vendredi, 02 octobre 2009

L'Empire empire

 101.jpg« Je préfère les Turcs aux Français. Les Français ont inventé le progrès démocratique. » K.N. Leontiev

(Une version un peu différente de ce texte paraîtra dans le prochain numéro de la revue EURASIA.)

L'entrée, ou l'adhésion (chacun choisira son euphémisme préféré), de la Turquie au sein de l'Union Européenne pose, semble-t-il, moult question et interrogation, débat et prise de position. Questions et réponses transversales puisque les adversaires, les antagonistes, appartiennent souvent au même « camp » ... et, en définitive, ils sont tous bel et bien dans le même camp, tous, pour ou contre, car, au final les questions essentielles ne sont que fort peu évoquées. En outre, celles qui le sont, semblent se cogner aux parois de notre bel hexagone et rebondir sans pouvoir trouver de repos. Ce qui paraît vraiment effarant dans ces débats stériles, à une époque où pourtant les « experts » de tous crins font la pluie et le beau temps, c'est que jamais on ne prend réellement le temps de réfléchir avec l'Histoire pour point d'appui. Ou, le fait on, ce n'est que pour jouer le cirque compassionnel. Dans le cas présent la Turquie se limite à n'être que le bourreau de 1915, ou bien un pays musulman mais « laïc », ou encore un danger islamiste ... Sans insister davantage sur le fait qu'en 1915 il s'agissait encore de l'Empire Ottoman, ne pourrait-on aller plus loin ?


Bien sur je grossis le trait (comme à mon habitude j'ek-sagère). Il existe bien quelques spécialistes de la géopolitique qui offre une vision, une analyse plus précise, plus intelligente, plus vaste que les quelques toujours mêmes à qui l'on offre l'antenne, même s'il est vrai, à leur décharge qu'on leur fait là un cadeau empoisonné en la leur offrant pendant deux minutes trente ! Il faut aussi souligner que les autres, les plus fins, les plus perspicaces, sont tout de même contraints, bien souvent, de ne pas sortir du cadre rigide du dirigisme politico-culturel majoritaire. De cette brume ne s'élève que brièvement quelques éclairs réellement brillants.

Alors, quoi ?

Alors ek-sagérons : de nos jours, il n'y a plus d'empires.

Toutefois, tout semble soupirer après l'empire.

Toutefois, nombreux sont ceux qui estiment qu'il est encore justifié de parler d'impérialisme.

On craint, soit celui des Etats-Unis, soit celui, largement fantasmé, qui se reconstruirait autour de la Russie, ou bien encore celui, économique de la Chine, de l'Inde ...

L'Europe et les Etats-Unis font beaucoup pour lutter contre l'idée eurasienne, contre la version russe de l'impérialisme, à la fois politique et économique. En aspirant les Etats de son Est, anciennement soviétiques, l'Europe entend les « soustraire » à l'empreinte et à l'influence russe, qui, selon les critères occidentaux ne serait pas encore la grand démocratie qu'elle devait devenir. Dans le même temps elle entend les attirer dans l'orbe états-uniens en feignant de ne pas voir que ceux-ci ne sont toujours pas la grande démocratie qu'ils prévoyaient d'être !


Ce que j'en vois : Les Etats-Unis, puissance impériale sans structure impériale, impérialisme dirigé vers l'extérieur, structure interne : fédéralisme centralisé, messianisme démocratique, monarchisme inversé vers les structures politiques, dépersonnalisation, objectivation ...

L'Amérique du sud, devra-t-elle mener jusqu'à ses logiques conséquences l'expérience de reprise du socialisme, d'un éthno-socialisme. Bien que celui-ci ait d'ores et déjà intégré le processus de la possibilité d'un totalitarisme « vert » ?

L'Europe, structure culturalo-économique, éclatement politique, individualisme des nations, structures impériales éclatées mais réinvesties et inverties et travesties à de nombreuses reprises, le cadavre de l'Empire romain n'en finit plus de se décomposer, chaque recomposition empoisonnant un peu plus la suivante ou l'inversion qui en résulte. Effondrement de l'Empire austro-hongrois et de la Prusse, chute de leur inversion intensificatrice : le Reich hitlerien; désintégration du pseudo-empire colonial français et de l'empire colonial britannique ... la « mondialisation » comme reprise et coupure invertrice de la néantisation de l'Empire anglo-saxon.


La Russie, maintien faussement formel durant l'ère soviétique de l'Empirie d'inspiration « byzantine » (en réalité romaine orientale), invention et inversion de nouvelles normes structurelles impériales, le pouvoir actuel, après les échecs occidentalistes, hérite de ces nouvelles normes et tente de réintégrer les formes usuelles fantasmé.

Au milieu de ceci, rappelons l'alliance France-Grande-Bretagne-Russie dans le démantèlement de l'Empire Ottoman. Rappelons aussi que le démantèlement planifié par ces trois « empires » visait moins l'Empire ottoman que la réalité secrète qu'il recouvrait, à savoir, l'Empire Romain !

La Chine, ancien Empire du milieu, théocratie panthéiste invertie en théocratie matérialiste hyper-économique. Constitue une reprise autant qu'une continuité d'un modèle russo-asiate. La Chine, impérialisme éco-communiste s'étend à l'Afrique politiquement et économiquement, et soutient en Corée du Nord la violence étatique qu'elle ne peut plus assumer elle-même ...

L'Afrique, colonialisme, communisme, capitalisme, islamisme par réactions et interactions, sous couvert d'éducation, de profit ou de libération, ont exacerbés les éclatements tribaux, les structures nationales-étatiques sont chimériques et dirigés vers des buts exogènes. L'axe d'évangélisation Alexandrie – Akksoum (soit l'extension envisageable de l'Empire Romain en Afrique) s'est vue nié et annihilé par le colonialisme religieux, conséquences d'un schisme euro-européen ...

Moyen-Orient, Orient, divisé, sur-divisé, tout comme le continent africain mais sans être un continent, continuité en rupture de l'Occident (comme les pays de l'Est européen), intrusion de l'Orient en Europe par imposition de l'Occident en Orient. Le processus de mélange et de lénification n'est pas encore à terme, la guerre et le combat ont encore trop de significations, trop d'implications vitales, le processus d'intégration au pacifisme général larvé ne fera d'avancées signifiantes que par la diffusion nihilisante de certaines données gnosticistes islamiques dans le libéralisme dépolitisant mondial et inversement. Ce qui est la Terre sainte de l'Orient ET de l'Occident, c'est-à-dire le germe spirituel et politique du seul Empire authentique est contraint par les pires divisions qui sont celles, hautement révélatrices, de l'Europe, elle même division et falsification « occidentale » de l'Empire. (Aujourd'hui les vecteurs de division au sein de la société israélienne sont les éthiopiens, les russes et les arabes ...)


Il n'y a plus d'empires, mais demeure, apparemment la volonté unifiante de l'impérialisme sous forme de, nous dit-on, mondialisation !

Qu'est-ce que la mondialisation ?

La planification de l'unification économico-sociale et culturelle du monde ? N'y eut-il pas depuis toujours « un seul monde » ?

Un seul mais divisé ! Un monde, mais multi-polaire ?

Or, la mondialisation serait la dépolarisation unificatrice du monde multiple ...

D'un point de vue culturel et communicationnel l'unification semble quasi opérationnelle. Toutefois, obéissant encore, malgré tout, à un vieux principe, rien de mieux pour une opérationnalité optimum que de laisser croire que la division est encore « de ce monde ».

Dans ce cas, nous ne sommes pas en face d'une mondialisation mais d'une monadisation !

Les empires anciens avaient, chacun, des visées « personnelles », individualisées, propres, bâties au long des siècles, parfois inverties, contrefaites par les coups, les apparents « hasards » de l'histoire mais, néanmoins, inassimilables les unes par rapports aux autres et leurs concurrences éventuelles, et bien réelles, relevaient en fait de ces écarts, de ces différences et divergences d'intérêts et de « buts » quand bien même le prix de la concurrence était un seul et même territoire.

L'empirie politique actuelle, sous différents masques-simulacres, avance, faussement divisée, faussement antagonique, mais unimement soumise à l'économie-consomma-dévoratrice !

Agamben à raison lorsqu'il écrit que la politique contemporaine « c'est cette expérience dévastatrice qui désarticule et vide de leurs sens institutions et croyances, idéologies et religions, identités et communautés partout sur la planète, pour les reproposer aussitôt sous une forme frappée de nullité. »

L'intégration de la Turquie, au-delà, des jeux de stériles convictions et d'explication-exploitation contemporaine, c'est la perpétuation de la stratégie de l'Europe-des-nations contre l'Empire, c'est la contre-effectuation de l'Empire authentique.


L'intégration de la Turquie à l'Union européenne, ce n'est, sur un plan métahistorique, que l'inversion de la désintégration finale de l'authentique Empire Romain d'Orient et d'Occident, la reprise invertrice du mensonge de Charlemagne; que ce plan soit, aujourd'hui soutenu par les Etats-Unis ne doit pas nous surprendre, puisque l'idée même d'un Occident « indépendant » à été transféré depuis l'illusion « europe » à la puissance états-uniennes.

Sous l'égide des E.-U. Se reconstitue donc, en puissance invertie, l'Empire Romain. Le vieux rêve carolingien, ou presque, se réalise (l'union pour la méditerranée initiée par la France pourrait en être une extension vers l'Afrique du Nord ...).

Car : « de quoi l'Europe est-elle le nom » ?

L'actuelle « union européenne » est une création arbitraire, non l'expression d'une volonté politique, mais la mise en oeuvre de la domination de l'économisme sur sa « servante » politique. L'actuelle construction européenne est une « machine » dont le centre est vide. Ce centre vide permet toutes les opérations de divisions et de retournement. Le terme Occident, n'avait de valeur réelle, non illusoire, que dans la mesure ou « en face » de lui se tenait l'autre terme, l'Orient, et ces deux-là n'avaient de valeur authentique qu'en tant que deux parts d'un même Empire. L'Empire Romain d'Orient, une fois occulté, d'abord sous la fausse dénomination d'Imperium Grecorum, puis d'Empire Byzantin, puis ruiné sous l'occupation Ottomane (préparée par les « croisades ») et enfin, totalement et durablement enfoui sous le mensonge et la division par le démantèlement de l'Empire Ottoman, la création d'un Etat « Grec » et la balkanisation. Le choc en retour pour les puissances responsables qui avaient fantasmé un « empire » pour chacun ce fut la réactivation néguentropique du séculaire semi-empire germanique (Reich) et l'activation du communisme comme réalisation séculière du paradis terrestre-âge d'or dont la conséquence sera le marchandage de la dissolution des « empires coloniaux » qui allait faire de l'Europe-idéalisée-inféodée un non-empire du milieu, espace vide de lutte pour les deux néo-pseudo-empire qui se faisait alors face ...


Le nom de l'Europe est : vide, zone tampon impolitique !

Le projet fut originairement inspiré, trop selon certains, par l'esprit chrétien. Ce fut par l'esprit chrétien du temps. L'hymne européen en est une utile démonstration, et son drapeau en est le corolaire, rappel, tant des Apôtres autour de la Theotokos que des douze tribus d'Israël. L'esprit est chiliaste, millénariste, c'est l'espérance, non en la Parousie, en la transfiguration, mais bien en une ère de prospérité matérielle et de pacifique béatitude ici-bas. Quelques uns ont cru devoir se battre pour ou contre la reconnaissance des « sources chrétiennes » de l'Europe, certains en ont inférer que, pour cette raison, la Turquie ne saurait « entrer » dans l'union. Cette entrée serait en définitive une double trahison, nouvelle trahison de l'authentique Empire Romain à jamais néantisé dans le projet de ceux qui le déteste, nouvelle trahison des « sources chrétiennes », non reconnues et pour cause puisque les reconnaître pour ce qu'elles sont reviendrait à admettre que l'Union est l'héritière des manipulations historiques carolingiennes, le premier révisionnisme historique, ce qui, en outre ne fait pas très sérieux quand on se propose de « racheter » le Reich par l'Union en y intégrant le messianisme sioniste en faisant de l'Europe, de Copenhague à Jérusalem, ... la terre promise du pire utopisme humain, l'Age d'Or planétaire, ce que Léontiev prophétisait sous le nom de panvulgarité terrestre radicale.

BIBLIOGRAPHIE :

John S. Romanides : www.romanity.org

Raymond Abellio, Assomption de l'Europe.





 

mardi, 15 septembre 2009

L'Empire, empire ... ou pas !

"Si un empire n'est pas sacré, il n'est pas un Empire, mais quelque chose comme un cancer dans l'ensemble des fonctions distinctes d'un organisme vivant." Julius Evola

byzance.jpg
Les invasions barbares mirent fin à l’Empire romain, du moins en Occident. L’Empire d’Orient, appelé plus tard byzantin, continua à porter le rêve pendant un millénaire. Justinien entreprit même, au VIe siècle, une gigantesque expédition punitive pour arracher les territoires de l’ex-Empire d’Occident des mains des Germains.

Si les États-Unis ont souvent été comparés à Carthage, ce qui tient plus de la trouvaille sloganique que d’un rapport quelconque entre les deux entités, l’Europe actuelle a bien son Empire byzantin, un pays gigantesque, construit lui aussi sur des bases impériales, orthodoxes, messianiques, passé maître dans l’art de la manœuvre politique. Ce pays, que la religion et l’alphabet cyrillique ont tenu à l’écart, au moins depuis le schisme de 1054, des révolutions intellectuelles, spirituelles et politiques que connurent les Européens convertis au catholicisme puis à la Réforme (qui, comme l’a montré A.S. Khomakiov, n’est qu’une réforme interne au catholicisme, réforme dont la poussée s’arrêta aux portes de l’Europe orthodoxe comme devant un mur de béton) est la dernière pièce du puzzle qui permet une analogie quasiment mystique entre le Ve et XXIe siècle.

La Russie, puisqu’il s’agit d’elle, et malgré toutes ses faiblesses : démographie catastrophique, absence de tissu industriel, présence de plus en plus massive de musulmans russes et d’Asie centrale, a décidé de continuer à perpétuer le rêve impérial. Par là même, elle redevient un acteur quand l’Europe de l’Ouest n’est plus qu’un enjeu, situation recréant donc la dichotomie de l’Antiquité tardive. Dans cette optique, les États-Unis endosseraient plutôt le rôle de l’Empire perse sassanide.

Pour la seconde fois, l’Empire d’Occident, qui avait disparu une première fois sous sa forme étatique mais s’était reconstitué, sous une forme civilisationnelle, par le truchement de l’Église catholique romaine, est donc en train de s’écrouler.


André Waroch, Europa Maxima


En effet, « l'empire d'Occident » s'écroule, disons plutôt qu'il fond, lentement mais surement et qu'à mesure qu'il fond il creuse dans le même temps une fosse profonde ...

Toutefois, de quel empire parlons-nous ? Celui, « civilisationnel », d'Occident en fut-il un ou bien ne fut-il pas, n'est-il pas, selon le mot de Julius Evola, une sorte de cancer, n'étant plus « sacré » ?

Et le fut-il jamais, construit qu'il était sur une usurpation et un mensonge ? Usurpation et mensonge qui fonde le socle du fantasme moderne qui a pour « domus Europa », Europe, quelque soient les appelations qui précèdent ou suivent ce nom ...

Tout d'abord il faudra bien accepter que le mot et l'idée « d'empire byzantin » est un piège, un camouflage, quelque chose qui n'a jamais existé, terme de stratégie politique visant à néantiser une réalité, à en bâtir une autre et à donner à celle-ci toute la réalité possible en réécrivant l'histoire. Ce terme stratégique, de formation récente, à pris le pas sur celui, généré par Charlemagne et son « think tank » ..., d'empire grec.

Et la réécriture se poursuit dans un mouvement qui, quoi que se définissant en opposition au modèle en place, n'en est, finalement, qu'un rameau, une option, une « alter-native » ...

Toni Negri en jette les bases, moins en détournant le mot « empire » qu'en le renvoyant à une acception négative toujours déjà là (une option alternative) :

« Comment définir l’empire ? C’est la forme politique du marché mondial, c’est-à-dire l’ensemble des armes et des moyens de coercition qui le défendent, des instruments de régulation monétaire, financière et commerciale, et enfin, au sein d’une société mondiale biopolitique, l’ensemble des instruments de circulation, de communication et de langages. » Toni Negri, Exil.
Inversion, donc. Le politique se fait ancillaire. L'économisme, globalisant est dominateur, asservit exclusivement tous les moyens à sa finalité. Quel rapport avec l'Empire ? Les moyens, certes. Mais, largement dévalués et investis de valeurs « autres ». Ainsi, l'alternative se prend elle-même au piège de sa source. Le mot ne définit pas la réalité ontologique et, bien qu'armé négativement il affaiblit considérablement la charge, révélant ainsi la collusion. Une voie dénonce l'autre, logique imparable de l'affrontement dans un accord tacite, le « quelque chose comme un cancer » se répand dans toutes les perspectives, fussent-elles persuadées elles-même d'être réellement antagonistes. L'Empire reste extérieur à ce dialogue pathologique armé.

Tout comme il reste, en réalité, extérieur, aux différentes conceptions qui s'affrontent autour de son nom et de son histoire, autour des réalités qui lui sont appliquées diversement.

« La différence de longitude et de latitude entre Rome et Moscou présente ainsi une importance symbolique considérable : elle est le ressort perpétuel du monde. » Raymond Abellio, L'Assomption de l'Europe.

Dans La Pensée captive, essai sur les logocraties populaires, Czeslaw Milosz, utilise le terme "Empire", pour désigner l'Union des Républiques socialistes soviétiques ... La définition de T. Négri pourrait-elle s'appliquer dans ce cas ? Pas dans les mêmes termes, cependant il ne faudrait pas y changer grand chose pour voir les deux formules se correspondrent ...

mardi, 11 août 2009

L'Empire, en pire ...

 « Une intelligence séparée est toujours une intelligence de refus. » Abellio

LEGITIMITE TOTALITAIRE DU DEMOCRATISME

Tous les régimes démocratiques modernes ont, depuis leurs origines, porté, voluptueusement, en leurs seins, les plus terribles potentialités totalitaires. Leur essentialisme unificateur en est l'une des sources. En outre, les régimes totalitaires développés, de droite comme de gauche, n'ont jamais réellement tranchés les liens qui les rattachent à leurs origines. Toujours, d'une façon ou d'une autre, selon des processus variés et des procédés divers, toujours, ils sont eu besoin de s'appuyer sur la masse, la majorité, l'unanimisme, même manipulé, résigné, silencieux et incapable de tout sursaut salutaire.

Depuis quelques temps déjà l'actualité n'est plus qu'un ballet rapide et agité de pleureuses, de spécialistes experts en expertises du « je dis ça je ne dis rien ». Il faut qu'il y ait du scandale, mais ...

Et voilà qu'au cours de l'un de ces innombrables séminaires pour « grand de ce monde » qui, « si, si on le jure » vont, en l'espace de deux journées de discours et d'un rapport que personne ne lira, pas même ceux qui l'auront rédigé, changer le monde et les hommes; et voilà donc que le président-élu iranien y va de son long discours, discours que tout le monde attendait, celui que tout un chacun savait qu'il ferait, espérait qu'il ferait, celui que toutes les pleureuses patentés attendaient afin de pouvoir, enfin, agiter leurs très pures et virginales mains, leurs têtes très intelligentes et morales et leurs coeurs si bons et généreux pour faire « non, non, non », indignés ! Pouvoir enfin se signaler à tous et à chacun dans un courageux, bien qu'unanime, élan, se lever et quitter, en signe de protestations la salle où se commet l'ignominie.

Ce bel exercice de manoeuvre stratégiquement droit de l'hommesque, qu'on ne saurait, sans être odieusement méchant, taxer de « retraite », permets, en outre, un plaisir supplémentaire aux commentateurs qui le plus gentiment du monde se hâtent de souligner que les représentants du Vatican, eux, sont restés assis ! Ainsi, ceux qui se bouchent les oreilles, et cassent celles des autres, en battant bruyamment en retraite pour le bien général sont courageux, et ceux qui demeurent sur leurs positions afin d'entendre les arguments et, éventuellement, les combattre réellement sont d'affreux collaborateurs, des pleutres et des antisémites (ce que tout le monde, enfin le monde réellement civilisé, sait depuis longtemps, bien sûr !).

Bref, quelques commentateurs, auront tout de même, suite à cette manifestation aussi bruyante qu'intutile, le bon goût de signaler aux occidentaux, civilisés donc, que le cirque logorrhéique du sieur Ahmadinejad devant les instances antiracistes européennes, relevait, en réalité, d'un autre cirque, électoral, celui-là même dont en ce moment se déroulent les navrantes conséquences en Iran.

Par contre, aucuns de ceux-là n'ira jusqu'à pousser l'analyse à son terme en mettant, par exemple, en lumière le fait que les « élections démocratiques » s'accommodent fort bien des discours jugés ici intolérants et intolérables, aucun ne signalera que, bien évidemment, l'opinion de la foule, des masses électives, peut fort bien être violent, aucun non plus pour affirmer qu'il y a quelque chose de monstrueux, lorsque l'ON a que le mot de tolérance à la bouche, de refuser qu'un peuple puisse, légitimement, en son âme et conscience, ne pas être d'accord, ne pas accepter la haute idée de l'Homme-Atome. Personne pour affirmer que la raison d'être de ce discours haineux ce n'est rien d'autre, que, précisément, ces élections, qui demeurent, pour nos aguerris commentateurs l'acmé de la civilisation et la seule possibilité d'une liberté réelle. Ainsi, bien évidemment, ne vont-ils pas se tirer une balle dans le pieds en avouant que les élections, quelle qu'elles soient, sont très exactement ce quelles sont, une porte ouverte sur tout le pire ! Alors ? Alors ON camouflera tout cela en renversant tout du côté du dualisme racisme / antiracisme ! Même si ils votent les racistes sont de faux démocrates, c'est-à-dire de faux électeurs ! Leurs voix ne comptent pas, et si la majorité opte pour ce vilain défaut et bien, pour le coup, ce sera la minorité qui aura raison parce que le seul homme-électeur qui vaille c'est celui qui est d'accord avec nous.

 

IMPERIALISME CONTESTATAIRE et MACHINE ANTIFASCISTE

En marge (comme ON dit) de ce sommet très officiel, se déroulèrent des manifestations. Manifestations qui, pour une fois, manifestèrent non pas contre mais avec ! Remarquons au passage le coquasse de la situation : les mêmes anarco-altermondialistes qui manifestent contre le G8 ou le G20, manifestent ici leur soutien à la même cause antiraciste. Et ce n'est, bel et bien, que l'antifascisme pathologique et cultuel des anarchistes et de certains socialistes qui donne aujourd'hui une réalité au fascisme, plus exactement à l'artefact fantasmé que l'ON a baptisé ainsi, et qui s'avère très utile puisque cette non-réalité peut-être brandie comme argument et contre-argument par toutes les parties « opposées ».

L'antifascisme en tant que doctrine politique mobilisatrice est une créature stalinienne. L'antiracisme n'en est, originellement, qu'une fraction. Toutefois, suivant la logique politique du monde la fraction a débordé l'ensemble, c'est l'antiracisme qui a diffusé ces miasmes idéologiques le plus surement, le plus complètement.

Historiquement et concrètement, nous pourrions croire qu'antifascisme et anticommunisme de faisaient face et se combattaient dans l'arène du monde. Mais, ce fut loin d'être le cas, en tout état de cause pas dans ces termes, tant que le fascisme et le national-socialisme furent de ce monde. Ce n'est qu'après leur effacement en tant que forces et puissances réelles des enjeux mondiaux que l'antifascisme politique pris son essor véritable et que purent être fondues ensembles toutes les pensées non-conformes sous le terme « fascisme ».

 

« Le fascisme théorique a été écrasé en Europe mais la politique et l'économie mondiales sont sorties facsisées de cet écrasement. » Voici ce que Raymond Abellio pouvait écrire, encore, en 1978 dans la seconde édition de L'Assomption de l'Europe. Depuis lors, nous pourrions reprendre les mêmes termes concernant le communisme mais idéologiquement. La politique et l'économie furent fascisées et cette transformation eut lieu sous le bouclier, utile et efficace de l'antifascisme ...

Soulignons encore ceci, pour, en fait, rentrer dans le vif du sujet, soulignons donc le glissement sémantique opéré par les opposants officiels et patentés à la mondialisation, glissement déjà pointé de la plume avec pertinence par M.G Dantec dans American Black Box. Donc, les ennemis de la mondialisation sont passés de l'anti-mondialisme à l'alter-mondialisme. Car, finalement, ON peut parfaitement demeurer antisémite, antisioniste et surtout antiraciste ou anticapitaliste mais, voyez-vous, non pas anti-mondialisation puisque celle ci peut-être rédimée, modifiée, rachetée, rendue « bonne ».

Tout « anti » refuse l'altérité, la possibilité même de l'existence d'une singularité séparée.

Voilà pourquoi les deux tendances se retrouvent, semblant mener bataille, dans le champs clos de la mondialisation.

Elle est un système « orientée », il suffit donc de changer son orientation ... Un bord nous le dit, elle est actuellement américano-sioniste donc raciste, capitaliste et belliqueuse ... et bien faisons la « à notre image », elle sera internationaliste, socialiste et pacifique, solidaire, écologique et antiraciste (si ON y trouve encore des racistes, mais si ON n'en trouve pas, ON en fabriquera des nouveaux ...). Avant toute chose la mondialisation planétarisée est un programme anti-christique, une phase du processus de division infinie, phase de division-indivise dans laquelle plus l'affrontement semble critique, plus il semble reposer sur des options irréconciliables et plus il intensifie le statu quo désintégrant.

ON nous a donc posé, lors de cet événement, un beau programme de division-indivise. On invite, lors d'un colloque devant mener à la résolution planétaire du vilain racisme, un monsieur dont ON sait pertinemment qu'il va se fendre d'une diatribe antisémite. Antisémite oui, mais antiraciste aussi ! Et puis nous avons, ou plutôt ON nous donne nos aguerris commentatueurs pour nous rassurer : ce n'est pas grave puisque cela fait partie du « jeu électoral » essentiel dans le processus démocratiques, ce n'est que pour galvaniser la foule élective ...

 

IMPERIALISME DEMOCRATIQUE ET ANTISEMITISME POLITICO-MYSTIQUE

 

« Ah, donc ON peut être antisémite ET antiraciste ?

 

Bien sûr, puisqu'en fait, en réalité les races n'existent pas !

 

Ah oui ...

 

Oui, et puis, si vous produisez, rationnellement, attention hein, rationnellement, faut pas faire dans les salmigondis mystico-curé hein, attention ! Donc, vous posez, avec rationalité, que les sémites sont racistes et là vous pouvez être légitimement les deux ... bé oui ! En plus, ON vous le dit les races ça existe pas, donc, ben « sémites » c'est, comment dire, une commodité langagière. »

Et tout le monde est content, dedans les professionnels de la démocratie-protestative s'en vont pleins de la satisfaction du devoir-de-donneur-de-leçon accompli, dehors les anars peuvent, avec l'assentiment de leurs frères-ennemis-double libéraux, manifester contre les vilains « fascistes » et le racisme qu'est pas « bô », les commentateurs rayonnent de la joie que leur procure leur occupation préféré, « ajouter du creux dans du vide », les plus téméraires n'oseront aller au bout de leur tout-début de petit morceaux d'analyse, ils se rattraperont donc en flétrissant les catholiques qui sont restés là (« Eux, oui, eux ON peut dire, IL FAUT dire qu'ils sont antisémites »), cadeau-bonus de ceux qui détestent toutes les religions mais qui ont trop peur des limites qu'ON c'est fixées.

Ainsi, l'alibi à l'antisémitisme sera-t-il, d'une part la campagne électorale, d'autre part l'antiracisme. Dire que cette détestation de la nation juive, que la haine de l'adversaire (l'anti-américanisme se défend dans les mêmes termes) en tant que race ou peuple proviennent du fond même de l'islam tel que professé par le président-élu et les siens se serait faire le lit de l'islamophobie ... (terme à connotation rationnellement médico-psychique, notons le).

Et pourtant, en allant au bout de l'idée de l'islam en tant que « sceau » et accomplissement des « religions du livre », les deux précédentes ne peuvent subsister, doivent se fondre au coeur de l'unique religion de l'unique ... et cette insistance sur l'unité, qui rejoint si bien le fond de la grande cause révolutionnaire, aujourd'hui écologique (même drapeau vert, soulignons, juste en passant) ne peut vouloir que le même, non pas l'autre.

Cette terminologie trompeuse de « religions du livre » provient d'ailleurs de l'appellation coranique « gens du Livre », ceux qui peuvent être « tolérés » dans le territoire du Dar al-islam. (Cette notion juridique de tolérance aura de beaux jours devant elle). Car, en définitive, l'approche faites de « ce » Livre est singulièrement différente et révèle de nombreux éléments instructifs. En s'exprimant ainsi l'islam repousse le christianisme vers le judaïsme, puisque pour les chrétiens, qui ont infondus ensemble quoique qu'avec des notions différenciées, l'Ancien et le Nouveau Testament (l'Ancien étant toujours lu à la lumière du Nouveau ...) ce n'est pas le « livre » qui importe tant, il n'est pas sacré en tant que tel, il n'est pas « incarnation » de la Parole divine, c'est le Christ qui l'est, ce que, bien évidemment l'islam ne peut accepter. Ainsi, juifs et chrétiens, solidairement, ont trahis le rapport au Livre et à la Loi, rapport que le Coran, seul « Livre authentique » restaure; l'ancien ordre, l'ancienne loi divine quand la voie chrétienne est intériorisation et dépassement (transfiguration) de la Loi.

L'islam a reçu et intégré de nombreuse données essentielles de la mystique juive, en particulier en Iran, espace spirituel duquel, avant son islamisation, la mystique juive a, elle aussi, reçu plusieurs dons. Néanmoins, depuis l'origine, la communauté musulmane s'est considérée comme une reprise et une régénérescence spirituelle autant que politique d'Israël, et fidèle en cela à sa vision propre Israël doit se convertir ou disparaître, et les chrétiens, juifs hétérodoxes, y sont inclus ...

Que les chrétiens aient agi de même ... en quelque sorte mais assez différemment. L'Église, nouvelle Israël est aussi une nouvelle Arche, baptiser les nations est une mission mais le jugement contre celles qui se refusent au baptême est laissé entre les mains de Dieu. Ceci est, du moins, la parole de l'Evangile, l'ordre du Christ qui ne demande nullement aux Apôtres de tuer ou d'éliminer les récalcitrants car il ne s'agit pas tant d'une loi que d'une nouvelle liberté spirituelle. Toute choses qui changent avec l'avènement de l'Empire chrétien... alors c'est Rome qui se christianise, l'ancien oppresseur du peuple élu reçoit quelque chose d'Israël, l'ancien oppresseur des chrétiens (l'antéchrist) reçoit quelque chose du Christ, les enfants de Jacob sont dispersés parmi les terres des anciens « accusateur d'Israël » ... Ils persistent et deviennent ainsi les témoins du temps d'avant le Christ-Messie, témoignages vivants de l'Ancienne Alliance qui sera conservée jusqu'au second et glorieux avènement.

 

REFRACTIONS D'EMPIRE

L'Iran, ombre imaginale de l'Empire Perse, condense et définit parfaitement cette volonté souterraine d'une empirie qui oppose et divise faussement. A la volonté impérialiste américaine ON a opposé une volonté révolutionnaire (faussement populaire, comme pour toute révolution) qui unissait, contre le monarchisme, structures républicaines et légitimité religieuse. Dès lors ce n'était plus une révolution au sens occidental d'une marche en avant vers le progrès des « droits humains », mais au coeur de la tradition islamique une authentique révolution traditionnelle puisque faisant retour à l'ordre « légitime » qui place le pouvoir temporel sous la tutelle de l'autorité spirituelle. Vivante alliance, donc, de l'Europe révolutionnaire (en 1789, Desmoulins avant la prise de la Bastille, plaçait ce combat sous le signe d'une cocarde verte ...) et de la révolution islamique, même visée destinale : l'âge d'or planétaire. L'islam conquérant change de tactique et doit se réinstaurer dans ses foyers antiques avant de poursuivre son mouvement de conquête. Certains, ont voulu croire, ils furent bien utiles, que l'islam luttait spirituellement contre le monde moderne pour sauvegarder sa tradition, il s'avère qu'il se fond, sans se dissoudre, dans ce monde et sait en utiliser les puissances et contre-puissance (l'anti-modernisme étant, par essence, une forme de la modernité). Concurrent perpétuel de l'Empire romain d'Orient, non capitaliste mais économiquement libérale, l'Empire Perse de notre aujourd'hui à pris pour cible les Etats-Unis d'Amérique, capitaliste et économiquement libérale, le nommant le Grand Satan (i.e le Grand diviseur), parce qu'il lui fallait bien pour légitimer son combat un ennemi à sa taille, l'Europe ne pouvant plus l'être tant celle-ci avait, en partie, intégré son combat, ce que les actuels délires, confinant à une attaque stratégique mnésique en règle, selon lesquels sans l'arabo-islamisme l'occident serait totalement inculte en sont un signe éloquent. En partie car voilà bien longtemps que « l'Europe » s'est divisée et dédoublée et ne sais plus si elle doit être l'occident ou bien l'Europe, force politique nécessairement impérialiste (à défaut d'être impériale) ou vaste marché démocratico-économique démarchant le monde pour acheter des objets qu'elle ne peut plus fabriquer et vendre des idées, des droits, des idéologies qui reviendront toujours l'annihiler davantage.

 

JONCTIONS-DISJONCTIONS

 

Le parallèle pourrait être séduisant à poursuivre entre les états arabo-musulmans et les Etats-Unis, mais la problématique est un peu différente. En effet, il s'agit, en définitive entre ces deux pôles d'une guerre, ou plus exactement d'une guérilla messianique. L'affrontement de deux messianismes, apparemment contradictoires et nécessairement conflictuels. Plus en profondeur c'est un peu plus complexe.

[...]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi, 02 juin 2009

Le logos n'est pas scientologue

 

Une délicate odeur de souffre a accompagné l'annonce de la réalisation du film « Opération Valkyrie » mais elle semble s'être quelque peu évanouie depuis sa sortie.

Cette odeur avait essentiellement pour origine l'interprétation par Tom Cruise, porte parole célébrissisme de l'église de scientologie, du rôle du comte Claus Philipp Maria Von Schtauffenberg.

Malgré le haut degré de manipulation de nos actuelles sociétés, certaines grosses ficelles ont un peu de mal à passer inaperçue. Ainsi, que l'acteur américain en « perte de vitesse » ces derniers temps s'essaie à redorer son blason en interprétant une figure symbolique de premier plan ne devait duper personne. Il se pourrait néanmoins, qu'en nos temps de relativisme et de libre pensée fluide, le succès d'un film au sujet historique, parvienne, non à faire oublier, mais à camoufler un peu le sordide d'une pensée vilipendée par la bien-pensance.

D'ores et déjà les critiques se sont focalisées sur le fait, perçu comme un manipulation grossière, que le scientologue le plus célèbre du monde tente de se racheter auprès du public en jouant un « héros positif », et quel héros puisque celui-ci aurait pu débarrasser ce même monde du plus effroyable tyran qu'il ait eu à connaître. Bien, mais les « héros positifs » n'est-ce pas le fonds de commerce de l'acteur depuis toujours ? Personnellement, ce qui me choquera toujours c'est que l'on pense à faire un spectacle rentable d'un fait d'arme aussi héroïque ...

Le principal est ailleurs, la manipulation aussi. Quelques uns auront, fort à propos, noté que la foi chrétienne, moteur essentiel de la volonté des conspirateurs, n'est que fort peu évoquée dans le film. Voilà bien, à mon sens, où se loge la principale et réelle manipulation de cette entreprise.

Le moteur de l'action, si je puis dire, pour le comte Von Schtauffenberg, fut la foi. Voilà ce qui fait défaut à la scientologie. Où plutôt, voilà ce que singe cette pseudo science pseudo religieuse. Ce qui lui manque elle essaie, non pas de la chaparder chez les autres mais plus exactement de le creuser négativement. On escamote tranquillement la foi du héros et dans la fiction on remplace sa personne par un « masque ». Mais pas par un masque « neutre », non pas ! Par un masque qui ronge l'essence, la substantifique moelle du héros réel. Et que signifie-t-on par ce « jeu » ? Et bien que, c'est l'évidence même, un athée ou même un scientologue aurait pu tout aussi bien jouer ce rôle dans la réalité. Bien sûr, c'est statuer l'évidence, d'accord ! Et quel scandale trouver là dedans ? Et bien, chers amis, tout simplement celui que précisément, si Von Schtauffenberg n'avait pas été chrétien il n'aurait pas jouer ce rôle dans la réalité. Le centre de ce film c'est lui, alors comment et pourquoi dénier la réalité qui fut la sienne ?

Les scientologues sont pragmatiques, ils sont modernistes, ils sont réalistes, oui mais comme tout les modernistes il savent tordre la réalité dans le sens qui est le leur, c'est d'ailleurs la base de leur idéologie. C'est l'essence même de leur gnosticisme technologique.

La scientologie se tiendrait bien proche du bouddhisme (ce n'est pas nous qui le disons), le bouddhisme, donc, religion « sans dieux » (ce n'est pas nous qui le disons) qui plait tant aux modernes. Et pourquoi leur plait-elle tant ? Simplement ils s'y retrouvent, ils y cherchent, tout comme dans la science contemporaine, une fuite devant la souffrance, une cessation, une annihilation des souffrances. Je n'ai pas mené de recherches sérieuses la-dessus mais je ne serais pas du tout surpris que l'église de scientologie soutienne mordicus l'idéologie des droits de l'homme prend sa source dans cette même volonté. La scientologie, ou plus exactement la dianétique est une technique, au sens moderne du terme, elle est une excroissance tout à fait logique et normal de l'idéologie de ce monde. Dawkins, Onfray, Tort et cie auront beau faire ils ne chasseront cet impérieux besoin spirituel de l'homme, à moins de le remodeler tendance génético-biologique ou façon philo-cyborg. Et le spirituel, qu'ils ne veulent absolument pas admettre, est une réalité, une énergie quasi neutre qui peut, donc, se charger négativement, de ténèbres, ou positivement, de lumière. Mais, le spirituel, étant, par nature, paradoxal, il peut s'avérer nécessaire de passer par l'un avant d'atteindre l'autre, ou plus exactement l'un et l'autre sont essentiels et fondamentaux.

La scientologie aussi pernicieuse et négative soit-elle est consubstantiel à la modernité, elle révèle, nouveau gnosticisme, la nécessaire et légitime liberté d'une spiritualité orthodoxe. Les gardiens de l'avant-garde moderniste la voue aux gémonies car elle leur tend un miroir, non pas déformant mais, au contraire bien trop réaliste des conséquences extrêmes de leur idéologie. Voilà pourquoi, tout en jetant l'anathème sur T. Cruise, ils ne s'offusqueront pas de la corruption de la figure historique et héroïque du comte Von Schtauffenberg.

En outre, pour la majorité d'entre eux, qu'un catholique fervent ait pu vouloir mettre fin à l'infamie nationale-socialiste ça ne peut être un fait à mettre en avant. Voilà qui briserait le miroir dont, cette fois ils ont besoin et qu'ils tendent si volontiers aux catholiques. Qu'ils tendent en les accusant d'un antisémitisme essentiel et fondateur, ce qui leur permets de cacher le leur, et toutes leurs autres haines, derrière.

Monsieur Cruise au nom de son idéologie de « technicien des âmes » essaie de broyer le visage historique de l'un des « amants du Nom du Logos », et un certain Williamson, ajoute un crachat à la Face Souffrante mais Transfigurée du Logos crucifié, applaudi, sous cape, et poussé, en sous main par la haine modernistes des modernes ...

Non, vraiment, le Logos n'est pas scientologue (sic), non vraiment le Logos n'est pas intégriste, mais il demande à nous être intégré...

VIENS ET FAIT TA DEMEURE EN NOUS !

 

e-apostasie

Vu, hier, une affiche proclamant : « Benoit XVI : sponsor officiel du SIDA. Protégez-vous, débaptisez-vous. » Propagande qui émane d'un site au nom charmant en forme de programme : www.apostasie.org.

Tout d'abord, signalons le courage étymologique, des faiseurs d'affiches. En effet, pas sur me suis-je dit que la majorité des liseurs de cette affiche comprennent le mot « apostasie » ! Oui, certes, esprit d'à propos un peu facile et pas très charitable, mais il est vrai que le réalisme est rarement charitable.

Puis une fois encore je me dis : « je pense à vous amilaïciens. A qui vous adressez-vous donc ? Qu'est-ce qui réellement, profondément, vous anime et dirige en vous cette haine, cet appétit de vengeance et de destruction ? »

Et ça, c'est plus charitable. Mais, voilà, le réalisme me reprend et là je me dis :

« Bien sur, pour vous, le baptême n'est qu'un acte comme un autre, un acte qui ne modifie rien de l'être humain. Il suffit donc d'un lettre, d'un papier timbré, d'une pétition pour se « désengager ».

Fort bien, puisque telle est votre croyance, votre foi, à vous, fort bien ! Je vais même écrire que, sur un point je suis d'accord avec vous, vous voyez ! Oui, en effet, le baptême, en tant que tel, ne modifie pas l'être humain. Non, modifier l'homme, avec ou sans son consentement, ça c'est le rêve de votre science rationnelle. Le baptême est une invitation, un don, une offre et pas un acte magique. L'héritière de la magie qui veut techniquement contraindre c'est, encore, votre science matérialiste. Le baptême n'est pas un acte législatif c'est la possibilité, non-contractuelle, totalement gratuite, d'une participation à la Vie, à la Vérité...

Celui qui, répondant à votre appel, se « débaptisera », c'est que déjà, il n'a plus la foi, qu'il ne la comprend plus. Mais, celui-la, si, dans quelques temps, il se repent de son geste méprisant, se détourne de vous et revient vers son Père alors, celui-la, vous le haïrez, le mépriserez, le raillerez. Mais, celui-la, fera, plus que tout autre, la joie et le bonheur de son Père, ce fils prodigue Il le pardonnera et l'accueillera car Il ne l'a jamais haï. Ceci dépasse largement le rationalisme désespérément plat de vos appels. Ceci c'est le retournement débordant de vie de tout les fils que vous tissez sur la trame de votre monde illusoire.

En outre, celui qui se débaptisera, ce « dénommera ». Le baptême c'est également le don du Nom, le Nom de baptême est la face apparente du Nom secret de chacun, de ce Nom qui se révèle dans le Nom de Dieu dans lequel nous sommes ensevelis et ressuscités, Père, Fils et Saint Esprit. Votre appel révèle donc, en sus, sa nature profonde, celle de la néantisation négatrice et de l'anonymat de la nature-nécessité !

Pourtant, pourtant, je dirais que, comme toujours, il y a quelque chose de bon dans cette agitation logomachique. Oui, quelque chose de bon en ce qu'elle peut aiguillonner quelques chrétiens, les appeler aussi à se souvenir de leur baptême, à se ressouvenir que nous recevons aujourd'hui le même baptême, dans la même mort et la même Résurrection, que nos ancêtres selon Dieu dans les catacombes, les déserts et autres clandestinités. Ces appels à la haine, ces insultes nous rappellent que vous êtes le monde, du monde et que nous, baptisés, pour sa propre transfiguration, nous ne devons pas en être tout en y étant !

Devrions-nous pour autant vous remercier ? Non, en tout cas pas selon le monde. Car, en plus, selon le monde c'est nous, qui sommes à votre merci. Mais prier pour vous, oui, en nous souvenant aussi qu'en grec, « eucharistie » signifie merci !

mardi, 05 mai 2009

Les anges noirs

« La liberté n'est pas tant un droit à revendiquer qu'un devoir envers Dieu. »

Nicolas Berdiaev

L'Occident aime beaucoup, beaucoup, se faire peur. Il aime jouer et surtout jouer à se faire peur.

black blocks - photo A.SchimdtAFP.jpgLe voilà donc, apparemment, décidé à renouer avec cette excitante frayeur que représente l'anarchisme. Cette jouissante angoisse face à l'indescriptible, face à la violence latente de SA jeunesse. Mais, comme on ne fait du neuf qu'avec du vieux, qu'actuellement il faut a tout crin être le premier à montrer ce qui est tendance, voilà donc qu'on affuble nos actuels anarchistes de vieux oripeaux, ceux qui firent des pirates, des ninja, des tueurs professionnels des ombres mystérieuses que la bonne conscience ne peut que craindre, ces ombres noires synonymes de violence, de colère, de crimes ...

Oui l'Occident aime se faire peur et ce que SES jeunes aiment par dessus tout c'est, précisément, lui faire peur. Et, tant que certaines barrières ne cèdent pas, nous avons là un jeu assez peu dangereux.

Ainsi donc, voilà, braves gens, les nouvelles hordes que vous devez craindre ! Toutes vétues de noir, ne pensant qu'à briser, à ravager, à détruire le vieux monde afin que de ses cendres fumantes naisse, enfin, le monde idéal de justice et d'égalité parfaites de toutes leurs perfections. Les voici les nouveaux barbares, rompus aux exercices de la guérilla urbaines, la voici, plus féroce que jamais la nouvelle internationale des "sans foi ni loi" qui se battent pour le vrai bonheur à venir que tous les citoyens moyens du monde surunifié sont trop bêtes ou trop asservis pour vouloir vraiment, pour seulement le concevoir même !

Bon, finalement, soyons sérieux, les modes passent, les vieilles lubies demeurent ! Les vieilles lubies, les vieux drapeaux restent les mêmes et les fiers anarchistes libérés des carcans de ce vieux monde bourgeois sont eux aussi des "fashions victimes" ... Que voulez vous, mêmes les ardents guerriers ont besoin de souffler un peu et de pouvoir s'offrir quelques menus plaisirs ...

La mode, que son origine soit politique, musicale, purement esthétique ou philosophique n'est en définitive, qu'un épiphénomène du monde des passions. Les moines orthodoxes sont les authentiques anges noirs, libérés de la tyrannie de la mode, ils portent le deuil de ce monde, des passions qui enserrent et encerclent. Deuil joyeux, douloureuse joie d'une vraie libération sous l'aile amoureuse et protectrice de l'amitié divine.

Nos jeunes et noirs anars, de quoi au juste veulent-ils nous libérer ? De quoi se libèrent-ils, eux-mêmes ? Ils veulent la suppression des contraintes, des oppressions du pouvoir. Ils désirent, finalement, libérer l'homme de l'homme. Il s'agit bien d'un désir. Oui, mais voilà quel est le point de départ ? Le réel ? Quel réel, puisque l'anarchisme ne veut pas tant une personne authentique libre que la « chose » liberté, abstraite et froide !

« Ma propre nature ne peut être la source de ma liberté. » Berdiaev

Mais en rejettant Dieu, confondu, assimilé aux maîtres humains oppresseurs et égoïstes, l'anarchisme verse et s'enferme dans une autre forme d'égoïsme.

La liberté est théandrique, action réciproque de Dieu et de l'homme, leur rencontre.

« La liberté est la liberté de l'esprit. » Berdiaev

Nombreux sont les divers mouvements qui ont aimé imposer le noir vestimentaire à leurs "membres". Couleur du deuil, couleur de la révolte, de la mort.

"Comme un rien sans possibilités, comme un rien mort après la mort du soleil, comme un silence éternel, sans avenir, sans l'espérance même d'un avenir, résonne intérieurement le noir." écrivait Kandinsky. Contre-couleur du blanc, contre-point co-exstensif du blanc, le noir est le non-être, le terrible abîme du rien ! Anciennement le blanc fut la couleur du deuil des rois, des dieux, de ceux qui mourraient pour renaître, signe d'une absence sacralisée parce qu'elle devait et ne pouvait qu'être comblée, couleur sacerdotale chez les indo-européens, couleurs de ces initiés aux mystères qui seuls devaient ressusciter; le noir revenant à ceux qui, sans espoir de retour, s'en allait se perdre, s'infondre dans le nénant abyssal et froid. Le retournement, le "contre", ce fut la foi chrétienne qui l'affirma ! Et la mort sans espoir de retour ce fut la mort au monde assumée, transcendée par les saints moines qui se vêtirent de noir ! 

Voici l'authentique révolte ! De quoi veulent donc nous libérer nos jeunes anarchistes ? De certaines passions, oui, en effet ! Mais, eux-mêmes, pour nous enseigner qu'ont-ils donc abandonné des passions qui tissent la toile de ce monde ?

 

Sans principes, nos aimables anarchistes contemporains ? Non pas ! Malheureusement, non, ils n'ont pas abdiqués en définitives les principes qui régissent ce monde des passions. Bien au contraire. L'anarchisme, authentique, pourrions-nous dire, selon Tolstoï et Berdiaev dans une certaine mesure, c'est celui-là, celui de l'abandon personnel, libre, des principes soi-disant normatifs du monde tel qu'il est. Attitude, finalement, véritablement héroïque et aristocratique, au sens spirituel, voire ascétique !

Mais nos anarchistes, qui ne voient pas, semble-t-il, leur cousinage, presque leur fraternité avec le libéralisme sans règles, sans frein, et qu'ils combattent, ils veulent eux instaurer des principes, en vue d'un bien commun, évidemment, instaurer, donc, la solidarité, la fraternité en système obligatoire qui rendra, obligatoirement meilleur et heureux ! Finalement, ils veulent moins de libertés que leurs cousins libéraux. Ils nous diront, sans doute, qu'ils souhaitent une liberté plus équitablement partagée. Une liberté qui ne soit pas dépendante des puissances d'argent, de politique, d'influence ... nous ne pourrions guère leur donner tort, mais je continuerais à penser qu'ils craignent la liberté réelle, celle de la personne créatrice car leur volonté est de « responsabiliser », de faire que chacun prenne une part active à la liberté commune, ils ne pourront dans leur système laisser de place à la liberté créatrice de la personne authentique, c'est-à-dire à une authentique anarchie.

En cela, ils représentent bel et bien une certaine inversion intensificatrice de l'idéal monastique des anges noirs de la république de la sainte Montagne ! Ceux-là se placent, librement, sous le joug du Seigneur, ceux-ci voudraient que chacun consente à porter le joug de leur idée de liberté quand leurs cousins libéraux font supporter le joug de leur liberté matérielle aux masses en leur en distribuant les miettes sous forme de confort, de sécurité et de « libertés individuelles » !

Photo : A. Schmidt / AFP

vendredi, 23 janvier 2009

Monnaie, monnaie, monnaie

 

 

L'éditorial de Monsieur Serguei Alibi, dans le numéro de janvier du Monde Diplomatique, porte sur les activités grassement rémunérées des anciens hauts dirigeants politiques.

Selon l'éditorialiste, l'attitude de nos dirigeants face à l'appât du gain, les possibilités qui leur sont offertes, démontreraient, derrière les déclarations de façade exigées par la crise, leurs implications profondes avec le système capitaliste libéral et la nécessité, pour eux, de le faire perdurer quitte à contourner le sens des mots et à ne plus distinguer entre les domaines du public et du privé en fonction de leurs intérêts. Il y aurait donc une malversation philosophique et politique grave et dangereuse pour nos démocraties.

Faut-il donc être grand clerc pour débusquer cela ? Non, de l'aveu même de l'intéressé, mais, toujours selon l'éditorialiste, au moins « avant » on avait la pudeur de ne pas afficher ses ambitions pécuniaires de façon aussi ostensible ! Ainsi donc, l'hypocrisie vaut mieux, sommes toute il s'agit là, alors, d'un problème moral ?

Il doit exister un façon morale de faire de l'argent, car nous sommes bien dans le domaine du faire. Voilà belle lurette que notre conception de l'argent répugne à tout fondement ontologique. Nul besoin d'être grand clerc, là non plus, pour comprendre que libéraux et socialistes vivent et pensent dans et pour la quantité jamais pour la qualité.

 

Pour le « diplo », donc, il doit bien exister une recette qui soit morale pour faire de l'argent, c'est-à-dire une recette socialiste, en somme.

J'observe encore le pouvoir diachronique des livres. En 1918, Berdiaev écrivait des socialistes de son temps que ces derniers avaient fait de la consommation le nec plus ultra de leur pensée politique . En 2009 les socialistes français (qui ne sont sûrement pas assez socialistes au yeux du « diplo » qui leur préfèrera Evo Moralès ou Hugo Chavez !), nos socialistes hexagonaux donc, nous proposent, pour sortir de la crise, une « relance de la consommation ». Mais, consommer quoi ? Ne sommes-nous pas sevrés ? Pourquoi user les mots pour des diatribes, soliloques ou monologues aussi vains ? Du côté droit, comme du côté gauche (tout dépend du côté duquel on porte sa bourse) on boite, on claudique. On fait de l'économie sans jamais être économe, il faut consommer pour produire, produire pour consommer, dépenser pour gagner, gagner pour dépenser, cercle vicieux dont le centre est un abysse ontologique. Alors, pour donner le change on parle dignité, on dit droit, on dit morale, on tente de se trouver quelques béquilles ontologiques, mais il faut qu'elles soient pliables, escamotables rapidement, au cas où le vent tournerait plus vite que prévu puisque malgré nos légions expertes, nous ne maitrisons rien, malgré nos super calculateurs nous ne calculons que le résultat déjà produit, puisqu'en fait nous ne « menons pas la crise, c'est la crise qui nous mène ». Cette crise qui n'est profonde que pour les bourses, pleines ou vides, mais qui n'entame en rien la philosophie qui tient le monde, l'amour de l'argent, cet ardent et pressant besoin d''en faire ou d'en gagner.

J'ai toujours eu en détestation cette locution si courante et qui paraît, au quotidien, irremplaçable : « gagner sa vie » ! Insensé ! La vie est un don, gratuit, libre. Ce face à face vie/argent me conduit à penser à cette conséquence probable de la crise actuelle : « l'avortement économique ». Celui-ci existe déjà bel et bien. Je connais un prêtre roumain qui a organisé tout un village-orphelinat pour accueillir les enfants, sauvés de ce massacre économique des innocents, seuls ou avec leurs mères.

 

Mais voilà qui n'émouvra guère au « diplo » puisque c'est là que l'on s'inquiétait du fait que, nonobstant la positivité de l'élection de Barak Obama ce dernier pourrait ne pas remettre en cause le statu quo républicain sur la question de l'avortement. Soyez donc rassurez Messieurs, voilà qui est fait, en deux jours seulement.

 

Cela semble un lieu commun, et tant pis, mais de quelque bord que l'on se tourne on croit sauver l'économie par l'économie. On se drape de vertu, on se penche, un peu, du côté d'une morale pas trop contraignante ou encore invoque-t-on la nécessaire dignité humaine comme on invoquerait une mystérieuse divinité. Il est comme impossible de faire autrement. Malheureusement, lorsque l'on évoque trop vivement l'idée d'un partage « équitable » on ne possède pas assez de digue pour empêcher que soit, immédiatement, convoqué l'esprit de jalousie, de revanche, de vengeance. Malheureusement, l'inquiétante divinité ne manquera pas de répondre à ces incessants appels. Un autre lieu commun ? La religion de l'argent ? L'idolâtrie ? Mammon ? Le culte de la quantité ? Peut être, mais alors c'est un lieu commun avec quelques bases solides ? « Vous ne pouvez servir deux maîtres à la fois. », cela signifie quelque chose ou pas ? « Il faut rendre à César ce qui est à César », sentence rendue en regardant une pièce de monnaie. Cela signifie quelque chose ou pas ? La parabole des riches et du chameau ? Signifiant ? Et les trente deniers ?

Alors ? Utopie ? Rêve, menaçant, d'une fraternité économique ? Méga fêtes des voisins équitables planétaire ?

Même équitablement partagé, l'argent reste l'argent Messieurs, et l'homme reste l'homme « sous la loi du péché ». Votre grand rêve d'équilibre et de partage ne peut se vivre qu'en supprimant la liberté de l'homme. Cette intolérable liberté que Dieu, que vous niez librement, vous a accordé, elle laisse aussi le champs libre à l'égoïsme, à la méchanceté, à l'individualisme forcené ... et elle est, et reste encore, heureusement, une épine dans votre rêverie, un coin enfoncé dans votre utopie. Vous ne pourrez la forcer, pendant un temps peut-être, une fois encore, sous le fallacieux prétexte du bonheur matériel du monde, une fois encore, vous pourrez cacher sa lumière sous le boisseau hypocrite de la philanthropie mais elle reviendra encore et encore ... car seul son retournement libre et amoureux vers sa lumière-source, la Trinité, peut tirer l'homme au-dessus des conditions de son existence pécheresse. Ceci ne s'achète pas, que se soit équitablement ou capitalistiquement !

 

Dieu est servi, l'argent quoique vous fassiez asservi !

mardi, 20 janvier 2009

Bruit de joie et fureur à venir

"La fureur de gouverner est la plus funeste maladie des gouvernements modernes."

Mirabeau père.

vendredi, 02 janvier 2009

Six semaines

 Au cours des six semaines de congé spirituel que notre journal a cru s'offrir, et malgré nos efforts, les dix mille bruits de ce monde sont parvenus à nos yeux et nos oreilles que, pourtant, nous avions voulu tourner vers l'intérieur. Mais, en voulant aussi être plus attentif aux autres voilà ce à quoi l'on s'expose. Et puis, dans les livres (dans les vrais, en tout cas) il y a toujours ces bombinettes théosophales qui veulent absolument vous exploser à la figure. Un exemple : alors que l'on nous rebattait les oreilles externes avec les « émeutes » en Grèce, je tombe sur « De l'inégalité » de Berdiaev, j'ouvre le livre et me retrouve en plein sur le chapitre consacré à l'anarchisme ... je ne résiste pas : « La liberté anarchique représente le dernier spasme du vieil Adam, de l'homme naturel de jadis. »

Or, dans le temps qui précède la Nativité nous devons nous préparer à un nouvel ordre, précisément un ordre tout à fait nouveau et qui, après un peu plus de 2000 ans est toujours, et à jamais, absolument nouveau et qui, absolument, fait toutes choses nouvelles en tout et en tous ! Il nous est demander de renverser la hiérarchie illusoire de ce vieux-vieux monde incapable d'aucune nouveauté. Il nous faut, par une force nouvelle, qui traverse ce monde mais ne lui est jamais incluse, retourner l'ensemble de nos croyances tant matérielles que spirituelles. Faussement matérielles, faussement spirituelles, car celles-ci sont « fait monde » !

Une absolue radicalité qui ne peut se satisfaire de quelques accointances avec la fausse hiérarchie anarchique du monde tel qu'il est !

Pour faire du neuf, du nouveau il ne faut pas faire « du passé table rase », il est, au contraire nécessaire d'inverser la tendance qui fait que chaque instant « dévore le précédent ». Pour faire du neuf il faut continuer, continuer ce qui fut fait et dit et pensé sur des bases saines, sur l'Absolu Nouveau, la Bonne Nouvelle incarnée et la Bonne Nouvelle qui irise le monde, le Christ et l'Esprit. Tout le reste, fusse l'avant-garde auto-proclamée la plus provocante, n'est que guirlande poussiéreuse de vieilleries, d'idées vieilles avant même que de naître.

Les « émeutes de Grèce » ? Rien de neuf, la même vieille idéologie gnostique qui se refait les dents ... amis anarchistes, voyons, que vous faut-il donc de plus ? « Tout » dit votre slogan, ne voyez-vous pas que vos slogans sont les mêmes que les publicitaires et autres communicants? Elle est pourtant là, au creux de nos sociétés, votre idéologie incarnée ! Certes, elle joue des coudes avec les autres variantes du nihilisme de l'unanimanité chantante mais elle est présente, et en bonne place. Mais, oui, voilà le souci il vous en faut toujours plus, du confort égalitaire, du bien-être humaniste, alors vous frappez à la porte, espérant que l'on vous ouvrira car, au fond, « on », ce « on » anonyme et vulgairement quelconque, est d'accord avec vous, avec vos buts.

Oui, l'anarchisme politique est lui aussi fondé sur le détournement et la nihilisation du verbe. Originellement, pour les Pères, anarchos signifie « sans commencement », c'est-à-dire « sans principe » dans le sens où le Père est Lui-même son propre principe et que Lui seul peut-être ainsi. Or, le Verbe est en arkhei, au commencement. Voici ce que, sans en avoir sans doute conscience, rejette l'anarchisme : le commencement plus que le principe (en tant que loi, règle, norme imposée de l'extérieur), le commencement par le Verbe dans l'Esprit. L'anarchisme c'est la lutte du temps allié à la mort contre l'Eternité qui fonde et guide le temps vers sa bénédiction et sa transfiguration. Le temps est ambivalent, il peut être le vecteur de la mort, le temps du néant qui veut venir à l'existence et semer sa semence de vide dans l'Eternité, c'est-à-dire, proprement l'annihiler. Le temps devient ce vecteur lorsque l'homme lui dénie d'être l'inscription de l'Esprit dans l'histoire, dans nos vies orientées vers le dépassement, en Christ de la mort.

Actuellement, c'est, trop évidemment, ce temps qui survole nos « sociétés » et les informe. Aussi, au jour de l'écriture retardée de cette note, n'est-il plus question de la « crise grecque ». Ce sur quoi elle aurait pu déboucher ou débouchera, cela n'intéresse plus guère nos experts de l'information et nos braves journalistes résistants ont déjà tourné leurs yeux globuleux vers d'autres terrains d'opérations. Que fallait-il donc attendre, de toute façon, de ces émeutiers dont on se délectait à rapporter le « petit nom » collectif : génération 700 euros ! En son temps le génial Barbey d'Aurevilly, commentant un texte de Bonald, s'horrifiait des désirs, toujours insatisfaits, de la démocratie et comparait son chaos à une famille dont la direction serait confiée aux caprices de ses jeunes enfants. La démocratie, en effet, ne peut satisfaire ses promesses insensées, la principale, sa promesse d'égalité arase toutes hiérarchies, elle les rend inacceptables et interdit, au final, à ses ouailles d'accepter toute notion d'autorité verticale. Elle a nié la nécessité; la réalité ontologique de l'autorité et en paie continuellement le prix. « Par elle-même, la démocratie n'a pas de contenu intérieur, ontologique, et c'est pourquoi elle peut se mettre au service des fins les plus contradictoires. » (N.A Berdiaev)

Il est facile de constater qu'aujourd'hui (cet aujourd'hui qui seul compte) c'est à l'économie que la démocratie s'est soumise. Toute la démocratie puisque, quand bien même, prétendent-ils le contraire anti-capitaliste, néo-communistes ou socialistes s'appuient uniquement sur des données économiques et font de la vie matérielle, et uniquement, la clef de tous les problèmes et leur fin ultime. La démocratie « prétend déterminer les fins de la vie, alors qu'elle n'a trait qu'aux moyens, qu'aux instruments matérielles de celle-ci. » (Berdiaev)

En hexagonie les « débats » de la fin de l'année en firent, une fois de plus, si nécessaire, la preuve.

Audiovisuel public, travail du dimanche : tenants et aboutissants : l'argent ! Le nerf de la guerre !

Aux premières lignes de la bataille contre l'idée du travail généralisé le dimanche, nos inévitables (et inénarrables) laïcistes de « combat ». Pourtant, nos « milaïciens » devraient, pour être conséquent avec eux-mêmes, le refuser ce jour de repos qui est loin d'être laïquement correct. Bien sûr on pourrait évoquer, non sans raison, le repos mérité de tout travailleur, mais, dans ce cas, pourquoi ne pas instituer le lundi ou le mercredi, enfin bref, puisque la question tourne, en définitive seulement autour de cela, un jour où boutiques et échoppes sont ouvertes ... ? Qu'a-t-il donc de sacré ce sacré dimanche ? Et qu'en est-il de nos élus de droite, que ceux d'en face voudraient nous présenter en larbins serviles de l'obscurantisme religieux et qui, eux, veulent, derrière leur président, mettre à bas cette institution ? Certes, à droite, certains font de l'acte religieux une cause vertueuse, morale et, pour cela défendent le repos dominical. Mais, tenus de représenter la masse républicaine de leur électorat ils plient dans le sens du vent et mettent alors sur le même plan, la foi active et des causes pseudos-culturelles, les loisirs, la détente, le repas de famille. Enfin bref, la liberté fondamentale de regarder la TV ou de jouer aux boules comme équivalent du sacrifice eucharistique ...Avec Tropinka nous ne visons personne, nous n'attaquons aucun homme ni aucune femme comme tel, uniquement les idées qui les possèdent. Clairement, nous sommes chrétiens, confessant la foi orthodoxe aussi savons-nous que pécher c'est « rater la cible », c'est pourquoi nous ne nous en trompons pas. Mais, dans ce cadre, ne voyons-nous pas des chrétiens, illusionnés par les idées qui les habitent, commettre le péché contre l'Esprit ? Nous posons la question rien de plus, il ne nous revient pas d'en juger !

Le 9 décembre 2008, Arte, diffusait un reportage sur la laïcité « bousculée, malmenée, maltraitée ».

Je passe, habituellement, peu de temps devant la télévision, c'est une évidente perte de temps et, en outre, je connais trop tout ce que derrière les caméras on peut vouloir mettre dans des images « objectives ». Aussi, n'ai je pas, encore moins en cette période, regardé ce programme. Je réagis, donc à la bande annonce qui lui était consacrée et qui fut martelée sur les ondes de la radio publique. A son écoute je me disais que, tiens, je pensais qu'en France c'était plutôt l'Etat et certaines franges de la société franchement laïque, voire clairement athéiste, qui, le plus souvent attaquait, ironisait, moquait sans respect la religion ? Mais non, m'assure la voix aguicheuse de la bande annonce : « Les Etats sont de plus en plus attaqués par les diverses religions et ne savent plus se défendre. » Ah tiens, me disais-je encore ? Les bourreaux des Orthodoxes serbes du Kosovo ne sont-ils pas à la tête d'un Etat aujourd'hui, l'Inde ne serait pas un Etat, où un parti de gouvernement instrumentalise l'hindouisme contre des chrétiens infiniment minoritaires, la Chine, République populaire, non plus, qui continue à persécuter les chrétiens ... ? Sincèrement je ne pensais pas que, ce qu'il faut bien appeler la minorité chrétienne en France était si virulente et dangereuse que l'Etat et la République fussent en grand danger. Je dois être sociologiquement naïf, certainement ! Car, évidemment, il doit être question de cela, non ? Non ! Ou alors, peut-être ne s'agit-il pas des chrétiens, au quel cas, on craint de le dire ? Ou encore vise-ton une fois de plus, à mots couverts, les pseudo-principes, si inquiétants, énoncés par notre Président ? Mais qui faut-il être, qui veut-on être, incarner, pour croire vraiment, réellement que le Président croit; véritablement, la parole qu'il prononce ? Ne faut-il pas être tout aussi logomaque que le sont nos politiques et philosophes actuels ? Deux journalistes de Marianne semblent avoir, au moins, saisi cela, pour le Président « si l'instituteur ne peut jamais remplacer le curé, celui-ci ne vaut plus rien en face du chef de rayon. » La faiblesse de la religion c'est qu'elle peut être instrumentalisée d'une manière ou d'une autre, d'un côté ou de l'autre et le souci vient sans doute de cela; vivre le christianisme comme une religion, et que certains, dans les deux camps continuent de le vendre ainsi. A moins, à moins, que les auteurs du documentaire n'aient eu en vue d'autres religions mais sans oser l'affirmer davantage ?

Neuf jours après j'ai aperçu une affiche : « Dieu n'existe pas. Dieu est aux adultes ce que le Père Noël est aux enfants. » Le tout siglé : rael.org !!!

Les ennemis de Dieu, ces « fils d'esclaves » (Pasynki Bojii) sont de plus en plus drôles sur le mode comique pathétique et dérisoire. Dieu n'existe pas mais les extra-terrestres, oui ! Et pourquoi, mais parce que « on » en a décidé ainsi ! Ce gros « on » plat, vulgaire, anonyme, anomiste, atomisé, sinistre, avec ses « regards abaissés vers la terre », enfermé « dans sa graisse », ce gros « on » vaniteux et fier de sa science toute-puissante et agnostique « parle d'arrogance », parce que ce « on » informe et tout horizontal est « abandonné au désir de son coeur ».

Fils d'esclaves si vous dites vrai, alors pourquoi le dire si fort ? Si vous dites vrai qu'avez-vous besoin de fonder sur cette négation toute votre doctrine, enfin ce fatras porno-psycho hygiéniste qui en fait office ? Dites plutôt, Dieu ne doit pas exister, il ne faut pas qu'Il existe ! Car ce que vous désirez c'est avoir la voie libre, pour viser sereinement, par l'homme et lui seul, l'immortalité de vos phantasmes. Vous voulez préparer, sans gêneurs, votre petite science de tripatouillages génétiques au clonage, vecteur, selon vous, d'une certaine éternité; en réalité version clownesque de la Résurrection. Avec la génétique vous avez en vue la nature de Dieu qui est agennetos, inengendrée; le savez vous seulement ? Mais, vous confondez les plans, car pour l'homme, la fin (la déification) n'est pas l'immortalité mais l'a-mortalité (athanatos) c'est-à-dire n'être pas touché par la mort, c'est l'indestructibilité de la Personne humaine. Or, votre vie génétiquement modifiée-prolongée sera, plus encore que l'actuelle, soumise à la puissance de la mort.

« Si Dieu n'existe pas, il n'y a pas de personne humaine. » (Berdiaev)

Jamais on a tant vénéré le « sexe » qu'au moment où l'on souhaite dépasser sa fonction biologique, organique, la dépasser ontologiquement. Mais votre ontologie est de mort, la finalité hideuse qui se cache derrière vos rêves idylliques c'est la boue biologique indifférenciée prête à servir toute idée technicienne. Votre avantage : que la majorité de la société pense qu'elle est différente de vous, que vous ne représentez qu'une secte ultra-minoritaire, déjantée, sans lien avec la dure réalité, alors que vous êtes l'avant-garde de ce monde, la fine pointe de ce « on » flasque et repu qui suit toujours avec des années de retard les idées les plus funestes mais qui toujours les rattrape, car « on arrête pas le progrès ». Mais, là où le monde vous tient, comme les autres, les retardataires, c'est par l'économie. Nous y revoilà, vous, comme tous vous semblables, comme la scientologie, comme l'ensemble de nos contemporains vous êtes tenus par ces idées qui vous possèdent. Dieu n'existe pas, bien, vous êtes fort, vous êtes lucides mais celui que l'on nomme légion vous tient dans ces rais qu'il nomme monnaie, argent, or, transferts de fonds, liquidité, moyen de paiement, finances, financements, actions, dividendes, profits, gains, pertes, investissements ...

Allez, allez, mais oui, vous êtes libres (de le croire) !

Pendant ce temps, pendant ce temps, justement : nouvel acte de la crise financière ? Non, juste une grosse filouterie signée Bernard Madoff, un expert, un as, un scientifique du pognon quoi. Pendant ce temps, pendant ce temps, entendu à la radio : une dame âgée, à la retraite, quelque part en France, s'organise, toute seule pour apporter un peu de réconfort et de nourriture aux délaissés de son quartier ! Elle reçoit peu et donne beaucoup. Ici nul besoin de métaphysique !

 

 

21:24 Ecrit par Thierry dans Nouvelles de ce monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grèce, émeutes, anarchie, anarchos, science, dieu, économie |