mercredi, 25 novembre 2009

Théori -Theoria versus cryptographia

"Ta parole ne sera pas mensongère ni vide, mais pleine d'action", Didachè, II, 4

"Le Verbe, le Logos est le sujet divin de tous le logoi, paroles essentielles qui porte les choses. L'homme logikos, image personnelle du Logos, est appelé à devenir leur sujet humain. Il le devient pleinement en Christ, décelant en lui ces essences, non pour se les approprier mais pour les offrir après les avoir - personnellement et collectivement - "nommées", c'est-à-dire marquées de son génie créateur."  Olivier Clément, introduction à LA PHILOCALIE,  DDB/J-C Lattès.

Chemin faisant, paisiblement, graduellement (et ce mot n'est pas sans rapport aux "livres") je découvre la raison et la vérité de cette "théorie littéraire" qui se fait jour en moi, telle une "folie". Ce qu'Olivier Clément écrivait au sujet de la Bible (livre des livres) se révèle, pour l'occident, dont la littérature est une quête à la fois positive (apophatique) et négative (néguentropique), d'une rare précision.

O. Clément à la suite des Pères nous rappelle que "c'est seulement en Christ [...] que la Bible cesse d'être ombre et secret (skiagraphia et cryptographia)." (ibid)

 

la suite ... bientôt ...

lundi, 16 novembre 2009

Contre Agamben, tout contre ... II

Une très, très brève mention, dans le corps de l'ouvrage, accordera une attention fort légère au fait que le terme patristique oikonomia, avait presque disparu des débats théologiques de l'occident et qu'il ne reparaît, happé par une autre idéologie, qui sert pourtant de point de basculement essentiel, que bien des années après son occultation ...

C'est bien ici qu'aurait pu être saisie le détournement opéré. C'est à ce point précis que l'on aurait pu anasaint-jean-climaque-L-1.jpglyser la terrible dérivation théologique transformée en politique. Il faut bien souligner qu'avec un recherche moins orientée Giorgio Agamben aurait pu, lui-même découvrir que les vrais Pères de l'Église définissait la relation interne à la Trinité (qui dans cette étude semble être le point nodal de retournement et de questionnement) non en terme d'oikonomia mais comme OKEIÔSIS, qui exprime, de façon voisine, certes mais avec une nuance d'une extrême importance, la communauté de vie entre personnes vivant dans un même lieu. Terme qui définit également l'intimité du fidèle avec Dieu, donc nullement en terme d'autoritarisme, ou d'économie ...

SABBATISME – KATAPAUSISME


Redécouverte agambienne : le désoeuvrement désigne ce qui est le plus propre à Dieu :

« être désoeuvré -anapauesthai- n'est vraiment propre qu'à Dieu seul » (Philon); « Le sabbat, qui signifie désoeuvrement -anapausis-, est de Dieu. » (Philon)


Dans cette partie de l'ouvrage, l'auteur remarque, avec une pointe d'ironie, que le fait que le Christ place le mot Amen au début de ces dires, pouvait sembler une forme de subversion. Evidemment, il lui est quasi impossible de reconnaître la véracité de ce fait et, sans doute, est-ce la raison pour laquelle il n'est pas fait mention dans cette même partie de cette parole christique : « Le sabbat est pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat ».

Il s'agit bien plus d'une inversion que d'une subversion. Et, en définitive, par rapport à la « nature » chutée, et donc à l'économie « chutée », toute l'oeuvre du Christ est une inversion, une reprise invertrice, une inversion de l'inversion initiale. Le caractère gestionnaire, ordonnateur de l'oikonomia est renversé très concrètement par le Christ, voir les épisodes du jeune homme riche, de la veuve qui donne tout son maigre avoir au temple, des marchands du temple et surtout les paraboles du jeune homme riche, de Zachée et particulièrement celle des ouvriers de la onzième heure. Il en est de même quant à la « nécessité naturelle ». N'est-elle pas bouleversée dans la résurrection de Lazarre et dans celle de la « jeune fille » ?



Selon certaines conceptions après le Jugement les ministères angéliques s'éteignent, pour Thomas d'Aquin les saints 1857-1873-large.jpgne feront que contempler les tourments des damnés et la jouissance de cette vision justifie la justice divine et leurs propres béatitude fondée en elle. Ainsi, seul le gouvernement (la praxis) des démons « exécutant les sentences » demeure éternellement. En effet, le manque d'agapè semble flagrant, ainsi que le remarque Agamben ! Or, pour l'Orthodoxie les glorifiés sont tournés vers Dieu seul, vers la Toute Sainte et Indivisible Trinité, les nuances entre chacun tient compte de la notion centrale d'hypostase, laquelle n'est aucunement annulée après le Jugement puisque la déification est précisément la révélation intégrale, dans la Gloire du Seigneur, de la personne. Il s'agit d'une vision de personne à personne (prosopon pros prosopon) : « la gloire que nous voyons aujourd'hui de façon confuse comme dans un miroir (di' esoptrau en ainigmati) nous la verrons alors face à face (prosopon pros prosopon). » (1 Co. 13, 12)

...

Mais, ainsi que le laisse suggérer ce que nous avons noté plus haut, Agamben n'a aucune conscience de ce « statut » de glorifiés, confondant sans cesse ce qui ressort de la louange et ce qui est, dans la langue particulière et rénovée des Pères, la glorification, proprement la participation unitive à la Gloire de Dieu que l'Occident, en effet, ayant oublié l'opérativité complète et la concrétude très réelle de cette « métamorphose invertrice », considère comme « extérieure » aux créatures, comme appartenant à un « autre monde » quasiment inaccessible. Si les créatures doivent chanter et « rendre grâce », ce n'est pas en tant que soumises à une autorité mais bien parce qu'elles sont « prises », conscientes dans le mouvement dynamique des énergies divines qui sont le chant de l'indicible silence; baignées dans les ondes de la circulation érotique de la création glorifiée. Non comme individus strictement étagés comme dans un fonctionnariat hiérarchisée mais comme les âmes « noetisées », spirituellement unies (kata noûn) au Verbe au moyen du baiser spirituel (noéros), désormais « aussi simples et indivisibles qu'elles peuvent l'être. »

Et cette remarque est d'importance car toute la représentation qu'Agamben donne des écrits de Denys l'Aréopagite est totalement faussée par cette interprétation très « moderne » qu'il entend, par ailleurs, démonter. Les hiérarchies évoquées par saint Denys ne se fondent pas sur un autoritarisme extérieur et contraignant (nécessaire) mais sur l'érotique reconnaissance de la nature et de l'état réel (noétique) de chaque créature, sur ce qu'est sa personne (hypostasis), son eso anthropos. Il s'agit d'amour (agapè) et de désir (éros) pas de caporalisme.


Tout ceci peut encore être ramené au texte explicatif de C. Yannaras et plus loin encore à la vision historique exposée par le Père Romanidès.

dimanche, 15 novembre 2009

Patriarche Paul de Serbie, mémoire éternelle

En ce début du jeûne de la Nativité selon la chair de N.S.J.C j'apprends la naissance au ciel du Patriarche Pavle de Serbie. Nos prières accompagnent son repos. Un grand homme de Dieu, l'une de ces preuves vivantes de l'amour du Seigneur pour les hommes, rejoint son Créateur et Dieu. En ce jour où nous célébrons la mémoire de saint Malo (qui m'est très cher pour moult raison) je prie le très anciens saint de Dieu afin qu'il accompagne et accueille en Dieu l'âme du très récent saint de Dieu puisqu'ainsi que le disait saint Paul s'adressant à l'Eglise de Corinthe tous les baptisés en Christ sont saints, sont en aptitude de sainteté ...

Comme habituellement désormais, en période de jeûne, ce "blog-qui-n'en-est-pas-un" sera inactif ... Que ceci n'empêche pas nos visiteurs de circuler librement, de farfouillers parmi les vieilleries et autres notules inactuelles par principe ...

Ô SAINT PONTIFE MALO MENE NOUS AU PORT DU SALUT

MEMOIRE ETERNELLE

GOSPODI POMILUJ ...

 

mercredi, 11 novembre 2009

Amnesia; le vécu comme oubli, stratégie du choc et trauma

Stratégie du choc : amnésie par trauma ...

ApellesDiabole.jpg

 

Stratégie du choc : amnésie par trauma ...


'Aletheian agata !


L'ère des techniques.

Age de la techné ...


La violence la plus cruelle s'exécute pacifiquement.


Propagande raffinée.

Civile et policée...

Epoque bénie où la paix

est un état de guerre larvée,

guerre pacifiante,

guerre opacifiante...



Les événements traumatiques entrainent souvent une réaction amnésique. La dominion possède toute technique en vue de créer de tels chocs et de telles réactions, en vue de dissimuler non pas tant d'autres événements que le simple fait qu'elle est ce qu'elle est, un néant qui ne peut que tendre à son extension, soit : néantiser toute chose.


La dominion possède toute technique.

Elle est toute technique.


La technique c'est la ruse.

Dissimulation, mensonge, contre-vérité, fausse vérité ...



Le langage est une maladie ...


« Amen, Amen ... »

Christ, dont Amen est un Nom, a inversé la proposition. Au grand dam des pharisiens et des scribes Il ne terminait pas ses propositions par un « Amen », Il ouvrait Son dire par ce même « Amen », Il faisait passer la conclusion, qui établissait la véracité du dire, à l'introduction.

L'Amen ouvre et ne clos plus ...

L'Amen est la semence. Le prémisse qui renverse et inverse.

Le Christ inaugure toute parole dites par « Amen, Amen ... » ce que d'aucuns traduisent par : « En vérité, en vérité ... ». Mais nous avons appris que l'Amen est Son Nom. L'Amen inaugural c'est l'épanchement miséricordieux, la kénose, l'exinanition de la divinité, de la Vérité elle-même, dans Sa Parole, s'écoulant vers nôtre vide ...

ALEITHEIA – VERITE

En grec la Vérité est donc a-leitheia c'est-à-dire « le non-oubli » !

La Liturgie, durant laquelle nous communions à l'Amen-fait chair, culmine dans l'anamnèse ! L e Souvenir du Nom, la non-amnésie de l'Amen que nous recevons corporellement et spirituellement !


Ici pas de technique, il y a « méthode » meta-hodos – voie supérieure.

LE LANGAGE EST UNE MALADIE ...

Le Langage est un oubli, une contre-vérité qu'il convient de contourner, d'inverser !


L'aporie est, pour le langage, un manque. Le grec aporrètos signifie « secret ». Apeiron c'est l'absence de limites.

Le manque est le secret du langage, du langage illimité.

Saint Jean Damascène, parlant de la chute d'Adam, évoque la privation. Adam fut privé de « tout dire de Dieu ». Il ne fut pas privé de la parole, du langage, mais le dire du Seigneur qui était le feu intérieur du langage, le Pneuma du langage vint à se retirer. Adam qui avait nommé toutes les autres créatures, perdit ce don de nomination qui est le don des limites qui donnent forme.

Langage creux et informe.


Oubli. Le premier piège de la dominion : la ruse serpentine. La première technique de dominion : la parole, la suggestion, le mensonge.


La Vérité est ascensive.

Le a privatif grec. A-leitheia ... la Vérité est apophatique.

Nous vivons une vie d'oubli. Nous vivons d'un langage illimité, creux et informe.

Informe, tant sans forme que sans puissance pour informer, pour donner forme !

Nous vivons d'une vie qui ne peut donner vie.


La dominion plonge sa racine idéologique dans cette réalité occultée-oubliée.

Le trauma est antérieur et intérieur, l'idéologie l'amplifie à dessein. Les mots cachent l'oubli. Ils camouflent le secret qui est le manque.


Amen, amen

Aleitheia, aleitheia,

La vie est dans le souvenir constant. Contre-trauma ... nous sommes armés pour nous souvenir, nous avons eu, nous avons vu le Médecin et la médecine. Mémoire éternelle contre la parole comme fondement secret de la contrainte néantisante.


ASSERVISSEMENT


Le langage exotérique de l'ingénierie informatique appelle asservissement le lien créé artificiellement entre deux machines dont l'une commande et l'autre exécute, ceci par le biais de la langue ésotérique de l'informatique.

L'asservissement est la négation du service. Négation du don.

L'un répond OUI à la suggestion du contrôle qui entend nier la liberté du premier.

Le lien de l'asservissement est ainsi né.

Le Négateur, « malade d'ambition, principe et fondement de la déchéance » (Grégoire de Nysse), pose un conseil logique, il semble dévoiler une proposition de cause à effet. C'est un mensonge, lui le sait, mais c'est un mensonge logique qui s'adresse exclusivement à la rationalité.

Dire « oui » c'est, dès lors, accepter l'asservissement à cette logique tout extérieure; à la logique faites de contraintes et de nécessités. Dire « oui » c'est, à ce moment, créer un court-circuit noétique, faire basculer les énergies pneumatiques vers le centre strictement cérébral-rationnel.


Nous avons oublié...


Nous ? Oui, mais ON a pas oublié !


ON c'est la volonté creuse et néantisante de CE monde.


ON a jeté un voile d'oubli et d'opacité sur ce qui, caché, a été révélé. ON a voilé de théorie de divisions, de connaissances faussement « libératrices » (de gnoses au nom menteur) la vérité – a-leitheia – révélée, non pas révélée dans les brumes de la rationalité cérébrale ou de la biologisité aporétique mais dans l'Incarnation parfaite et totale.


L'un des voiles s'exprima ainsi :


« L'homme est un animal social. Sa pensée est un reflet du mouvement de la matière. Ceux qui recherchent la vérité ne sont que des pantins, d'autant plus dignes de mépris qu'ils se refusent à considérer leur pensée comme un pur produit du devenir historique. Ce sont des réactionnaires puisqu'ils servent des intérêts hostiles au prolétariat qui, dans son ascension, a créé nécessairement la seule méthode valable : le matérialisme dialectique. » Milosz (paroles d'un intellectuel communiste)


Mais, toute idéologie participe de ce voile impur.

Tout à été fait pour combler le vide. Toutes constructions idéales-idéiques. Toutes idoles.

La racine est ce Moi qui pense JE... Au cours des siècles, utile et encombrant engin stratégique.

Il a fallu le contraindre à fondre cette alliage impur ou bien à se durcir au-delà de toute limite, sachant bien toutefois, au final, que plus dur il serait et moins il serait signifiant noyé dans la masse des exigences de tous les autres MOI/JE ...


« Le moi gonflé de néant détruit ou asservit les autres, les fait graviter autour de son propre vide. C'est l'autodéification du rien. » (Olivier Clément)


La psychanalyse, outil de stratégie mnésique, usine à faire du MOI/JE, se trouve aujourd'hui confrontée à son dépassement et s'affronte à une discipline plus matérialiste qu'elle : les Thérapies Cognitivo-Comportementale, véritable complexe thérapeutique de contrôle et d'asservissement. Les TCC relève du règne de l'expert, manipulateur avoué de « l'inconscient » assimilant les pathologies mentales à des virus qu'il convient de circonvenir. L'expert tend, dans tous les domaines à remplacer l'homme de connaissance ou l'homme d'expérience, il remplace déjà, de manière ésotérique, l'homme politique dont il se fait le conseiller. Les TCC relève d'une anthropologie qui découpe le vivant en catégories : homme – machine/animal !

L'antidote (forcément illusoire) secrété par la dominion ce sont toutes les thérapies « douces », « saines », « alternatives », « naturelles » ... Psychanalystes et psychologues s'effraient et dénoncent cette déshumanisation de l'approche psychologique et comportementale, oublieux, par le choc provoqué par la confrontation, de ce que ces techniques doivent aux leurs. Oublieux, car très fier de leur « domaine de compétence », de ce que la « découverte » par le bon docteur Freud de la sexualité infantile pourrait s'avérer fort heureuse dans la déculpabilisation de certaines pratiques que les médias aiment à mettre, avec pleins de bons sentiments autour, sous les feux de la rampe ...


L'hystérie thérapeutique contemporaine à une source,

une source qui est un oubli ...

Une source qui est en nous,

qui est cette non-vie en nous,

qui est cette peur nue en nous,

cette peur affreuse de ce vide affreux

que nous avons oublié

que nous avons tout fait pour oublier.


Aleitheia,

Je cris vers toi;

Ne m'oublie pas,

comme moi je t'ai oublié.

Tourne vers moi ton visage,

Sors maintenant,

tend, vers moi, ta main !



Liens internels :

Virus mémoriel : http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2008/12/27/les...

http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2008/12/27/les...

Imprimés : http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/07/07/5e4...

Vie du littératueur : http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/09/18/vie...


Liens exotériques : http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychoth%C3%A9rapie_cognitiv...

 

mardi, 10 novembre 2009

Mur-murs

 Ce monde n'aime rien tant que s'auto-célébrer.

La célébration fait partie intégrante du culte qu'il se rend à lui-même !

Il érige des murs, il abat des murs, et c'est toujours dans un flot continu de célébrations.

Le fait que son essence même à lui soit celle d'un mur ne l'effleure pas, ou plutôt, si, il ne le sait que trop bien, alors les célébrations doivent masquer l'essence, surtout qu'elle n'affleure nul part.

Tout mur à deux côtés, deux rôles. Ceci est une lapalissade, une autre forme de mur. Le mur uni ceux qui se tromural-mur-eglise_~gwt219018.jpguvent dans son enceinte et les sépare de ceux du « dehors », ceux des « ténèbres extérieures ». Par inversion il uni également ceux qui se trouvent à l'extérieur. C'est le mur qui délimite l'autre, ou plus précisément le « statut » de l'autre, qui en fait un autre, oui mais sans visage, un autre privé d'altérité en quelque sorte, c'est-à-dire un « ennemi ».Emmanuel Levinas aurait dit en 1989 que la chute du mur de Berlin marquait « l'avènement d'un monde sans promesses », comme quoi on peut avoir une capacité d'analyse d'une grande finesse et s'aveugler totalement sur le fond des choses.

Les « promesses » du socialisme furent, mais sur un autre mode, comme celle du modèle capitaliste impérial, de l'ordre de la stricte matérialité, tout juste si « l'exigence de justice sociale » put être glissée comme succédanée de morale et de spirituel.

Au jour archi-lumineux des grandes célébrations, ce monde a toujours besoin de jouer un contrepoint, une petite et discrète mélodie contestataire au-dessus de la basse continue du grand consensus. Ainsi certains rebelles zappointés peuvent-ils aller chercher avec complaisance et à tout prix des exemples de cette « östalgie » qui les fait frémirent de contentement. Il me paraît pourtant impossible qu'il puisse leur échapper à tous, qu'ils révèlent, bien qu'avec une très falote loupiote, les deux faces, soit disant incompatibles, du même mur matérialiste, les deux options de la même « religion du bonheur », de ce que Milosz, parlant du socialisme, appelait la « nouvelle foi ». Celle-ci n'est pourtant ni nouvelle ni limitée à un quelconque régime politique, elle est la marque de ce monde, elle le le virus auto-immune de l'humanité unie-divisée, unie de sa division même.

Elle s'élève en un mur compact et opaque à l'intérieur de chaque coeur. Il masque le visage de « l'autre », il garde dans son ombre le « prochain » pour nous contraindre à jeter notre regard vers un lointain, un horizon insurpassable, un avenir radieux ... ou bien encore l'autre sans visage il le fait tiers, gardien d'un point de passage, d'un toujours infranchissable check-point spirituel.


Mais cette foi-de-toujours elle sait bien orner et décorer son mur, elle offre à ses fidèles festivus-festivus de nombreuse réjouissances, un culte apotropaïque ... et comme « il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon Père », elle singe la divine mansuétude en se montrant suffisamment large avec les micro-hérésies, avec les nostalgiques d'une forme évanouie de son culte ...


 

L'idiotie comme porte de sortie

Ce que je fais est essentiellement superflu, ce qui est absolument essentiel.


Ce que je suis est absolument essentiel, ce qui est essentiellement absolu.


Examine ceci : de même que le Christ a été déclaré maudit (Ga. 3, 13) à cause de moi, lui qui met fin à la malédiction [...] de même aussi, me voyant insoumis, il prend ce défaut sur lui, en tant qu'il est la tête du corps que nous formons. Saint Grégoire de Nazianze


Il est tout à fait clair que personne, je veux dire aucun, ne prend la mesure de ce qui s'écrit ici. Une écriture parfaitement authentique requiert une solitude ontologique extrême et ne tolérant aucune feinte ...

Il en ressort que ce qui s'écrit ici est « nul ». Et ne « sert » strictement à rien.


Et ce sont les lettres de noblesses de cette inscripture.


Ce qui s'écrit ne peut être utilitaire cependant, cette inscripture est bel et bien ancillaire !

Elle modifie le monde puisqu'elle modifie celui qui se laisse ainsi eso-inscrire.

La vision de l'histoire qui me traverse et me transcrit, me transhumane, ne peut que me poser en intense solitaire... il ne s'agit pas d'une nécessité, non; vraiment, rien d'utilitaire ou de nécessairement !


Nécessiteux spirituel.


Cela, oui !


Idiot ?

Cela, oui, sans aucun doute !


Selon la claire description de la « structure » de l'Église de saint Paul, les idiotês, sont les « individus privés », qui ne sont pas encore « réellement » membres du Corps du Christ, qui ne le sont que potentiellement, et qui, en tant que tels, disent « amen » au temps opportun lors des assemblées liturgiques, ils répondent, ils donnent leur « amen » après que ceux qui sont réellement illuminés, glorifiés, aient dit leurs prières, leurs psaumes, leurs actions de grâces ...

D'où, le retournement du sens, car, il semble évident que cette attitude, profondément spirituelle ne pouvait qu'être prise en mauvaise part par ce monde. Ceux qui disent « amen » à tout sont des idiots, des imbéciles, des crétins, des sots ...


Vous voyez, la racine très profonde de l'incompréhension ?

Vous apercevez enfin ... ?


[...]

21:24 Ecrit par Thierry dans Inscriptures, Orthodoxie, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |

mardi, 03 novembre 2009

Un saut hors de la nature 4

« Au lieu du péril croît aussi se qui sauve. » Holderlin


Ecologie et économie sont liées, intrinsèquement et essentiellement. Elles le seront de plus en plus quelques soient les formes qu'elles revêtiront. Autant le caractère « technique » de l'économie ne fait aucun doute, autant il faut bien prendre conscience de ce que l'écologie n'atteindra son « but », la sauvegarde de l'environnement naturel, qu'en devenant de plus en plus technique, son efficience dépend uniquement de cela, de son intégration de la technique et de son intégration dans la technique. Ainsi elle sauvegardera bel et bien l'environnement mais en aucun cas l'homme car, comme l'économie et la technique, dont elle ne saurait être autre chose qu'un moyen, qu'un secteur, elle asservira l'homme.

L'écologie pose comme fin la sauvegarde de l'environnement et, en outre, elle établie cette fin comme moyen unique de la sauvegarde de l'humanité se faisant elle agit comme la morale courante, le moralisme de la loi, en assignant pour but une idée abstraite. Oui, nous disons bien une idée abstraite ! L'écologie fait de son but le souverain bien que l'humanité se doit d'atteindre. Elle offre ainsi au « doux commerce » un télos de substitution, la consommation débridée va se faire ascétique, la croissance n'est plus un télos nu, suffisant à lui-même, il va pouvoir se parer d'une conscience presque stoïcienne. C'est, vraisemblablement, dans l'écologisme que va pouvoir se réaliser la fusion de l'utopisme marxo-communiste et du « doux commerce »1.


« Le « doux commerce, autre nom du mondialisme, ne partage pas seulement avec son ex-frère ennemi soviétique la vision radieuse du but final. Pour changer le monde, lui aussi doit changer les hommes, fabriquer l'homo oeconomicus de l'avenir, l'homme nouveau homogène, vidé de son contenu, possédé par l'esprit du marché universel et illimité. Le zombi est heureux. » (Dominique Venner, Violence et « doux commerce », NRH n° 44)


Ce règne nouveau peut être nommé « cosmocratie », son citoyen : le « globhomme » (pour reprendre l'expression de M.G. Dantec) ! Ce zombi-globalisé au comportement et à la pensée semi-automatisée (rappelons ici que le grec automaton signifie « hasard », soit le dieu des rationalistes) évoluera donc, éco-citoyen-éthique, dans le jardin d'Eden-bio du marché universel et illimité soumis à la douce loi de fer du gouvernement planétaire démocratique (non pas unique puisque démocratique, mais pluri-unique pour réaliser l'utopie de l'internationalisme).


L'écologisme pense que le monde est malade, qu'il est malade de l'homme. Ce dernier serait un prédateur-virus et le remède serait : ... l'homme ! Il pourrait, par contrainte médiatico-politique et détermination scientifico-éthique devenir le bon vaccin. Le zombi-global aura donc, grâce à son dévouement écocitoyen et sa conscience éthiquement pure, fini comme tout bon virus doit le faire, par contaminer et coloniser la planète entière mais, dans le but de la sauver. L'éco-zombi-global sauvera la planète de l'homme qu'il fut !

Or, c'est l'homme qui est malade de ce monde. Sa fin dernière il ne peut la concevoir en-dehors de cet espace clos qu'il voudrait pourtant sans limite (cosmocratisme). Uniquement matériel mais illimité. Que l'application de son pouvoir illimité change, il n'en demeure pas moins que sa foi en ce pouvoir reste intacte.

Le problème écologique est définitivement un problème théologique. C'est-à-dire qu'il est également anthropologique (théantropique) et cosmologique.

Mais, l'Église semble suivre la sente catagogique. Elle suit, Elle qui doit précéder, toujours. Et qui toujours en réalité précède. A-t-Elle attendu les nominations « bio », « écolo », « éthico-citoyen », « durable » pour faire ce que la terre attendait ? Ceux qui ont fait des pagis paiëns les paysans chrétiens capables d'unir la ruralité authentique à la foi intérieure, capables de défaire les liens de la contrainte « sacrée » pour mener les bois, les landes, les prés vers la sanctification, vers la synergie humano-cosmique à la suite du Théantropos, ceux-là furent les saints moines ...

Tout comme est vain (vaniteux et dérisoire) l'oecuménisme moderne (inversion fausse de lOecuménisme de l'Empire chrétien), l'écologisme affiché et médiatisé d'une Eglise qui devrait courir après ce monde est vain, vide et dérisoire ... « vanité des vanités ... »

L'Église a, pour Elle; non, mieux : EN ELLE, le langage nécessaire à l'authentique SALUT (soteria), Elle doit (devrait) éviter comme la peste le langage de ce monde (devenu écolo- compatible), tous les mots-boites noires qui creuse le vide et empilent du creux dans du vide ...

Rapportons cette parole du saint ascète Abba Pambo au rapport de l'Église au monde : « Si mon silence ne lui est pas utile, il n'aura aucune utilité dans mes paroles. »

L'« écologie » de l'Église ? : « fuir la contre-nature, sauver le selon-la-nature, et se rendre digne des charismes au-dessus de la nature. » (saint Nicodème)

En effet, c'est un bien dur programme; en effet, il n'y est pas question « d'environnement » et autre mot-piège-machine; pas de « développement durable » puisque l'Église est appelé à vivre dans le Christ « la stabilité toujours en mouvement » et le « mouvement stable » (saint Maxime).

« Pour cesser de se voir, et lui-même et ses blessures intérieures, le monde s'intéresse à autrui et non à soi-même. » (Hiérothée Vlachos, Entretien avec un ermite de la sainte montagne sur la prière du coeur)

Pour ne pas se sauver lui-même ce monde s'intéresse à l'environnement, il « veut » se faire « environnement », il veut enclore l'homme dans « son » environnement, le fasciné, l'occuper tout entier avec cela. L'environnement c'est la cage dorée du vieil homme. L'hypnose complète de l'homme hors de toute idée de salut (d'eschatos) avait toujours échouée, peu ou prou. Elle entre en phase de quasi complétion, et lorsque le fascination aura entièrement gagné l'Église elle-même ...

« Il faut se libérer du vieil homme, de l'homme moderne et faire de la terre un désert plutôt qu'un fumier, car un désert vivant vaut mieux qu'un monde mort. » Guido De Giorgio

1Cf. Flora Montcorbier, Le Communisme de marché, L'Age d'Homme, 2000. Je découvre seulement ce livre publié depuis 9 ans et il est toujours agréable de trouver une confirmation « scientifique » à ses intuitions un peu folles ... Quand bien même je resterais toujours réticent à appuyer ma « vision du monde » uniquement sur les « faits » rationnels tant ceux-ci sont aux mains, précisément, de la dominion. L'inspiration de la lecture de livres « de feu » et l'intuition intellectuelle (noétique) resteront donc, quoiqu'il en soit, mes piliers « de sagesse ».

jeudi, 29 octobre 2009

Le premier des ISMES

Le premier, le plus terrible des ISMES, l'origine des autres, de tous : l'EGOISME.

Les Pères l'appelait PHILAUTIE !

Son terme ? comme le décrit l'écrivain russe Mamléïev : l'AUTOPHAGIE !

Egoisme, montanisme, encratisme, gnosticisme, manichéisme, philétisme, piétisme, moralisme, rationalisme, idéologisme, fascisme, humanisme, narcissisme, mécanisme, systématisme, capitalisme, marxisme, socialisme, communisme, nationalisme, financialisme, européisme, islamisme, littéralisme, catholicisme ... 

christianisme ... 

Il aura fallu que l'on trouve opportun de ranger la voie christique dans ce fatras ...

?

Ce mot-là, n'a rien de "sacré" ... Il ne résume rien. Il permet de croire que l'on peut ranger cette voie parmi la relativité de tout le reste, de tout le fratras chaotique de ce monde, parmi la grande bibliothèque du contrôle ?

Que nous dirons les très modernes dictionnaires ? que ce mot désigne ce qui est relatif à la religion chrétienne ?

Le mot chrétien est de notre tradition, de notre voie, le mot "christianisme" ? Non, pas, merci bien ! L'échapatoire, l'exil lexical a été forgé par les saints Pères, merci bien ! Ortho-doxie ! Mais pour combien de temps encore ? Quand trouvera-t-on le "malin" qui nous servira-asservira l'orthodoxisme ??

Au train où vont les choses je ne serais guère surpris que cela soit déjà fait ...

 

mercredi, 28 octobre 2009

Le nihil comme idéologie

I. Ce qui, en Russie, porta, à l'origine, le nom de nihilisme fut un courant de pensée profondément matérialiste. En ce sens, le nom convient bien à cette pensée car la matière a sa source dans le « nihil ». Dieu, « in principio » (en arkei) créa « ex nihilo ». Il appela, du néant, à l'existence ce qui n'existait pas. Du néant Dieu tira l'existence.

 

En elle-même, la matière est négative, non pas moralement, ni même « métaphysiquement » mais quasi magnétiquement, elle est « en creux » et ne tire son « positif » que de l'appel divin.

 

Le nihiliste s'oppose au gnostique-manichéen en ce que le premier ne croit qu'en la matière qu'il positive, la posant comme radicalement athéiste, séparée de Dieu, il n'oppose pas, lui, la matière et l'esprit ainsi l'homme issue de la nature limitée à la matière couronne la nature.

 

II. Enthousiaste et « positive » en sa genèse cette pensée se heurte pourtant à son « néant », précisément – et non, comme elle le croit au néant négatif de l'existence. Pourquoi ?

Si l'homme, par volonté et intelligence sort du bois obscur de la nature et de l'animalité pour se ruer vers la civilisation, vers un meilleur toujours possible, toujours à conquérir ? Dans quel but le fait-il, que vise-t-il ? Une vie éternelle mais selon la « nature » ? Une vie éternelle et repue sur cette terre ?

Là s'ouvre l'abime béant, là les voies : désespoir ou totalitarisme ... (tout le reste est pis-aller ou mascarade) !

 

III. La matière tirée du néant veut s'y résorber ! « veut », non, pas tout à fait, elle obéit à une loi d'attraction inverse. L'adage populaire dit : « la nature a horreur du vide ». Cela fait sens, oui, elle se souvient, la nature de sa « nature », de son « essence » : le vide. La nature sait, elle, qu'elle n'a pas son être par elle-même. Elle est, celle qui est à naître, en constante parturition d'elle-même, elle « tire » son être d'un autre. Alors, « pourquoi l'être plutôt que rien » ? Mais par amour ! C'est l'agapè, l'amour débordant de Dieu qui comble le vide pour offrir l'être, pour offrir la possibilité d'une relation d'amour. La Création est la première kenose divine !

 

IV. L'homme lui, a reçu l'être, le pôle positif, il n'est pas seulement « existant », ni-même « étant » (bien que n'ayant pas, d'évidence, son être de lui-même).

Si il est seulement l'animal supérieur, sorti, par une volonté et une intelligence constituées uniquement par matière et nature alors ses inventions, ses avancées, ses projets, sont en vain, son voyage n'a pas de but et, malgré les artefacts de plus en plus subtils de ses civilisations il n'est nullement sorti de son animalité, ou plutôt si, il en est sorti mais par le bas ... une brute imbue de raffinements technologiques !

 

V. L'absurde de la vie, le vide absurde ? Les trous que l'homme a creusé dans l'amour divin, les trous qu'il tente de combler par des passions, des idéologies, des philosophies qui toujours finissent par s'avérer creuses, vides ... A force de trous il ne reste en nous que des forces magnétiques obscures, des courants psycho-physiques qui s'auto-alimentent, s'auto-éliminent jusqu'à la fin. Alors, rien n'est fait, tout reste vide, toujours. L'homme moderne est une taupe-métaphysique, il creuse autant de galeries qu'il le peut pour aller à « rien », pour le conduire vers ce « nul part » qui est l'horizon bouché qu'il s'est fixé lui-même et qu'il barbouille, en temps de déprime sévère, du fard grossier des « lendemains qui chantent » en mode politique, idéologique ou religieux. Déjà les saints Pères de l'Église comparaient les innovations religieuses de la philosophie au creusement de galeries de mine.

 

« Les êtres sont « éloignés de Dieu, non par le lieu, mais par la nature ». Cette distance « naturelle » entre les êtres et l'essence divine est infinie et indéfinissable. C'est un abîme vertigineux sur lequel aucune conception métaphysique ne peut jeter un pont. Ce vide de l'inexistence, à partir duquel les êtres sont appelés à l'être, c'est le néant de l'apophatisme théologique, indéfinissable et inconcevable à un degré infini, car l'esprit humain ne peut se mouvoir que dans les catégories de l'être. Etre et en même temps ne pas être, c'est une insondable et incompréhensible contradiction, puisque rien n'existe en dehors de Dieu, et cependant Dieu « appelle » à l'existence des êtres qui sont en dehors de sa nature. En ce sens, l'existence du monde et de l'homme émerge du chaos de l'inexistence, du néant : les êtres existent, non comme essences ou comme existences, mais seulement comme vérité (a-lètheia), ils ex-istent, et leur existence implique la distance, l' « en-dehors » de l'existence divine. « La vérité est êtres » disent les écrits aréopagitiques, « et déchoir de la vérité, c'est déchoir de l'être. »

 

Christos Yannaras

 

 

VI. Le nihilisme n'est pas la reconnaissance ou l'exaltation « libératrice » du néant; c'est la peur et la lâcheté de reconnaître le néant qu'est Dieu (to ouden, ce que certains parmi les plus audacieux de Pères affirmaient volontiers sous ce terme précis). Néant en tant qu'il n'en rien entre lui et ce monde, en tant qu'il est impossible de la connaître par l'intellect rationnel seul, par la « raison » souillée par le péché et les passions, par la raison non conformée au divin Logos.

 

« Il faut comprendre ainsi que Dieu n'est rien : Il n'est rien de ce que sont les êtres. En effet, la cause des êtres est au-dessus des êtres. Dieu est donc partout et nulle part. Puisqu'Il n'est nulle part, tout est par Lui, et tout est par Lui, qui n'est rien de ce que sont tous les êtres. Tout est en Lui, parce qu'Il est partout. Et tout est par Lui, car Il n'est nulle part. Etant partout, Il emplit tout ... mais Il n'est nulle part ... S'il n'était que partout, Il serait tout et en tout dans l'espace. Il faut donc aussi qu'Il ne soit rien, étant au-dessus des êtres. »

 

saint Maxime le Confesseur

 

 

20:37 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Orthodoxie, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nihilisme, théologie, inversion, apophatisme |

vendredi, 09 octobre 2009

La cure du coeur

« Le propos premier de la foi, de la théologie et du dogme à propos de Christ et de Sa relation au Père et au Saint Esprit est de conduire l'humanité à :

  1. la purification et l'illumination du coeur, i-e, la thérapie du centre de la personne humaine,

  2. la glorification (theosis), qui est la perfection de la personne, dans la vision de la gloire incréée et du règne (basileia) de Christ dans et parmi Ses saints, les membres de Son Corps, l'Église.

La foi, la prière, la théologie et le dogme sont les méthodes thérapeutiques sur la voie de l'illumination à la perfection qui, une fois atteinte, abolit foi, prière, théologie et dogme, puisque leur but final est leur abolition dans la glorification et l'amour désintéressé. »

« Les Pères ont toujours refusé les spéculations abstraites sur Dieu, sur Sa relation à la Création, et ont toujours insisté sur l'approche empirique de l'union à Dieu par la purification et l'illumination du coeur. C'est dans ce contexte que leurs termes praxis (action, acte) et theoria (vision) doivent être compris. Il ne s'agit pas de la distinction médiévale de l'Occident entre vie active et vie contemplative. Praxis, c'est la purification du coeur et theoria, la vision de la gloire que le coeur possède déjà par la foi intérieure de l'illumination ou glorification ou theosis. Theosis c'est la vision de la gloire de Dieu en Christ. Theosis n'est pas l'illumination ni simplement la participation à la Sainte Eucharistie comme le croient certains orthodoxes aujourd'hui.

Ces distinctions présupposent le fait que le coeur, et non l'intellect, est le centre de la spiritualité, l'endroit où se trouve formé le théologien; et aussi le fait que, généralement le coeur ne fonctionne pas correctement. »

« Afin que cette thérapie soit vue dans sa perspective propre en relation avec le monde, au sens large, il faudrait montrer que, si le judaïsme prophètique et son successeur, le christianisme, étaient apparus au XX e siècle, ils auraient peut-être été classé non parmi les religions mais parmi les sciences médicales telle que la psychiatrie mais avec un plus grand impact sur la société au vue de leurs réussites dans la guérison, à des degrés divers, de la maladie qui consiste en un fonctionnement partiel de la personnalité humaine. En aucun cas ils n'auraient pu être confondu avec les religions qui, par divers pratiques et croyances magiques promettent l'évasion d'un monde matériel allégé du poids du mal ou d'un monde d'illusions vers un monde de sécurité et de joie. »

« Une autre façon de regarder cela c'est de se concentrer un peu plus sur les implications de la compréhension biblique et patristique du paradis et de l'enfer. Dieu Lui-même est, en même temps paradis et enfer, pardon et punition. Tout être humain a été créé pour voir, sans interruption, Dieu dans la gloire incréée de Christ. Que Dieu soit, pour chaque homme, ou le paradis ou l'enfer, pardon ou punition dépend de la réponse de l'homme à l'amour de Dieu en Christ et de son acceptation de la prescription pour transformer son amour égoiste et ego-centré en l'Amour-Dieu. »

Père Jean Romanidès, extraits de l'allocution « Jesus Christ – The Life of the world », février 1982.

Disponible sur www.romanity.org

Traduction : T. Jolif

 

 

 

 

22:55 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Orthodoxie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : prière du coeur, thérapie, christ, trinité |

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