'automatisme qu'il ne le croit." Raymond Abellio

Les machines ne sont pensées qu'à partir de l'homme, à partir de la partie "machinique animale" de l'homme, à partir d'une "vision" de l'homme réduit à cette part ...

Les machines (latin, machina, du grec mèchanè) sont des pièges. Elles sont conçus à l'image et à la ressemblance de l'homme (latin, masculus). De l'homme déchu. De l'homme-corps. De l'homoncule, de cette dissemblance d'homme qu'est l'humain « naturel » d'après la chute.

Du machisme (espagnol, macho, du latin, masculus) au machinisme il n'y a qu'un pas.

Cette option, la possibilité même de cette vision, provient d'une longue, longue dérive théologico-philosophique. Elle remonte même bien plus loin, ou, plutôt, bien plus « haut ».

Dans l'un des exercices de Métaphysique Critique de la première occurrence de TIQQUN, intitulé Hommes-machines, mode d'emploi, l'origine de cette option historique, de cette contrainte politico-théologique, cette origine est évoquée.


« Si Adam n'avait pas péché le Tiqqun, la Réunification, se serait accompli; toute choses eût repris sa place et l'univers eût été sauvé. Et pourtant cette chute dans la confusion du bien et du mal, qui devaient rester séparés, et ce déchirement en des séparations artificielles de ce qui devait demeurer uni, ne nous condamnent pas à un exil définitif et à une irréversible impuissance. L'enfer où nous sommes tombés est notre errance, et le désert que nous traversons aujourd'hui, c'est l'histoire; en un certain sens, « non seulement nous sommes maîtres de notre destin, et au fond responsables de la poursuite de l'exil, mais nous remplissons aussi une mission qui a des finalités plus lointaines » (G.Scholem). [...] La Kabbale dit que l'homme tombe dans l'isolement lorsqu'il veut se mettre à la place de Dieu, en d'autres termes lorsqu'il prétend que la liberté doit lui servir et que ce n'est pas à lui de servir la liberté. »


L'origine est évoquée. Mais elle est aussitôt happée et infusée dans les brumes de la dérive.


« A mi-chemin entre transcendance et immanence, la Shekhina se tient à la fenêtre qui s'ouvre sur notre propre néant, sur notre propre liberté. Ce langage au moyen duquel l'homme mystique, l'homme qui était plus haut que les anges, rentre dans son vêtement terrestre, se réconcilie avec son corps, c'est un langage qui raconte l'individu, qui le fait se redécouvrir lui-même, qui l'ouvre à la reconnaissance des autres. Certes un tel langage est différent pour chacun, mais il est compréhensible pour ceux qui suivent le même chemin, c'est-à-dire, « dès lors que chaque individu à une tâche particulière dans la lutte pour lé réalisation du Tiqqun, selon le degré et l'état propre de son âme (G. Scholem). Marx disait en substance la même chose, mais avec plus de précision : « C'est seulement quand l'homme réel individuel a repris en soi le citoyen abstrait [...] quand l'homme a reconnu et organisé ses propres forces en forces sociales et donc ne sépare plus de soi la force sociale sous la forme de la force politique, c'est alors seulement que s'achève l'émancipation humaine » (Marx, La Question juive). »


Sous le masque de la fausse compréhension spirituelle (qui n'est, en outre, que religieuse, confusion révélatrice) c'est immédiatement la démonie du social qui reparaît. Idolâtrie et hypnose syncopées.

Par une particularité excessivement moderne, quoi qu'on s'en défende, on essai de surmonter, de transcender des critères que l'on juge dépassés, obsolètes et l'on considère qu'il est beaucoup plus radical (plus seyant, en réalité) de remonter « plus haut » (à ce que l'on croit) ...

« La Shekhina, si intime qu'elle soit avec la sphère céleste, se tient amoureusement auprès de tous les hommes, comme elle l'était auprès d'Israël partout où il était en exil; et de même, « lorsque deux hommes sont assis à interpréter les paroles de la Torah, la Shekhina se trouve parmi eux » (J. Abelson), puisqu'il n'y a pas de lieux où la Shekhina ne soit pas, où elle ne souffre pas la même douleur que l'homme, « pas même dans le buisson ardent » (Exode rabba sur Exode 2, 5). « Lorsque l'homme endure des souffrances, que dit la Shekhina ? « Ma main me fait mal; ma tête me fait mal » (G. Scholem). »

L'Occident est bien malade, et le monde le suit comme son ombre. L'Occident est bien malade, de ses choix, de ses déviations multiples et ramifiées, multiples et dont chaque division entraîne des divisions intensifiées et autant d'inversions de ses inversions. L'Occident est bien malade et les pharmacopées qu'on lui choisies sont pires que le mal.


Le Tiqqun ? Il est.

Le Tiqqun est réalisé. Le Seigneur de Gloire Lui-même l'a réalisé ... Lui-même. La cure, la voie de guérison est connue.


« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom je suis au milieu d'eux ... »

Le langage qui fera/fait que l'homme-Adam se réconcilie avec son corps c'est le langage eucharistique ... et, en aucun cas, il ne concerne des individus. Dans la primitive Eglise, telle que décrite par Paul, les idiotès, sont les « individus privés », tous ceux qui n'ont pas encore été illuminé, tous ceux dont le coeur n'est pas purifié, qui ne sont pas des glorifiés et qui, pour cette raison n'entendent pas la prière perpétuelle « dites » dans le coeur par les prophètes de l'Église, i.e les glorifiés. Ainsi, il est vrai que les « réconciliés » qui peuvent parler chacun un langage particulier peuvent aussi, sinon se comprendre, du moins « s'entendre » ...

Ignace d'Antioche utilisera le terme mèchanè pour désigner : la croix du Christ !

Dans le domaine militaire de l'antiquité mèchanè désignait en premier lieu les « machines de guerre », celles qui permettaient d'assaillir ou de piéger l'ennemi. L'Ennemi qui a piégé les âmes et les corps par la ruse est vaincu par une « machine de guerre », un piège divin ... Et, logique paradoxale de l'inversion, ce qui est machine pour le propagateur du piège viral est, pour les malades, l'onguent et la cure ...

« L'allégorie offre [...] à l'âme éloignée de Dieu comme une machine qui la fait s'élever vers Dieu. »

saint Antoine le Grand

Pourtant la maladie progresse. La faute aux « médecins » que nous nous choisissons, sans doute ?


« Alors que dans le modèle de production fordiste, le corps était condamné à la chaîne de montage par ses gestes répétitifs, et l'esprit restait « libre » d'en penser les formes d'émancipationi, aujourd'hui, le travail étant dans les sociétés capitalistes avancées presque entièrement intellectuel, c'est le corps qui assiste, incrédule et oublié, à cette nouvelle exploitation. Oublié durant les heures de travail, mais constamment présent dans le temps libre sous forme d'obsession, le corps est la plus matérielle de nos déterminations en même temps que la carte de visite qui permet d'accéder au marché du travail dématérialisé. »


L'empire vide, que j'appelle dominion est comme un cancer, mais ses métastases peuvent non seulement accroître le domaine du mal mais encore engendrer d'autres pathologies pas encore pensées ...


Qu'est-il arrivé à nos corps ?


« La grâce de l'Esprit donne au corps aussi l'expérience des choses divines. »

saint Grégoire Palamas


Nos corps ne sont plus à nous, arraisonnés par le machin-monde. Ils ne sont plus à nous puisque nous ne suivons pas la voie anagogique qui assure la restitution, le Tiqqun, l'henosis ! Où, dans quelle parole, est magnifiquement célébré cette union, si ce n'est dans le Cantique des Cantiques, le chant de l'amour fidèle et du corps exultant ... ?


Nos corps ne sont plus à nous car c'est dans le Corps du Christ qu'ils nous sont restitués, qu'ils sont authentiquement hypostase, pleinement « personnes ». Le Salut (soteria) n'est pas en mode individuel (ni collectiviste, ni « communiste ») mais en mode personnel ... ce qui signifie que le salut ne concerne pas l'au-delà mais bien le hic et nunc, la vie. Seul l'individu est concernée par la mort c'est-à-dire le domaine corporel, auquel appartiennent (bien que non entièrement) le cérébral et le rationnel. Le thanatos, comme l'éros (compris vulgairement comme le seul désir sexuel) ne concernent que le corps. La mort, par inversion intensifiante de sa défaite, est gagnante, elle masque avec ruse, sa défaite (« mort, où ta victoire, où ton aiguillon ? ») par l'éros vulgaire intensifié.


Les plus fins analystes s'y laissent prendre, à ce piège, à cette stratégie ...

Ne voulant rien lâcher de leurs convictions, de leurs découvertes qu'ils croient leurs propres.


Ainsi Michel Foucault (influence d'Agamben et de TIQQUN) a-t-il raison d'écrire dans Il faut défendre la société : « la grande ritualisation publique de la mort a disparu, ou en tout cas s'est effacé, depuis le XIIIè siècle [...] Au point que maintenant la mort – cessant d'être une de ces cérémonies éclatantes à laquelle les individus, la famille, le groupe, presque la société tout entière, participaient – est devenue au contraire ce qu'on cache. [...] Et à la limite c'est moins le sexe que la mort qui est aujourd'hui l'objet du tabou. »


Mais quoi, tout ceci n'est perçu que d'un point de vue sociologique, s'en est presque plus écoeurant encore que le fait qu'il désigne. Ce type d'analyse est réellement typique du mal occidental, dévastatrice non tant pour ce qu'elle pense combattre que pour ce quelque chose d'indéfini qu'elle entend défendre. C'est en cela, sans doute, que toutes ces pensées rejoignent le grand flou de l'hermétisme qui a fasciné tant les humanistes et les « Lumières » que ceux qui entendait les combattre ... Orobouros de dévorant lui-même à partir de son extrémité opposée. Et la tentation pourrait être grande de se dire alors, « laissons le monstre et ses enfants s'entredévorer ! Dieu reconnaitra les siens ! », mais d'une part ce dévorement ne signifie nullement la défaite, et, d'autre part, Dieu reconnaitra-t-Il pour « siens » ceux qui, en aucune manière, n'auront réagi ?


Pour en finir (très provisoirement), notons à la suite de Foucault que, dans l'Église Orthodoxe se perpétue l'orthopraxie concernant les « morts ». Ceux-ci sont participants de ce qu'il faut appeler leur dernière participation à une Liturgie ici-bas ... Contrairement à la pratique occidentale, en effet, le cercueil est, aux pieds de l'iconostase (là où se tiennent ceux qui communient, les nouveaux baptisés ...), ouvert ! Le « défunt » (qui pour l'orthodoxie est « né au ciel ») assiste pleinement à la Liturgie qui se tient dans la communauté qu'il a connu, à laquelle il appartenait ...


Différence singulière, une fois encore ! Le corps n'est pas escamoté, aucune machine-piège ne l'engloutit avant l'ultime sacrement, il est encore présent comme le Christ est Présent, déjà-toujours-là ...


Un saint moine de l'Athos disait à propos de ceux qui sont « guéris » en Christ : « ... nous voyons les visages comme des images du Dieu débordant d'amour. Celui donc qui a revêtu la grâce du Christ voit les autres revêtus de même, même si leur corps sont nus, alors que celui qui n'a pas la grâce de Dieu voit les corps nus, même s'ils sont habillés ! » (H. Vlachos, Entretiens avec un ermite de la sainte Montagne sur la prière du coeur)


Les saints Pères ont « définis » une très réelle et concrète thérapeutique (que nous évoquons ici parfois sous le terme de théorapie). Selon le Père Romanidès elle constitue même l'acmé de la voie christique, son essence véritable ! En occident, les catholiques ont réagis aux théories psychanalytiques et psychiatriques en évoquant une influence satanique, mais mêlant à leurs condamnations tout ce qu'il ne faut pas de pathos et de sentimentalisme. En réalité ces théories sont des reprises profanatrices, des reprises en inversion intensificatrices de la très fine analyse des différentes parties de l'âme établies par les saints Pères à partir des saintes Ecritures et d'une expérience vécue très concrète de la cure christique !


Toutefois, ce qu'il convient d'ajouter à ce tableau, c'est qu'à mesure que passait le rouleau annihilant du temps-monde, à mesure que le processus d'individualisation avançait et, du même coup, détruisait la compréhension « personnelle » de l'âme humaine en collectivisant la « psychè », il convenait d'appliquer à la société dans son ensemble le diagnostic non-complaisant des Pères. Non-complaisant car plein de compassion réelle, l'amour est sévère ! Ainsi, comme le disaient de nombreux Pères « l'éros est une agapè intense »... or, il est bien évident qu'à l'aujourd'hui l'éros n'est plus, absolument plus, agapè, il n'en est plus du tout l'intensification mais a raréfaction la plus atrophiante ! Nous en sommes à l'air de la gastrimargia ... où tout est consommation sur-intoxicante ! Si, comme le disait avec une profond élégance Olivier Clément, le christianisme nous appelle à nous faire « tout visage », il est clair que « ce monde » tel qu'il roule sur sa pente savonneuse, nous appelle à nous faire « tout regard », et regard envieux et désirant-jalousant !


Quant à un rapport plus strictement lié au « corps » les Pères appelaient philarguria cette forme excessive d'avarice qui nous fait désirer chaque chose ou idée comme « nôtres ». Lié au « stade anal », lorsque l'enfant identifié entièrement à son corps et effrayé par sa défécation dans laquelle il perçoit une liquéfaction de son être, une mort de son corps ...


Et l'homme a eu peur de perdre la merde

ou plutôt il a désiré la merde

et, pour cela, sacrifié le sang.

A. Artaud, Pour en finir avec le Jugement de Dieu


Pour défaire l'efficace du processus sotérique (salut1/santé) l'occident l'a transformé en « système », celui des 7 péchés capitaux ... délaissant l'aspect concret, formé sur l'expérience et l'expérimentation pneumatique des saints Pères « ce monde » a préféré, pour en annuler l'efficience, le figer et le masquer en un moralisme solidifiant mais qui, évidemment, contenait, plus il se durcissait, toutes les promesses de ces plus nauséabondes liquéfactions futures ...


Extraire nos corps à la soumission de ce monde qui pousse en mauvaise graine de bio-pouvoir; oui ! Trois fois oui ! Mais pas sans une âme qui va avec,et pas sans une âme qui puisse, puisqu'elle est irrémédiablement chutée en son état actuelle, être rectifiée par l'application rigoureuse (et pas rigoriste) d'une voie sans complaisance et absolument, essentiellement, non conformiste puisque ne pouvant jamais (en son essence vive) être conformée au schéma sclérosant de « ce monde » !!










1Le plus anodin « salut » avec lequel nous commençons une journée s'accompagne souvent d'un « comment vas-tu » ou « ça va » ... Or, précisément ce « salut » matinal signifie en « ancien » français « comment allez-vous ... » sous entendu « à la selle » ...

i(sic) Penser son émancipation sur un plan tout horizontal et matériel, sur le seul plan que les exploitants avaient également en vue ... le résultat fut, et sera, désespérant ... Je songe ici, toutefois, à cette « légende ouvrière » des émigrés russes qui, dans leurs pays d'accueil, pouvaient se retrouver à l'usine et qui, au rythme des machines, précisément ne tombaient pas au niveau de ces « pièges productifs », mais en usaient pour « s'élever » en récitant la prière du coeur (prière noétique) ...

jeudi, 29 octobre 2009

Le premier des ISMES

Le premier, le plus terrible des ISMES, l'origine des autres, de tous : l'EGOISME.

Les Pères l'appelait PHILAUTIE !

Son terme ? comme le décrit l'écrivain russe Mamléïev : l'AUTOPHAGIE !

Egoisme, montanisme, encratisme, gnosticisme, manichéisme, philétisme, piétisme, moralisme, rationalisme, idéologisme, fascisme, humanisme, narcissisme, mécanisme, systématisme, capitalisme, marxisme, socialisme, communisme, nationalisme, financialisme, européisme, islamisme, littéralisme, catholicisme ... 

christianisme ... 

Il aura fallu que l'on trouve opportun de ranger la voie christique dans ce fatras ...

?

Ce mot-là, n'a rien de "sacré" ... Il ne résume rien. Il permet de croire que l'on peut ranger cette voie parmi la relativité de tout le reste, de tout le fratras chaotique de ce monde, parmi la grande bibliothèque du contrôle ?

Que nous dirons les très modernes dictionnaires ? que ce mot désigne ce qui est relatif à la religion chrétienne ?

Le mot chrétien est de notre tradition, de notre voie, le mot "christianisme" ? Non, pas, merci bien ! L'échapatoire, l'exil lexical a été forgé par les saints Pères, merci bien ! Ortho-doxie ! Mais pour combien de temps encore ? Quand trouvera-t-on le "malin" qui nous servira-asservira l'orthodoxisme ??

Au train où vont les choses je ne serais guère surpris que cela soit déjà fait ...

 

jeudi, 15 octobre 2009

Néantisation des rebelles

 « Dans la société communiste on s'efforce à une objectivité de plus en plus poussé. C'est même la meilleures définition qu'on puisse donner de cette société ... Dans la société communiste idéale, il n'y a plus, à la limite que des policiers et des machines électroniques... Tout le monde est policier. »

Raymond ABELLIO, La Fosse de Babel

« La violence, c'est-à-dire le pouvoir de l'Etat est également une force économique. »

Marx/Engels, Correspondance

« Les intellectuels travaillant dans la clandestinité étaient particulièrement exaspérés par le climat déraisonnable qu'on respirait dans la résistance. L'hystérie n'était pas loin. Conspirer devenait une fin en soi; mourir et exposer les autres à mourir, presque un sport. »

Milosz, La Pensée captive


Résistantialisme

persona.jpgDans notre époque où tout réussit si bien et pour laquelle le recours à la violence est, officiellement, une violence à ses principes même, il n'est guère surprenant, en définitive, de voir les opposants à l'état dominant fort surpris de la réponse apportée à leur « lutte ».

Par exemple, les membres supposés de Tiqqun ou du Comité Invisible, eux qui ont théorisé l'idée de guerre « civile », qui ont déclaré prendre part à cette guerre, semblent manifester, lorsque l'Etat réagit avec la violence qu'ils lui prêtent, le même étonnement et la même indignation morale, que n'importe quel démocrate droit-de-l'hommesque ...

N'est-ce pas la part des insurgés, des révoltés, que de subir cette violence ? Pourquoi la dénoncer sur ce mode de la surprise et de l'indignation ? Ou même sur le mode sarcastique ? Parce que les désignés-coupables sont en effet innocents ? Ne savons-nous pas que ceci n'a aucune espèce d'importance ? La violence, comme « état d'exception » est communicationnelle, la réponse à celle-ci le fut également ... Si le « combattant » désire l'anonymat, l'état dominant, ne veut que « nommer », dénommer et dénombrer ses « ennemis ». En répondant par la voie communicationnelle, par les moyens mis à sa disposition, quand bien même il s'agit de dénoncer ceux-ci, l'adversaire tient le rôle peu enviable de la « lumière » qui luisait dans les ténèbres et que les ténèbres ont circonscrites ... La réponse circonscrite justifie à posteriori l'exceptionnalité de la violence mais n'échappe en rien à cette violence exceptionnelle.

Mais, notre exemple n'est qu'un exemple ... il s'agit d'une tendance générale que j'ai ressenti à bien d'autres occasions. ON se targue de lutter, de combattre; et puis lorsqu'une réaction arrive ON se lamente et ON dénonce l'injustice de cette réaction. Mais, si cette réaction correspond bien à la réalité que l'ON dénonce pourquoi donc dénoncer aussi la démonstration de sa véridicité ? Il ne saurait y avoir d'injustice, de « sentiment d'injustice » que pour ceux qui n'ont pas une claire conscience de ce qui est en jeu ... Pour le reste il s'agit de constater qu'en effet, la machine dont le fonctionnement secret à été mis en lumière, s'exécute « proprement ».

Ce qu'ON nomme « le système » (car il veut être nommer) n'a-t-il pas en ce domaine remporté encore l'une de ses victoires néantisantes ? La « domination » veut être dénommée car elle n'a pas de Nom, elle veut être nommée pour assurer sa rationalisation car son essence, son noeud vital est « vide » et non-rationnel. A la rigueur, il conviendrait même d'affirmer que la dominion désir être combattue; elle ne peut pas ne pas vouloir ardemment la nomination, la rationalisation, l'opposition et la division. Elle peut même fourbir les armes et les contres-attaques !

CYBER-WAR STRATEGIES

C'est un peu ce dont il est question dans l'excellent document réalisé par le Comité Invisible sous le titre « Ingénierie sociale et mondialisation » : disciplines gestionnaires, marketing, management, robotique, cognitivisme, psychologie sociale et comportementale, programmation neurolinguistique, social learning, formatage social, espionnage, recherche de toutes informations, évaluation, reconfiguration d'un donné humain, stratégie du choc (amnésie par trauma), études, analyses et définitions des structures générales et constantes, constitution et implantations de structures nouvelles ...

Tout, ou a peu près tout, ce qui figure dans ce document semble largement plausible et même relativement évident.

Le document, diffusé stratégiquement sur la « toile », n'échappe pas à ce nouveau « théâtre des opérations » : « La blogosphère et les nouveaux médias sont une autre zone de guerre. » A. Leibovich

Toutefois il aurait pu analyser également l'essence ubiquitaire de l'informatique et mettre le doigt là-dessus que l'internet est une invitation constante à faire usage de sa liberté. Liberté que les gouvernements démocratiques nous engagent à « utiliser », qu'ils favorisent en travaillant à une amélioration à l'accessibilité aux réseaux hauts-débits et wifi ... pour plus de liberté et d'égalité et d'éducation (cela va sans dire), mais dont ils savent et veulent réprimer les aspects les plus « sauvages » ou disons, pour parler leur langage, qu'ils souhaitent lui offrir un encadrement législatif pacifiant ... (Disons aussi que l'ON offre un espace franc de liberté qui sert, de lui-même, à démontrer le bien fondé du contrôle lorsque l'expression de la liberté montre un visage peu conforme à la bienséance du moment ...).

Le web de nos gouvernants invite donc chaque citoyen , dès le plus jeune âge, à se connecter, à s'exprimer en « toute liberté » ... Double fonction :

abêtir et amener à l'oubli ceux qui n'ont déjà qu'un faible potentiel de « révolte » (qui n'ont pas grand chose à exprimer en terme de liberté)

amener les « autres », par le double langage et de quelques bords qu'ils soient à se dénoncer eux-mêmes en usant de leur « liberté »

C'est l'une des grandes forces de « ce monde » que de laisser suffisamment de liberté, de l'offrir ... Vous êtes libres, objectivement, idéalement de ne plus rien avoir avec lui, de déconsommer, de décroisser, de désirer, voire de réaliser une forme ou une autre d'autarcie communautaire et ce, dans le silence ou bien en contestant. Cette liberté qui, en définitive, ne dépend guère que de vos moyens, devient l'argument choc, la massue idéologique ... et elle se retourne d'un coup, d'un seul, contre vous, contre elle-même ...

Plus besoin de délateurs zélés, nous sommes dans l'ère de l'auto-délation, de l'egoscope auto-dénonciateur. L'une des tâches du résistant fut de ne pas être dénoncé, dans l'actuel ajourd'emain résister c'est se dénoncer. Avec pour corolaire la fausse idée très habillement répandue : « si vous êtes surveillés c'est que vous êtes dangereux » ... Les limites de la résistance étant fixées par « l'ennemi », ses règles aussi, il devient évident que la surveillance, ou la simple idée de la surveillance (génératrice d'auto-suffisance) et l'idée suscitée de la dangerosité peuvent s'avérer des moyens bien plus efficace que le contrôle musclé.

Ceci conduit presque à ce que j'appellerais le Tyler Durden's complex ... la dominion générant elle-même ses adorateurs et ses dénonciateurs, générant une immense société purement schizophrènique !

Ne faut-il pas l'être, même un tout petit peu, pour dénoncer la soit-disant volonté de la dominion de faire du monde un monde-un qui ne serait qu'un gigantesque disneyland ( image parfaite, si caricaturalement parfaite d'un Nouvel Ordre mondial qu'elle en devient ineffective) ... ? C'est, en tout cas, perpétuer la dramatique erreur (fort utile) d'identifier la dominion ou sa volonté, son hegemon, avec une « nation » particulière. C'est aussi ne pas voir, malgré une bonne volonté évidente, que par-delà les différents masques idéologiques c'est la même « quête luciférienne du bonheur sur terre » qu'ont en vue, précisément, toutes les idéologies et toutes les métaphysiques qui, le cas échéant, fondent les présupposés des premières ... (fussent-elles, prétendument, « traditionnelles » ou « modernes » ou « post-modernes »).

Par exemple : pour s'imaginer qu'il aura fallu attendre les années 2000 pour que soit mis à mal le programme du Conseil National de la Résistance ? Pour analyser finement la théorie et les principes de cette déconstruction et ne pas oser dire que Mai 68 a obéit à cette même théorie, que l'offensive libérale-égalitaire sur les moeurs et le savoir a préparé la stratégie économico-libérale de dissolution ... ? Ce qui apporte aussi une réponse à cette question « Comment réussir à ce que la transgression de l'intégrité mentale des masses populaires reste inaperçue ? », comme en 68 en mettant en avant la transgression comme valeur !

Communisme/communauté/communautarisme – communion !

Autre phénomène de néantisation : le second tome de la revue TIQQUN est aujourd'hui publié sous forme de livre avec pour titre Tout a échoué, Vive le communisme !. Comme si le communisme n'avait pas échoué ! Pour de telles intelligences analytiques quelle faillite ! ... et, par pitié, que l'on garde pour soi les sentencieuses répliques sur l'intrinsèque « bonté » de l'idéologie, sur l'inaltérable « humanité » du projet, sur la « trahison » ... tout cela est aussi infect et infectieux que n'importe quel révisionnisme historique, même blocage psychologique et émotionnel, même moralisation mauvaise. On peut bien nous dire « que nos pires ennemis l'ont usé, et qu'ils continuent. » (Comité Invisible, Mise au point, janvier 2009), le nom prépare un projeti.

Le projet, malheureusement, semble trop évident. La « communauté qui vient » remplacera-t-elle les communautés qui se sont ou ont été créés ? Ne sera-t-elle pas une de plus parmi les autres ? Si non, comment imposera-t-elle sa préférence communautaire ? Ses choix, ses visées, sa VIE ? La limite est toujours celle d'un « système humain » voulant remplacer un autre « système humain », une organisation veut en supplanter une autre. Toujours, reparaît le spectre, assez hideux derrière son masque de béatitude, de l'Age d'Or ! Et surtout cette idée inquiétante que ce dernier pourrait se voir décréter par la Loi ou créé par une commune volonté ...

Ce qui, toujours, a fait défaut à cette idée du « communisme primitif » vers lequel tendrait toute révolution (au sens étymologique d'un « retour », moins « vers », que « de » quelque chose), ce qui lui a constamment manqué (aporie ontologique) c'est l'idée et la réalité de la « communion ». C'est également ce qui est, actuellement, le néant performatif des « communautaires » nouveaux !

« Il y a une interrelation constante entre l'Eglise et le monde, le monde étant création de Dieu et ne cessant jamais de lui appartenir, et l'Eglise étant la communauté qui, par le moyen de la venue de l'Esprit Saint, transcende en elle-même le monde et l'offre à Dieu dans l'Eucharistie. » (Jean Zizioulas)

Hakim Bey dans Zone d'Autonomie Temporaire, serait plus proche d'une certaine vérité, opposant la « famille nucléaire » non à la « communauté » mais à la bande : « La bande est ouverte - certes pas à tous mais, par affinités électives, aux initiés liés pas le pacte d'amour.» Structure qui peut se retrouver dans les sociétés dites « tribales » autant que dans les « sociétés secrètes », congrégations ou autres « confréries ». Toutefois, ici encore, et le gnosticisme volontariste de Bey, ni change rien, il s'agit d'un contrat humain et profane qui n'échappera pas à une forme d'égoïsme ou, à tout le moins, d'égocentrismeii.

« l'Église est plus qu'une institution apparue à un moment donné de l'histoire. Elle est plus qu'une assemblée d'hommes, fondée sur une véritable communauté spirituelle de doctrine et de discipline. [...] son existence en Dieu précède ou plus exactement conditionne son existence historique. Elle est en fait la Déi-Humanité in actu. Selon l'expression du Pasteur d'Hermas, Dieu a créé le monde pour l'Église. » (Père Serge Boulgakov)

Selon le Père Romanides seuls les glorifiés revenus à l'état normal, « naturel », peuvent être « utiles » à la société, en tant que médecins, étant eux mêmes sauvés de l'état de maladie. L'Occident, dans son ensemble, a dévié l'Église et bloqué le processus de la cure par sa confusion entre les spéculations métaphysiques rationnelles et la théologie authentique qui est en vue de la guérison. L'erreur et la déviation se poursuivent. L'idée de la communauté qui « libère » des « maux », qu'elle soit d'orientation sociale ou ethnique ou même « religieuse », ne mène à rien, nul part, sinon à la perpétuation, par des voies diverses, en apparence contradictoires, de la « quête » au bonheur béatifique (et en fait, ontologiquement égoïste, derrière ces voiles humanistes) sur cette terre.

Est-ce assez pour éclairer la « néantisation » ? Je ne sais ? Mais, pour éclairer un peu mieux je voudrais encore écrire quelques mots sur LE mot : « social ».

XC anar.jpgHypnose du social

Paix sociale, guerre sociale, luttes sociales ... le social minimise le poids des mots et creuse encore cet écart de néant. Que mesure-t-il donc ? Le social : le mot-alibi qui sert d'une « catégorie » à l'autre, qu'on se tend, qu'on se passe, qu'on s'agite sous le nez avec véhémence ou cordialité, du plus grand jusqu'au plus petit ... Une vraie « boite noire » !

L'hypnose sacrée qui vaut pour toutes sortes de mots du côté dextre, est absolument la même avec celui-ci côté sénestre ! Et, j'oubliais, la « justice sociale » ... Mais quel lien avec la justice, ce que ON, le grand ON touglobal, appelle « justice sociale » n'est que le camouflage d'une pensée bourgeoise du monde. Une répartition différente des richesses ... ? cela n'a rien à voir avec la justice, cela s'appelle de la corruption ! La démonie de l'économie engendre la démonie du social. Cette aveugle passion du « social » n'est pas un anti-économisme, ses titres de « noblesse » le disent assez : anti-capitalisme, anti-libéralisme; pas plus, d'ailleurs que le contraire de l'économisme, mais un « économisme contraire » ! Les uns face aux autres s'agitent sous le nez des économismes à rebours ...

Pourtant, dans le document en question apparaît clairement une très claire analyse de certaines tendances « contemporaines » : le regressus ad paganus !

REGRESSUS et MAMA GAÏA

« l'ingénierie du Nouvel Ordre Mondialiii, comme effacement des frontières sous une tutelle unique, s'identifie à un processus de régression pré-Oedipienne et d'infantilisation délibérée des populations. Du point de vue de la psychogénèse, le giron maternel est éprouvé par l'enfant comme une continuité de son vécu intra-utérin, c'est-à-dire comme ce monde unique et englobant [...]; et l'enfance est cet âge de la vie sans politique, marqué par l'adhésion spontanée aux valeurs dominantes du corps social ... »

« La culture de l'involution vers des stades archaïques du psychisme, avec en perspective le retour à un stade foetal, se présente ainsi comme le fil conducteur de l'ingénierie psycho-politique mondialisée. » (Comité Invisible, op.cit)

Ce que nous propose donc la dominion c'est cette régression infantile servit et asservit, toutefois, par une technique et une technologie qui ne sont plus envisagées sur le mode conquérant et progressiste mais sur celui de la possession égotique sécurisante.

« Je tiens, tu tiens, nous tenons notre Moi comme un guichet fastidieux. » (L'Insurrection qui vient)

Dans de riches développements le document du CI évoque comme symptôme (ou comme résultat) de cette volonté, la « tendance » du cocooning comme recherche, en dehors ici de toute communauté, d'une sécurité pacifiante, ludique, bienheureuse. Tendance confortée aujourd'hui par la « mode » de la décoration, du cooking et plus encore par celle du « maternage ». Avec cette dernière mode, ce ne sont plus seulement les adultes que l'on tend à faire régresser, ce sont les touts jeunes enfants qu'on contraint, sous le prétexte de la « vie saine », naturelle, à ne pas se détacher du monde infantile-maternel.

« En cherchant à abolir toutes les frontières, donc toutes les limites, et dans le même geste la notion même d'extériorité, de monde extérieur, objectif, réel, l'ingénierie mondialiste cherche ainsi à construire une forme de société déréalisée s'appuyant sur une culture de l'intériorité, de la fusion charnelle dans un bloc identitaire homogène et du rejet corrélatif de tout ce qui est hétérogène, autre, bref de tout ce qui rappelle le Père, c'est-à-dire l'instance qui fissure l'emprise exclusive et englobante du monde maternel pour introduire au « monde extérieur » et au réel. » (CI)

Le processus complexe et multiformes est ici fort bien résumé. Il faudrait ajouter que cette tendance est, pour employer la langue de la dominion, lourde. Elle se fait jour, en outre, et c'est qui mérite d'être plus particulièrement souligné, dans presque tous les mouvements modernes et en particulier chez ceux là même qui entendent lutter contre la dominion dont ils ont très, très mal envisagé le « visage réel ». Les nouvelles religiosités, en particulier toutes celles qui s'appuient sur le « bien être », le chamanisme, les médecines parallèles, le « yoga », le « zen », le « développement personnel », puis tous les néo-paganismes, les mouvements « d'enracinements », plus ou moins écologistes.

Le « désenchantement » et le « réenchantement » du monde sont les deux mouvements d'un seul processus, vide et vain, mais qui paraît d'autant plus « vivant » et réel qu'il multiplie les divergences, les divisions, les opinions contradictoires ...

Mais, une chose est de percevoir ce mouvement subtil, apparemment désorganisé et contradictoire, une autre de creuser jusqu'à ses authentiques sources.

L'écologisme, aujourd'hui, en lien avec les idées diffuses d'identité, de communautés (même, et surtout, si elles paraissent, pour l'heure conflictuelles) participe de cette « culture de l'involution vers des stades archaïqes », vers ce retour au culte de Mama Gaïa ...

Ekhete kai ton typon tès thlifeos tès erkhomès megalès. (Hermas, Le Pasteur)

Ce « détail » est plus présent et bien mieux analysé dans le texte de L'Insurrection qui vient :

« Il n'y a pas de « catastrophe environnementale ». Il y a cette catastrophe qu'est l'environnement. L'environnement, c'est ce qu'il reste à l'homme quand il a tout perdu.

...

Aucun milieu matériel n'a jamais mérité le nom « d'environnement », à part peut-être maintenant la métropole.

...

L'excitation morbide qui anime désormais journalistes et publicitaires à chaque nouvelle preuve du réchauffement climatique dévoile le sourire d'acier du nouveau capitalisme vert, celui qui s'annonçait depuis les années 1970, que l'on attendait au tournant et qui ne venait pas. Eh bien, le voilà ! L'écologie, c'est lui ! Les solutions alternatives, c'est encore lui ! Le salut de la planète, c'est toujours lui !

...

Tout est permis à un pouvoir qui s'autorise de la Nature, de la santé et du bien-être. 

...

Le paradoxe présent de l'écologie, c'est que sous prétexte de sauver la Terre, elle ne sauve que le fondement de ce qui en fait cet astre désolé.»

L'analyse est pertinente et véridique. Toutefois, la problématique reste entière. Car cette même analyse, repose, en dernière instance sur un projet politique bien flou et un présupposé métaphysique, qui, même s'il entend rendre compte de la réalité de la Métaphysique Critique, peu se voir opposé une autre métaphysique aussi pertinente. En outre cette critique, de par son caractère non-déterminé, peut se retrouver placé dans la bouche de n'importe qui. Déjà on voit poindre ce phénomène logique de la dominion, la contestation se voit introduite dans son champs sémantique, dans son espace de communication. Et, dans un premier temps, cette critique radicale ne pourra être mieux servi que par ceux qui réussiront le mieux à la desservir (Francis Lalanne, en ce moment, pour l'exemple -et pour faire sourire). La démocratie et les droa-du-globhomme seront le fondement d'une critique acerbe et médiatique des risques de dérives totalitaires d'un mouvement lui même démocratique et droa-de-l'hommesque ... La boucle est bouclée, le vide est encerclé d'impuissance. Mais, cette éventualité est contenue déjà-toujours dans la première page, oui, dans le titre lui-même de cet exercice :

L'Insurrection qui vient! « Soulèvement, ou sa forme latine insurrectio, sont des mots employés par les historiens pour qualifier des révolutions manquées – des mouvements qui ne suivent pas la courbe prévue [...] : révolution, réaction, trahison, l'état s'érige plus fort, et encore plus répressif ... En ne se conformant pas à la courbe, le sous-lèvement suggère la possibilité d'un mouvement extérieur et au-delà de la spirale hégélienne de ce « progrès » qui n'est download.jpgsecrètement rien de plus qu'un cercle vicieux. Surgo – soulever, lever. Insurgo – se soulever, se lever. Une opération auto-référentielle. Un bootstrap. Un adieu à cette malheureuse parodie du cercle karmique, à cette futilité historique révolutionnaire. Le slogan « Révolution ! » est passé de tocsin à toxine, il est devenu un piège du destin, pseudo-gnostique et pernicieux, un cauchemar où nous avons beau combattre, nous n'échappons jamais au mauvais Eon, à cet Etat incube qui fait que, Etat après Etat, chaque paradis est encore administré par un nouvel ange de l'Enfer. » (Hakim Bey, Zone autonome temporaire)

L'Insurrection ne vient pas, elle est là-déjà-toujours. A ceux qui pourraient le percevoir elle s'identifie, se confond avec la liberté de l'Esprit, liberté explosive. Le soulèvement est tel une vague. Précisément il s'élève, comme elle, et retombe, comme elle, mais, comme elle sans rien perdre, jamais de ce qu'il est, de ce qui le fait, de cette dynameis pneumatique. Hypnotisé par le politique, le métaphysique, le social, on échoue toutefois à l'identifier. L'Insurrection c'est une érection interne, c'est se mettre debout, en position de pilier, stavros, c'est, dans cette vie, dans ce monde se mettre en position de « relevé », c'est-à-dire de ressuscité ! Talitha koumi !

Celui qui Vient

Comme nous l'indiquons en note, non seulement, toutes les structures révolutionnaires se sont constitués sur le modèle des société « initiatiques » et de leur culture du secret, mais, en outre, depuis la redécouverte des sociétés pré-chrétiennes et, surtout, de leur mise à disposition de la « mode », toutes les communautés qui ont essayé de se constituer sur ce « modèle », ont été, en fait, des ersatz gnosticistes des premières communautés chrétiennes, de l'Église en tant que telle ...

Analysé brièvement dans le document du CI l'ouvrage de Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, pourrait aussi servir de manuel aux leaders de toutes les sectes du monde que les gouvernements occidentaux prétendent combattre avec acharnement. Mais qui sont, pourtant, comme autant de reflets du maître, bons élèves de la dominion dans leurs « domaines » respectifs.

Toutefois, le plus intéressant reste cette liste des « impulsions primaires » dressée par Tchakhotine et qui, selon lui, sont les « mamelles » de la manipulation : l'agressivité, l'intérêt matériel immédiat, l'attirance sexuelle au sens large, la recherche de la sécurité et de la norme. Inversez ces impulsions, vous trouvez ce sur quoi luttent les saints moines depuis quelques siècles. Vous trouvez ce que le Christ, viril et solaire, est venu abolir; ce qu'Il est allé arracher aux entrailles de la terre (situs symbolique des Enfers mais aussi image du monde intra-utérin précisément.)

Ce phénomène polymorphe est donc un regressus ad paganus, mais un paganisme frelaté qui n'a plus l'excuse de l'attente de la révélation, celle de l'état non-rédimé du monde... Contre la course solarienne de l'histoire christifiée (avant que d'être déifiée par la Parousie) c'est un retour au gnosticisme chtonien ! C'est, ainsi que Nicolas Berdiaev le notait, le combat antique que se livrent le principe masculin et le principe féminin pour la prédominance sur l'homme, « ce dernier accepte difficilement la victoire du soleil sur la terre, celle de l'esprit sur la matière, [...] celle de la personne sur le collectif. Il se révolte contre cette domination qu'exerce le Logos sur le sein maternel, auquel il aspire à retourner et à s'unir. C'est en somme une protestation contre le détachement d'avec la terre, d'avec la source originelle de la vie. » (N. Berdiaev)

« Dans le soleil, il a placé sa tente. »

« Il s'élance comme un géant pour parcourir sa route. » Psaume 18, 5-6.

Le remède ne sera pas fait de main d'homme. Toutes les analyses, toutes les solutions actuellement proposées se posent sur le même terrain et peuvent, consciemment ou non être asservies au processus qui, répétons-le, se nourrit de tout ce qui s'engendre sur son terrain. La devise de la dominion est nietzschéenne « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »

iNotons que le vocabulaire, les concepts, les idées autour de l'empire, la métropole ... dirigés vers la domination actuelle sont aussi utilisé par Milosz dans La Pensée captive, à ceci près que l'écrivain les utilise pour désigner le Centre c'est-à-dire Moscou. Notons encore que dans tout l'ouvrage Milosz parle du socialisme du Centre en tant que la Nouvelle Foi... La portée « religieuse » des mouvements révolutionnaires n'avait pas échappé à cet écrivain mesuré et perspicace.

ii Notons que dans le monde Orthodoxe, jusqu'à ce que l'influence occidentale y soit très puissante, les organisations ésotériques, les sociétés secrètes étaient inconnues. Notons encore que la plupart des mouvements révolutionnaires ont reçu, d'un manière ou d'une autre, leurs constitutions et leurs organisations clandestines des sociétés occultes « spiritualistes ».

iiiLe N.O.M soit le NOM ... à lier, avec mesure, à ce que j'évoquais plus haut sur la volonté de « dénomination » ...

vendredi, 09 octobre 2009

Vie du littératueur

 « Les souvenirs du bonheur passé sont les rides de l’âme. »  Xavier de Maistre

Lors d'une émission radiophonique l'écrivain Charles Dantzig parla d'un livre intitulé "Vie du lettré" de William Marx. A propos de cet ouvrage il prononça quelques lieux communs et aussi cette sentence :
"Une bibliothèque est une machine à sortir du monde."
Hors, toute "machine" possède, necéssairement, une entrée et une sortie ou un début, et une fin.
Ainsi, dans le même temps, le nommé Dantzig affirma que la lecture tout en nous retirant de la société marque également, et comme paradoxalement (mais ça c'est moi qui l'ajoute), une forme de désintéressement qui peut s'avérer utile à la dite société ...
A quelle société, "l'auteur" ne nous le dit pas ...
Celle des "gens de lettres", peut-être ! Allons, ne soyons pas taquins, admettons que nous avons compris le propos alambiqué ... et disons que l'entière société des pauvres gens qui ne lisent pas (et des riches qui ne lisent guère plus, ou plutôt mieux ...) a tout à attendre des esprits illuminés qui se trouvent sacrifier à la lubie du déchiffrement des glyphes d'autrui ...
Il est vrai qu'une bibliothèque est une machine à sortir du monde, mais en tant que machine elle permet aussi le chemin inverse ... et, conséquemment, non d'entrer dans le monde, puisque pour en sortir il faut, nécessairement, y être précédemment, non d'y entrer donc mais d'y rentrer ... Une bibliothèque permet, en effet, de RENTRER dans le monde, de lui rentrer dedans au sens éminemment physique du terme !
Les "lettrés" sont essentiellement de faux "ascètes". Et, comme le remarquait Berdiaev, l'ascèse est un moyen, pas une fin en soi, or nos lettrés en font une fin ... non qu'ils souhaitent réellement que tout un chacun partage avec eux, équitablement, le bonheur exquis de la lecture et de la culture, non, ce qu'ils désirent c'est que tout un chacun s'y mette et qu'ainsi ils puissent acquérir le rôle de "maître", de "primus inter pares", ils veulent la transformation de la culture en "civilisation" pour que l'idolâtrie soit à nouveau de mode ... Ils partagent cette espoir indicible avec les moralistes de tout poil !
Les "lettrés" sont des littératueurs, en eux la lettre tue le monde, le monde annihile la lettre comme vecteur-porteur d'énergie. En eux s'effectue une sortie du monde - complice du monde.
Leurs grandes idées sont ainsi efficacement exténuées et d'elles-mêmes sorties du monde, rendu inefficaces mais ... UTILES.
Voltaire s'emportait contre les grands formats, les in folio, et assurait qu'il fallait absolument écrire et publier des livres de petits formats, qui tiennent en main : des manuels ! La nécessité se faisait sentir de "livre de combat" ! Il fallait que le livre devint U-TIL-E !
Il faut bien constater l'ambivalence de ce monde, de tout ce qui s'y tient, même, surtout peut-être, de ce qui désire s'en échapper. Ainsi les samizdat furent utilisés par les révolutionnaires, les proscrits pour mener à bien la diffusion de leurs idées, de leur ardeurs idéologiques. Lorsque ceux-ci eurent mener à bien leur grande bataille et qu'ils s'installèrent dans l'eros du pouvoir ce fut au tour de leurs adversaires d'utiliser le samizdat, la publication clandestine, le livre qui « n'existe pas ». Non tant pour diffuser des idées que pour sustenter un « désir », pour soutenir.
Voltaire a un lien évident, tant historiquement que philosophiquement, avec la Russie, et son idée de manuel, de livres « éducatifs » aisément transportables, dissimulables, aura connu une longue et belle prospérité. Toutefois, lorsque ces livres sont pris dans les rais de la machine-capital quel combat peuvent-ils donc mener, ils deviennent alors les collaborateurs inconscients et, sans doute, involontaires de leurs « adversaires ». Gratuits, dissimulés, cachés ces manuels sont « sans prix » ... C'est ce qui advient, mais péniblement, avec le livre électronique. Que celui-ci servent aussi dans tous les camps et soit asservi, est une évidence, néanmoins il reste un champs d'action possible.
Inclus dans l'énorme machine vide de la dominion les livres « de poches » n'ont plus qu'une utilité, jouer le rôle de « boîtes noires » tout comme les mots et expression rangés dans cette « catégorie » par Eric Chauvier dans ses ouvrage Que du bonheur et La Crise commence là où finit le langage. Mots-clefs qui n'ouvrent rien, qui n'ouvre sur rien mais qui concentre sur eux l'attention, des mots-aimants qui attirent sur eux la contestation, voire des mots-turbines qui génèrent eux-mêmes leur contestation après avoir formaté la pensée selon leur acceptation fabriquée (pensée unique, politiquement incorrect / correct, système ...). A ceci près que, si l'auteur à raison dans son analyse, il semble, comme tant d'autres, effrayé, précisément par le fait que cette analyse peut aussi s'appliquer à son « camp ». En effet, « le monde social », la « solidarité », la « classe ouvrière » sont, bel et bien, d'autres boîtes noires.

Ils doivent être des livres de feu, ces manuels, pour espérer échapper à la meule du nivellement et de l'évidemment ! Le monde de la communication électronique asservi par la dominion, peut, encore, être un vecteur d'escapade hors de ses sentiers battus ou non, hors de sa conformité et de son anti-conformisme. Le e-manuel comme Emmanuel, comme tison, de l'incendie de la glorification.

http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/07/07/5e4...

mercredi, 16 septembre 2009

Ce grand cadavre qui inverse

Rappelons brièvement la caratéristique principal de ce "blog-qui-n'en-est-pas-un". Interface (qui à dit inter-farce ?) externe d'un processus de construction-déconstruction intérieure spirituelle et existentielle. Toutes les notes puvbliées ici même, quand bien même elles apparaissent dans la catégorie "Aphorismes", peuvent êtres modifiées, corrigées à des dates postérieures (très postérieures) à leur première publication "visible", tout est support de pensée et de verbe, à priori comme à posteriori ...

Ainsi ce qui suit sera suivi ... ceci n'est que le prolégomène d'un vaste articulet qui me dévore depuis plusieurs mois et qui s'auto-alimente de façon non-chronologique, sans logique chronologique, les temps et contretemps se répondant de manière diachronique ...

CE GRAND CADAVRE QUI INVERSE :

 "Intérieurement comme extérieurement, rien ne sera plus vie, tout sera construction : à l'être désormais éteint se substituent dans tous les domaines le "vouloir" et le "Moi", comme l'étayage sinistre, mécaniste et rationaliste, d'un cadavre."

Julius EVOLA, Révolte contre le monde moderne.

"Est-ce qu'ils ne sont pas des cadavres ? Est-ce qu'ils ne dorment pas, assis qu'ils sont toute leur vie ?"

Ivan GONTCHAROV, Oblomov

 

Le réalisme « religieux », gnostique, rationaliste de ce monde reste coi devant la réalité déroutante de la Nativité-Résurrection, déroutante car elle oblige à suivre une autre pente que celle « naturelle » du monde déchu, une autre sente, une sente qui n'est pas une descente dans le tunnel que creuse la pensée mondaine, une sente « ascensive » et apophatique, négation anagogique, non chute cataphatique, négatrice non dans sa forme mais dans son essence. En posant ses principes le darwinisme (entre autre) continue en les intensifiant nominalisme et rationalisme qui, à eux tous, poussent toujours plus loin l'enfermement de la matière, de la nature chutée.

Ce monde c'est « la domination du général objectivé » (Berdiaev). La seule insurrection qui vaille c'est celle de la « personne », insurrection non contre telle ou telle option de la gestion de « ce monde », telle ou telle opinion, mais contre la pesanteur générale du péché. Insurrection de la « personne » qui n'est pas l'individu (objectivation par le monde) qui appartient biologiquement et socialement au monde, à la société.

« La personne ne naît pas, elle est créée par Dieu; elle représente pour l'individu naturel une tâche à réaliser. » (Berdiaev)

Saint Paul le disait, la Loi c'est le « ministère de la mort » (diakonia tou thanatou); ce que d'aucuns appellent la « loi naturelle » est liée au péché, à la chute; elle est, en réalité comme le voile (kalymma) qui masque la lumière qui luit sur la face de Moïse. Or, le Christ est « désactivation du voile » (hoti en Christoi katargeitai), en référence, plus explicite ici au voile du Temple ...

 

[...]

mardi, 08 septembre 2009

bloomisme

« Pourquoi Bloom éprouvait-il un sentiment de remords ? Parce que par impatience immature il avait considéré avec irrespect certaines croyances et pratiques. »

J. Joyce, ULYSSE, chapitre Ithaque

mardi, 25 août 2009

Conservatisme sans estomac

 

« Le conservatisme français n'a jamais eu de style. Il n'en a jamais eu parce que c'est un conservatisme bourgeois, un conservatisme de l'estomac. » TIQQUN 2

(et pourtant sans estomac)

lundi, 03 août 2009

Divertissement des castrés

"La littérature est en France l'espace que l'on a souverainement accordé au divertissement des castrés. Elle est la liberté formelle que l'on a concédée à ceux qui ne se font pas au néant de leur liberté réelle."

CI "LInsurrection qui vient; Septième Cercle"

 

mardi, 21 juillet 2009

LA CARTE DU NON-OU : naviguer dans l'indissidence

 

CARTE DU NON-OU.pdfCARTE DU NON-OU.

Chose promise chose ...

Va savoir ...

Ici, c'est-à-dire nulle part, voici le numéro infini-unique de l'INDISSIDENCE !

MERCI, à nos collaborateurs volontier volontaires : Olivier Cappaert et Lancelot Vlad, et involontaires les (anciens) jeunes punks devenus moines du Monastère orthodoxe américain de PLATINA ...

 

 

 

Toutes les notes