mercredi, 25 novembre 2009

Théori -Theoria versus cryptographia

"Ta parole ne sera pas mensongère ni vide, mais pleine d'action", Didachè, II, 4

"Le Verbe, le Logos est le sujet divin de tous le logoi, paroles essentielles qui porte les choses. L'homme logikos, image personnelle du Logos, est appelé à devenir leur sujet humain. Il le devient pleinement en Christ, décelant en lui ces essences, non pour se les approprier mais pour les offrir après les avoir - personnellement et collectivement - "nommées", c'est-à-dire marquées de son génie créateur."  Olivier Clément, introduction à LA PHILOCALIE,  DDB/J-C Lattès.

Chemin faisant, paisiblement, graduellement (et ce mot n'est pas sans rapport aux "livres") je découvre la raison et la vérité de cette "théorie littéraire" qui se fait jour en moi, telle une "folie". Ce qu'Olivier Clément écrivait au sujet de la Bible (livre des livres) se révèle, pour l'occident, dont la littérature est une quête à la fois positive (apophatique) et négative (néguentropique), d'une rare précision.

O. Clément à la suite des Pères nous rappelle que "c'est seulement en Christ [...] que la Bible cesse d'être ombre et secret (skiagraphia et cryptographia)." (ibid)

 

la suite ... bientôt ...

lundi, 16 novembre 2009

Contre Agamben ... tout contre ! (1)

« Puissè-je ne pas me glorifier, sinon dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! »

(Epître aux Galates, 6, 14)


« Lutter contre la biopolitique en pratiquant le retrait du corps biologique (pâle et myope copie de l'ascèse monastique), en défendant sa privatisation, ne permet pas de rompre avec le schéma anthropologique qui fonde ce pouvoir.

La biopolitique envisage le monde sur un mode dualiste, marqué par l'opposition entre le corps et l'âme. Elle est, en cela, héritière du théologico-politique des chrétientés occidentales ... »

Henry BEQUE, Biopolitique ou zoopolitique in Revue Nunc, n° 5



Cet héritage, c'est ce que Giorgio Agamben démontre et démonte de façon intelligente et, je dirais ingénieuse, dans son ouvrage Le Règne et la gloire. Mais, en effet, bien que le philosophe aille plus loin que dans ses ouvrages précédents, auxquels se réfère l'excellent article d'Henry Beque,le schéma anthropologique sur lequel il fonde sa recherche n'est pas modifié. En outre, cette nouvelle avancée dans le travail pertinent de G. Agamben confirme que sa lecture des sources auxquelles il s'abreuve est tout entière marquée par le criterium occidental. L'auteur ne s'en cache pas, bien évidemment. Mais, le « souci » vient de ce qu'il affirme UNE seule théologie, UNE seule approche, UNE seule, unique et possible dérivation. Il applique au christianisme tout entier les critères de théologies catholiques et protestantes.

Nous ne nierons pas la thèse de ce livre, à savoir la dérivation du pouvoir « démocratique » moderne depuis les conceptions théologiques, qui se révèlent, au demeurant, être beaucoup plus théologico-politiques, de l'Église dans son rapport à l'autorité et au gouvernement, pas plus que nous ne nierons l'analyse éclairante, dans le cadre de « l'Empire », de la « gloire » et de ses insignes.

Nous soulignerons seulement que, comme toujours, en pareil cas, l'auteur avance naturellement en philosophe et en historien des idées mais que, contrairement à ce qu'il semble penser, son travail est lui aussi tributaire de contres-vérités et de manipulations qui concernent, en outre, très précisément le sujet qu'il évoque ...



Bien sur l'étude de Giorgio Agamben est, pour son auteur, « théologico-politique », toutefois, elle apparaît à sa lecture bien plus philosophico-politique. Il y a déjà là, toute la distance qui sépare l'Orthodoxie chrétienne de la vision théologique propre à l'Occident. C'est, tributaire de cette vision que l'auteur s'engage dans son étude. Je le répète, dans l'ensemble ces conclusions ne peuvent apparaître que justifiées, bien que discutables sur certains détails, évidemment. Mais l'auteur semble ignorer et rejeter l'idée pourtant aisément vérifiable qu'il existe une autre théologie, une autre approche et il lit ainsi les Pères et la pensée théologico-politique de l'Empire Byzantin (sic) à la lumière de la pensée même qu'il déconstruit. Pensée qui, précisément, a souhaité et fabriqué ce présupposé.

En outre, comme si souvent en pareil cas, se pose le problème du regard de l'auteur, de son orientation générale... La « science des religions » est-il vraiment le seul domaine concerné par cette posture qui fait qu'un chercheur doive être nécessairement détaché de son objet d'étude ? Imagine-t-on décemment un chercheur en physique étudier la fission et ses diverses implications et déclarer que : « bien sûr l'atome n'existe pas, c'est un mythe, un dérivatif imaginé par les peuples et leurs chefs; d'ailleurs si l'atome existe il faudrait encore qu'il donne de lui-même des preuves de son existence ! » ?

Dema5516.jpgnderais-je, à tous ceux qui s'approche de sujet tel que la théologie de ne le faire qu'en ayant la foi ? De quel droit ? Et, de plus, combien de ceux qui, justement, abordèrent cette matière avec la foi sont-ils responsables de cet arraisonnement de la théologie par le pouvoir et la technique ? Je ne demanderais donc rien, mais je me souviens, pour ma part, des mises en garde de saint Syméon le Nouveau Théologien réaffirmant toute la tradition patristique ...

Et voici donc, la première pierre d'achoppement ...

En effet, tout au long de ce livre, l'auteur nous présente les théories, les constructions doctrinales qui, selon lui, sont à l'origine de la lente mais ferme dérivation vers le pouvoir des données de la théologie, comme provenant d'un ensemble homogène, intégralement accepté par l'Église, qu'on appelle : les Pères de l'Église ... 666px-10.jpgOr, aucun, de Tertullien, Augustin ou Thomas d'Aquin n'est reconnu comme tel par l'Église indivise. En outre, les très rares citations des Cappadociens , de saint Jean Chrysostome sont, de toute évidence, hors de tout contexte, soigneusement choisies pour illustrer le propos et aller dans le sens de la démonstration. A aucun moment il n'est tenu compte de ce que les saints Pères et toute la tradition de la théologie mystique ont fait de ce legs, de ce qu'ils ont vécus. Dans le texte d'Agamben, il semble que tous ces textes ne soient que des constructions abstraites ayant eu une influence sur le « monde des idées » puis, par décision et stratagème politique, sur le monde tout cours; oeuvres d'écrivains en chambre. L'incroyable corpus des Pères de l'Eglise est bien, en effet, un corps, un corpus; mais un corps nouveau, fruit d'une expérience vécue, transmis « en vue » d'une expérience vécue. Mais, évidemment, l'auteur ignore de quelle vie les « idées » qu'il analyse, vivent au sein de l'Église, plus particulièrement dans la Liturgie, et par quels actions spirituelles elles sont prolongées et, précisément, vivifiéesi.

L'interrogation initiale concernant ce qu'il est advenu du terme et de l'idée oikonomia entre l'époque ancienne et le monde moderne est, certes, excellente et l'ensemble de l'analyse est excellente elle aussi, la démonstration du caractère économique du pouvoir, non seulement aujourd'hui mais depuis l'époque fort éloignée de la philosophie antique et de la patristique naissante est exaltante et a l'immense mérite de mettre en lumière des pans occultés de l'histoire des idées ... Et, précisément, c'est sur le caractère « occulte » qu'achoppe le plan analytique d'Agamben qui ne parvient pas à se défaire de l'idéologie chiastique du modernisme. Il s'agit, obscurément, d'un préjugé. Toutefois, d'un préjugé si répandu, même (et surtout) parmi tous ceux qui voudrait penser au-dessus et au-delà du monde moderne, parmi tous ceux qui osent faire le saut au-dessus de l'abîme « idéologique ». Saut, d'autant plus périlleux, qu'aujourd'hui l'idéologie est imbriquée, infondue dans notre chair « sacro-sainte », dans notre être-corps protégé par la magnifique barrière des droits-de-l'homme ...



OIKONOMIA – KENOSE



L'idée-directrice est entendue depuis l'ouverture de l'ouvrage : l'oikonomia telle que retravaillée par les Pères de l'Église, en particulier dans le dogme trinitaire, est devenue le paradigme du pouvoir en s'infiltrant dans la doctrine du « gouvernement divin du monde » ...

Pour « point de départ », pourrait on dire, à cette idée : l'inversion d'une proposition paulinienne. Ainsi, « l'économie du mystère » devient dans le corpus patristique « le mystère de l'économie ».

L'économie du mystère suggère, très clairement, les raisons pour lesquelles a eu lieu ce mystère, ici il est question, bien évidemment de l'Incarnation du Christ et de l'Histoire sainte. L'origine de l'inversion des termes se logerait dans les polémiques liées à la clarification de la christologie et de la théologie trinitaire. Ce glissement déboucherait ainsi sur une aporie ontologique et constituerait alors le fondement théologique du paradigme du pouvoir en tant que « gouvernement ».

« Ce qui résulte de la relation entre volonté générale et causes occasionnelles, entre Règne et Gouvernement, entre Dieu et Christ est une oikonomia où l'enjeu n'est pas tant de savoir si les hommes sont bons ou méchants que de savoir comment la damnation des plus nombreux se concilie de façon ordonnée avec le salut de quelques uns et comment la méchanceté de certains n'est que l'effet collatéral de la bonté des autres. »

Cette analyse, outre qu'elle oublie, volontairement (ou pas), l'Esprit Saint (le vivificateur, précisément) inséparable du Père et du Fils (« adorons l'Indivisible Trinité car c'est Elle qui nous a sauvé » dit la divine Liturgie selon saint Jean Chrysostome), se fonde uniquement sur la théologie catholique de tradition thomiste.



« parmi les êtres naturels, il arrive toujours, ou dans la plupart des cas, ce qui est mieux; et il ne saurait en être ainsi si les êtres naturels n'étaient pas dirigés vers une bonne fin par la providence. Or, c'est précisément cela gouverner. »

(Thomas d'Aquin, De Gubernatione mundi)



Toute la psychologie thomiste, optimiste et intellectualiste (selon Nicolas Berdiaev) considère l'homme comme un être qui aspire au bonheur, elle tend vers un eudémonisme foncier. Pour Thomas et cette théologie, en contradiction avec les Pères orthodoxes, la Providence agit comme nécessité, comme une (fameuse) « main invisible ». Or saint Jean Damascène le disait « Où il y a nécessité il ne saurait y avoir vertu ». Saint Syméon le Nouveau Théologien réagissait encore en son temps contre ceux qui prétendent que la grâce agirait à notre insu, sans notre concours, de manière absolument extérieure, comme une « nécessité naturelle qui incombe aux choses qui sont déterminées en vue d'un fin » (Thomas d'Aquin, ibid). Pour lui (et pour les Pères avant lui) la grâce est une communion à Dieu, et elle ne peut être agnostos, elle exige la synergie divino-humaine (théantropique).

Agamben regrette quelque part dans le corps de l'ouvrage la position scolastique sur l'au-delà, position dérivant de l'idée de Providence, incluse, de ce fait, dans l'économie et qui manque singulièrement de cet amour qui est le Nom de Dieu. Mais, il ignore par exemple un ouvrage exemplaire sur le sujet, le De la Providence de Dieu, de saint Jean Chrysostome. Pour ce dernier toute l'économie divine est fondée sur le don et le sacrifice gratuit, ses exhortations à l'aumône, base du « sacrement du frère », se fondent elles-mêmes tout entières sur l'imitation de l'économie divine. De même, toute l'économie des saints Pères, telle qu'en elle même, et non revisitée par le catholicisme ou le protestantisme (les seules sources « vivantes » interrogées par Agamben), prend appui sur l'idée de la kénose, ou exinanition, sur cela pas une ligne, or nous verrons plus loin en quoi cette idée est primordiale.



« Tout le mystère de l'économie consiste de l'exinanition et l'abaissement du Fils de Dieu. »

saint Cyrille d'Alexandrie

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« Si on ne comprend pas cette vocation originaire « anarchique » de la christologie il n'est pas possible de comprendre ni le développement historique de la théologie chrétienne, avec sa tendance athéologique latente, ni l'histoire de la philosophie occidentale avec sa césure éthique entre ontologie et praxis. »

Giorgio Agamben, base ici sa démonstration sur un texte de Grégoire de Nazianze et sur le texte du Concile Oecuménique de Nicée selon lequel le Fils « règne absolument, anarchiquement et infiniment avec le Père. » (anarchos kai ateleutètès)

Pour Agamben, qui suit de près Augustin et Thomas d'Aquin; la conception Trinitaire ne se fonde que sur la praxis, l'action, le gouvernement ... or, cette conception, qui mène à l'aberration théologique moderne d'une distinction entre Trinité interne et Trinité externe, ne se conçoit qu'en « mode fillioquiste ».

Ce que Giorgio Agamben veut, à tout crin, faire coïncider avec son intuition est un « lieu commun », que la philosophie européenne est l'héritière de la théologie scolastique et, à travers cette théologie très particulière, celle de la philosophie antique à travers l'oeuvre des Pères de l'Église.



Or, elle n'est l'héritière des Pères qu'en ce sens qu'elle est la trahison spécialement occidentale, elle hérite de la philosophie antique en oblitérant le retournement que ceux-ci, à la lumière de la théologie secrète de Christ (le Seigneur de Gloire), avait opéré.

« Il est évident que la proclamation de la « mort de Dieu » résume le processus historique tant de la théologie naturelle que de l'apophatisme en Occident. Heidegger affirme que, dans la pensée de Nietzsche, la théologie chrétienne s'identifie au platonisme, et en même temps que « le christianisme est pour Nietzsche la manifestation historique, séculière et politique de l'Église, et son exigence de puissance dans le cadre de la formation de l'humanité occidentale. » Le Dieu chrétien s'est identifié autant au monde intelligible de la métaphysique classique, qu'à la forme culturelle d'une utilité sociale. La proclamation de Nietzsche signifie « l'hérésie » fondamentale du christianisme en Occident, la recherche d'une ingérence rationnelle et sociale, le refus du paradoxe, c'est-à-dire du caractère « nouveau » de l'Église. » Christos Yannaras, De l'Absence et de l'inconnaissance de Dieu.

Le processus décrit dans Le Règne et la gloire, est bien intrinsèque à l'Occident, et cette progression est admirablement, et synthétiquement, décrite par Ch. Yannaras :



« Les singularités dogmatiques, historiques et canoniques qui séparent le christianisme occidental du christianisme originel tendent toutes à ce changement fondamental de la conception ecclésiologique, que fut l'exigence d'une autorité temporelle de l'Église, l'Église cédant à la troisième des tentations du Christ, comme l'a noté Dostoïevsky.

La proclamation de la « mort de Dieu » est l'aboutissement historique qui juge en tout l'évolution théologique de l'Occident. En apportant un soutien rationnel aux vérités de la révélation, l'Église d'Occident prépare leur réfutation rationnelle. Le rationalisme, fruit direct de conséquence naturelle du thomisme, est le seuil historique de l'empirisme. Et l'empirisme est la porte ouverte à l'avénement du nihilisme. En même temps, l'antirationalisme, fruit direct et conséquence naturelle de l'apophatisme protestant est le seuil historique de l'axiocratie. Et l'axiocratie est la porte ouverte à l'avènement de l'amoralisme, le « renversement de toutes les valeurs. » (ibid)


Ce qu'Agamben rate totalement, car il est engagé dans l'arraisonnement qu'il ne veut pas même soupçonner, c'est que si le pouvoir contemporain a bel et bien la forme economico-providentielle qui est la sienne, il le doit en effet à cette dérivation très particulière de la théologie « franco-latine »; toutes ses tentatives pour faire remonter cet arraisonnement aux saints Pères sont dépourvues de sens. Pourquoi ? Parce que ses méthodes et ses présupposés sont ceux-là mêmes de l'arraisonnement ...

 

« Ce que chacun doit comprendre c'est que les termes qui appartiennent aux catégories métaphysiques furent et sont utilisés uniquement par les hérétiques comme support de leurs positions. Les Pères furent contraint d'utiliser ces termes et ces catégories contre les hérétiques eux-mêmes, mais sans avoir jamais l'intention d'utiliser ceux-là en tant que parties des définitions de Dieu.» Père Romanidès.

 

En effet, les Pères se sont clairement saisi du terme oikonomia, comme ils l'ont fait pour tant d'autres. Mais il ne s'agit pas, dans ce cas, d'un glissement sémantique ou d'un problème de signature; et la stratégie des saints Pères ne fut jamais de « légitimer » le pouvoir en attirant à lui une vénération divine, « glorieuse » pour reprendre la thèse de l'auteur. S'il s'agissait bel et bien d'une stratégie et d'une co-opération celle-ci visait non la subjugation des masses mais, précisément, la guérison d'une telle subjugation.

[...]

i« sentir Dieu » pour la philosophie c'est un non-sens ou bien une négation de tout logicité, c'est, en fait, une crucifixion qui humilie et exalte l'homme dans une méta-noèse, impensable mais vécue. » Olivier Clément

Contre Agamben, tout contre ... II

Une très, très brève mention, dans le corps de l'ouvrage, accordera une attention fort légère au fait que le terme patristique oikonomia, avait presque disparu des débats théologiques de l'occident et qu'il ne reparaît, happé par une autre idéologie, qui sert pourtant de point de basculement essentiel, que bien des années après son occultation ...

C'est bien ici qu'aurait pu être saisie le détournement opéré. C'est à ce point précis que l'on aurait pu anasaint-jean-climaque-L-1.jpglyser la terrible dérivation théologique transformée en politique. Il faut bien souligner qu'avec un recherche moins orientée Giorgio Agamben aurait pu, lui-même découvrir que les vrais Pères de l'Église définissait la relation interne à la Trinité (qui dans cette étude semble être le point nodal de retournement et de questionnement) non en terme d'oikonomia mais comme OKEIÔSIS, qui exprime, de façon voisine, certes mais avec une nuance d'une extrême importance, la communauté de vie entre personnes vivant dans un même lieu. Terme qui définit également l'intimité du fidèle avec Dieu, donc nullement en terme d'autoritarisme, ou d'économie ...

SABBATISME – KATAPAUSISME


Redécouverte agambienne : le désoeuvrement désigne ce qui est le plus propre à Dieu :

« être désoeuvré -anapauesthai- n'est vraiment propre qu'à Dieu seul » (Philon); « Le sabbat, qui signifie désoeuvrement -anapausis-, est de Dieu. » (Philon)


Dans cette partie de l'ouvrage, l'auteur remarque, avec une pointe d'ironie, que le fait que le Christ place le mot Amen au début de ces dires, pouvait sembler une forme de subversion. Evidemment, il lui est quasi impossible de reconnaître la véracité de ce fait et, sans doute, est-ce la raison pour laquelle il n'est pas fait mention dans cette même partie de cette parole christique : « Le sabbat est pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat ».

Il s'agit bien plus d'une inversion que d'une subversion. Et, en définitive, par rapport à la « nature » chutée, et donc à l'économie « chutée », toute l'oeuvre du Christ est une inversion, une reprise invertrice, une inversion de l'inversion initiale. Le caractère gestionnaire, ordonnateur de l'oikonomia est renversé très concrètement par le Christ, voir les épisodes du jeune homme riche, de la veuve qui donne tout son maigre avoir au temple, des marchands du temple et surtout les paraboles du jeune homme riche, de Zachée et particulièrement celle des ouvriers de la onzième heure. Il en est de même quant à la « nécessité naturelle ». N'est-elle pas bouleversée dans la résurrection de Lazarre et dans celle de la « jeune fille » ?



Selon certaines conceptions après le Jugement les ministères angéliques s'éteignent, pour Thomas d'Aquin les saints 1857-1873-large.jpgne feront que contempler les tourments des damnés et la jouissance de cette vision justifie la justice divine et leurs propres béatitude fondée en elle. Ainsi, seul le gouvernement (la praxis) des démons « exécutant les sentences » demeure éternellement. En effet, le manque d'agapè semble flagrant, ainsi que le remarque Agamben ! Or, pour l'Orthodoxie les glorifiés sont tournés vers Dieu seul, vers la Toute Sainte et Indivisible Trinité, les nuances entre chacun tient compte de la notion centrale d'hypostase, laquelle n'est aucunement annulée après le Jugement puisque la déification est précisément la révélation intégrale, dans la Gloire du Seigneur, de la personne. Il s'agit d'une vision de personne à personne (prosopon pros prosopon) : « la gloire que nous voyons aujourd'hui de façon confuse comme dans un miroir (di' esoptrau en ainigmati) nous la verrons alors face à face (prosopon pros prosopon). » (1 Co. 13, 12)

...

Mais, ainsi que le laisse suggérer ce que nous avons noté plus haut, Agamben n'a aucune conscience de ce « statut » de glorifiés, confondant sans cesse ce qui ressort de la louange et ce qui est, dans la langue particulière et rénovée des Pères, la glorification, proprement la participation unitive à la Gloire de Dieu que l'Occident, en effet, ayant oublié l'opérativité complète et la concrétude très réelle de cette « métamorphose invertrice », considère comme « extérieure » aux créatures, comme appartenant à un « autre monde » quasiment inaccessible. Si les créatures doivent chanter et « rendre grâce », ce n'est pas en tant que soumises à une autorité mais bien parce qu'elles sont « prises », conscientes dans le mouvement dynamique des énergies divines qui sont le chant de l'indicible silence; baignées dans les ondes de la circulation érotique de la création glorifiée. Non comme individus strictement étagés comme dans un fonctionnariat hiérarchisée mais comme les âmes « noetisées », spirituellement unies (kata noûn) au Verbe au moyen du baiser spirituel (noéros), désormais « aussi simples et indivisibles qu'elles peuvent l'être. »

Et cette remarque est d'importance car toute la représentation qu'Agamben donne des écrits de Denys l'Aréopagite est totalement faussée par cette interprétation très « moderne » qu'il entend, par ailleurs, démonter. Les hiérarchies évoquées par saint Denys ne se fondent pas sur un autoritarisme extérieur et contraignant (nécessaire) mais sur l'érotique reconnaissance de la nature et de l'état réel (noétique) de chaque créature, sur ce qu'est sa personne (hypostasis), son eso anthropos. Il s'agit d'amour (agapè) et de désir (éros) pas de caporalisme.


Tout ceci peut encore être ramené au texte explicatif de C. Yannaras et plus loin encore à la vision historique exposée par le Père Romanidès.

mercredi, 11 novembre 2009

Amnesia; le vécu comme oubli, stratégie du choc et trauma

Stratégie du choc : amnésie par trauma ...

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Stratégie du choc : amnésie par trauma ...


'Aletheian agata !


L'ère des techniques.

Age de la techné ...


La violence la plus cruelle s'exécute pacifiquement.


Propagande raffinée.

Civile et policée...

Epoque bénie où la paix

est un état de guerre larvée,

guerre pacifiante,

guerre opacifiante...



Les événements traumatiques entrainent souvent une réaction amnésique. La dominion possède toute technique en vue de créer de tels chocs et de telles réactions, en vue de dissimuler non pas tant d'autres événements que le simple fait qu'elle est ce qu'elle est, un néant qui ne peut que tendre à son extension, soit : néantiser toute chose.


La dominion possède toute technique.

Elle est toute technique.


La technique c'est la ruse.

Dissimulation, mensonge, contre-vérité, fausse vérité ...



Le langage est une maladie ...


« Amen, Amen ... »

Christ, dont Amen est un Nom, a inversé la proposition. Au grand dam des pharisiens et des scribes Il ne terminait pas ses propositions par un « Amen », Il ouvrait Son dire par ce même « Amen », Il faisait passer la conclusion, qui établissait la véracité du dire, à l'introduction.

L'Amen ouvre et ne clos plus ...

L'Amen est la semence. Le prémisse qui renverse et inverse.

Le Christ inaugure toute parole dites par « Amen, Amen ... » ce que d'aucuns traduisent par : « En vérité, en vérité ... ». Mais nous avons appris que l'Amen est Son Nom. L'Amen inaugural c'est l'épanchement miséricordieux, la kénose, l'exinanition de la divinité, de la Vérité elle-même, dans Sa Parole, s'écoulant vers nôtre vide ...

ALEITHEIA – VERITE

En grec la Vérité est donc a-leitheia c'est-à-dire « le non-oubli » !

La Liturgie, durant laquelle nous communions à l'Amen-fait chair, culmine dans l'anamnèse ! L e Souvenir du Nom, la non-amnésie de l'Amen que nous recevons corporellement et spirituellement !


Ici pas de technique, il y a « méthode » meta-hodos – voie supérieure.

LE LANGAGE EST UNE MALADIE ...

Le Langage est un oubli, une contre-vérité qu'il convient de contourner, d'inverser !


L'aporie est, pour le langage, un manque. Le grec aporrètos signifie « secret ». Apeiron c'est l'absence de limites.

Le manque est le secret du langage, du langage illimité.

Saint Jean Damascène, parlant de la chute d'Adam, évoque la privation. Adam fut privé de « tout dire de Dieu ». Il ne fut pas privé de la parole, du langage, mais le dire du Seigneur qui était le feu intérieur du langage, le Pneuma du langage vint à se retirer. Adam qui avait nommé toutes les autres créatures, perdit ce don de nomination qui est le don des limites qui donnent forme.

Langage creux et informe.


Oubli. Le premier piège de la dominion : la ruse serpentine. La première technique de dominion : la parole, la suggestion, le mensonge.


La Vérité est ascensive.

Le a privatif grec. A-leitheia ... la Vérité est apophatique.

Nous vivons une vie d'oubli. Nous vivons d'un langage illimité, creux et informe.

Informe, tant sans forme que sans puissance pour informer, pour donner forme !

Nous vivons d'une vie qui ne peut donner vie.


La dominion plonge sa racine idéologique dans cette réalité occultée-oubliée.

Le trauma est antérieur et intérieur, l'idéologie l'amplifie à dessein. Les mots cachent l'oubli. Ils camouflent le secret qui est le manque.


Amen, amen

Aleitheia, aleitheia,

La vie est dans le souvenir constant. Contre-trauma ... nous sommes armés pour nous souvenir, nous avons eu, nous avons vu le Médecin et la médecine. Mémoire éternelle contre la parole comme fondement secret de la contrainte néantisante.


ASSERVISSEMENT


Le langage exotérique de l'ingénierie informatique appelle asservissement le lien créé artificiellement entre deux machines dont l'une commande et l'autre exécute, ceci par le biais de la langue ésotérique de l'informatique.

L'asservissement est la négation du service. Négation du don.

L'un répond OUI à la suggestion du contrôle qui entend nier la liberté du premier.

Le lien de l'asservissement est ainsi né.

Le Négateur, « malade d'ambition, principe et fondement de la déchéance » (Grégoire de Nysse), pose un conseil logique, il semble dévoiler une proposition de cause à effet. C'est un mensonge, lui le sait, mais c'est un mensonge logique qui s'adresse exclusivement à la rationalité.

Dire « oui » c'est, dès lors, accepter l'asservissement à cette logique tout extérieure; à la logique faites de contraintes et de nécessités. Dire « oui » c'est, à ce moment, créer un court-circuit noétique, faire basculer les énergies pneumatiques vers le centre strictement cérébral-rationnel.


Nous avons oublié...


Nous ? Oui, mais ON a pas oublié !


ON c'est la volonté creuse et néantisante de CE monde.


ON a jeté un voile d'oubli et d'opacité sur ce qui, caché, a été révélé. ON a voilé de théorie de divisions, de connaissances faussement « libératrices » (de gnoses au nom menteur) la vérité – a-leitheia – révélée, non pas révélée dans les brumes de la rationalité cérébrale ou de la biologisité aporétique mais dans l'Incarnation parfaite et totale.


L'un des voiles s'exprima ainsi :


« L'homme est un animal social. Sa pensée est un reflet du mouvement de la matière. Ceux qui recherchent la vérité ne sont que des pantins, d'autant plus dignes de mépris qu'ils se refusent à considérer leur pensée comme un pur produit du devenir historique. Ce sont des réactionnaires puisqu'ils servent des intérêts hostiles au prolétariat qui, dans son ascension, a créé nécessairement la seule méthode valable : le matérialisme dialectique. » Milosz (paroles d'un intellectuel communiste)


Mais, toute idéologie participe de ce voile impur.

Tout à été fait pour combler le vide. Toutes constructions idéales-idéiques. Toutes idoles.

La racine est ce Moi qui pense JE... Au cours des siècles, utile et encombrant engin stratégique.

Il a fallu le contraindre à fondre cette alliage impur ou bien à se durcir au-delà de toute limite, sachant bien toutefois, au final, que plus dur il serait et moins il serait signifiant noyé dans la masse des exigences de tous les autres MOI/JE ...


« Le moi gonflé de néant détruit ou asservit les autres, les fait graviter autour de son propre vide. C'est l'autodéification du rien. » (Olivier Clément)


La psychanalyse, outil de stratégie mnésique, usine à faire du MOI/JE, se trouve aujourd'hui confrontée à son dépassement et s'affronte à une discipline plus matérialiste qu'elle : les Thérapies Cognitivo-Comportementale, véritable complexe thérapeutique de contrôle et d'asservissement. Les TCC relève du règne de l'expert, manipulateur avoué de « l'inconscient » assimilant les pathologies mentales à des virus qu'il convient de circonvenir. L'expert tend, dans tous les domaines à remplacer l'homme de connaissance ou l'homme d'expérience, il remplace déjà, de manière ésotérique, l'homme politique dont il se fait le conseiller. Les TCC relève d'une anthropologie qui découpe le vivant en catégories : homme – machine/animal !

L'antidote (forcément illusoire) secrété par la dominion ce sont toutes les thérapies « douces », « saines », « alternatives », « naturelles » ... Psychanalystes et psychologues s'effraient et dénoncent cette déshumanisation de l'approche psychologique et comportementale, oublieux, par le choc provoqué par la confrontation, de ce que ces techniques doivent aux leurs. Oublieux, car très fier de leur « domaine de compétence », de ce que la « découverte » par le bon docteur Freud de la sexualité infantile pourrait s'avérer fort heureuse dans la déculpabilisation de certaines pratiques que les médias aiment à mettre, avec pleins de bons sentiments autour, sous les feux de la rampe ...


L'hystérie thérapeutique contemporaine à une source,

une source qui est un oubli ...

Une source qui est en nous,

qui est cette non-vie en nous,

qui est cette peur nue en nous,

cette peur affreuse de ce vide affreux

que nous avons oublié

que nous avons tout fait pour oublier.


Aleitheia,

Je cris vers toi;

Ne m'oublie pas,

comme moi je t'ai oublié.

Tourne vers moi ton visage,

Sors maintenant,

tend, vers moi, ta main !



Liens internels :

Virus mémoriel : http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2008/12/27/les...

http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2008/12/27/les...

Imprimés : http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/07/07/5e4...

Vie du littératueur : http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/09/18/vie...


Liens exotériques : http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychoth%C3%A9rapie_cognitiv...

 

mardi, 10 novembre 2009

Mur-murs

 Ce monde n'aime rien tant que s'auto-célébrer.

La célébration fait partie intégrante du culte qu'il se rend à lui-même !

Il érige des murs, il abat des murs, et c'est toujours dans un flot continu de célébrations.

Le fait que son essence même à lui soit celle d'un mur ne l'effleure pas, ou plutôt, si, il ne le sait que trop bien, alors les célébrations doivent masquer l'essence, surtout qu'elle n'affleure nul part.

Tout mur à deux côtés, deux rôles. Ceci est une lapalissade, une autre forme de mur. Le mur uni ceux qui se tromural-mur-eglise_~gwt219018.jpguvent dans son enceinte et les sépare de ceux du « dehors », ceux des « ténèbres extérieures ». Par inversion il uni également ceux qui se trouvent à l'extérieur. C'est le mur qui délimite l'autre, ou plus précisément le « statut » de l'autre, qui en fait un autre, oui mais sans visage, un autre privé d'altérité en quelque sorte, c'est-à-dire un « ennemi ».Emmanuel Levinas aurait dit en 1989 que la chute du mur de Berlin marquait « l'avènement d'un monde sans promesses », comme quoi on peut avoir une capacité d'analyse d'une grande finesse et s'aveugler totalement sur le fond des choses.

Les « promesses » du socialisme furent, mais sur un autre mode, comme celle du modèle capitaliste impérial, de l'ordre de la stricte matérialité, tout juste si « l'exigence de justice sociale » put être glissée comme succédanée de morale et de spirituel.

Au jour archi-lumineux des grandes célébrations, ce monde a toujours besoin de jouer un contrepoint, une petite et discrète mélodie contestataire au-dessus de la basse continue du grand consensus. Ainsi certains rebelles zappointés peuvent-ils aller chercher avec complaisance et à tout prix des exemples de cette « östalgie » qui les fait frémirent de contentement. Il me paraît pourtant impossible qu'il puisse leur échapper à tous, qu'ils révèlent, bien qu'avec une très falote loupiote, les deux faces, soit disant incompatibles, du même mur matérialiste, les deux options de la même « religion du bonheur », de ce que Milosz, parlant du socialisme, appelait la « nouvelle foi ». Celle-ci n'est pourtant ni nouvelle ni limitée à un quelconque régime politique, elle est la marque de ce monde, elle le le virus auto-immune de l'humanité unie-divisée, unie de sa division même.

Elle s'élève en un mur compact et opaque à l'intérieur de chaque coeur. Il masque le visage de « l'autre », il garde dans son ombre le « prochain » pour nous contraindre à jeter notre regard vers un lointain, un horizon insurpassable, un avenir radieux ... ou bien encore l'autre sans visage il le fait tiers, gardien d'un point de passage, d'un toujours infranchissable check-point spirituel.


Mais cette foi-de-toujours elle sait bien orner et décorer son mur, elle offre à ses fidèles festivus-festivus de nombreuse réjouissances, un culte apotropaïque ... et comme « il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon Père », elle singe la divine mansuétude en se montrant suffisamment large avec les micro-hérésies, avec les nostalgiques d'une forme évanouie de son culte ...


 

samedi, 31 octobre 2009

Conférence : le pouvoir royal chez les Celtes

ddc1869.jpgLe 11 décembre 2009 à Nantes, conférence de Thierry Jolif "Le pouvoir royal chez les anciens Celtes";

Organisée par l'Union Royaliste Bretagne-Vendée Militiaire

http://www.facebook.com/profile.php?id=747534333#/event.p...

22:53 Ecrit par Thierry dans Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : conférence, urbvm, nantes, celtes, roi, royauté, thierry jolif |

jeudi, 29 octobre 2009

La sub-version comme principe chtonien

Toute idée peut être subvertie !


Toute idée ne peut subvertir que ce que le subversif tient pour être normatif !


La « sub-version » c'est l'inversion par le dessous ! Pénétration souterraine d'une idée dans une autre !

Il faut toujours déterminer ce qui doit être subverti ! Il faut aussi en analyser, en jauger, en peser le poids en terme de puissance, de pouvoir, de dynamique !


En règle général nous pouvons admettre que le subversif souhaite, juge nécessaire, de subvertir ce qui, à ses yeux, semble statique, pesant ! Ce qui semble injuste devient alors absolument injustifié, injustifiable et doit être abattu absolument et radicalement ! Toutefois, admettons, que, le plus souvent ce qui devait être absolument éradiqué est plus transformé que proprement éliminé par la subversion. La subversion s'avère alors bien plus une substitution qu'une inversion. Elle n'est plus inversion catagogique mais retournement, renversement substitutif. Jamais absolue elle demeure une simple substitution de critères normatifs, nous pourrions dire « moraux », voire moralistes.


Ainsi, certaines défenses sont-elles les meilleures alliées de « l'ennemi ».


Ainsi, certains amis de l'idée monarchiste s'élèvent-ils contre les divers échauffourées de « banlieues », certains actes « anarchistes-vandalistes ». Et les honnêtes royalistes de se faire contre ceux qu'ils considèrent comme « ennemis », les vaillants défenseurs des marchands « sans âmes », des policiers vilipendés; tous « gens d'arme » de la république qui, qu'on se rassure enfin, continue à « gouverner mal mais à se bien défendre », comme le soulignait l'inénarrable Thiers.

Que ne voient-ils nos « royaux » amis que c'est, précisément, l'emprise qu'ils entendent combattre par ailleurs qui se livre combat à elle-même ?


On s'en prend aux caténaires ? Il faut défendre les caténaires ? Pourquoi diable ?

Diantre, ceux-là ne sont-ils pas la matérialisation très exacte de la modernité décapitatrice ? Les fils de la toile concentrationnaire qui a liquéfié l'esprit des campagnes afin d'en tirer la moëlle pour nourrir les réseaux artérielles thanatiques de la goule-métropole ? Ne sont-ils pas l'expression achevée de la nature succubique de la révolution ?


L'Etat policier naît avec la Révolution française et se propage dans le maillage du chemin, qui est, comme l'âge, de fer ... Il kidnappera et transbahutera les corps et les âmes, comme les marchandises destinées à ces « corps et âmes » qui ne sont plus en exil depuis qu'ils sont en partance, par wagons entiers, pour d'exotiques ou de laborieux voyages, quand ce n'est pas pour une destination qui, comme la solution, est finale !

mercredi, 28 octobre 2009

L'idée-nation comme idéologie

 

  1. Le nationalisme est une conséquence de la maladie d'une nation, tout comme le socialisme est une conséquence de la maladie d'une « société »; les deux sont les symptômes des pathologies touchant au « corps » national et au « corps » social. Loin d'être des remèdes efficaces ils concourent, lorsqu'ils sont pris pour ce qu'il ne sont pas, à la ruine, à l'aggravation de la maladie. En effet, au lieu de chercher un remède aux maux divers qui frappent une communauté, ils imposent des solutions qui nient la possibilité d'une unité, d'un équilibre de cette communauté et accentuent encore le déséquilibre, la division.

  2. Le nationalisme est un centralisme. Il ne peut que tendre à imposer abusivement une morale et une norme qu'il pose comme dogmes de manière inconsidérée.

  3. Le nationalisme est un centralisme sans centre réel, il fait d'une idée, d'un mirage à dire le vrai, un donné concret. En outre, sa tendance au « mysticisme » est d'autant plus paradoxale, en apparence, qu'il se bâtit avant tout sur une biologisation de la personne humaine. Ce n'est qu'une apparence, en effet, car en réalité il rejoint bel et bien les religions de massification pour lesquels la personne ne compte qu'en tant qu'elle est une partie du tout, la proportion d'anonymat dépendra de la capacité de servitude à l'idée.

  4. Asservissement mortifère et néguentropique de la communion. Inversion de l'union (hénosis) sans confusion en fusion confusément unifiante.

21:00 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Philosophie, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, nation, nationalisme, pays, christ, christianisme |

mercredi, 21 octobre 2009

Précautionneuse hystérie

 Mais qu'allons-nous devenir ? Voici venir le redoutable virus A/H1N1 !


ON vous le dit braves gens, craignez pour votre vie et celle de vos enfants, ON vous le dit !

Virus%20H1N1.jpg

Source : intellego.fr

Fort heureusement, nos dirigeants, tous nos dirigeants, ceux que nous connaissons et tous les autres que nous ignorons mais qui eux nous connaissent bien, tous, donc ils vont nous sauver ! Le salut, brave gens, est dans la maîtrise savante de la précautionneuse hystérie, dans l'orchestration des catastrophes naturelles contrôlées. C'est aussi ça l'écologie. C'est aussi ça le biopouvoir.


Le SIDA ? Plus assez rentable ! La crise économique ? Déjà bouclée et pas assez mobilisatrice finalement ! Alzheimer ? Trop pour les vieux, pas assez « sexy », pas assez « jeune fille » ! Kreuzfell-Jacobs, la vache-folle ? Trop cérébral !


Que diriez-vous d'une bonne grippe ? Un peu vieillot ? Trop « entre deux-guerres » ? Non, ON a la solution une grippe mutante, un truc génétique ... ça va cartonner ça ! Penses-tu ! ON avait bien essayé avec la grippe aviaire ... Ouais mais les poules, il y a un capital sympathie trop grand pour l'animal ... Alors que là, avec le porc, ON a carrément bien ciblé ! Imaginez; les musulmans pourront dire que c'est un complot occidental ! Ils pourront joué symboliquement sur l'image de cet animal interdit ! Et puis nos anticapitalistes, nos alter-mondialistes végétariens pourront eux aussi y aller de leur comparatifs imagés avec les puissances d'argent qui se cachent derrière tout cela, la production industrielle, les organismes génétiquement modifiés ...


Ils n'auront, sans doute, pas entièrement tort (les gredins). Il faut avouer qu'il est des conjonctions un peu trop voyantes. ON a connu des délires mortifères de la dominion un peu mieux organisés au niveau du secret. Mais, sachons ne pas ignorer que parfois beaucoup de bruit vaut mieux que des pas feutrés ou quelques occultes « messes basses » pour, précisément, occulter le « vrai » ...


Et faut-il donc que la médiatite soit, elle, un virus bien virulent pour que l'Église elle-même, du moins certaines Eglises, soient, tout à coup, prises elles aussi, de cette hystérie de la précaution...

Où il nous faut bien constater que l'empoisonnement est profond lorsque la confiance, l'espérance en le Sacrement central de la foi est mis en doute, est soumis au diktat de la précaution selon le monde, où la santé sacralisée est mise un rang au-dessus de la sainteté promise ... et la voici bien compromise. Comme la compréhension authentiquement chrétienne de la Création se trouve bien compromise lorsque, par alliance exogène, l'Église se mêle de « journée de l'environnement » ...

Nous voilà confronté, encore, à deux tenailles idéologiques de l'empire de ce monde. Nous voici aux prises avec SES mots, SES injonctions, SES remèdes, SES problèmes et SES solutions, et tous sont nécessairement les « bons », puisque ON vous le dit cette réalité est réelle et il n'y en a pas d'autres.


Et puis ... ON se doit d'être pragmatiques, tout en étant très « humain », cela va sans dire. Bien sur, il ne faut pas, non, il ne faut pas être trop « scientifique », bien que la science soit l'alpha et l'oméga du monde civilisé, mais, justement, civilisés nous le sommes, alors que, en bon darwinistes nous pourrions, très scientifiquement déclarer que : les meilleurs survivront, si ils survivent parce qu'ils auront eu accès à un vaccin qui coûte très cher (même à ceux qui n'en bénéficieront pas) et bien c'est ainsi et, en outre, cette éventualité sera très écologique ... débarrassant notre sacro-sainte terre de quelques milliers de pollueurs potentiels ou réels et relâchant ainsi la pression sur le climat, arrangeant, du même coup, les problèmes connexes de la « surpopulation ». De plus, elle serait également avantageuse économiquement, redistribuant le travail, créant des emplois, relançant la sacro-sainte « croissance » ... Finalement, finalement, ces deux crises sont peut-être la chance, la voie vers un « monde meilleur » ... ?? Oui, il faut « sauver » mais « sauver vert » et « rentable » ! Le meilleur des mondes sera, évidemment, écologique-hygiénique-citoyen-rentable ...


Sérieusement, à bien y regarder les enjeux ... ne tournons-nous pas, sans oser le dire, évidemment, autour de cela ... Cette crise « sanitaire » ne profite-elle pas à l'autre ? A moins que ce ne soit l'inverse ? Va savoir ...


Encore une fois toute question réelle, toute question regardant la « fin » est écartée comme ne devant pas existé ... Il n'y a pas de « crise », puisque « rien ne change » réellement, nous sommes poussés, toujours, dans la même logique générant elle-même les « crises » dont elle a besoin (mêmes si elles apparaissent contradictoires) comme autant de « phases-chocs » nécessaires à son développement, à son « chaos-planifié » ...


Le langage nihilisant a pris le dessus, comme toujours ...

L'aspect totalitaire des messages sera regardé comme anecdotique, il le sera d'autant plus que les comiques troupiers zappointés, les rebelles rigolards professionnels s'empareront du « buzz » et que les dénonciateurs - défouloirs hystériques, disqualifiés avant même que d'ouvrir la bouche, feront leurs basses œuvres ...

Et pourtant, pourtant ... le tutoiement, à la fois « camarade » et infantilisant, le message basique, presque idiot, répété à l'envie, tellement répété qu'il finit par ne plus rien signifier, par être déconnecté de la réalité pour laquelle il est « primitivement » conçu, ce message qui devient comme une « phrase magique » qui rassure, qui apaise (et ne fait plus que cela) ...


Non ?

Exagération ? Encore ? Sans doute ...


Toutefois, bien que savamment cachées (c'est-à-dire occulté par les savants), les origines occultistes, à tout le moins leur communes adhésions à un ensemble de « valeurs », des sciences modernes ne sont pas tout à fait inaccessibles. Ainsi, un livre américain, récemment traduit en français, en remet-il une couche sur la convergence, le non-opposition, entre la foi chrétienne et les données scientifiques du darwinisme, allant même jusqu'à l'émouvante évocation de la foi de Darwin lui-même, foi que l'auteur de l'ouvrage avoue partager avec l'illustre savant. Savant qui semble tout de même ignorer dans son immense bienveillance réconciliatrice les passages des journaux de Darwin dans lesquels l'immense précurseur se défait sans scrupule de cette foi éclairée et avoue qu'il ne la confesse que par pure stratégie ...


Stratégie ? Nous rejoignons le domaine propre de cette articulet ! L'orientation entière de la perspective darwiniste est stratégique. Elle sert de base à « l'avancée » des recherches actuelles. Elle ré-oriente même toutes les découvertes qui pourraient la mettre à mal. Véritable machine stratégique, stratagème gnostico-scientiste, cheval de Troie de l'inversion médicinale sotériologique de CE monde, elle se trouve être le fondement de toutes les idéologies concordantes-divergentes de la dominion, celle de Marx comme celle de Smith ...


L'objectif « santé » est l'un des biais, reconnu pour efficace, de l'objectif « bien-être » (c'est-à-dire « bonheur », mais certains mots font quand même un peu peur ...), qui n'est autre que le télos proposé par la « maladie de la religion ».


Au moment de la révolution française, un voile fut levé, certains pouvaient croire le moment bien choisi après un début qui n'était rien d'autre qu'une « émeute de la faim », une « insurrection du ventre » ! On nomma donc instance dirigeantes les « comités de salut public » (les soviets ne furent pas autres choses, au demeurant ...). L'inversion apparaît alors flagrante. Elle prend pour base cette hérésie (cette « séparation ») qui prétend enseigner le salut comme « salut individuel ». De là au bien être de chacun, à la conjonction aberrante entre « salut » et salubrité, à la « fonctionnalité » du matériau humain aux camps, réadaptation, expériences médicales (en particulier sur des vaccins) et psychologique, goulags ...


Les premières véritables « politiques » de santé publique furent le fait de l'Etat national-socialiste (seul un régime réellement totalitaire, et plus même, totalisant est en mesure de réaliser ces politiques ...), fruits d'expériences concentrationnaires.

Le IIIe Reich fut l'une des inversions intensificatrices les plus démoniaques de l'Empire romain chrétieni ! Si nous nous référerons encore au travail du Père Romanidès, et considérons avec lui (et les saints Pères) que l'association providentielle de l'Empire romain avec l'Église indivise avait pour but de diffuser à l'échelle planétaire la cure de la maladie de religion (pandémie à l'échelle mondiale), rendue possible par la venue du Christ il devient assez clair que toute les tentatives humanitaires, scientifiques, médicales de « santé (salut) publi(c)que » ne sont que des inversions intensifiées de la sotériologie orthodoxe ...


D'ailleurs, il ne s'agit pas tant de soigner et de protéger que de contrôler. Contrôle à la fois des virus et de leurs « antidotes », c'est-à-dire, contrôle des populations, activités d'une politique sanitaire de sureté publique ...


Lien internel :

Stratégie du choc : http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/10/12/amn...







ihttp://fr.wikipedia.org/wiki/Lingua_Tertii_Imperii

jeudi, 15 octobre 2009

Néantisation des rebelles

 « Dans la société communiste on s'efforce à une objectivité de plus en plus poussé. C'est même la meilleures définition qu'on puisse donner de cette société ... Dans la société communiste idéale, il n'y a plus, à la limite que des policiers et des machines électroniques... Tout le monde est policier. »

Raymond ABELLIO, La Fosse de Babel

« La violence, c'est-à-dire le pouvoir de l'Etat est également une force économique. »

Marx/Engels, Correspondance

« Les intellectuels travaillant dans la clandestinité étaient particulièrement exaspérés par le climat déraisonnable qu'on respirait dans la résistance. L'hystérie n'était pas loin. Conspirer devenait une fin en soi; mourir et exposer les autres à mourir, presque un sport. »

Milosz, La Pensée captive


Résistantialisme

persona.jpgDans notre époque où tout réussit si bien et pour laquelle le recours à la violence est, officiellement, une violence à ses principes même, il n'est guère surprenant, en définitive, de voir les opposants à l'état dominant fort surpris de la réponse apportée à leur « lutte ».

Par exemple, les membres supposés de Tiqqun ou du Comité Invisible, eux qui ont théorisé l'idée de guerre « civile », qui ont déclaré prendre part à cette guerre, semblent manifester, lorsque l'Etat réagit avec la violence qu'ils lui prêtent, le même étonnement et la même indignation morale, que n'importe quel démocrate droit-de-l'hommesque ...

N'est-ce pas la part des insurgés, des révoltés, que de subir cette violence ? Pourquoi la dénoncer sur ce mode de la surprise et de l'indignation ? Ou même sur le mode sarcastique ? Parce que les désignés-coupables sont en effet innocents ? Ne savons-nous pas que ceci n'a aucune espèce d'importance ? La violence, comme « état d'exception » est communicationnelle, la réponse à celle-ci le fut également ... Si le « combattant » désire l'anonymat, l'état dominant, ne veut que « nommer », dénommer et dénombrer ses « ennemis ». En répondant par la voie communicationnelle, par les moyens mis à sa disposition, quand bien même il s'agit de dénoncer ceux-ci, l'adversaire tient le rôle peu enviable de la « lumière » qui luisait dans les ténèbres et que les ténèbres ont circonscrites ... La réponse circonscrite justifie à posteriori l'exceptionnalité de la violence mais n'échappe en rien à cette violence exceptionnelle.

Mais, notre exemple n'est qu'un exemple ... il s'agit d'une tendance générale que j'ai ressenti à bien d'autres occasions. ON se targue de lutter, de combattre; et puis lorsqu'une réaction arrive ON se lamente et ON dénonce l'injustice de cette réaction. Mais, si cette réaction correspond bien à la réalité que l'ON dénonce pourquoi donc dénoncer aussi la démonstration de sa véridicité ? Il ne saurait y avoir d'injustice, de « sentiment d'injustice » que pour ceux qui n'ont pas une claire conscience de ce qui est en jeu ... Pour le reste il s'agit de constater qu'en effet, la machine dont le fonctionnement secret à été mis en lumière, s'exécute « proprement ».

Ce qu'ON nomme « le système » (car il veut être nommer) n'a-t-il pas en ce domaine remporté encore l'une de ses victoires néantisantes ? La « domination » veut être dénommée car elle n'a pas de Nom, elle veut être nommée pour assurer sa rationalisation car son essence, son noeud vital est « vide » et non-rationnel. A la rigueur, il conviendrait même d'affirmer que la dominion désir être combattue; elle ne peut pas ne pas vouloir ardemment la nomination, la rationalisation, l'opposition et la division. Elle peut même fourbir les armes et les contres-attaques !

CYBER-WAR STRATEGIES

C'est un peu ce dont il est question dans l'excellent document réalisé par le Comité Invisible sous le titre « Ingénierie sociale et mondialisation » : disciplines gestionnaires, marketing, management, robotique, cognitivisme, psychologie sociale et comportementale, programmation neurolinguistique, social learning, formatage social, espionnage, recherche de toutes informations, évaluation, reconfiguration d'un donné humain, stratégie du choc (amnésie par trauma), études, analyses et définitions des structures générales et constantes, constitution et implantations de structures nouvelles ...

Tout, ou a peu près tout, ce qui figure dans ce document semble largement plausible et même relativement évident.

Le document, diffusé stratégiquement sur la « toile », n'échappe pas à ce nouveau « théâtre des opérations » : « La blogosphère et les nouveaux médias sont une autre zone de guerre. » A. Leibovich

Toutefois il aurait pu analyser également l'essence ubiquitaire de l'informatique et mettre le doigt là-dessus que l'internet est une invitation constante à faire usage de sa liberté. Liberté que les gouvernements démocratiques nous engagent à « utiliser », qu'ils favorisent en travaillant à une amélioration à l'accessibilité aux réseaux hauts-débits et wifi ... pour plus de liberté et d'égalité et d'éducation (cela va sans dire), mais dont ils savent et veulent réprimer les aspects les plus « sauvages » ou disons, pour parler leur langage, qu'ils souhaitent lui offrir un encadrement législatif pacifiant ... (Disons aussi que l'ON offre un espace franc de liberté qui sert, de lui-même, à démontrer le bien fondé du contrôle lorsque l'expression de la liberté montre un visage peu conforme à la bienséance du moment ...).

Le web de nos gouvernants invite donc chaque citoyen , dès le plus jeune âge, à se connecter, à s'exprimer en « toute liberté » ... Double fonction :

abêtir et amener à l'oubli ceux qui n'ont déjà qu'un faible potentiel de « révolte » (qui n'ont pas grand chose à exprimer en terme de liberté)

amener les « autres », par le double langage et de quelques bords qu'ils soient à se dénoncer eux-mêmes en usant de leur « liberté »

C'est l'une des grandes forces de « ce monde » que de laisser suffisamment de liberté, de l'offrir ... Vous êtes libres, objectivement, idéalement de ne plus rien avoir avec lui, de déconsommer, de décroisser, de désirer, voire de réaliser une forme ou une autre d'autarcie communautaire et ce, dans le silence ou bien en contestant. Cette liberté qui, en définitive, ne dépend guère que de vos moyens, devient l'argument choc, la massue idéologique ... et elle se retourne d'un coup, d'un seul, contre vous, contre elle-même ...

Plus besoin de délateurs zélés, nous sommes dans l'ère de l'auto-délation, de l'egoscope auto-dénonciateur. L'une des tâches du résistant fut de ne pas être dénoncé, dans l'actuel ajourd'emain résister c'est se dénoncer. Avec pour corolaire la fausse idée très habillement répandue : « si vous êtes surveillés c'est que vous êtes dangereux » ... Les limites de la résistance étant fixées par « l'ennemi », ses règles aussi, il devient évident que la surveillance, ou la simple idée de la surveillance (génératrice d'auto-suffisance) et l'idée suscitée de la dangerosité peuvent s'avérer des moyens bien plus efficace que le contrôle musclé.

Ceci conduit presque à ce que j'appellerais le Tyler Durden's complex ... la dominion générant elle-même ses adorateurs et ses dénonciateurs, générant une immense société purement schizophrènique !

Ne faut-il pas l'être, même un tout petit peu, pour dénoncer la soit-disant volonté de la dominion de faire du monde un monde-un qui ne serait qu'un gigantesque disneyland ( image parfaite, si caricaturalement parfaite d'un Nouvel Ordre mondial qu'elle en devient ineffective) ... ? C'est, en tout cas, perpétuer la dramatique erreur (fort utile) d'identifier la dominion ou sa volonté, son hegemon, avec une « nation » particulière. C'est aussi ne pas voir, malgré une bonne volonté évidente, que par-delà les différents masques idéologiques c'est la même « quête luciférienne du bonheur sur terre » qu'ont en vue, précisément, toutes les idéologies et toutes les métaphysiques qui, le cas échéant, fondent les présupposés des premières ... (fussent-elles, prétendument, « traditionnelles » ou « modernes » ou « post-modernes »).

Par exemple : pour s'imaginer qu'il aura fallu attendre les années 2000 pour que soit mis à mal le programme du Conseil National de la Résistance ? Pour analyser finement la théorie et les principes de cette déconstruction et ne pas oser dire que Mai 68 a obéit à cette même théorie, que l'offensive libérale-égalitaire sur les moeurs et le savoir a préparé la stratégie économico-libérale de dissolution ... ? Ce qui apporte aussi une réponse à cette question « Comment réussir à ce que la transgression de l'intégrité mentale des masses populaires reste inaperçue ? », comme en 68 en mettant en avant la transgression comme valeur !

Communisme/communauté/communautarisme – communion !

Autre phénomène de néantisation : le second tome de la revue TIQQUN est aujourd'hui publié sous forme de livre avec pour titre Tout a échoué, Vive le communisme !. Comme si le communisme n'avait pas échoué ! Pour de telles intelligences analytiques quelle faillite ! ... et, par pitié, que l'on garde pour soi les sentencieuses répliques sur l'intrinsèque « bonté » de l'idéologie, sur l'inaltérable « humanité » du projet, sur la « trahison » ... tout cela est aussi infect et infectieux que n'importe quel révisionnisme historique, même blocage psychologique et émotionnel, même moralisation mauvaise. On peut bien nous dire « que nos pires ennemis l'ont usé, et qu'ils continuent. » (Comité Invisible, Mise au point, janvier 2009), le nom prépare un projeti.

Le projet, malheureusement, semble trop évident. La « communauté qui vient » remplacera-t-elle les communautés qui se sont ou ont été créés ? Ne sera-t-elle pas une de plus parmi les autres ? Si non, comment imposera-t-elle sa préférence communautaire ? Ses choix, ses visées, sa VIE ? La limite est toujours celle d'un « système humain » voulant remplacer un autre « système humain », une organisation veut en supplanter une autre. Toujours, reparaît le spectre, assez hideux derrière son masque de béatitude, de l'Age d'Or ! Et surtout cette idée inquiétante que ce dernier pourrait se voir décréter par la Loi ou créé par une commune volonté ...

Ce qui, toujours, a fait défaut à cette idée du « communisme primitif » vers lequel tendrait toute révolution (au sens étymologique d'un « retour », moins « vers », que « de » quelque chose), ce qui lui a constamment manqué (aporie ontologique) c'est l'idée et la réalité de la « communion ». C'est également ce qui est, actuellement, le néant performatif des « communautaires » nouveaux !

« Il y a une interrelation constante entre l'Eglise et le monde, le monde étant création de Dieu et ne cessant jamais de lui appartenir, et l'Eglise étant la communauté qui, par le moyen de la venue de l'Esprit Saint, transcende en elle-même le monde et l'offre à Dieu dans l'Eucharistie. » (Jean Zizioulas)

Hakim Bey dans Zone d'Autonomie Temporaire, serait plus proche d'une certaine vérité, opposant la « famille nucléaire » non à la « communauté » mais à la bande : « La bande est ouverte - certes pas à tous mais, par affinités électives, aux initiés liés pas le pacte d'amour.» Structure qui peut se retrouver dans les sociétés dites « tribales » autant que dans les « sociétés secrètes », congrégations ou autres « confréries ». Toutefois, ici encore, et le gnosticisme volontariste de Bey, ni change rien, il s'agit d'un contrat humain et profane qui n'échappera pas à une forme d'égoïsme ou, à tout le moins, d'égocentrismeii.

« l'Église est plus qu'une institution apparue à un moment donné de l'histoire. Elle est plus qu'une assemblée d'hommes, fondée sur une véritable communauté spirituelle de doctrine et de discipline. [...] son existence en Dieu précède ou plus exactement conditionne son existence historique. Elle est en fait la Déi-Humanité in actu. Selon l'expression du Pasteur d'Hermas, Dieu a créé le monde pour l'Église. » (Père Serge Boulgakov)

Selon le Père Romanides seuls les glorifiés revenus à l'état normal, « naturel », peuvent être « utiles » à la société, en tant que médecins, étant eux mêmes sauvés de l'état de maladie. L'Occident, dans son ensemble, a dévié l'Église et bloqué le processus de la cure par sa confusion entre les spéculations métaphysiques rationnelles et la théologie authentique qui est en vue de la guérison. L'erreur et la déviation se poursuivent. L'idée de la communauté qui « libère » des « maux », qu'elle soit d'orientation sociale ou ethnique ou même « religieuse », ne mène à rien, nul part, sinon à la perpétuation, par des voies diverses, en apparence contradictoires, de la « quête » au bonheur béatifique (et en fait, ontologiquement égoïste, derrière ces voiles humanistes) sur cette terre.

Est-ce assez pour éclairer la « néantisation » ? Je ne sais ? Mais, pour éclairer un peu mieux je voudrais encore écrire quelques mots sur LE mot : « social ».

XC anar.jpgHypnose du social

Paix sociale, guerre sociale, luttes sociales ... le social minimise le poids des mots et creuse encore cet écart de néant. Que mesure-t-il donc ? Le social : le mot-alibi qui sert d'une « catégorie » à l'autre, qu'on se tend, qu'on se passe, qu'on s'agite sous le nez avec véhémence ou cordialité, du plus grand jusqu'au plus petit ... Une vraie « boite noire » !

L'hypnose sacrée qui vaut pour toutes sortes de mots du côté dextre, est absolument la même avec celui-ci côté sénestre ! Et, j'oubliais, la « justice sociale » ... Mais quel lien avec la justice, ce que ON, le grand ON touglobal, appelle « justice sociale » n'est que le camouflage d'une pensée bourgeoise du monde. Une répartition différente des richesses ... ? cela n'a rien à voir avec la justice, cela s'appelle de la corruption ! La démonie de l'économie engendre la démonie du social. Cette aveugle passion du « social » n'est pas un anti-économisme, ses titres de « noblesse » le disent assez : anti-capitalisme, anti-libéralisme; pas plus, d'ailleurs que le contraire de l'économisme, mais un « économisme contraire » ! Les uns face aux autres s'agitent sous le nez des économismes à rebours ...

Pourtant, dans le document en question apparaît clairement une très claire analyse de certaines tendances « contemporaines » : le regressus ad paganus !

REGRESSUS et MAMA GAÏA

« l'ingénierie du Nouvel Ordre Mondialiii, comme effacement des frontières sous une tutelle unique, s'identifie à un processus de régression pré-Oedipienne et d'infantilisation délibérée des populations. Du point de vue de la psychogénèse, le giron maternel est éprouvé par l'enfant comme une continuité de son vécu intra-utérin, c'est-à-dire comme ce monde unique et englobant [...]; et l'enfance est cet âge de la vie sans politique, marqué par l'adhésion spontanée aux valeurs dominantes du corps social ... »

« La culture de l'involution vers des stades archaïques du psychisme, avec en perspective le retour à un stade foetal, se présente ainsi comme le fil conducteur de l'ingénierie psycho-politique mondialisée. » (Comité Invisible, op.cit)

Ce que nous propose donc la dominion c'est cette régression infantile servit et asservit, toutefois, par une technique et une technologie qui ne sont plus envisagées sur le mode conquérant et progressiste mais sur celui de la possession égotique sécurisante.

« Je tiens, tu tiens, nous tenons notre Moi comme un guichet fastidieux. » (L'Insurrection qui vient)

Dans de riches développements le document du CI évoque comme symptôme (ou comme résultat) de cette volonté, la « tendance » du cocooning comme recherche, en dehors ici de toute communauté, d'une sécurité pacifiante, ludique, bienheureuse. Tendance confortée aujourd'hui par la « mode » de la décoration, du cooking et plus encore par celle du « maternage ». Avec cette dernière mode, ce ne sont plus seulement les adultes que l'on tend à faire régresser, ce sont les touts jeunes enfants qu'on contraint, sous le prétexte de la « vie saine », naturelle, à ne pas se détacher du monde infantile-maternel.

« En cherchant à abolir toutes les frontières, donc toutes les limites, et dans le même geste la notion même d'extériorité, de monde extérieur, objectif, réel, l'ingénierie mondialiste cherche ainsi à construire une forme de société déréalisée s'appuyant sur une culture de l'intériorité, de la fusion charnelle dans un bloc identitaire homogène et du rejet corrélatif de tout ce qui est hétérogène, autre, bref de tout ce qui rappelle le Père, c'est-à-dire l'instance qui fissure l'emprise exclusive et englobante du monde maternel pour introduire au « monde extérieur » et au réel. » (CI)

Le processus complexe et multiformes est ici fort bien résumé. Il faudrait ajouter que cette tendance est, pour employer la langue de la dominion, lourde. Elle se fait jour, en outre, et c'est qui mérite d'être plus particulièrement souligné, dans presque tous les mouvements modernes et en particulier chez ceux là même qui entendent lutter contre la dominion dont ils ont très, très mal envisagé le « visage réel ». Les nouvelles religiosités, en particulier toutes celles qui s'appuient sur le « bien être », le chamanisme, les médecines parallèles, le « yoga », le « zen », le « développement personnel », puis tous les néo-paganismes, les mouvements « d'enracinements », plus ou moins écologistes.

Le « désenchantement » et le « réenchantement » du monde sont les deux mouvements d'un seul processus, vide et vain, mais qui paraît d'autant plus « vivant » et réel qu'il multiplie les divergences, les divisions, les opinions contradictoires ...

Mais, une chose est de percevoir ce mouvement subtil, apparemment désorganisé et contradictoire, une autre de creuser jusqu'à ses authentiques sources.

L'écologisme, aujourd'hui, en lien avec les idées diffuses d'identité, de communautés (même, et surtout, si elles paraissent, pour l'heure conflictuelles) participe de cette « culture de l'involution vers des stades archaïqes », vers ce retour au culte de Mama Gaïa ...

Ekhete kai ton typon tès thlifeos tès erkhomès megalès. (Hermas, Le Pasteur)

Ce « détail » est plus présent et bien mieux analysé dans le texte de L'Insurrection qui vient :

« Il n'y a pas de « catastrophe environnementale ». Il y a cette catastrophe qu'est l'environnement. L'environnement, c'est ce qu'il reste à l'homme quand il a tout perdu.

...

Aucun milieu matériel n'a jamais mérité le nom « d'environnement », à part peut-être maintenant la métropole.

...

L'excitation morbide qui anime désormais journalistes et publicitaires à chaque nouvelle preuve du réchauffement climatique dévoile le sourire d'acier du nouveau capitalisme vert, celui qui s'annonçait depuis les années 1970, que l'on attendait au tournant et qui ne venait pas. Eh bien, le voilà ! L'écologie, c'est lui ! Les solutions alternatives, c'est encore lui ! Le salut de la planète, c'est toujours lui !

...

Tout est permis à un pouvoir qui s'autorise de la Nature, de la santé et du bien-être. 

...

Le paradoxe présent de l'écologie, c'est que sous prétexte de sauver la Terre, elle ne sauve que le fondement de ce qui en fait cet astre désolé.»

L'analyse est pertinente et véridique. Toutefois, la problématique reste entière. Car cette même analyse, repose, en dernière instance sur un projet politique bien flou et un présupposé métaphysique, qui, même s'il entend rendre compte de la réalité de la Métaphysique Critique, peu se voir opposé une autre métaphysique aussi pertinente. En outre cette critique, de par son caractère non-déterminé, peut se retrouver placé dans la bouche de n'importe qui. Déjà on voit poindre ce phénomène logique de la dominion, la contestation se voit introduite dans son champs sémantique, dans son espace de communication. Et, dans un premier temps, cette critique radicale ne pourra être mieux servi que par ceux qui réussiront le mieux à la desservir (Francis Lalanne, en ce moment, pour l'exemple -et pour faire sourire). La démocratie et les droa-du-globhomme seront le fondement d'une critique acerbe et médiatique des risques de dérives totalitaires d'un mouvement lui même démocratique et droa-de-l'hommesque ... La boucle est bouclée, le vide est encerclé d'impuissance. Mais, cette éventualité est contenue déjà-toujours dans la première page, oui, dans le titre lui-même de cet exercice :

L'Insurrection qui vient! « Soulèvement, ou sa forme latine insurrectio, sont des mots employés par les historiens pour qualifier des révolutions manquées – des mouvements qui ne suivent pas la courbe prévue [...] : révolution, réaction, trahison, l'état s'érige plus fort, et encore plus répressif ... En ne se conformant pas à la courbe, le sous-lèvement suggère la possibilité d'un mouvement extérieur et au-delà de la spirale hégélienne de ce « progrès » qui n'est download.jpgsecrètement rien de plus qu'un cercle vicieux. Surgo – soulever, lever. Insurgo – se soulever, se lever. Une opération auto-référentielle. Un bootstrap. Un adieu à cette malheureuse parodie du cercle karmique, à cette futilité historique révolutionnaire. Le slogan « Révolution ! » est passé de tocsin à toxine, il est devenu un piège du destin, pseudo-gnostique et pernicieux, un cauchemar où nous avons beau combattre, nous n'échappons jamais au mauvais Eon, à cet Etat incube qui fait que, Etat après Etat, chaque paradis est encore administré par un nouvel ange de l'Enfer. » (Hakim Bey, Zone autonome temporaire)

L'Insurrection ne vient pas, elle est là-déjà-toujours. A ceux qui pourraient le percevoir elle s'identifie, se confond avec la liberté de l'Esprit, liberté explosive. Le soulèvement est tel une vague. Précisément il s'élève, comme elle, et retombe, comme elle, mais, comme elle sans rien perdre, jamais de ce qu'il est, de ce qui le fait, de cette dynameis pneumatique. Hypnotisé par le politique, le métaphysique, le social, on échoue toutefois à l'identifier. L'Insurrection c'est une érection interne, c'est se mettre debout, en position de pilier, stavros, c'est, dans cette vie, dans ce monde se mettre en position de « relevé », c'est-à-dire de ressuscité ! Talitha koumi !

Celui qui Vient

Comme nous l'indiquons en note, non seulement, toutes les structures révolutionnaires se sont constitués sur le modèle des société « initiatiques » et de leur culture du secret, mais, en outre, depuis la redécouverte des sociétés pré-chrétiennes et, surtout, de leur mise à disposition de la « mode », toutes les communautés qui ont essayé de se constituer sur ce « modèle », ont été, en fait, des ersatz gnosticistes des premières communautés chrétiennes, de l'Église en tant que telle ...

Analysé brièvement dans le document du CI l'ouvrage de Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, pourrait aussi servir de manuel aux leaders de toutes les sectes du monde que les gouvernements occidentaux prétendent combattre avec acharnement. Mais qui sont, pourtant, comme autant de reflets du maître, bons élèves de la dominion dans leurs « domaines » respectifs.

Toutefois, le plus intéressant reste cette liste des « impulsions primaires » dressée par Tchakhotine et qui, selon lui, sont les « mamelles » de la manipulation : l'agressivité, l'intérêt matériel immédiat, l'attirance sexuelle au sens large, la recherche de la sécurité et de la norme. Inversez ces impulsions, vous trouvez ce sur quoi luttent les saints moines depuis quelques siècles. Vous trouvez ce que le Christ, viril et solaire, est venu abolir; ce qu'Il est allé arracher aux entrailles de la terre (situs symbolique des Enfers mais aussi image du monde intra-utérin précisément.)

Ce phénomène polymorphe est donc un regressus ad paganus, mais un paganisme frelaté qui n'a plus l'excuse de l'attente de la révélation, celle de l'état non-rédimé du monde... Contre la course solarienne de l'histoire christifiée (avant que d'être déifiée par la Parousie) c'est un retour au gnosticisme chtonien ! C'est, ainsi que Nicolas Berdiaev le notait, le combat antique que se livrent le principe masculin et le principe féminin pour la prédominance sur l'homme, « ce dernier accepte difficilement la victoire du soleil sur la terre, celle de l'esprit sur la matière, [...] celle de la personne sur le collectif. Il se révolte contre cette domination qu'exerce le Logos sur le sein maternel, auquel il aspire à retourner et à s'unir. C'est en somme une protestation contre le détachement d'avec la terre, d'avec la source originelle de la vie. » (N. Berdiaev)

« Dans le soleil, il a placé sa tente. »

« Il s'élance comme un géant pour parcourir sa route. » Psaume 18, 5-6.

Le remède ne sera pas fait de main d'homme. Toutes les analyses, toutes les solutions actuellement proposées se posent sur le même terrain et peuvent, consciemment ou non être asservies au processus qui, répétons-le, se nourrit de tout ce qui s'engendre sur son terrain. La devise de la dominion est nietzschéenne « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »

iNotons que le vocabulaire, les concepts, les idées autour de l'empire, la métropole ... dirigés vers la domination actuelle sont aussi utilisé par Milosz dans La Pensée captive, à ceci près que l'écrivain les utilise pour désigner le Centre c'est-à-dire Moscou. Notons encore que dans tout l'ouvrage Milosz parle du socialisme du Centre en tant que la Nouvelle Foi... La portée « religieuse » des mouvements révolutionnaires n'avait pas échappé à cet écrivain mesuré et perspicace.

ii Notons que dans le monde Orthodoxe, jusqu'à ce que l'influence occidentale y soit très puissante, les organisations ésotériques, les sociétés secrètes étaient inconnues. Notons encore que la plupart des mouvements révolutionnaires ont reçu, d'un manière ou d'une autre, leurs constitutions et leurs organisations clandestines des sociétés occultes « spiritualistes ».

iiiLe N.O.M soit le NOM ... à lier, avec mesure, à ce que j'évoquais plus haut sur la volonté de « dénomination » ...

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