jeudi, 15 octobre 2009
Néantisation des rebelles
« Dans la société communiste on s'efforce à une objectivité de plus en plus poussé. C'est même la meilleures définition qu'on puisse donner de cette société ... Dans la société communiste idéale, il n'y a plus, à la limite que des policiers et des machines électroniques... Tout le monde est policier. »
Raymond ABELLIO, La Fosse de Babel
« La violence, c'est-à-dire le pouvoir de l'Etat est également une force économique. »
Marx/Engels, Correspondance
« Les intellectuels travaillant dans la clandestinité étaient particulièrement exaspérés par le climat déraisonnable qu'on respirait dans la résistance. L'hystérie n'était pas loin. Conspirer devenait une fin en soi; mourir et exposer les autres à mourir, presque un sport. »
Milosz, La Pensée captive
Résistantialisme
Dans notre époque où tout réussit si bien et pour laquelle le recours à la violence est, officiellement, une violence à ses principes même, il n'est guère surprenant, en définitive, de voir les opposants à l'état dominant fort surpris de la réponse apportée à leur « lutte ».
Par exemple, les membres supposés de Tiqqun ou du Comité Invisible, eux qui ont théorisé l'idée de guerre « civile », qui ont déclaré prendre part à cette guerre, semblent manifester, lorsque l'Etat réagit avec la violence qu'ils lui prêtent, le même étonnement et la même indignation morale, que n'importe quel démocrate droit-de-l'hommesque ...
N'est-ce pas la part des insurgés, des révoltés, que de subir cette violence ? Pourquoi la dénoncer sur ce mode de la surprise et de l'indignation ? Ou même sur le mode sarcastique ? Parce que les désignés-coupables sont en effet innocents ? Ne savons-nous pas que ceci n'a aucune espèce d'importance ? La violence, comme « état d'exception » est communicationnelle, la réponse à celle-ci le fut également ... Si le « combattant » désire l'anonymat, l'état dominant, ne veut que « nommer », dénommer et dénombrer ses « ennemis ». En répondant par la voie communicationnelle, par les moyens mis à sa disposition, quand bien même il s'agit de dénoncer ceux-ci, l'adversaire tient le rôle peu enviable de la « lumière » qui luisait dans les ténèbres et que les ténèbres ont circonscrites ... La réponse circonscrite justifie à posteriori l'exceptionnalité de la violence mais n'échappe en rien à cette violence exceptionnelle.
Mais, notre exemple n'est qu'un exemple ... il s'agit d'une tendance générale que j'ai ressenti à bien d'autres occasions. ON se targue de lutter, de combattre; et puis lorsqu'une réaction arrive ON se lamente et ON dénonce l'injustice de cette réaction. Mais, si cette réaction correspond bien à la réalité que l'ON dénonce pourquoi donc dénoncer aussi la démonstration de sa véridicité ? Il ne saurait y avoir d'injustice, de « sentiment d'injustice » que pour ceux qui n'ont pas une claire conscience de ce qui est en jeu ... Pour le reste il s'agit de constater qu'en effet, la machine dont le fonctionnement secret à été mis en lumière, s'exécute « proprement ».
Ce qu'ON nomme « le système » (car il veut être nommer) n'a-t-il pas en ce domaine remporté encore l'une de ses victoires néantisantes ? La « domination » veut être dénommée car elle n'a pas de Nom, elle veut être nommée pour assurer sa rationalisation car son essence, son noeud vital est « vide » et non-rationnel. A la rigueur, il conviendrait même d'affirmer que la dominion désir être combattue; elle ne peut pas ne pas vouloir ardemment la nomination, la rationalisation, l'opposition et la division. Elle peut même fourbir les armes et les contres-attaques !
CYBER-WAR STRATEGIES
C'est un peu ce dont il est question dans l'excellent document réalisé par le Comité Invisible sous le titre « Ingénierie sociale et mondialisation » : disciplines gestionnaires, marketing, management, robotique, cognitivisme, psychologie sociale et comportementale, programmation neurolinguistique, social learning, formatage social, espionnage, recherche de toutes informations, évaluation, reconfiguration d'un donné humain, stratégie du choc (amnésie par trauma), études, analyses et définitions des structures générales et constantes, constitution et implantations de structures nouvelles ...
Tout, ou a peu près tout, ce qui figure dans ce document semble largement plausible et même relativement évident.
Le document, diffusé stratégiquement sur la « toile », n'échappe pas à ce nouveau « théâtre des opérations » : « La blogosphère et les nouveaux médias sont une autre zone de guerre. » A. Leibovich
Toutefois il aurait pu analyser également l'essence ubiquitaire de l'informatique et mettre le doigt là-dessus que l'internet est une invitation constante à faire usage de sa liberté. Liberté que les gouvernements démocratiques nous engagent à « utiliser », qu'ils favorisent en travaillant à une amélioration à l'accessibilité aux réseaux hauts-débits et wifi ... pour plus de liberté et d'égalité et d'éducation (cela va sans dire), mais dont ils savent et veulent réprimer les aspects les plus « sauvages » ou disons, pour parler leur langage, qu'ils souhaitent lui offrir un encadrement législatif pacifiant ... (Disons aussi que l'ON offre un espace franc de liberté qui sert, de lui-même, à démontrer le bien fondé du contrôle lorsque l'expression de la liberté montre un visage peu conforme à la bienséance du moment ...).
Le web de nos gouvernants invite donc chaque citoyen , dès le plus jeune âge, à se connecter, à s'exprimer en « toute liberté » ... Double fonction :
abêtir et amener à l'oubli ceux qui n'ont déjà qu'un faible potentiel de « révolte » (qui n'ont pas grand chose à exprimer en terme de liberté)
amener les « autres », par le double langage et de quelques bords qu'ils soient à se dénoncer eux-mêmes en usant de leur « liberté »
C'est l'une des grandes forces de « ce monde » que de laisser suffisamment de liberté, de l'offrir ... Vous êtes libres, objectivement, idéalement de ne plus rien avoir avec lui, de déconsommer, de décroisser, de désirer, voire de réaliser une forme ou une autre d'autarcie communautaire et ce, dans le silence ou bien en contestant. Cette liberté qui, en définitive, ne dépend guère que de vos moyens, devient l'argument choc, la massue idéologique ... et elle se retourne d'un coup, d'un seul, contre vous, contre elle-même ...
Plus besoin de délateurs zélés, nous sommes dans l'ère de l'auto-délation, de l'egoscope auto-dénonciateur. L'une des tâches du résistant fut de ne pas être dénoncé, dans l'actuel ajourd'emain résister c'est se dénoncer. Avec pour corolaire la fausse idée très habillement répandue : « si vous êtes surveillés c'est que vous êtes dangereux » ... Les limites de la résistance étant fixées par « l'ennemi », ses règles aussi, il devient évident que la surveillance, ou la simple idée de la surveillance (génératrice d'auto-suffisance) et l'idée suscitée de la dangerosité peuvent s'avérer des moyens bien plus efficace que le contrôle musclé.
Ceci conduit presque à ce que j'appellerais le Tyler Durden's complex ... la dominion générant elle-même ses adorateurs et ses dénonciateurs, générant une immense société purement schizophrènique !
Ne faut-il pas l'être, même un tout petit peu, pour dénoncer la soit-disant volonté de la dominion de faire du monde un monde-un qui ne serait qu'un gigantesque disneyland ( image parfaite, si caricaturalement parfaite d'un Nouvel Ordre mondial qu'elle en devient ineffective) ... ? C'est, en tout cas, perpétuer la dramatique erreur (fort utile) d'identifier la dominion ou sa volonté, son hegemon, avec une « nation » particulière. C'est aussi ne pas voir, malgré une bonne volonté évidente, que par-delà les différents masques idéologiques c'est la même « quête luciférienne du bonheur sur terre » qu'ont en vue, précisément, toutes les idéologies et toutes les métaphysiques qui, le cas échéant, fondent les présupposés des premières ... (fussent-elles, prétendument, « traditionnelles » ou « modernes » ou « post-modernes »).
Par exemple : pour s'imaginer qu'il aura fallu attendre les années 2000 pour que soit mis à mal le programme du Conseil National de la Résistance ? Pour analyser finement la théorie et les principes de cette déconstruction et ne pas oser dire que Mai 68 a obéit à cette même théorie, que l'offensive libérale-égalitaire sur les moeurs et le savoir a préparé la stratégie économico-libérale de dissolution ... ? Ce qui apporte aussi une réponse à cette question « Comment réussir à ce que la transgression de l'intégrité mentale des masses populaires reste inaperçue ? », comme en 68 en mettant en avant la transgression comme valeur !
Communisme/communauté/communautarisme – communion !
Autre phénomène de néantisation : le second tome de la revue TIQQUN est aujourd'hui publié sous forme de livre avec pour titre Tout a échoué, Vive le communisme !. Comme si le communisme n'avait pas échoué ! Pour de telles intelligences analytiques quelle faillite ! ... et, par pitié, que l'on garde pour soi les sentencieuses répliques sur l'intrinsèque « bonté » de l'idéologie, sur l'inaltérable « humanité » du projet, sur la « trahison » ... tout cela est aussi infect et infectieux que n'importe quel révisionnisme historique, même blocage psychologique et émotionnel, même moralisation mauvaise. On peut bien nous dire « que nos pires ennemis l'ont usé, et qu'ils continuent. » (Comité Invisible, Mise au point, janvier 2009), le nom prépare un projeti.
Le projet, malheureusement, semble trop évident. La « communauté qui vient » remplacera-t-elle les communautés qui se sont ou ont été créés ? Ne sera-t-elle pas une de plus parmi les autres ? Si non, comment imposera-t-elle sa préférence communautaire ? Ses choix, ses visées, sa VIE ? La limite est toujours celle d'un « système humain » voulant remplacer un autre « système humain », une organisation veut en supplanter une autre. Toujours, reparaît le spectre, assez hideux derrière son masque de béatitude, de l'Age d'Or ! Et surtout cette idée inquiétante que ce dernier pourrait se voir décréter par la Loi ou créé par une commune volonté ...
Ce qui, toujours, a fait défaut à cette idée du « communisme primitif » vers lequel tendrait toute révolution (au sens étymologique d'un « retour », moins « vers », que « de » quelque chose), ce qui lui a constamment manqué (aporie ontologique) c'est l'idée et la réalité de la « communion ». C'est également ce qui est, actuellement, le néant performatif des « communautaires » nouveaux !
« Il y a une interrelation constante entre l'Eglise et le monde, le monde étant création de Dieu et ne cessant jamais de lui appartenir, et l'Eglise étant la communauté qui, par le moyen de la venue de l'Esprit Saint, transcende en elle-même le monde et l'offre à Dieu dans l'Eucharistie. » (Jean Zizioulas)
Hakim Bey dans Zone d'Autonomie Temporaire, serait plus proche d'une certaine vérité, opposant la « famille nucléaire » non à la « communauté » mais à la bande : « La bande est ouverte - certes pas à tous mais, par affinités électives, aux initiés liés pas le pacte d'amour.» Structure qui peut se retrouver dans les sociétés dites « tribales » autant que dans les « sociétés secrètes », congrégations ou autres « confréries ». Toutefois, ici encore, et le gnosticisme volontariste de Bey, ni change rien, il s'agit d'un contrat humain et profane qui n'échappera pas à une forme d'égoïsme ou, à tout le moins, d'égocentrismeii.
« l'Église est plus qu'une institution apparue à un moment donné de l'histoire. Elle est plus qu'une assemblée d'hommes, fondée sur une véritable communauté spirituelle de doctrine et de discipline. [...] son existence en Dieu précède ou plus exactement conditionne son existence historique. Elle est en fait la Déi-Humanité in actu. Selon l'expression du Pasteur d'Hermas, Dieu a créé le monde pour l'Église. » (Père Serge Boulgakov)
Selon le Père Romanides seuls les glorifiés revenus à l'état normal, « naturel », peuvent être « utiles » à la société, en tant que médecins, étant eux mêmes sauvés de l'état de maladie. L'Occident, dans son ensemble, a dévié l'Église et bloqué le processus de la cure par sa confusion entre les spéculations métaphysiques rationnelles et la théologie authentique qui est en vue de la guérison. L'erreur et la déviation se poursuivent. L'idée de la communauté qui « libère » des « maux », qu'elle soit d'orientation sociale ou ethnique ou même « religieuse », ne mène à rien, nul part, sinon à la perpétuation, par des voies diverses, en apparence contradictoires, de la « quête » au bonheur béatifique (et en fait, ontologiquement égoïste, derrière ces voiles humanistes) sur cette terre.
Est-ce assez pour éclairer la « néantisation » ? Je ne sais ? Mais, pour éclairer un peu mieux je voudrais encore écrire quelques mots sur LE mot : « social ».
Hypnose du social
Paix sociale, guerre sociale, luttes sociales ... le social minimise le poids des mots et creuse encore cet écart de néant. Que mesure-t-il donc ? Le social : le mot-alibi qui sert d'une « catégorie » à l'autre, qu'on se tend, qu'on se passe, qu'on s'agite sous le nez avec véhémence ou cordialité, du plus grand jusqu'au plus petit ... Une vraie « boite noire » !
L'hypnose sacrée qui vaut pour toutes sortes de mots du côté dextre, est absolument la même avec celui-ci côté sénestre ! Et, j'oubliais, la « justice sociale » ... Mais quel lien avec la justice, ce que ON, le grand ON touglobal, appelle « justice sociale » n'est que le camouflage d'une pensée bourgeoise du monde. Une répartition différente des richesses ... ? cela n'a rien à voir avec la justice, cela s'appelle de la corruption ! La démonie de l'économie engendre la démonie du social. Cette aveugle passion du « social » n'est pas un anti-économisme, ses titres de « noblesse » le disent assez : anti-capitalisme, anti-libéralisme; pas plus, d'ailleurs que le contraire de l'économisme, mais un « économisme contraire » ! Les uns face aux autres s'agitent sous le nez des économismes à rebours ...
Pourtant, dans le document en question apparaît clairement une très claire analyse de certaines tendances « contemporaines » : le regressus ad paganus !
REGRESSUS et MAMA GAÏA
« l'ingénierie du Nouvel Ordre Mondialiii, comme effacement des frontières sous une tutelle unique, s'identifie à un processus de régression pré-Oedipienne et d'infantilisation délibérée des populations. Du point de vue de la psychogénèse, le giron maternel est éprouvé par l'enfant comme une continuité de son vécu intra-utérin, c'est-à-dire comme ce monde unique et englobant [...]; et l'enfance est cet âge de la vie sans politique, marqué par l'adhésion spontanée aux valeurs dominantes du corps social ... »
« La culture de l'involution vers des stades archaïques du psychisme, avec en perspective le retour à un stade foetal, se présente ainsi comme le fil conducteur de l'ingénierie psycho-politique mondialisée. » (Comité Invisible, op.cit)
Ce que nous propose donc la dominion c'est cette régression infantile servit et asservit, toutefois, par une technique et une technologie qui ne sont plus envisagées sur le mode conquérant et progressiste mais sur celui de la possession égotique sécurisante.
« Je tiens, tu tiens, nous tenons notre Moi comme un guichet fastidieux. » (L'Insurrection qui vient)
Dans de riches développements le document du CI évoque comme symptôme (ou comme résultat) de cette volonté, la « tendance » du cocooning comme recherche, en dehors ici de toute communauté, d'une sécurité pacifiante, ludique, bienheureuse. Tendance confortée aujourd'hui par la « mode » de la décoration, du cooking et plus encore par celle du « maternage ». Avec cette dernière mode, ce ne sont plus seulement les adultes que l'on tend à faire régresser, ce sont les touts jeunes enfants qu'on contraint, sous le prétexte de la « vie saine », naturelle, à ne pas se détacher du monde infantile-maternel.
« En cherchant à abolir toutes les frontières, donc toutes les limites, et dans le même geste la notion même d'extériorité, de monde extérieur, objectif, réel, l'ingénierie mondialiste cherche ainsi à construire une forme de société déréalisée s'appuyant sur une culture de l'intériorité, de la fusion charnelle dans un bloc identitaire homogène et du rejet corrélatif de tout ce qui est hétérogène, autre, bref de tout ce qui rappelle le Père, c'est-à-dire l'instance qui fissure l'emprise exclusive et englobante du monde maternel pour introduire au « monde extérieur » et au réel. » (CI)
Le processus complexe et multiformes est ici fort bien résumé. Il faudrait ajouter que cette tendance est, pour employer la langue de la dominion, lourde. Elle se fait jour, en outre, et c'est qui mérite d'être plus particulièrement souligné, dans presque tous les mouvements modernes et en particulier chez ceux là même qui entendent lutter contre la dominion dont ils ont très, très mal envisagé le « visage réel ». Les nouvelles religiosités, en particulier toutes celles qui s'appuient sur le « bien être », le chamanisme, les médecines parallèles, le « yoga », le « zen », le « développement personnel », puis tous les néo-paganismes, les mouvements « d'enracinements », plus ou moins écologistes.
Le « désenchantement » et le « réenchantement » du monde sont les deux mouvements d'un seul processus, vide et vain, mais qui paraît d'autant plus « vivant » et réel qu'il multiplie les divergences, les divisions, les opinions contradictoires ...
Mais, une chose est de percevoir ce mouvement subtil, apparemment désorganisé et contradictoire, une autre de creuser jusqu'à ses authentiques sources.
L'écologisme, aujourd'hui, en lien avec les idées diffuses d'identité, de communautés (même, et surtout, si elles paraissent, pour l'heure conflictuelles) participe de cette « culture de l'involution vers des stades archaïqes », vers ce retour au culte de Mama Gaïa ...
Ekhete kai ton typon tès thlifeos tès erkhomès megalès. (Hermas, Le Pasteur)
Ce « détail » est plus présent et bien mieux analysé dans le texte de L'Insurrection qui vient :
« Il n'y a pas de « catastrophe environnementale ». Il y a cette catastrophe qu'est l'environnement. L'environnement, c'est ce qu'il reste à l'homme quand il a tout perdu.
...
Aucun milieu matériel n'a jamais mérité le nom « d'environnement », à part peut-être maintenant la métropole.
...
L'excitation morbide qui anime désormais journalistes et publicitaires à chaque nouvelle preuve du réchauffement climatique dévoile le sourire d'acier du nouveau capitalisme vert, celui qui s'annonçait depuis les années 1970, que l'on attendait au tournant et qui ne venait pas. Eh bien, le voilà ! L'écologie, c'est lui ! Les solutions alternatives, c'est encore lui ! Le salut de la planète, c'est toujours lui !
...
Tout est permis à un pouvoir qui s'autorise de la Nature, de la santé et du bien-être.
...
Le paradoxe présent de l'écologie, c'est que sous prétexte de sauver la Terre, elle ne sauve que le fondement de ce qui en fait cet astre désolé.»
L'analyse est pertinente et véridique. Toutefois, la problématique reste entière. Car cette même analyse, repose, en dernière instance sur un projet politique bien flou et un présupposé métaphysique, qui, même s'il entend rendre compte de la réalité de la Métaphysique Critique, peu se voir opposé une autre métaphysique aussi pertinente. En outre cette critique, de par son caractère non-déterminé, peut se retrouver placé dans la bouche de n'importe qui. Déjà on voit poindre ce phénomène logique de la dominion, la contestation se voit introduite dans son champs sémantique, dans son espace de communication. Et, dans un premier temps, cette critique radicale ne pourra être mieux servi que par ceux qui réussiront le mieux à la desservir (Francis Lalanne, en ce moment, pour l'exemple -et pour faire sourire). La démocratie et les droa-du-globhomme seront le fondement d'une critique acerbe et médiatique des risques de dérives totalitaires d'un mouvement lui même démocratique et droa-de-l'hommesque ... La boucle est bouclée, le vide est encerclé d'impuissance. Mais, cette éventualité est contenue déjà-toujours dans la première page, oui, dans le titre lui-même de cet exercice :
L'Insurrection qui vient! « Soulèvement, ou sa forme latine insurrectio, sont des mots employés par les historiens pour qualifier des révolutions manquées – des mouvements qui ne suivent pas la courbe prévue [...] : révolution, réaction, trahison, l'état s'érige plus fort, et encore plus répressif ... En ne se conformant pas à la courbe, le sous-lèvement suggère la possibilité d'un mouvement extérieur et au-delà de la spirale hégélienne de ce « progrès » qui n'est
secrètement rien de plus qu'un cercle vicieux. Surgo – soulever, lever. Insurgo – se soulever, se lever. Une opération auto-référentielle. Un bootstrap. Un adieu à cette malheureuse parodie du cercle karmique, à cette futilité historique révolutionnaire. Le slogan « Révolution ! » est passé de tocsin à toxine, il est devenu un piège du destin, pseudo-gnostique et pernicieux, un cauchemar où nous avons beau combattre, nous n'échappons jamais au mauvais Eon, à cet Etat incube qui fait que, Etat après Etat, chaque paradis est encore administré par un nouvel ange de l'Enfer. » (Hakim Bey, Zone autonome temporaire)
L'Insurrection ne vient pas, elle est là-déjà-toujours. A ceux qui pourraient le percevoir elle s'identifie, se confond avec la liberté de l'Esprit, liberté explosive. Le soulèvement est tel une vague. Précisément il s'élève, comme elle, et retombe, comme elle, mais, comme elle sans rien perdre, jamais de ce qu'il est, de ce qui le fait, de cette dynameis pneumatique. Hypnotisé par le politique, le métaphysique, le social, on échoue toutefois à l'identifier. L'Insurrection c'est une érection interne, c'est se mettre debout, en position de pilier, stavros, c'est, dans cette vie, dans ce monde se mettre en position de « relevé », c'est-à-dire de ressuscité ! Talitha koumi !
Celui qui Vient
Comme nous l'indiquons en note, non seulement, toutes les structures révolutionnaires se sont constitués sur le modèle des société « initiatiques » et de leur culture du secret, mais, en outre, depuis la redécouverte des sociétés pré-chrétiennes et, surtout, de leur mise à disposition de la « mode », toutes les communautés qui ont essayé de se constituer sur ce « modèle », ont été, en fait, des ersatz gnosticistes des premières communautés chrétiennes, de l'Église en tant que telle ...
Analysé brièvement dans le document du CI l'ouvrage de Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, pourrait aussi servir de manuel aux leaders de toutes les sectes du monde que les gouvernements occidentaux prétendent combattre avec acharnement. Mais qui sont, pourtant, comme autant de reflets du maître, bons élèves de la dominion dans leurs « domaines » respectifs.
Toutefois, le plus intéressant reste cette liste des « impulsions primaires » dressée par Tchakhotine et qui, selon lui, sont les « mamelles » de la manipulation : l'agressivité, l'intérêt matériel immédiat, l'attirance sexuelle au sens large, la recherche de la sécurité et de la norme. Inversez ces impulsions, vous trouvez ce sur quoi luttent les saints moines depuis quelques siècles. Vous trouvez ce que le Christ, viril et solaire, est venu abolir; ce qu'Il est allé arracher aux entrailles de la terre (situs symbolique des Enfers mais aussi image du monde intra-utérin précisément.)
Ce phénomène polymorphe est donc un regressus ad paganus, mais un paganisme frelaté qui n'a plus l'excuse de l'attente de la révélation, celle de l'état non-rédimé du monde... Contre la course solarienne de l'histoire christifiée (avant que d'être déifiée par la Parousie) c'est un retour au gnosticisme chtonien ! C'est, ainsi que Nicolas Berdiaev le notait, le combat antique que se livrent le principe masculin et le principe féminin pour la prédominance sur l'homme, « ce dernier accepte difficilement la victoire du soleil sur la terre, celle de l'esprit sur la matière, [...] celle de la personne sur le collectif. Il se révolte contre cette domination qu'exerce le Logos sur le sein maternel, auquel il aspire à retourner et à s'unir. C'est en somme une protestation contre le détachement d'avec la terre, d'avec la source originelle de la vie. » (N. Berdiaev)
« Dans le soleil, il a placé sa tente. »
« Il s'élance comme un géant pour parcourir sa route. » Psaume 18, 5-6.
Le remède ne sera pas fait de main d'homme. Toutes les analyses, toutes les solutions actuellement proposées se posent sur le même terrain et peuvent, consciemment ou non être asservies au processus qui, répétons-le, se nourrit de tout ce qui s'engendre sur son terrain. La devise de la dominion est nietzschéenne « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »
iNotons que le vocabulaire, les concepts, les idées autour de l'empire, la métropole ... dirigés vers la domination actuelle sont aussi utilisé par Milosz dans La Pensée captive, à ceci près que l'écrivain les utilise pour désigner le Centre c'est-à-dire Moscou. Notons encore que dans tout l'ouvrage Milosz parle du socialisme du Centre en tant que la Nouvelle Foi... La portée « religieuse » des mouvements révolutionnaires n'avait pas échappé à cet écrivain mesuré et perspicace.
ii Notons que dans le monde Orthodoxe, jusqu'à ce que l'influence occidentale y soit très puissante, les organisations ésotériques, les sociétés secrètes étaient inconnues. Notons encore que la plupart des mouvements révolutionnaires ont reçu, d'un manière ou d'une autre, leurs constitutions et leurs organisations clandestines des sociétés occultes « spiritualistes ».
iiiLe N.O.M soit le NOM ... à lier, avec mesure, à ce que j'évoquais plus haut sur la volonté de « dénomination » ...
21:55 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Littérature, Livre, Philosophie, Politis, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mardi, 13 octobre 2009
Ne pas croire est une croyance, 1
Réactions à l'entretien avec Michel Onfray publié sur www.surlering.com :
« Tout vrai philosophe ne se tient jamais contre les autres; mais avec les autres face à la vérité. »
Monsieur Onfray est, semble-t-il, comme un archétype de ce qui se fait de mieux en matière de religion de l'homme. Comment lui reprocher de ne « pas croire » ? D'aucune façon, ceci, à la limite ne nous regarde pas, à ceci près que, précisément, en tant que chrétiens nous faisons du salut de tous, même et surtout de ceux qui ne le veulent pas, un devoir de responsabilité... Toutefois, d'un point de vue très personnel, je ne crois pas en la coercition, c'est-à-dire à une conversion forcée, rien de plus faux et de plus contraire à cette métanoïa de nous exigée. Nos saints Pères dans la foi s'exercèrent à convertir par la « raison » posant la Révélation Trinitaire comme aboutissement et acmé en même temps que renversement des philosophies antérieures. Il semble que de tels arguments ne puissent plus, en nos temps d'inflation du sentiment, avoir de prise sérieuse. Le renversement et l'autonomisation de la raison éloignent également cette perspective. Aussi, notre reproche va uniquement à cette conversion forcée à la religion athéiste que M. Onfray semble appeler de ses voeux. Néanmoins, avouerons-nous également, notre joie ! Oui notre joie, directement issue de notre amour chrétien pour l'entière liberté de la personne humaine, notre joie de ce que l'Amour de Dieu aille jusqu'à laisser la liberté à l'homme de nier qu'Il est. Que l'homme se nie lui-même en affirmant cette négation, c'est là l'expression du langage, nécessairement paradoxal, de Dieu dans ce monde agissant comme réfracteur et dans lequel, en conséquence, un grand bien peut apparaître sous formes de colères ...
« Je ne crois pas à l'existence historique de Jésus ...Dès lors, l'aventure chrétienne se résume à celle d'une mythologie parmi des centaines d'autres. C'est celle sous laquelle nous vivons... Elle n'en fait pas une vérité pour autant ! »
Arguments bien connus, et souvent (trop ?) entendu. Toutefois, notons que M. Onfray choisi de dire : « je ne crois pas ... » et non « Jésus n'a pas existé », ou « nous savons qu'il n'a pas existé » ou encore « je sais que l'existence de Jésus est uniquement mythologique ». Ainsi, de lui-même le philosophe se place au plan de la croyance, croyance négatrice certes mais croyance tout de même, non du savoir ou de la connaissance. En quoi, donc, M. Onfray n'a-t-il pas confiance ? Le témoignage des livres ? Avons-nous d'autres choix pour « asseoir » nos savoirs ou nos croyances ? En dehors des livres quelles preuves ai-je de l'existence historique de Platon, de Diogène, de Pythagore, d'Epicure ? Certes, il ne nous est pas demandé de croire en ces personnes, la doctrine que leur prête l'opinion publique ou scientifique nous est largement suffisante. Platon en choisissant de parler par la bouche de Socrate ne nous demandait pas de croire en Socrate, pas plus qu'en lui-même mais en une « vision du monde », en un système d'investigation et d'affirmation. Or, précisément, il nous est demandé par le Christ, par Lui-même, à travers les mots de Ses disciples, de croire en Lui, en Une personne, pas dans une doctrine et ceci, non pour acquérir une vision juste du monde, pour vivre d'une façon meilleure et plus belle, mais pour atteindre le salut, c'est-à-dire non pas une vie meilleure et plus belle et plus « saine » dans l'au-delà mais pour recevoir dès l'ici-bas les prémices de la vie future qui est communion trinitaire. Le Christ ne nous a pas demandé de « croire en son existence historique », Il n'impose pas Il transforme, Il s'est incarné pour proposer. « Venez et voyez », Il nous invite à le rencontrer, à le re-connaître. On ne rencontre pas une idée pas plus qu'une existence historique, on rencontre une Personne, après la rencontre, l'existence historique ne s'impose pas, elle apparaît pour ce qu'elle est. La science philosophique autant que matérialiste use toujours d'euphémismes et de sophisme. En effet, le Verbe ne s'est pas fait « existence historique », Il s'est fait homme, non pas objet ou sujet d'enquêtes sociologiques ou psychanalytiques mais « chair » pour que toute chair puisse être « verbifiée », selon l'heureuse formule de saint Irénée. Il l'a fait, une fois pour toute et depuis c'est par la chaîne de la transmission (paradosis, en grec) que nous sommes témoin de Sa présence, ce qui implique, confiance, fidélité et espérance. C'est donc, dans Son absence que nous devons établir fermement l'assurance de Sa présence. Malgré, et presque contre cette « existence historique », terrible perspective inversée, c'est donc dans le silence que Dieu se révèle, c'est, paradoxalement Son apparente absence qui enseigne le mieux sur Son inaltérable présence, « Toi, qu'on ne peut comprendre qu'en se taisant. » (Arnobe)
Peut-on comprendre une personne sans la connaître ? On peut comprendre une idée que l'on ne connait pas en se la faisant expliquer clairement. Qui expliquera jamais l'authentique personne humaine ? Alors, combien moins la Personne divine qui n'est « saisissable » (mais toujours incompréhensible) que dans une sincère communion (communion qui est de nature trinitaire). « Je ne crois pas en l'existence historique de Jésus », réduction et rétrécissement rationaliste, forclusion de l'instance possible du dialogue ! Un athée déclarant « je ne crois pas en Dieu » laisse ouverte la possibilité d'un dialogue avec celui qui « croit en Dieu », un athéiste militant déclarant « Dieu n'existe pas » ferme toute éventualité d'un débat possible, il réduit celui qui lui fait face à jouer le rôle, au mieux, du naïf un peu inculte qu'il faut éduquer et éclairer, au pire de l'affreux inquisiteur rétrograde et refoulé. « Je ne crois pas en l'existence historique de Jésus », là l'adversaire cesse même d'être envisageable, il est exclu de l'histoire.
« Les religions relèvent d'une ère que je souhaiterais voir dépasser. Nous sommes assez adultes pour ne plus avoir besoin de fables, de mythes, d'histoires infantiles ( comme en proposent toutes les religions...) et pour construire nos règles du jeu non pas avec de l'illusion, mais avec de la réalité et de la vérité. Les temps de la philosophie me semblent venus... Le mieux vivre avec autrui est une affaire qui relève de la règle du jeu éthique, de la convention morale et non du commandement descendu du ciel. »
« Nous sommes assez adultes » ? Vraiment ? Regardons un peu l'état du monde après tant de siècles d'histoire et de systèmes philosophiques divers et variés, l'homme serait adulte, lui qui continue à courir après tant de vide, tant de choses qui, il le sait intimement, ne peuvent le mener nul part ? La philosophie pourrait nous indiquer la voie, nous permettre de dépasser les fables infantiles des religions ... N'est-ce pas précisément ce que le christianisme proposait originellement ? La philosophie elle aussi ne devrait-elle pas remettre en cause ses propres fables et mythologies, celle de Hegel, de Marx, de Hengels, n'ont-elles pas, elles aussi, largement démontrés leurs limites et leurs dangers ? En outre, voilà bien le souci, il s'agit de s'entendre sur ce dont nous parlons et ce n'est pas un « commandement » qui est descendu du Ciel, ni un avatara, c'est le Verbe, « le pain du Ciel », la personne du Fils. Sophismes ? Paroles creuses qui ne convaincront pas un « esprit libre » ? Certes, et en outre il existe bien des remises en cause tout aussi virulentes que celles de M. Onfray à l'égard des religions, elles semblent seulement rencontrer un moindre écho que les siennes (quoique le cas Dawkins soit également révélateur ...).
La non-croyance est une croyance, une superstition de l'ego (ce diviseur). La non-croyance est une séparation radicale. La base en est, pour la modernité contemporaine, le « cogito ergo sum » de Descartes. Poser pour fondement à la cognition la connaissance de soi pour soi c'est refuser la fidélité aux pères (la tradition) et le témoignage des autres, de l'autre, du prochain; c'est un isolement, un retranchement. C'est, proprement, le refus de la communion (d'essence trinitaire) comme mode d'existence du monde, réitération de la chute, volonté de connaissance unilatérale de moi par moi en moi, l'ego comme seule mesure de l'existence authentique et de sa vérité. Scepticisme jaloux, bilieux et envieux qui ne tarde pas a devenir gnosticisme égoïste, jouisseur et utilitariste. Fidélité et confiance sont ruinées, alors, oui il ne reste plus que la possibilité du « contrat », d'un acte légal et juridique qui exclut la communauté naturelle, aussi bien que l'amour fraternel gratuit en vue d'un bien et d'une fin commun, pour faire place aux intérêts fluctuants et aux nécessités contraignantes. Sur quel « vivre mieux ensemble » peut bien déboucher cette philosophie ?
« Si rater un aspect libérateur de la spiritualité passe par la pratique de l'illusion la plus ancestrale, l'autopunition pratiquée au quotidien, l'autocastration érigée en obsession existentielle, la pratique de l'idéal ascétique, le sacrifice de l'idéal misogyne, la mort à petit feu chaque jour pour, prétendument, mieux mourir le jour où il faudra vraiment passer l'arme à gauche, alors je veux bien passer pour quelqu'un de réducteur... Mais conservez présent à l'esprit l'idée qu'on reproche souvent aux autres ce que l'on n'a pas envie de se reprocher à soi. »
La plus grande misère c'est d'ignorer ce dont on parle ! C'est bien en effet une réduction, une vue pauvre et diminuée que de résumer ainsi le christianisme, puisque c'est bien de lui qu'il s'agit, quoiqu'en dise le Philosophe. Tenant compte de la dernière remarque du Philosophe il nous apparaît encore plus clairement que la définition de la vie spirituelle par ce dernier, ne ressort pas d'une stricte analyse « réaliste et véridique » mais révèle bel et bien, au contraire, la religion fantasmée par lui. Reproche-t-il à la religion, le Philosophe, ce qu'il craindrait de se reprocher à lui-même ?
Le Philosophe souhaite faire du « passé table rase », dépasser l'illusoire religieux qu'il ne veut voir que comme tel; l'élan créateur, la transcendance de l'esprit vers ce qu'il reconnaît pour supérieur, les réalisations somptueuses, l'art, la grâce pacificatrice du chant, la force des hymnes, des poèmes, tout ce concret, ce réel, ce palpable fait sous le souffle de l'Esprit ... tout cela il faut le balayer vite fait, bien fait. De toute façon, le profane ou l'athée peuvent faire aussi bien. Le Beau, le Bon, le Vrai ne dépendent que de l'homme, d'un contrat éthique, d'une convention morale. Bien ! Alors finissons en aussi et balayons ce qui demeure encore bien ancré de marxisme (dont les chants et les oeuvres belles sont aussi peu nombreux qu'incertains), de positivisme (dont Comte voulut qu'il fusse une religion sans Dieu) ... Que chacun fonde son éthique avec ce qu'il pourra sauver du nettoyage éthique du Philosophe, mais que restera-t-il ?
En définitive, comme depuis si longtemps, le libre-penseur ne remet pas tant en cause « l'existence » du Christ, de Dieu, de la religion, que l'existence concrète du mal dans l'homme et le monde. C'est cette existence-là qui, précisément, est incompatible avec ses théories. Si il veut expatrier Dieu il doit avant tout expatrier l'idée du mal et du péché. C'est ce que Berdiaev reprochait déjà en 1918 à tous les révolutionnaires de son temps, et de tout temps. Mais, il nous faut toujours garder en mémoire toute les possibilités de retournement qui existent ou peuvent exister. Il nous faut aussi garder toute humilité et accepter le « scandale », accepter toute les voies de Dieu, les voies choisies par Lui, pour Lui. Devant la colère, la haine, les injures, le « blasphème » gardons en mémoire cette admirable sentence énoncée au nom du Seigneur par Maître Eckhart :
« PLUS ILS BLASPHEMENT ET PLUS ILS ME LOUENT.
EXTENSION :
M. Onfray, le philosophe, a fait paraître un ouvrage intitulé « La religion du poignard ». Irais-je jusqu'à écrire que cette évidente jubilation, presque juvénile, à afficher des titres aussi ronflant, frise le comble de l'inutile ou bien révèle d'une superficialité touchant à l'absurde. Ce besoin, quasi systématique de faire dans le « provocant » n'annule-t-il pas de lui-même toute l'hypothétique portée de la pensée mise en oeuvre ? Sans doute, non, puisque, bien que remuant cette question je rallonge encore la note ci-dessus. Ce n'est pas tant ce titre, pourtant, qui me fais réagir que la note de 4e de couverture. On peut y lire un résumé de l'exposé du livre, sorte d'apologue de Charlotte Corday qui aurait initié, en vue de la libération de tous du pouvoir tyrannique, ce que l'auteur appelle donc « La religion du poignard » ... Mais, ceci, resterait relativement anodin et fort peu intéressant si la note ne continuait en disant à peu près que cette « religion sans Dieu » s'avère être essentielle dans une époque de nihilisme grandissant comme la nôtre
Mais, de qui se moque-t-on ? Pourrait-on se dire, au premier abord ! Moi le premier ! Et puis, finalement, je serais plutôt « heureux » de découvrir que le philosophe donne, finalement, raison à mes développements. Il agit donc au nom d'une « religion », religion athéiste certes mais religion tout de même. Et puis, encore, il se trouve, comme très souvent dans mon cas, que cette découverte agit, en fait, en interaction avec une lecture; celle, en l'occurrence, de La philosophie du vin, un livre de prières pour les athées de l'excellent Béla Hamvas. Ouvrage admirable dans lequel le métaphysicien-romancier hongrois définit beaucoup plus largement qu'à l'accoutumée le cercle des athéistes. Pour lui, en effet, ceux-ci ne se limitent pas à ceux qui vivent dans « la religion de la matière » ou aux cartésiens fanatiques de la raison, non; ils se recrutent aussi parmi les zélotes, les dévots, les communiants quotidiens, « des fanatiques de la Weltanschauung aux boulimiques hypocrites, des adorateurs fous de la gloire, du rang, du pouvoir et de l'argent aux miséreux coeurs-de-pierre, des avocats obsédés de l'hygiène aux prudes indignes, des ascètes torturés aux alcooliques. » Pour Hamvas la « bonne religion » (vita illuminativa), celle qui n'est pas une maladie, est haute sobriété. Le premier signe de la guérison sera de voir Dieu dans les pierres, les arbres ..., dans l'amour, la nourriture, le vin. La « bonne religion » sait que la joie de vivre n'est pas interdite, non, mais comme les disent les Evangiles, un plus. La nourriture, le vin et l'amour ne sont pas le but mais des moyens utiles. Pour Hamvas, ce monde est un lieu de crise et de séparation et chacun se doit de déclarer ses intentions ...
« ... Michel Onfray [...] sous couvert d'intégrité et de déclarations redoublées de son attachement au respect d'autrui, laisse couler dans ses propos un perpétuel flot de haine, d'anathèmes et de manichéisme qui pourrait sans peine être réutilisé par quelques illuminés en manque de sang. Sa glorification des corps, de la pureté, de la force (celle des Condottieres), de l'élitisme n'est pas sans faire écho à certaines thématiques nazies; idem pour son hédonisme solaire : on sait l'importance des cultes païens dans la symbolique nazies, cultes dans lesquels le soleil, la lumière, la blondeur n'étaient pas absents. Il ne s'agit pas de dire que les propos d'Onfray sont nazis [...] mais que les thématiques qu'il aborde peuvent être lues sous des angles très divergents, qu'il le veuille ou non, qu'il l'assume ou non. » (Stéphane Beau, Michel Onfray, caricatural un jour, caricatural toujours ? in Philosophie Magazine N°14)
L'intention est bien déclarée du côté de notre Philosophe. Je serais moins indulgent que l'auteur de ces lignes. Le poignard de la joie c'est bien le retour à une maladie de la religion, aux sacrifices humains exigés par la « pureté de l'idée ». Regressus ad paganus ! Ce qu'on ne veut pas voir chez soi on le dénonce chez les autres ! C'est la réponse cinglante apportée par le Philosophe lui-même ...Les alertes au fascisme, à l'obscurantisme ... que sont-elles réellement ? Comment ne pas voir que toutes ces alarmes trop musclées pour être honnêtes, toutes ces vertueuses exhortations sont, précisément, trop vertueusement affichées pour ne pas cacher un désir sous-jacent, un désir extrême, violent extrêmement ?
22:20 Ecrit par Thierry dans Philosophie, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Misosophie et généalogie contrelittéraire
« Lui qui des souffles fait ses anges et des flammes ses serviteurs. » Psaume 104; 4.
« Mettez-vous en colère mais n'allez pas pécher. » Psaume 4; 5.
Les livres, les vrais, sont fait pour que leurs auteurs, parlent à ceux qui les lisent, par-delà la mort. L'écriture, je l'ai déjà écrit ailleurs, est un processus thanatologique. L'écriture est liée à la mort et à son au-delà.

En redécouvrant, à travers une excellente série télévisée russe, le roman de Boulgakov, « Le Maître et Marguerite » je me suis aperçu que les arguments exposés par Michel Onfray dans l'entretien à la revue RING que j'ai commenté ici, sont ceux-là même du littérateur Berlioz. Cette réfraction chronologique m'a conduit à feuilleter quelques ouvrages du Misosophe. Il faut bien, en effet, se décider à appeler ainsi celui qui veut philosopher sans amour et sans sagesse. « Sans amour », pourquoi ? Il n'est que de parcourir son pamphlet gratuitement haineux sur l'athéisme. Rien que ce titre « Traité d'athéologie », comment, avec un tant soit peu de bon sens, mêler le « logos » à cette diatribe logorrhéique , précisément, à ce réquisitoire logomachique ? Le ton et les arguments sont ceux-là mêmes qu'employèrent les zélés littératueurs du système soviétique contre le génie igné de Boulgakov. Ce même ton, cette même pensée qui fit déclarer à celui que certains veulent encore voir comme la fierté des lettres françaises : « Tout anti-commnuniste est un chien. »
« Sans sagesse » ? quelle sagesse préside au projet philosophique de M. Onfray ? Et bien, là encore, nous assistons, médusés, à une nouvelle réfraction chronologique. Ce projet humaniste-épicurien est, sous quelques habiles camouflages philosophico-philantropiques, ni plus ni moins que celui du socialisme révolutionnaire, celui-là même que Dostoïevski avait prophétiquement décelé, celui-là même dont Boulgakov a mystiquement et brillamment analysé le fond-sans fond. Il faut bien, un jour, redéfinir clairement certains axes, tout ceci ressort de la cacosophie, ou plus exactement encore de la cacodoxie !
« Mais, faire des reproches n'est pas le principal : c'est très facile et à la portée du premier venu; tandis qu'opposer à l'erreur son propre sentiment, c'est faire preuve de piété et d'intelligence. » saint Grégoire de Nazianze.
Alors, suivons le sage conseil de ce théologien très sûr : oui, les livres authentiques sont les vecteurs d'un langage partagé entre vivants et morts. Ils sont les processeurs des énergies du Logos. Ils sont un maillage de mots, un carrefour vibratoire de la mémoire vivante. Mémoire vivante dont les « mémoires vives » de nos computer ne sont que les inversions néantisées. Les livres sont des corps livrés à la mort et appelés à la « re-suscitation » (Cf Religion of Resusciative-Resurrection, Philosophy of the Common Task of N. F. Fedorov, par Nicolas Berdiaev) par chaque lecture. Les livres sont les instruments (organon) qui transforment l'ombreuse opacité de leur matière en la lumière énergétique irréfragable et noétique. Les livres authentiques sont servis par les puissances angéliques et les servent. Les livres sont des fenêtres qui peuvent s'ouvrir sur la dimension de ces « lumières noétiques secondes » (saint Jean Damascène).
« D'abord Il a pensé les puissances angéliques et célestes, et penser était leur fonction. » saint Grégoire de Nazianze.
Non, les vrais écrivains ne sont pas les « mécaniciens des âmes », mais les miroirs des lumières noétiques, non pas des miroirs-objets, passifs et inanimés, mais des miroirs-vie, personnels et réflexifs. Les artisans qui tissent les fils de lumières tombés du ciel et qui nous forment une carte bien utile pour regagner la maison du Père. « Désormais je n'oublierais plus jamais rien » s'écrie le Maître alors qu'il est déjà passé de « l'autre côté » et Ivan, le poète qui avait écrit, sur commande, une vie de Jésus frelatée est convaincu de ne plus écrire de mauvaise poésie, s'adressant au Maître, mort mais debout devant lui : « C'est autre chose qui m'intéresse, maintenant j'écrirais autre chose. » Le Maître, ressuscite Gogol, le mystérieux maître des lettres russes, tout autant qu'il symbolise (et « venge ») Boulgakov et tous les écrivains qui savent se situer dans cette chaîne invisible et imprescriptible. Le Maître quitte ce monde, mort mais en vie, mort en apparence pour le monde mais vraiment vivant. Il abandonne au monde son manuscrit car il n'en a plus, selon ses termes, besoin, car il l'a intégralement intégré en lui, intégration et incarnation réciproque, c'est corporellement et charnellement qu'il mettra, non de sa plume mais par sa personne un terme à son histoire qui ne fut jamais la sienne propre et qui, dans sa conclusion devient proprement sienne.
Alors ? Répondrons-nous à la question rutilante et impérieuse posée opportunément, à temps et contre-temps, par l'ami Henri Le Bal ? « Si le Verbe s'est incarné, qu'est-ce que la littérature ? »
Oui, et non ! La réponse est dans la question. La question posée est sa propre réponse. La réponse ne serait qu'une nouvelle question, alors cheminons avec pour guide nos fils de lumière ...
Selon saint Jean le damascène, le prénom Joseph, signifie, « pour qui connait les lettres », le nouveau livre. Quel est-il ? Joseph fils de Jacob, préfigura le Christ, Joseph fut le prénom du père de Christ selon les hommes, Joseph fut le prénom du disciple caché, celui d'Arimathie, dont le nom fut lié au corps du Christ, et à la coupe que l'Occident appela Graal d'un mot qui fut, peut-être, graduale, c'est-à-dire « livre » et dont la légende fut révélée dans ce que l'on nomma, dès lors, romans. Mais, ces romans s'initièrent pour traduire et interpréter une perte, ils initièrent une quête, une recherche aventureuse pour retrouver et reconquérir se qui fut perdu.
Le nouveau livre, était, bien évidemment, pour l'admirable Jean, Le Nouveau Testament. Nous oserons affirmer que sans ce livre nouvel le roman n'aurait pas vu le jour, sans l'inhumanisation du Logos-Verbe de Dieu, sans la parole, incarnée dans un livre, de la Parole incarnée dans la corporéité de l'humanité, c'est-à-dire sans la révélation divine de la personne point de roman.
Le cheminement n'est pas rationnel, il ne s'appuie sur aucun fait établi. Le littératueur, le mécanicien-gestionnaire-régisseur, ne manquera pas de nous interpeller et de vouloir nous ramener à sa religion particulière, celle du « fait établi », le culte des moyens scientifiques et techniques.
Alors exagérons encore l'humeur bilieuse de ce dernier : à l'origine du livre « objet » il y a le bois, l'arbre (notons, au passage, que ce double terme de « livre-objet » définit assez bien ce qu'est le Graal.) Or, à l'origine de la Chute que trouve-t-on ?
« Le bois de la connaissance du bien et du mal c'est la pénétration de contemplations difficiles, c'est-à-dire de la sur-science (epignosis) de sa propre nature qui d'elle même révèle la magnificence du Démiurge. » saint Jean Damascène
Et notre père parmi les saints d'établir une distinction lexicale entre l'arbre (l'Arbre de vie), dendron; et le bois tsylon. Ainsi il ne serait pas question de deux arbres distincts mais de l'Arbre de vie qui se tient dans le bois de la connaissance du bien et du mal, le principe vivifiant axial se tient dans la forêt dense et touffus des signes... Interprétation qu'il convient d'admirer et de méditer sans vouloir la forclore dans un systématisme sclérosant.
Méditons : Y aurait-il comme une forme de mouvement de circulation et d'inversion ? Je le crois. L'économie du salut « n'est que » cela.
A l'origine de la chute « le bois de la connaissance», la transmission du savoir des hommes se fera alors par l'écriture, sur la pierre, sur le bois de l'arbre, la peau de l'animal, le métal puis sur les pages du livre (fait de bois). Les matières de la création seront le réceptacle transmetteur des paroles de mémoire de l'homme, ou, plus exactement des « sociétés », des « civilisations » qui soumettaient encore l'individu, la puissance de la personne. Puis fut Le Livre-Livres; la Bible, c'est-à-dire (pour reprendre le terme très juste de M. G. Dantec) un bibliogon ! Non pas un simple recueil, non une collection de textes ou de livres mais une Interface énergétique active, un vecteur de métapoiésis, un livres-monde ! Mais cette Interface active est, précisément, active dès le premier instant de l'expulsion, elle instaure le double mouvement qui ne cessera plus jusqu'à la consommation terminale : catabasis – anabasis, chute et redressement immédiat. La concrétisation de ce mouvement spirituel, sa réalisation la plus merveilleuse et admirable sera l'Incarnation – Ascension.
Le Logos-Verbe s'est inscrit dans la chair, d'abord la chair absolument vierge de Sa Très-Pure Mère, vierge comme l'est une page blanche, vierge comme ne peut le demeurer une feuille recevant une inscription et Elle le demeura. Ensuite dans Sa chair à Lui, dans Son Corps (corpus) à Lui. Son Corps devient ainsi également le lieu de l'incarnation du très saint bibliogon, de toute la sainte Ecriture (corpus Christi / Coprus srcipti). D'un point de vue quelque peu gnosticiste on pourrait voir dans la descente du Christ une « chute » mais en définitive cette descente ne se conçoit pas sans sa « remontée » (tout comme la Chute d'ailleurs). Selon saint Maxime toute la période de l'Ancien Testament est une catabasis qui prépare une « incorporation de Dieu dans l'humanité », puis depuis l'Incarnation jusqu'à la fin l'anabasis prépare l'élévation de l'homme vers Dieu (theosis). La bible chrétienne est le Livre-sceau qui rend vivant le témoignage de ce double mouvement.
On connait l'image de saint Jean, dans le Livre de l'Apocalypse, mangeant le petit livre donné par l'ange, le livre doux et amer. Nous nous en faisons une image, nous symbolisons. Mais, allons donc jusques au bout de notre symbolisation puisque ce mot signifie « réunir ». N'est-ce pas ce que fait Jean le Théologien ? Il est un Livre-sceau qui rend vivant avons-nous écrit ? Oui, alors ce Livre-sceau nous devons l'incorporer, au sens propre, il doit nous être intégralement intérieur. En matière de généalogie contrelittéraire pourrions-nous trouver plus bel ancêtre que l'admirable Jacob Boehme ? Or voici ce qu'il écrivit : « Je n'écris ni d'après un enseignement, ni selon une science puisée dans des manuels. Je m'inspire de mon propre livre qui s'est ouvert en moi. Le livre comprenant l'image de Dieu m'a été offert et j'y ai tout appris ... »
Sa première inspiration, Boehme la doit à la vision du vase en étain étincelant ... Un vase ? D'ailleurs, il vaudrait mieux écrire « aspiration » pour bien souligner ce fait qu'il fut aspirer vers son for intérieur, vers son propre livre, vers son corpus véritable, vers son internel texte indéchiffrable mais déchiffrant tout, véritable code divin qui, en réalité n'est pas du tout un code mais, très exactement, un « contrecode ». Aspiré donc vers l'ungrund, l'inexprimable Seigneur du coeur duquel s'originent toutes les signatures des choses, ce que saint Maxime appelait lui les logismoï. Ces petits logos inscrits en toute chose, même la plus infime, et qui font résonner en harmonie toutes choses avec le Logos indicible.
Nous en sommes arrivés là et il nous faut mettre un terme à cette recherche généalogique. Mais le point final sera, justement pour préciser l'écart entre philosophie et misosophie. Pour Boehme, la Sophia est le pouvoir intuitif qui offre à l'Absolu, à l'Ungrund, au « néant méontique » (diraient le Père Boulgakov ou Berdiaev) sa faculté d'auto-révélation, auto-connaissance. En outre, cette révélation est intrinsèquement liée à une volonté, à un désir (eros) produisant une joie, un amour (agapé). Les misosophes, en coupant tout lien possible avec ce puissant mystère de l'auto-révélation de l'Absolu par la Sagesse, barrent la route à cette dernière et à la sève puissante qu'elle fait courir spirituellement dans les livres-graal-corps, dans la chaîne qu'elle tissait des énergies divines. Ne laissant subsister que la nature, déspiritualisée, et la raison ils font des livres de corps et des écrivains des mécaniciens-gestionnaires des « âmes » auxquelles leur mince compassion laisse encore un semblant de vie ...
« Vous auriez bien aimé refaire le christianisme sur le mode humaniste mais vous n'y réussirez pas. » Nicolas Berdiaev
22:10 Ecrit par Thierry dans Inscriptures, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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vendredi, 09 octobre 2009
Vie du littératueur
« Les souvenirs du bonheur passé sont les rides de l’âme. » Xavier de Maistre
Lors d'une émission radiophonique l'écrivain Charles Dantzig parla d'un livre intitulé "Vie du lettré" de William Marx. A propos de cet ouvrage il prononça quelques lieux communs et aussi cette sentence :
"Une bibliothèque est une machine à sortir du monde."
Hors, toute "machine" possède, necéssairement, une entrée et une sortie ou un début, et une fin.
Ainsi, dans le même temps, le nommé Dantzig affirma que la lecture tout en nous retirant de la société marque également, et comme paradoxalement (mais ça c'est moi qui l'ajoute), une forme de désintéressement qui peut s'avérer utile à la dite société ...
A quelle société, "l'auteur" ne nous le dit pas ...
Celle des "gens de lettres", peut-être ! Allons, ne soyons pas taquins, admettons que nous avons compris le propos alambiqué ... et disons que l'entière société des pauvres gens qui ne lisent pas (et des riches qui ne lisent guère plus, ou plutôt mieux ...) a tout à attendre des esprits illuminés qui se trouvent sacrifier à la lubie du déchiffrement des glyphes d'autrui ...
Il est vrai qu'une bibliothèque est une machine à sortir du monde, mais en tant que machine elle permet aussi le chemin inverse ... et, conséquemment, non d'entrer dans le monde, puisque pour en sortir il faut, nécessairement, y être précédemment, non d'y entrer donc mais d'y rentrer ... Une bibliothèque permet, en effet, de RENTRER dans le monde, de lui rentrer dedans au sens éminemment physique du terme !
Les "lettrés" sont essentiellement de faux "ascètes". Et, comme le remarquait Berdiaev, l'ascèse est un moyen, pas une fin en soi, or nos lettrés en font une fin ... non qu'ils souhaitent réellement que tout un chacun partage avec eux, équitablement, le bonheur exquis de la lecture et de la culture, non, ce qu'ils désirent c'est que tout un chacun s'y mette et qu'ainsi ils puissent acquérir le rôle de "maître", de "primus inter pares", ils veulent la transformation de la culture en "civilisation" pour que l'idolâtrie soit à nouveau de mode ... Ils partagent cette espoir indicible avec les moralistes de tout poil !
Les "lettrés" sont des littératueurs, en eux la lettre tue le monde, le monde annihile la lettre comme vecteur-porteur d'énergie. En eux s'effectue une sortie du monde - complice du monde.
Leurs grandes idées sont ainsi efficacement exténuées et d'elles-mêmes sorties du monde, rendu inefficaces mais ... UTILES.
Voltaire s'emportait contre les grands formats, les in folio, et assurait qu'il fallait absolument écrire et publier des livres de petits formats, qui tiennent en main : des manuels ! La nécessité se faisait sentir de "livre de combat" ! Il fallait que le livre devint U-TIL-E !
Il faut bien constater l'ambivalence de ce monde, de tout ce qui s'y tient, même, surtout peut-être, de ce qui désire s'en échapper. Ainsi les samizdat furent utilisés par les révolutionnaires, les proscrits pour mener à bien la diffusion de leurs idées, de leur ardeurs idéologiques. Lorsque ceux-ci eurent mener à bien leur grande bataille et qu'ils s'installèrent dans l'eros du pouvoir ce fut au tour de leurs adversaires d'utiliser le samizdat, la publication clandestine, le livre qui « n'existe pas ». Non tant pour diffuser des idées que pour sustenter un « désir », pour soutenir.
Voltaire a un lien évident, tant historiquement que philosophiquement, avec la Russie, et son idée de manuel, de livres « éducatifs » aisément transportables, dissimulables, aura connu une longue et belle prospérité. Toutefois, lorsque ces livres sont pris dans les rais de la machine-capital quel combat peuvent-ils donc mener, ils deviennent alors les collaborateurs inconscients et, sans doute, involontaires de leurs « adversaires ». Gratuits, dissimulés, cachés ces manuels sont « sans prix » ... C'est ce qui advient, mais péniblement, avec le livre électronique. Que celui-ci servent aussi dans tous les camps et soit asservi, est une évidence, néanmoins il reste un champs d'action possible.
Inclus dans l'énorme machine vide de la dominion les livres « de poches » n'ont plus qu'une utilité, jouer le rôle de « boîtes noires » tout comme les mots et expression rangés dans cette « catégorie » par Eric Chauvier dans ses ouvrage Que du bonheur et La Crise commence là où finit le langage. Mots-clefs qui n'ouvrent rien, qui n'ouvre sur rien mais qui concentre sur eux l'attention, des mots-aimants qui attirent sur eux la contestation, voire des mots-turbines qui génèrent eux-mêmes leur contestation après avoir formaté la pensée selon leur acceptation fabriquée (pensée unique, politiquement incorrect / correct, système ...). A ceci près que, si l'auteur à raison dans son analyse, il semble, comme tant d'autres, effrayé, précisément par le fait que cette analyse peut aussi s'appliquer à son « camp ». En effet, « le monde social », la « solidarité », la « classe ouvrière » sont, bel et bien, d'autres boîtes noires.
Ils doivent être des livres de feu, ces manuels, pour espérer échapper à la meule du nivellement et de l'évidemment ! Le monde de la communication électronique asservi par la dominion, peut, encore, être un vecteur d'escapade hors de ses sentiers battus ou non, hors de sa conformité et de son anti-conformisme. Le e-manuel comme Emmanuel, comme tison, de l'incendie de la glorification.
http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2009/07/07/5e4...
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mardi, 11 août 2009
Génnesis
« Là où il y a nécessité il ne saurait y avoir de vertu. » saint Jean Damascène.
Une émission de service public radiodiffusée a récemment remis en « lumière » le débat Darwin vs Bible. Pour ce faire, bien sûr, direction les Etats-Unis d'Amérique où le mouvement dit « créationniste » aurait, nous dit-on, une influence certaine. Et, nos hexagonaux journalistes, pleins de l'objectivité qui sied si bien au teint de tout journaliste démocrate et éclairé, d'ouvrir le bal en se gaussant de la superstitieuse naïveté des personnes interrogées, prenant grand soin de préciser que, bien évidemment, si les « créa » affirment que leurs thèses se fondent sur une démarche scientifique ce n'est que de la blague, et là, le plus sérieusement du monde, pour le coup, de comparer la méthode avec celle des négationnistes de la solution finale.
On admirera l'excellence du procédé pour jeter le discrédit sur ce que l'on entend dénoncer : voilà qui, d'emblée et de façon assez définitive, clôt le débat ... Allez, maintenant on va pouvoir , avec tout le poids écrasant de notre bonne conscience éclairée et « éclairante », se payer la fiole des ces demeurés obscurantistes et bien montrer que « nouzautres » hommes des lumières et du progrès on en sait des choses, et des choses sûres et certaines puisque « dixit la science » !
Ceci étant, tout cela résume assez bien la situation, des deux côtés : certitudes creuses; idéologies scientistes; encéphalogramme politique plat ...
D'un côté comme de l'autre « on » se débat dans ces coupures chiastiques en restant toujours en deçà des frontières hermétiquement closes d'un système qui, en tant que tel, ne peut prétendre à une vérité totale.
Le darwinisme et le créationnisme nient le mystère, la beauté du mystère, sa « poésie » au sens le plus fort du terme ! Si « on » comprenait encore les mots certains pourraient s'écrier que dire : « La Génèse est poïétique » est un pléonasme, et pourtant ... oui la Génèse est poétique en tant que texte, il s'agit bien d'une poésie sur la Création, oui; mais il s'agit aussi d'une oeuvre poïétique car la Création elle-même est le poème de Dieu, la Génèse est une poésie créatrice, un poème symphonique créateur et créatif ...
Les frontières qui enserrent les deux thèses opposées sont celles de « ce monde ». Berdiaev, encore lui, notait fort à propos que les sciences empiriques et rationalistes se heurtent à ses limites,elles sont « filles » de la Chute et ne peuvent remonter au-delà.
Le créationnisme prétend, contre le darwinisme, mais avec les mêmes « armes », trouver et « prouver » les origines. Deux systèmes scientifico-philosophiques, deux idéologies s'affrontent, l'un pour l'autre contre, l'un contre l'autre, tout contre, comme qui dirait !
Mais on ne prouve pas la puissance poétique, on ne prouve pas l'Amour ! Amour et poésie sont bien réels, nul besoin de scalpel ni de carbone 14 (quoique j'en sache certains prêts à tout dans leur sectarisme scientifique) ! Ce qui ne signifie nullement que la foi interdise le libre déploiement de la raison, elle ne bloque ni ne stoppe l'intelligence (le nous) au contraire elle doit l'orienter(la tourner vers l'Orient), l'illuminer (mais d'une lumière paradoxalement non-humaine), l'approfondir (non la creuser négativement) !
« L'énergie divine agit dans l'homme d'une façon cachée. On ne peut dire du monde créé qu'il soit divin, de même qu'on ne peut pas dire non plus qu'il ne soit pas divin. Dieu et la vie divine ne ressemblent en rien au monde créé, on ne peut établir ici aucun analogie ... mais l'énergie divine déborde dans le monde et agit en lui et l'illumine. » Nicolas Berdiaev
La Génèse, Livre et Réalité, est un poème ! Une poésie ! Donc une Création ! Or, nos protagonistes s'acharnent sur le sens littéral, ce sont, littéralement des littérat(u)eurs, des gens de lettres, celles qui tuent et assèchent ! La profondeur, le véritable creuset poïétique du texte-parole-verbe semble leur échapper, à moins qu'ils ne veuillent, précisément, s'en échapper eux-mêmes ?
Les « créa » s'acharnent sur la Bible comme absolue référence, référent absolu mais absolument littéral ! Le flot spirituel de l'oeuvre immense des saints Pères ne semble pas les avoir porté, les avoir roulé dans ses vagues d'apophase en spirale, dans ce vortex qui malaxe et porte au plus haut, à l'en-haut, les mots et les pensées.
Ainsi, Grégoire de Nysse, ne rejette pas un certain « évolutionnisme », bien qu'attribuant sa « nécessité » à la Chute. Grégoire reprend également l'idée antique de l'homme microcosme mais il affirme que là n'est pas la gloire de l'homme, car en tant que tel il partage nombre de point commun avec les animaux les plus variés et pas nécessairement des plus nobles ! Aussi insistera-t-il sur le fait que l'homme microcosmos est aussi, et surtout, microtheos. Le monde est créé en vue d'une fin : l'homme ! Ainsi l'homme est comme prévu, calculé, « archétypé » quand la Création du monde semble, pour Grégoire, comme improvisée dans sa constitution, elle est immédiate, « spontanée ». Il n'y a pas d'équivalence, pas d'égalité, de confusionisme ontologique possible !L'homme couronne la Création, il la domine mais amoureusement, afin de la porter avec lui vers la déification.
La Chute inversera cet ordre, cette originelle « kosmocratie », l'homme s'est fait « inférieur » au monde, à la nature créée, il lui sera dès lors « intérieur ». Le monde, lui, n'a pas péché mais l'homme, son « chef », est tombé, « tête » la première, et l'a entrainé avec lui, le monde enfouissant alors son maître déchu, le recouvrant « par en dessus » ! L'évolution d'après la Chute était « image » de celle qui devait advenir, l'homme en a fait une « caricature ».
« D'où, donc, tomba-t-il ? » nous demandera certainement le littérat(u)eur, si tant est qu'il ne parte pas tout de suite en riant comme une baleine.
Du paradis ! « à la fois noétique et sensible » où il vivait « avec son corps » « et avec les anges par son âme; cultivant des pensées divines et nourri d'elles ... », nous dit saint Jean Damascène. Mais saint Grégoire de Nysse nous précise utilement que « ce que créé la toute-puissance de Dieu ce n'est pas une partie du tout, mais, en bloc, la plénitude entière de la nature humaine. » L'homme fait « à l'image et à la ressemblance » c'est l'ensemble de « l'humanité » dans l'homme pourrions-nous dire, c'est : la Personne humaine, non recouverte d'une foultitude de masque, non-morcelée en individus-atomes (le grec atomos signifiant « individu ») !
« L'individu représente une catégorie qui présuppose séparation et division. La personne représente une catégorie qui présuppose unité avec d'autres personnes. » Jean Zizioulas
Dès lors le monde s'est polarisé sur une seule des ses « interfaces », et bien sur non pas sur la noétique, la spirituelle mais sur la matérialité.
Oui, nos saints Pères étaient loin d'être aussi « scientifiquement coincés » que les « créa » ! Et bien moins sectaires que les « scientistes ». Tout d'abord admettons avec eux quelques unes de leurs théories, nous noterons tout de même en préalable (avec notre esprit tordu de plumitif superstitieux) que le mot « theoria », dans le langage précis et ascétique des Pères se réfère à ce que nous appelons, faute de mieux (?) « contemplation ». Ensuite, nous signalerons, comme pour nous-mêmes, que Dieu, Créateur et Maître de toutes choses n'est pas uniquement « maître es invisible ou incorporel », c'est Lui qui possède souverainement la maîtrise de la matière, du temps, de l'espace, conditions de l'humaine nature mais aussi conditions fort diverses dans les différents espaces de l'univers. Saint Jean Damascène y insiste : « Dieu a fait la matière et Il y descend (katabasis). Donc, « big-bang », énergies, conditions diverses de la matière, évolutions, changements ne seraient-elles pas les phases, les vecteurs de cette intense opération, de cette oeuvre exceptionnelle ? Autre « orientation » de l'interprétation patristique de la Génèse, toutes les créatures sont « venues » des eaux ... « C'est d'abord à l'eau que Dieu commanda de faire sortir une âme vivante et il devait ensuite par l'eau et le Saint Esprit porté sur les eaux à son commandement renouveler l'homme ». la matière créée (dans le mystère qui appartient à « l'opération » divine) et l'Esprit collaborent par et dans les énergies incréées qui « baignent » (baptisent) constamment l'univers.
Bien sur ceci ne « colle » guère au schéma littéraire-linéaire des « créa », non plus sans doute qu'aux thèses et contre-thèses des sciences actuelles... mais cela colle avec le mystère poïétique, avec le mystère du monde qui est mystère christique, comme aimait à le rappeler saint Maxime.
Ecrivant sur le mystère eucharistique, saint Cyrille de Jérusalem lui, à propos du pain et du vin changés définissait ce changement comme : métapoïèssis ! Verbe, parole et Esprit comme Vecteurs de retournement de cette inversion que fut la chute ! Maxime, encore, indiquait que le mystère christique est le mystère même de l'économie du salut : « c'est la fin conçue antérieurement à toutes choses ». La fin (eschaton) est ainsi conçue avant même les débuts du début : « Ce qui fut, cela sera; ce qui s'est fait se refera. » (Eccl. I:9)
Maxime, toujours, nous l'énonce clairement : « Après la transgression de la volonté divine on ne peut plus expliquer la fin par le commencement, mais le commencement par la fin. Par conséquent on cherche non plus à connaître les principes du commencement mais à approfondir les principes qui nous poussent à notre terme. »
Les actuelles investigations scientifiques n'ont-elles pas fait leurs l'inversion stricte de ce « programme » ? Programme qui, par delà, la mort, vise la vie véritable. Programme qui, « enjambant » la mort vaincue a pour seul horizon la Résurrection. Or, comme nous l'avons déjà écrit, « ce monde », celui de la science, se veut, se pense, malgré tout, « sans fin ». Voilà son « mystère » : plus il se proclame « sans principe organisateur », « fruit du hasard », plus il vit l'évolution, le progrès, comme seul possibilité de vie et plus il fuit sa « fin », proprement son « eschaton » et plus il recherche, avec une véritable frénésie, son « origine » ! Sans organisation, sans ordre il est « a-logos », sans principe il est « a-arkhos », sans « fin » il est « a-eschatos » !
C'est en fuyant vers son « passé » qu'il veut fuir et dépasser sa fin qu'il superpose à la « mort ». Dans la recherche effrénée de son origine génétique il espère trouver la « graine d'immortalité » !
Cette « graine », que certains théosophes (pas ceux de Blavatsky) identifiaient avec un « os », un petit os, vecteur incorruptible de la Résurrection future, et que, par analogie ils présentaient aussi comme une cité souterraine appelée Luz (Lumière – i.e lumière dans les ténèbres !). Notons, néanmoins, que, précisément, les théosophes de Blavatksy et tous les occultistes adoraient ce type d'observation dans leur hystérique volonté de faire coïncider les sciences positives et les données « occultes » des traditions spirituelles du monde entier ! Cette convergence, ce mélange même, dès les débuts de la science moderne nous semble, dans ce cadre, particulièrement éclairante et spécialement amusante face aux sarcasmes narquois et pourtant si pauvrement plats des journalistes « enculturés » en quête de positivisme totalitaire !
Bref, revenons en à saint Maxime et aux outils qu'il nous offre...
Selon lui la recherche simple (zétéssis) concerne l'origine, origine, dont l'appréhension donc, demeure bouchée depuis la Chute, et larecherche approfondie (ekzétéssis) porte elle sur la fin, c'est elle qu'il convient de mettre en oeuvre suivant le principe définit plus-haut. Toutefois, allant plus avant encore, saint Maxime affine sa théorie et affirme que zétéssis et ekzétéssis concernent l'intelligence et forme les bases de la recherche des moyens aidant à parcourir la voie de la « philosophie pratique » tandis que ereunéssis, investigation simple, et exereunéssis, investigation approfondie, concernent la raison et forme la recherche des moyens aidant à parcourir la voie gnostique ! C'est ici que nous devons faire intervenir la distinction opérée par les Pères entre la création de l'homme qui est, selon le grec, génesis, une création et non génnesis, « génération » ! C'est à la Gnose seule, c'est-à-dire la poéïtique déployée, qui peut ouvrir à l'homme la compréhension authentique de sa nature (« raisonnable et noétique » disait saint Jean Damascène), non une science « rationnellement rationaliste » et volontairement « antithéiste ». Et, lorsque nous disons « compréhension » nous entendons évidemment quelque chose qui dépasse très largement ce que recouvre aujourd'hui ce terme. Non seulement « prendre avec soi », mais « prendre EN soi » et véritablement déployer en son intériorité la plus libre tout le schème cosmique dans le flamboiement des énergies divines et incréées. William Blake appelait le Christ « imagination créatrice », il comprenait le Christ comme l'essence réelle et archétypique de l'humanité vraie, c'est-à-dire adamique ! A se calfeutrer dans leurs arrogantes certitudes de systèmes clos, « créas » et « évos » sont loin, si loin, d'une telle vision, d'une telle possibilité « d'évolution » pour le coup !!
Saint Jean Damascène disait que « l'homme de la chute » est privé de « tout dire » (pan rhètos) de Dieu. Il n'a plus « l'intelligence » du Verbe divin, il reste extérieur à la Révélation biblique, hermétiquement clos à la « logosis », extérieur aussi à la Création du Logos ! Il se tient au dehors de la parole créatrice, seule vecteur d'intégration à la nature réelle de la Création. La science des « créas » et des « évos » est la science du monde faux, opaque, creux, nihilistique (c'est en cela qu'il a la nostalgie de ses « origines ») ! Non, deux sciences, mais une seule, deux sciences littérales contre l'Esprit vivifiant et sanctifiant !
Codicille du 11 août de l'an de Grâce 2009
Comme son prédécesseur, il comprenait que la Vierge et la dynamo représentaient aussi bien l'amour que l'énergie; l'amour par conséquent, faisait tourner le monde, tout comme il donnait de l'effet à la boule du jeu de quilles et présidait à la précession des nébuleuses. Thomas PYNCHON, Entropie.
En fait, l'évolution peut bien être "vraie", enfin, réelle, mais ses conséquences comme ses causes ne dépendent que des énergies, des lois de ce monde pécheur et chuté, privé de la communication directe des énergies divines. Renverser ces causes et conséquences, boulverser et inverser ces lois ne dépend que de nos idées, de nos énergies propres, personnelles ...
Le plus gros obstacle à l'heure actuelle c'est que ce monde, avec nous dedans, a fini par croire de toute sa chair, de toute sa densité matérielle qu'il est "impeccable", non soumis au péché ... Lui faire sortir cette idée de la tête c'est la tâche première de tout soldat du Verbe !
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samedi, 25 juillet 2009
Un entretien vaut-il mieux que deux tu l'auras ?

Voici, ci-dessous, l'entretien que j'ai accordé à Stéphane François dans le cadre de sa thèse de doctorat en science politique. Le livre publié ensuite, en 2006, chez L'Harmattan en est un condensé. J'ai réctifié quelques éléments à mes réponses de l'époque (2005, environ). Pourquoi ? Tout simplement parce que déjà, lors de cet entretien, le chercheur qui m'interrogeait, me posait des questions orientées pas ses propres interrogations, interrogations sur un "milieu" auquel je ne me sentais n'avoir jamais "appartenu", milieu dans lequel j'avais, certes, vécu nombres d'expériences mais qui, par bien des aspects m'était (et m'est) étranger, autant que je lui suis étranger. Aussi, loin d'aller au bout des questions qui m'était posée, je me suis souvent contenté de répondre par ce qui pouvait paraître le moins "déroutant" ... Trois ans sont passés, trois... c'est un chiffre admirable et un chiffre de déchiffrement, aussi il m'apparaît utile, en particulier en lien avec mes investigations actuelles de dévoiler certaines éléments ...
Une partie de ma thèse traite des rapports entre la “ musique industrielle ”, les droites radicales et l’ésotérisme, en particulier avec le néo-paganisme. Par conséquent, votre parcours m’intéresse. Vous en parlez sommairement dans votre introduction “ sous influence ” dans Que vous a apporté René Guénon. Pourriez vous développer ? Qu’entendez vous par votre jeune intérêt pour le totalitarisme ?
Adolescent, j’ai, en effet, été “ attiré ” par “ l’esthétisme ” des régimes totalitaires, en particulier au collège, en suivant les cours d’une femme, professeur d’histoire-géographie, qui, bien que clairement socialiste, ne cachait pas sa fascination esthétique pour les grandes mises en scène fascistes ou national-socialistes. Par la suite, l’étude de ces mouvements politiques m’a longtemps retenu, en particulier en raison de leur caractères, je dirais, “ religieux ” et surtout, par, justement, la “ fascination ”, la quasi “ obsession ” qu’ils avaient pu exercer sur nombres de personnes d’origines et de milieux très dissemblables. C’est de l’étude de leurs “ bases idéologiques ” qu’est né mon attrait pour la philosophie de Nietzsche puis, plus tard, celui pour l’histoire des Indo-Européens. De cette période, s’est développée une forme de rejet pour l’historiographie officielle. Je commençais de percevoir que cette histoire, qui passait pour très objective, était, en définitive, à l’image des régimes totalitaires, intimement liée à l’idéologie des “ vainqueurs ”. Je dirais que, dans ces mêmes années, j’éprouvais (“ instinctivement ”, “ naturellement ”) une sorte de haut-le-cœur devant la manière dont était abordée toute la période pré- et post-révolutionnaire en France … sans pouvoir clairement définir mon point de vue sur la question. J’étais encore, tout de même, très “ perméable ” à tous les mouvements modernes, bien qu’ayant continuellement refusé de me trouver encarté, et pourtant, dans cette période mittérandienne, ce ne sont pas les sollicitations qui manquaient. Certains, trouveront sans doute cela paradoxal, mais mon attrait et mes études des régimes autoritaires, m’avaient ouvert à cette intime conviction qu’aucun système ne peut être intégralement satisfaisant pour la bonne raison qu’il est ce qu’il est : “ un système ”, c’est-à-dire, un circuit clos de la pensée… non pas que la dialectique ait été, déjà, une référence pour moi, mais je crois que, dès lors, je percevais le dénominateur commun de ces “ systèmes ” : la modernité ; et, sans la citer nommément, je ressentais alors mon inadéquation avec celle-ci. Mon attrait fut, en premier lieu, “ esthétique ”, si je puis dire, aussi, la découverte chez Gustave Le Bon d’une immense analyse du pouvoir des images, “ l’image saisissante ”, me fis réagir et débusquer partout cette tentation du pouvoir par l’image, par l’impression … Bien sûr, il y avait dans tout cela une bonne dose de provocation, une volonté de se démarquer, et fermement, pour le coup. Toutefois, je n’ai jamais adhéré à aucune formation et je passais le plus clair de mon temps avec des personnes de mon âge qui, clairement, ostensiblement, militaient à gauche ou à l’extrême gauche, et les idées de ce que l’on appelle encore aujourd’hui l’extrême droite ne m’ont jamais séduit, pas plus que celles de l’extrême gauche, d’ailleurs. Mon but affiché était d’être “ autre ”, mais, dans les milieux lycéens et étudiants de l’époque ( de 1985 à 1990 environ), il était quasiment impossible d’être autre chose qu’un “ gauchiste ”, cela ne se discutait même pas. Il était inconcevable de s’exprimer différemment, de formuler un autre discours … L’idéologie “ Touche pas à mon pote ” était passée par là et, par la suite, on en était venu à la technique politique de “ Ras l’front ” et autres groupuscules délationnistes, une gentille atmosphère de Goulag pour boys-scouts en somme... Ces événements ont redoublé en moi ce besoin d’y aller voir moi-même, de ne pas m’en laisser conter et, au bout du compte, j’ai trouvé plus de “ tolérance ”, plus d’ouverture d’esprit, plus de liberté, plus de pensée “ indomptée ”, chez les gens dits de “ droite ” que chez ceux dits de “ gauche ”, avec lesquels, du reste, il était devenu impossible de dialoguer ; avec eux, le débat se muait en “ passage à la question ”, les arguments en condamnation … cela ne me convenait pas. Aussi, à force de “ fouiller ” dans les livres, les articles, les plus divers et disparates, j’en suis venu à m’en aller voir à d’autres altitudes, et là de rencontrer Georges Dumézil, Mircea Eliade, Alain Daniélou, puis Julius Evola, René Guénon, Ananda K. Coomaraswamy, Christian et Françoise Guyonvarc’h … je ne m’en suis jamais remis … Dans ce parcours il n’y a pas “ d’évolution ” (cette idée, décidément, ne me convient pas), mais un affinement de la pensée en même temps qu’un élargissement. Depuis longtemps il s’agit d’aiguiser ma pensée afin de la dépasser, qu’elle soit si fine et si tranchante qu’elle en vienne à ne plus apparaître, quelque chose de très, très éloigné, me semble-t-il, de tout totalitarisme, systèmes clos de la pensée, fût-il de droite (il faudrait d’ailleurs clairement définir si le fascisme et le national-socialisme, peuvent être considérés comme des idéologies de “ droite ”, ce qui n’est pas si évident, à mon sens), de gauche ou libéral, comme l’actuelle idéologie des droits de l’homme.
Que vous a apporté la “ musique industrielle ” sur le plan intellectuel ?
Rien de façon directe et beaucoup de manière indirecte. Cette forme de “ mode ” prend vite les allures d’un “ système ” justement, ses codes, ses “ valeurs ” vous obligent à afficher des références, souvent incomplètes d’ailleurs, sans aucun discernement. Toute “ réaction ” qui ne repose pas sur des Principes intangibles, qui n’emprunte rien à la modernité, se voit rapidement “ récupérée ” ; non pas, nécessairement de façon claire et évidente, mais, les présupposés de sa “ révolte ” n’excédant jamais la provocation et le désir de choquer à tout prix, elle est rapidement intégrée par un monde, par une société, à laquelle, finalement, elle n’a jamais cessé d’appartenir … Les musiques dites “ industrielles ”, et tout ce qu’elles ont généré, n’échappent pas à cela. Les “ inventeurs ” de cette “ forme ” musicale, que ce soit Genesis P. Orridge, Monte Cazzaza, Cabaret Voltaire, S.P.K …, ont pu rejeter certaines déviations de la pensée moderniste mais jamais ils n’ont remis en cause globalement les bases même de la modernité, bien au contraire, eux-mêmes se déclarant appartenir à l’avant-garde. Quand au phénomène “ dark-folk ” ou “ néo-folk ”, autour de Death In June ou Current 93, il faudra attendre la fin des années 80 ou le début des années 90 pour qu’il s’oriente franchement vers un certain néo-paganisme ; mais, là encore, les auditeurs sont allés plus loin que les musiciens eux-mêmes et ont donné une ampleur à cet aspect des choses sans commune mesure avec l’engagement des auteurs eux-mêmes. Ensuite, les choses se font “ d’elles-mêmes ” et les rapprochements s’opèrent ; certains peuvent alors voir un intérêt particulier à établir de tels rapprochements … mais, en définitive, je n’ai rencontré que quelques rares personnes pour qui tout cela a de véritables implications, je veux dire tant intérieurement qu'intellectuellement …
La scène “ industrielle ” fut longtemps un véritable capharnaüm culturel. On y trouve encore de tout et tout s’y mélange. La plupart du temps, il n’en sort rien … Mais, au hasard, comme cela fut le cas pour moi, vous pouvez glaner quelques noms, quelques références, des indications qui stimulent la curiosité. A cette époque (1988-1992), on parlait beaucoup d’Aleister Crowley et, comme je venais de terminer Là-bas de Joris-Karl Huysmans, je me suis mis en quête des travaux les plus sérieux sur le sujet. De cette sorte d’occultisme on peut aboutir partout ; encore une fois, tout s’y mêle comme dans un maelström culturel et politico-philosophique. Donc, si l’on veut, sur un plan strictement intellectuel cette période m’a surtout appris à discerner, c’est là que j’ai vraiment rencontré les noms de René Guénon et Julius Evola, pour la première fois, mais noyés au milieu de mille autres références …
La musique industrielle m’a aussi appris à me méfier des “ techniques ” musicales, il fallait rejeter tout cela en bloc, mais aussi tout ce que la musique “ contemporaine ” officielle (Pierre Boulez, Pierre Schaeffer, Yannis Xenakis, etc ) pouvait incarner, c’est-à-dire un “ intellectualisme ” qui contrevenait au jusqu’au-boutisme affiché des musiciens “ indus ” de l’époque. Je crois que c’est dans ce cadre qu’il faut envisager tout ce qui concerne l’attrait pour la magie, le paganisme, dans ce milieu. Au départ, cela fut lié à cette volonté de sauvagerie totalement débridée : repousser des limites tant “ artistiquement ” que physiquement ; de là, la fascination pour le tatouage, le piercing (qui a vraiment fait son apparition “ publique ” dans ce milieu de “ l’indus ”), puis, de façon parallèle, il a fallu donner un peu plus de cohérence à tout cela et l’on a pris pour références Aleister Crowley, Austin Osman Spare, le shamanisme … mais l’amalgame n’a pas de valeur proprement spirituelle. Je crois que, finalement, à part quelques rares exception, tout cela à pris l’apparence de ce que l’on cherchait à éviter : un intellectualisme morbide.
Pour ma part j’ai vite pris mes distances avec ce domaine car avec René Guénon et Julius Evola j’avais trouvé une réelle vision du monde, intégrale et intégrée, en lieu et place de toutes ces idées ou théories hétéroclites et morcelées. Vision qui, elle aussi, évidemment, tourne vite, très vite, en système clos. Disons, tout de même, que toute cette agitation m’a donné les armes faites pour m’en séparer; néanmoins je retiens nombre d’éléments positifs de cette période, j’y ai fait un apprentissage que je n’aurai pu faire ailleurs … mais je crois vraiment, intimement, que je n’ai fait que découvrir ce que je devais découvrir. Comme je l’indiquais précédemment je ne crois pas en une quelconque “ évolution ”, il me fallait seulement écarter un certains nombres de voiles recouvrant l’essentiel.
Comment êtes vous passé de l’“ indus ” à l’orthodoxie et au royalisme ?
Posé en ces termes le passage semble assez “ abrupt ”, en effet, mais on ne passe pas de “ l’indus ” à l’Orthodoxie, le premier est un style musical moderne, la seconde une voie spirituelle, en outre, il n’est pas interdit, ou exclut, d’être Orthodoxe et de faire de la musique “ industrielle ” ou autre, par conséquent, je préfère ne pas dire que je suis “ passé ” de l’un à l’autre … J’ai toujours été chrétien, bon gré mal gré parfois, ce n’est que trop vrai, mais, néanmoins, BAPTISÉ, je le suis depuis l’âge de deux mois et je n’ai jamais cessé de l’être … Là encore, il m’a fallu traverser un certain nombres “ d’épreuves ” et passer à travers moults voiles pour le redécouvrir. Nous sommes, là, face à un domaine intérieur qui ne se dévoile pas si aisément, quand bien même le voudrions-nous.
Sans doute, fallait-il que je passe par une forme particulière de “ renoncement ”, de rejet, de “ dénudation ” pour me trouver, ensuite, capable de dévoiler, à mes propres yeux, l’intériorité de la tradition qui m’avait vu naître. Il me fallait épuiser un certain nombre de possibilités d’ordre, je dirais, “ inférieures ”, creuser un vide, une distance, un écart, oui un écart à combler ensuite, ou pas … Très concrètement, bien sûr, l’œuvre de René Guénon n’est pas étrangère à cela, mais, et nous sommes nombreux à l’affirmer, elle ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà, intimement. A l’heure actuelle je n’ai pas fini de lire et d'étudier l’œuvre de René Guénon, et je ne pense pas le faire dans l'immédiat, et pourtant je suis chrétien, je dirais donc qu’il y eut, dans mon cas, collaboration de la tradition, de la Grâce et de l’œuvre écrite de René Guénon… une vraie synergie. En somme, la lecture de Julius Evola m’a poussé à investir de manière privilégiée le champ des traditions polythéistes quand celle de René Guénon m’a assuré et stabilisé dans la tradition qui, toujours, fut la mienne. Le premier m’a conduit vers certaines hauteurs intellectuelles et éthiques de la Tradition, le second m’a réellement ouvert les voies d’une spiritualité traditionnelle vivante même si, à dire vrai, cette ouverture se fit en réaction à certaines de ses options doctrinales, et même, spécialement, contre celles-ci. Il m’a aussi donné accès à une méthode intellectuelle de discernement et aux outils primordiaux que sont les symboles.
Concernant mon attachement au Roi, je crois pouvoir dire également, que je l’ai toujours ressenti au fond de mon cœur. Tout enfant, je ne rêvais ni à la république ni à la Nation, ni à la Patrie, pas même au Pays, mais, bel et bien, au Royaume. Avançant en âge, il m’a semblé de plus en plus évident que mon cœur d’enfant avait bien raison, qu’il était, comme disent les Anglais, “ à la bonne place ”. C’est une chose que j’ai très rarement évoqué pour la bonne raison que cela ne me semblait pas essentiel, surtout à notre époque. Encore aujourd’hui, je ne choisis aucun prétendant, ce n’est pas à moi de le faire mais, selon moi, à Dieu seul, comme Il l’a déjà fait, la personne, le lieu et l’heure, ma seule action en tant que royaliste est donc d’essayer de me tenir prêt …Ainsi, vous le constaterez, je ne pense pas être passé de quelque chose à autre chose, il s’agit de domaines différents, il n’y a donc là rien de très impressionnant. Le plus curieux, peut-être, serait de se dire qu’un Orthodoxe royaliste “ baigne ” dans les eaux troubles de la scène musicale dites “ industrielle ” … ?
Pourriez vous développer votre conception du royalisme ?
Elle est la plus simple et la plus banale qui se puisse trouver. Je ne sépare pas le Roi du Roi des Cieux, j’acquiesce à l’idée qui veut que “ le roi de France est le Lieu-tenant du Christ ” …; mais dans le strict domaine temporel ...
Que pensez vous du néo-paganisme développé par des groupes ou des acteurs de la scène europaïenne/dark folk/indus ?
Je pense que la majorité de ces groupes ne sont que des “ poseurs ”, ils suivent une mode que d’autres font et certains ont trouvé là-dedans un véritable filon, mais on ne sort pas de l’esthétique et du discours creux ou très intellectuel (rationnel). Pour quelques-uns, cela peut aller jusqu’à un véritable engagement ; ils me semblent tout de même assez rares. Et, quand bien même s’engageraient-ils, je crois que leur néo-paganisme n’est que l’une des formes de l’apostasie généralisée, une pseudo-spiritualité pour les enfants de “ laïcards ” militants, pour quelques poètes romantiques blasés par le néo-réalisme et pour des philosophes en manque de “ divin ” qui craignent de sacrifier leur liberté, cette liberté qu’ils croient avoir durement gagnés en s’affranchissant de la “ tutelle ” de la religion … En clair, le néo-paganisme restera toujours ce qu’il est et ne sera jamais une véritable tradition spirituelle puisqu’elle est faites de main d’homme …, il est, en outre, un mouvement entièrement moderne, donc, strictement non-traditionnel. Il ne m’appartient pas d’analyser ce qu’il représente chez les jeunes Européens d’un point de vue sociologique, politique ou psychologique, mais, de mon expérience passée je peux vous dire que, spirituellement, il serait absolument nul et désastreux, s’il n’était, pour quelques très rares personnes, l’occasion de rencontrer les noms de René Guénon, Julius Evola ou Ananda Kentish Coomaraswamy … quant à ce qu’ils feront de cette occasion … il paraît qu’elle fait le larron ; alors …
Votre intérêt pour le celtisme est-il lié à une période néo-païenne de votre vie ?
Non au contraire, je n’ai véritablement commencé à étudier la tradition celtique qu’après avoir rejeté toute sorte de tentation “ néo-païenne ”. Je n’ai jamais vécu et affirmé un néo-paganisme quelconque mais il est vrai que, des années durant, j’ai mis de côté mon attachement au christianisme à cause de mon intérêt pour les traditions pré- ou non chrétiennes, Odinisme, Hindouisme, Islam … Cet intérêt, très profond, et très fort, était essentiellement intellectuel au sens “ rationaliste ” du terme, il s’agissait, en définitive, d’érudition. Une certaine curiosité qui me poussait à aller voir toujours plus près. Aussi, la foi ayant reflué en moi, j’étais assez libre et offert spirituellement à toutes sortes de suggestions. Il m’aura fallu environ sept années de débats personnels, et avec des amis proches, de questionnements douloureux, de méditations mais aussi d’études, pour, finalement, revenir à mon point d’origine, mais, sans aucun doute, plus riche.
Ces incursions à proximité du “ camp néo-païen ” m’ont permis de découvrir bien des éléments que j’aurais, sans cela, ignorés. Aujourd’hui, je ne crains pas de dire que, pour comprendre intérieurement les grandes traditions pré-chrétiennes, il est préférable de ne pas être “ néo-païen ” … ce courant est intimement lié à la modernité et à ses différents courants de pensées, il est sclérosé par toute sorte d’idéologies et par les luttes de celles-ci entres elles … à son origine même il est un mouvement typiquement moderniste, en quoi il rejoint les pseudo-fondamentalismes.
Il me semble que vous avez une approche du celtisme assez similaire de celle de Michel Raoult1. Est-ce exact ?
Certainement pas, pour la simple et bonne raison que Michel Raoult professe ouvertement une certaine “ perpétuation ” de la tradition celtique à travers les “ conventicules néo-druidiques ” … ce que je tiens pour une absolue absurdité. C’est non seulement méconnaître la plus simple histoire des religions mais c’est aussi nier toutes les traditions qui reconnaissent la doctrine des cycles pour fondamentale, comme ce fut le cas pour la tradition celtique. C’est aussi faire la preuve d’une incompréhension invraisemblable de ce que recouvrent exactement l’ésotérisme et les doctrines initiatiques. Nous retrouvons là tout ce que René Guénon a superbement mis en lumière, à savoir les différences essentielles, qu’il convient de ne pas perdre de vue, entre l’ésotérisme et l’occultisme.
En outre Michel Raoult a déclaré que le druidisme serait une “ religion naturelle ”… ce qui est à l’exact opposé de mon approche. D’une part, et je citerais, au passage, William Blake : “ il n’existe pas de religion naturelle ” et, d’autre part, il n’est, dans la tradition celtique, presque jamais question de “ druidisme ” ou bien dans des textes tardifs, donc chrétiens, où le terme s’applique à la sorcellerie. Lorsqu'il apparaît un terme que l’on pourrait, éventuellement traduire ainsi, dans des textes plus anciens (ainsi dans la version du Book of Leinster de la Táin Bó Cúalnge, « druidecht, druidechta, druídechta »), il désigne, en fait, les seules techniques magiques des druides, partie inférieure de la tradition, et non la doctrine dans son ensemble … Vous conviendrez, à ce bref aperçu, que je suis très loin de partager votre point de vue quant à la similarité de nos approches …
Avez vous des liens avec la nébuleuse néo-droitière ?
Je peux avoir des liens, je préfère dire des contacts amicaux ou des affinités avec des personnes pas avec des nébuleuses, le terme me paraît inutilement négatif. Sans doute, ai-je quelques amis, qui ne sont pas insensibles aux théories de la Nouvelle Droite, comme d’autres s’enthousiasment pour le courant alter-mondialiste, mais, en amitié, je ne sache pas qu’il soit nécessaire ou utile de partager toutes les idées de ses amis …, en outre, juger quelqu’un à l’aune de ses amitiés ne me semble pas être un procédé très digne ni très honorable …
Puis-je vous considérer comme un “ traditionaliste de la Nouvelle Droite ” ? Etes-vous proche de ceux-ci ( ou d’ancien néo-droitiers pérennialistes) ?
Absolument pas ! D’une, je ne me considère pas comme un “ traditionaliste ”. Etant chrétien je n’ai pas même à l’être : je vis la tradition qui est la mienne, dans laquelle je suis venu au monde, j’essaie de la vivre intérieurement et intégralement en l’étudiant et en la pratiquant dans toute son ampleur … donc également dans son “ aspect ” ésotérique, alors peut-être peut-on me considérer comme étant un ésotériste, ce que, toutefois, je ne revendique à aucun titre ; mais dans tout les cas, comme je l’ai déjà dit, la pensée, et plus encore la Sagesse ne peut être assujettie aux cadres restreints et très étroits du mental, or, ces appellations, ces “ étiquettes ” s’il faut bien s’en servir pour pouvoir parler, ne désignent qu’une infime partie de la pensée traditionnelle … De deux, je ne crois pas que la Nouvelle Droite soit un vivier de traditionalistes, si certains de ceux-là ont pu publier dans les revues et magazines de la ND cela est du, je crois, à l’ouverture d’esprit des comités de rédaction non pas à l’existence d’un “ courant ” traditionaliste au sein de celle-ci … mais ce n’est là que mon point de vue.
Quelle est votre conception de la Tradition? Puis-je vous considérer comme un "vrai conservateur", c'est-à-dire sur les plans politique, social et spirituel ?
En tant que chrétien j'attends non pas la conservation de ce monde, Création divine, certes, que j'aime et admire pour cette raison, parce qu'elle me parle de Dieu et de Son œuvre , parce qu'elle m'invite à me faire modestement, avec humilité, son imitateur, mais création chutée d'autre part, dont le régent est le Prince de ce monde ... ainsi, mon espérance se tient dans le Second Avènement, la Parousie, la venue du Paraclet, la Résurrection et l'établissement de la Jérusalem Céleste, et cette œuvre n'adviendra pas de mains d'hommes, nul ne peut hâter le plan de la divine Providence ... et rien de ce qui est aujourd'hui ne sera plus, tout et tous seront transfigurés dans le Christ et son Esprit Saint, le divin Paraclet ... que voudriez-vous donc que je veuille, moi, conserver ?
Pour le reste je ne peux que prier pour que mes frères se fassent plus proches du Seigneur et de Sa Volonté, pour que tout ce que le monde inflige comme blessures aux hommes et aux femmes de bonne volonté se fasse moins cruel ... pour tout le reste, les idées de droite comme de gauche (avec leurs extrêmes et leurs centres ...), ce ne sont que des idées "traditionnelles" déviées, déformées et défigurées. Il ne saurait être question de vouloir les conserver, mais, au contraire, dans une certaines mesure, et toujours en ayant en vue que, si l'on agit positivement ce n'est qu'avec le concours de la Grâce, au contraire donc, de les rectifier, de restaurer leur vrai visage. Ainsi, peut importe que les idées viennent de droite ou de gauche, plus elles sont en adéquation avec les principes immuables de la "tradition", meilleures elles sont. Mais, pour l'heure actuelle, autant dire qu’on ne saurait trouver de telles idées ni à droite ni à gauche.
A mon sens, aucune critériologie politique ou sociologique ne peut cerner, définir ou encadrer la réelle pensée traditionnelle ou pérennialiste, elle échappe à tout les critères modernes, justement... Que tel ou tel de ses "représentants" (et la représentation contient en elle-même un principe de dissemblance) ait choisit, à un moment ou à un autre, de se tenir à plus ou moins grande proximité d'un bord ou de l'autre, cela concerne l'individu et lui seul. Qu'a un moment X ou Y la "tradition" ait été mieux entendue d'un côté que de l'autre, cela dépend des contingences seules, et, peut-être, aussi, de l'adéquation (ou de la plus ou moins grande distances), avec les idées originelles, comme signalé précédemment, de telles ou telles théories (théories qu'il convient de distinguer des doctrines) ...
Vous considérez-vous comme faisant partie de la droite radicale ? Vos textes sont publiés chez des éditeurs “ marqués ” comme Pardès, Dualpha, …. ?
Ce qui “marque” doit être ce que l’on fait, nullement chez qui on le fait, sauf, naturellement, si une quelconque compromission influe sur la façon de faire et sur le fond de celle-ci. Les éditeurs aujourd’hui “marqués”, comme vous dites, se trouvent bien souvent correspondre à ce que j’ai avancé tout à l’heure en évoquant les capacités de “tolérance”, l’ouverture d’esprit et la liberté de pensée indomptée. Les éditeurs que vous nommez, pour ce qui les caractérise positivement, font preuve de cet esprit… Maintenant, comme je m’intéresse plus aux réalisations qu’à ceux qui les promeuvent, je vous avouerai que certaines publications de Pardès me semblent consternantes et, malheureusement, même chez les éditeurs les plus scrupuleux à certains égards, nous pouvons trouver des productions médiocres, tellement médiocres qu’elles ne seraient pas désavouées par certaines maisons d’édition moins “marquées”, je veux dire “de gauche”. Je me permettrai de vous faire observer que chez Pardès, vous rencontrerez aussi bien des auteurs issus de l’extrême droite, que d’autres venus, quant à eux, de l’extrême gauche… Au fond, peu m’importe. La question n’est évidemment pas la “droite” ou la “gauche”, mais le parti pris par rapport au monde moderne et à son entreprise de déshumanisation. Alors, disons qu’il y a des éditeurs qui sont “marqués” parce que anti-modernes… Mais nul de ceux qui se posent comme leurs adversaires ne consent à traiter le véritable facteur d’opposition; ce qui est normal puisque, alors, le problème des compromissions ne pourrait que s’imposer… Or, qui est compromis — de manière “radicale” — avec le système, quel que soit le système? Voilà la question qui me semble réellement pertinente… Je vous demande d’y répondre vous-même et de dire si vous vous considérez comme “faisant partie” de quelque chose…
1 Michel Raoult s’est intéressé au celtisme après une quête spirituelle qui le fit rencontrer une Petite Eglise mélangeant orthodoxie et druidisme [Cf. T. Jigourel, Les druides, op. cit., pp. 105-107] de fait, il existe en France une tradition de christianisme celtique apparue au XIXe siècle. Ainsi, Jean Sicart/Yann brekilienn développe une conception similaire.
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mardi, 21 juillet 2009
LA CARTE DU NON-OU : naviguer dans l'indissidence
CARTE DU NON-OU.pdfCARTE DU NON-OU.
Chose promise chose ...
Va savoir ...
Ici, c'est-à-dire nulle part, voici le numéro infini-unique de l'INDISSIDENCE !
MERCI, à nos collaborateurs volontier volontaires : Olivier Cappaert et Lancelot Vlad, et involontaires les (anciens) jeunes punks devenus moines du Monastère orthodoxe américain de PLATINA ...
23:05 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Inscriptures, Littérature, Livre, Orthodoxie, Philosophie, Poétique, Politis, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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jeudi, 09 juillet 2009
Les solutions écologiques ?
« Le péché n'est pas que les locomotives soient mécaniques, il est que les hommes le soient. »
Gilbert Keith Chesterton
L'écologie n'est pas la réponse aux problèmes de l'homme et de la nature; elle en est la conséquence invertrice. L'homme a asservi la nature et servi la mort; l'écologie sert la nature et la mort en leur asservissant l'homme.
L'homme ne doit pas devenir plus « naturel », il doit humaniser la nature et, l'humanisant se déifier et attirer la nature humanisée à sa suite.
Ce qui est véritablement humain dans l'homme, et qui doit le devenir dans la nature, c'est Dieu.
Pour saint Irénée, le premier Adam n'était pas « perfection », mais son « rôle », son espérance était dans le perfectionnement sous la conduite de l'Esprit dans le Verbe, conduite librement consentie en vue de l'achèvement parfait de l'humain en le divin, soit la « verbification ». La venue du Verbe était envisagée « de toute éternité » (oikonomia) ... Adam avait une cible : la déification (oikonomia). Le mal (kakia), le péché (amartia) c'est d'avoir manqué cette cible. Cependant, ceci ne se résout pas dans un seul sens « technique », au contraire, toute technicité était exclue en ce sens qu'elle aurait constitué l'introduction d'une forme de nécessité, or cela, c'est « l'esprit du contraire » qui l'introduit précisément pour dévier la flèche de la déification, la faille fut personnelle, intimement intime, la faille fut intimement relationnelle, aussi, le recours n'est pas dans une technique, fut-elle, spirituelle mais plutôt dans une méthode (meta-hodos, « voie supérieure ») non-linéaire, non technique, une libre discipline après la métanoïa qui est, dans ce sens la re-connaissance, le retournement supérieur de la connaissance (epignosis) de la nature réelle de la faute.
« Le faux naturel insiste toujours sur la distinction entre le naturel et l'artificiel. Le vrai naturel ignore cette distinction. Pour l'enfant, l'arbre et le réverbère sont aussi naturels et aussi artificiels l'un que l'autre, ou plutôt ni l'un ni l'autre, tous deux sont surnaturels car tous deux splendides et inexpliqués. » G. K. Chesterton
En décembre 2008, eut lieu, à Uppsala, un sommet inter-confessionnel sur le climat. Selon le Père Chryssavgis (Patriarcat de Constantinople) les « communautés religieuses sont retardataires » (sic). L'article n'en dit pas plus, et nous sommes en droit de nous demander « sur quoi donc ? ». Puis on évoque un « péché écologique » ... (sic), et aussi le fait que la terre (avec un T) est Création de Dieu et que l'homme doit tout faire pour la sauver, prendre en considération ce que dit la science et enfin, on nous dit qu'il ne « s'agit pas de trouver des réponses religieuses spécifiques ».
Et voilà, voilà comment le monde, comment le ON, le monde du ON, l'unanimisme sacré, retourne l'Église elle-même. Tout au moins une part de Celle-ci ! Devant la force centripète de ce gros ON dont la force n'est pas même la faiblesse (comme l'Église) mais la médiocrité équitablement partagée les chrétiens n'osent plus affirmer que ce n'est pas la terre (avec ou sans T) qu'il faut sauver, mais bel et bien l'homme. Et comment donc, le ferions-nous, puisque même cette idée d'homme (avec un H, souvent) a été évidée par le ONISME, par ce monde ... à coup de « droits », de « morales », d'évitements soigneusement dosés ...
Comment le ferions-nous puisque l'Église elle-même, en sacrifiant aux droits de l'homme en tant que dogme, s'éloigne du martyrium (du témoignage) qui pourtant est son fondement.
Bien sûr les droits de l'homme sont moralement justifiés, éthiquement fondés, oui, évidemment, oui ... selon ce monde ! Mais, soyons clairs, au fond du fond, nous voici face au Grand Inquisiteur ! Aujourd'hui, au nom des droits de l'homme, l'Église, Amnesty International, la Ligue des Droits de l'homme, Human Right Watch ... tous, interdiraient la crucifixion du Christ, ils s'y opposeraient avec la dernière énergie. Au nom de l'homme, ou plutôt de l'abstraction de ses « droits » ils laisseraient triompher la mort !
Alors qu'en définitive, l'homme est-il fait ?
Pour nous, : il fut créé, il a chuté (bien prendre note de la différence verbale !).
Il est fait, oui, si il ne se décide pas à devenir ce qu'il est, image et ressemblance.
S'en est fait de lui, oui, si il préfère encore et toujours se balader, tous ses droits en bandoulières comme équipement technique, sur l'abysse qu'il intègre toujours plus à mesure qu'il croit pouvoir le nier.
Il est fait, oui, fait comme un rat, un rat de laboratoire ! Oui mais, attention un rat « bio » !
« L'Homme n'est pas encore né.
Seulement son cadavre. »
(Yannick Haenel / François Meyronnis)
Mais, un cadavre qui marche et qui chemine avec son bel attirail, un cadavre qui aime les grands trecks où il peut côtoyer du vide plus exotique que son vide à lui et ainsi l'en nourrir, l'en nourrir « bio », évidemment, ou, au pire « équitablement ». Un cadavre-citoyen-du-monde-en-réseau !
Tous ces nobles sentiments, toutes ses pensées morales, bonnes protectrices, sont autant de bonnes intentions qui pavent les voies de l'enfer (de l'enfer vert !). Cette vie vidée de sens, comblée de choses, déphasée, cataphatique, cette vie que l'homme a voulu sienne, propre et seule, qu'il a vidé, évidé, dont il a emplit tous les vides de ses consommations-addictives, cette vie-là il faut, par tous les moyens, philosophiques et techniques, la prolonger, encore, et encore, quitte à la terminer par une euthanasie « librement consentie dans le respects de ses droits et de sa dignité » ...
Et ce ne sont pas les résultats des récentes élections zéropéennes qui amélioreront le « climat » ...
Le pôle totalitaire « vert » va se renforcer au sein du faux néozempire européen. Les peuples, consentant par voie de fait contraignant, supporteront la part la plus forte de cette nouvelle pression politico-moraliste et, puisque les « verts » représentent la bonne conscience morale et ultra-consensuelle du « sauvons la planète », ils pourront, en toute bonne conscience, propager (et propagandiser) toutes les bonne idées humanistes du droit et du bien pour l'Homme ...
Sans être éperdument à la recherche de réactions, pour corroborer mes intuitions, naïves et confuses selon certains, je dois admettre que, parfois, trouver un écho, qui, sans être une justification, va dans le sens d'un éclaircissement, je suis plutôt satisfait, ainsi je relève que, peu de temps avant la victoire des « gentils verts » (un écolo méchant ça ne se peut pas !!) le Président de la Croix-Rouge française notait que « collectivement et de manière non consciente, la France est aujourd'hui une société eugéniste qui refuse le handicap et préfère l'élimination de l'enfant handicapé. » (J-F. Mattei, entretien Famille chrétienne, 30 mai 2009). Je regrette (mais je n'ai pas lu l'entretien en entier) seulement que le lien ne soit pas fait avec tout ce qui se cache derrière l'écologie politique pro-avortement-et-bidouillage-génétique (ça pollue moins que les hormones rejetées avec l'urine dans les rivières) et toutes ses conceptions faussement naïves-naturalistes. Non, non, non, ON ne doit pas modifier génétiquement les épis de blé, mais ON peut parfaitement apprendre à gérer une fabrique de bébé-cadavres non-conformes selon les lois de Mère Nature, du moins selon la représentation idylléologique qu'ON s'en fait. Je regrette donc aussi que ne soit pas même émises cette idée du double discours : refus, à la source, de ce que la nature peut imposer de non-conformité, et acceptation forcée dans une discrimination positive (oxymore), qui, en outre, n'entend pas tant accepter réellement l'autre, tel qu'il est, mais surtout le hausser à un niveau de « normalité » acceptable, par tous les procédés « non-naturels » possibles !!
« Tous écolos », titrait récemment le journal La Croix... pas si sûr ! Le « principe responsabilité », déjà détourné en « principe de précaution » pourrait bien se muer en peur « panique » ! Les habituelles mises au point, tergiversations de surfaces, toujours consensuelle et unanimiste pourront un temps faire illusion, ou plus exactement faire « masque », écran. Dans l'éditorial de ce numéro le journal s'interroge sur la profondeur et la véracité des « conversions » à l'écologisme... Le mot est assez bien choisi ! Rappelons la figure de l'antique dieu PAN, c'est de lui, que viendrait la « panique », la peur hystérique des « non-initiés » à ses mystères devant la nature sauvage et incompréhensible. Embusquée derrière cette image foisonnante et inquiétante : la mort. Rappelons le cri légendaire qui accompagna la victoire du christianisme : PAN est mort ! Cette scène-là nous a été rejouée depuis, historiquement ... ON nous l'a dit : Dieu est mort ! Et parmi les adeptes les plus fervents de l'écologisme, nul doute que ce cri là est enregistré et validé depuis belle lurette. Pourtant c'est le dyonisiaque Nietzsche, qui voulut longtemps se persuader de la véracité du cri historique, qui nous éclairera. Le solitaire de Sils-Maria le dit, Dieu est le témoin gênant de la médiocrité de l'homme, en le liquidant l'homme peut médiocriter en paix et surtout il peut tâcher de se construire sa propre armature divine, mais ne pouvant plus prétendre viser une union avec un Dieu mort, une « béatitude » réintégrée dans le Paradis alors il visera le « bonheur » (restaurant ainsi le manichéisme cher à son coeur avec le corollaire du « malheur »). Malheureusement, le « bonheur », la paix béate et repue plongé dans une poubelle à ciel ouvert ... ça coince. Logiquement l'écologisme emboite donc le pas à l'idéologie du progrès, celle-ci, cause première des dégâts que l'on sait, s'invertie très tranquillement et s'agrège les vieilles utopies naturalistes de l'Age d'Or sans trop de difficultés puisque le fond évolutionniste permets de s'accommoder sur l'ensemble. En outre, puisque la crise financière s'en mêle, le modernisme écolonomique va pouvoir se prévaloir de plusieurs pistes à utiliser suivant le sens des événements. Il s'adaptera parfaitement à un néo-néo-libéralisme option décroissance-bio et nouvelles technologies « vertes », et, de plus, il va parfaitement pouvoir dépoussiérer l'option cyclique marxiste, la tendance solidaire pourrait bien relancer l'idée collectiviste et ON pourrait tout à fait nous assujettir à une forme de bio-communisme-soft.
Pour Nietzsche, encore, faire du bonheur le seul ressort de la vie est « un état d'impuissance absolue ». C'est bien en fait, par delà un hédonisme vulgaire et primaire de façade (bon enfant, pourrais-je dire, sans vouloir faire de « mauvais esprit »), ce que vise ce mouvement, en apparence, divisé et diviseur, qui sait unir les opposés (en inversion de la vraie conciliatio oppositorum). Oui c'est bien ce qu'il vise : « le bonheur millénaire et stupide dans le paradis » (saint Grégoire de Nazianze).
CODICILLE :
du 6 Juillet de l'an de Grâce 2009
France-Inter, émission « ça vous dérange : l'écologie peut elle devenir un nouveau fascisme ? »
Les invités : Jean-Pierre Legoff et Noël Mamère.
Ils ont osé ! « Enfin » me dis-je, et puis aussitôt, lucide déception, réalisme ...
Deux invités en présence autour de l'animateur, Jean-Pierre Legoff et Noël Mamère. Ou, comment désarmer le débat, ou plutôt désamorcer efficacement toutes les armes possibles de l'adversaire. En fait, le débat, l'appel incessant et démocratique au dialogue ce n'est jamais que cela, toujours. Amener l'ennemi sur votre propre terrain, le contraindre à user des mêmes armes tactiques, et comme, toute la technique, toute les tactiques sont de votre côté, même une défaite vous devient une victoire ...
Seront cités : G. Anders et J. Ellul. Tous deux par monsieur Mamère. Mais, évidemment, tout ce qu'Ellul pose comme exigence chrétienne, spirituelle et eschatologique dans sa critique de la technique et du productivisme est évacué. Et, face aux extraits de certains textes d'Edgar Morin en faveur de l'écologisme, véritables incantations à la dévorante et liquéfiante mama gaïa, l'attitude de Noël Mamère sera la même évacuation : « l'éocolgie ce n'est pas ça » ! Fin de non recevoir – camouflage ! Le pseudo-discours sur la Technique à partir d'Ellul (très peu, très vague) et de L'Obsolescence de l'homme de Anders sera de la même eau (croupie ? Allons ...) !
Curieux tout de même comme les maximalistes écologistes s'arrêtent en chemin. Comment ils n'osent aller au bout de ce chemin pour regarder et, éventuellement, voir que, précisément, leurs réponses à la Technique dévoreuse des ressources du monde sont du domaine de la Technique et que, pis encore, elles s'avèrent, en fait, être, sans doute, les alliées les meilleures d'un avancement substantiel vers l'espoir final de la Technique-Monde.
Désillusion donc ... Ce que nous étions peu à annoncer, à pressentir ... les médias viennent de s'en saisir ... nul doute qu'ils sauront organiser le grand vacarme qui fait silence autour d'une nouvelle « anti-écolototalitarisme », une nouvelles division de plus, qui aiguillonnera tous les indécis et les précipitera dans les bras suintants et humides d'une mama gaïa à la puissance nucléaire, d'un grand Pan cyber-bio-technologique ...
Nous n'aurons plus alors pour nous-mêmes que l'espérance, la brulante et noire espérance, les ténèbres du vrai silence, celles au coeur desquelles brille la vraie lumière qu'elles n'ont su retenir ...
Les solutions écologiques, plus elles sauvent et plus elles asservissent ...
22:30 Ecrit par Thierry dans Christianisme, Ecologisme, Inscriptures, Politis, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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jeudi, 25 juin 2009
La contrévolution des armées célestes
"Mais de même que le "Je" transcendantal créé le monde en sortant du monde, cet Occident christique ne peut plus être mondain mais extra-mondain, il est l'idée transcendantale du monde."
Raymond Abellio
A ce qu'il paraît, l'exception confirme la règle ...
Alors, confirmons la, en infirmant ce que j'ai écrit il y a peu à propos des commentaires.
Sur la note La Spirale intensificatrice de l'ésocriture, un courageux lecteur s'est fendu d'un bref commentaire qui, comme c'est trop souvent le cas, ne fut rédigé que pour essayer de prouver la supériorité d'une pensée, celle de l'anonyme qui fait oeuvre de commentateur, sur celle du questeur dont l'oeuvre inscrite n'est que l'interface externe de la theoria personnelle et expérientielle.
Bref, ce codicille, fut écrit pour « faire le malin » en retournant les faits pour m'accuser de faire « la bête » ! De quoi est-il question ?
Le texte en question concerne mon approche personnelle de l'expérience interne de l'écriture, en lien avec l'aventure spirituelle que fut, pour moi, la Contrelittérature (la revue et l'esprit) et le congé qui m'en fut donné. Mais, au-delà de cela, et des interprétations divergentes, qui en l'occurrence ne rentrent pas en ligne de compte puisqu'il s'agit bien de mon expérience et de nulle autre, au-delà, donc il semble au regard de notre modeste hôte que je nage en pleine confusion en paraphrasant Joseph de Maistre sur une sentence qui, à mon sens, et dans mon activité personnelle, me semble aller plus avant que celle qui fut, un temps, choisie pour représenter la dites revue (et l'esprit).
L'objet du délit est celui-ci : « la contre-révolution sera angélique ou ne sera pas. » Or, selon l'avisé commentateur cette phrase ne saurait appartenir en propre à l'esprit lumineux du Comte savoisien à cause de l'influence de Louis-Claude de Saint Martin. Et là, d'en tirer des conclusions quelque peu exagérées et n'appartenant qu'à lui (ou elle d'ailleurs) ! Exagérées car il ne me semble pas avoir écrit où que ce soit que la destination spirituelle de l'homme était de devenir un ange et je ne crois pas que l'on puisse, en aucune façon, interpréter ainsi la phrase de Maistre (influence saint-martinienne ou pas). Sur ce sujet j'ai déjà, en effet, inscrit plusieurs choses dans le corpus de cette interface, en lien avec l'écriture interne et les livres, sur les puissances noétiques, les miroirs angéliques et quoique mon « langage » soit parfois, je l'admets, un peu obscur j'ai toujours pris pour limites intangibles le corpus de nos Saints Pères, c'est à leur aune, pas à celle de MM de Maistre ou Saint Martin, que je vérifie mes folles intuitions. C'est pourquoi j'ai déjà cru utile, ailleurs, de modestement renvoyer mon aguerri commentateur (qui devrait lire mieux et commenter moins) vers l'oeuvre essentielle de Denys l'Aréopagite.
Toutefois, le grand Denys, fort heureusement n'avait pas encore devant ses yeux qui, pourtant, perçaient le lointain, les terribles idées de la révolution et de la contre-révolution. Quoique ? Le fondement ontologique de toute révolution ne se tient-il pas dans la première « prévarication » (pour reprendre un terme affectionné par Maistre et les siens ...) ?
Allons, l'explication de texte et le commentaire se tenant dans la même auge, explicitons donc, une fois n'est pas coutume :
Le terme révolution, dans le sens de mouvement perpétuel, convient primitivement à « l'activité » des Séraphins (« ceux qui brûlent » c'est-à-dire « ceux qui s'échauffent », nous précise Denys) dont l'une des propriétés est d'avoir « le pouvoir d'élever efficacement à leur ressemblance leurs inférieurs en les animant de la même ardeur, de la même flamme et de la même chaleur. » (La Hiérarchie céleste, VII, 1, 205 C)
La première involution du terme se confond avec la rébellion de Lucifer. D'une part « révolution » c'est, tout d'abord, faire retour à l'origine mais le perpétuel mouvement angélique se fait « autour » du centre intangible de la suressentielle divinité. Le désir du retour à l'origine n'est pas hypnotisant puisque dans la louange et la contemplation le lien d'origine n'est pas rompu mais transcendé. La révolte luciférienne est, elle, un décentrement; demeure le mouvement de soi-à-soi mais le centre est déplacé de Dieu à l'égo, or, ainsi que le rappelait Maître Eckhart « ego, le mot JE appartient à Dieu seul ». Dieu est le seul JE possible des anges, Lucifer se dédit et se place, autoritairement, en JE de lui-même.
Ainsi, les puissances célestes, angéliques, doivent nous illuminer et nous attirer vers la source de l'illumination (tout ceci est amplement décrit et définit par Denys dans l'ouvrage cité), satan et ses légions nous attirent vers nous-mêmes, exclusivement.
Toute révolution, dès lors, est extension de celle-ci. La faute première en fut une, la chute fut sa dévolution, mais, elle portait en elle le germe de la possibilité de la contre-révolution.
Dans sa phrase, Maistre, signale, qu'aucune contre-révolution authentique ne saurait être envisagée sans la synergie divino-humaine. Malgré la révolution luciférienne (qui est le contraire, l'inversion, de la révolution angélique primaire) les hiérarchies célestes sont demeurées fermes et fidèles, elles sont le seul et unique modèle qui doive éclairer l'humain. Souvenons-nous donc de ce qui adviendra : nous verrons le Fils, et nous verrons les anges monter et descendre, et nous verrons encore les anges accomplir ce qui doit, selon le récit fidèle de l'Apocalypse.
Nous ne devons pas devenir « ange », évidemment, qui pourrait soutenir ceci en dehors de quelques mous du bulbe gavés de propagande new-age (j'allais écrire mauvaise littérature new-age ! Quel pléonasme !) à la sauce « marron » ... mais, (n'oublions jamais, non plus, que le christianisme est une voie du et et du mais) Notre Seigneur, pourtant, nous l'a dit « alors, vous serez comme des anges », ce que nous ignorons, c'est le comment, car celui-ci, précisément git secrètement dans le silence rayonnant du suressentiel mystère.
Mais n'oublions pas que dans sa Vie terrestre, le Christ, le Fils de Dieu, l'Ange du Grand Conseil, fut annoncé et servi par les anges, n'oublions pas le bel enseignement de Denys concernant les anges des nations, n'oublions pas la prière à l'ange gardien, n'oublions pas que les anges célèbrent la Liturgie à nos côtés ... la contre-révolution, voyez, n'est pas à venir, son rayonnement final, oui, mais d'ores et déjà, elle vit, elle se vit !
Toute révolution est révolution contraire, comme son modèle archétypal ... voilà pourquoi la seconde phrase-sentence de Maistre va en avant de la première, voilà pourquoi elle n'a rien à voir avec une quelconque « ombre portée » de l'influence de qui que ce soit, la contre-révolution authentique sera angélique car elle sera le contraire de la révolution-contraire ...
Voyez Notre Seigneur, refusant, l'injonction de l'esprit malin dans le désert lui commandant de se laisser protéger par les anges, tentation politique s'il en est !
La contrévolution est un perpétuel mouvement, la Contrelittérature est un moment perpétuel, mieux, elle est un lieu, un situs, ce que symbolise proprement la Talvera ... un lieu vierge de retournement, un lieu de non-où, un espace non localisable, non vocalisable, l'espace hors l'espace labouré par les mots, hors les murs de la lettre-littérale, espace non spacialisable qui prolonge et, en même temps, annihile les murs immatériels du camp-monde. Elle contre l'acide assaut liquéfiant des mots-littéraires, elle les retourne à leur transparence énergétique contre l'opacité autophagique et ontophagique. Mais, c'est retournement, et les mots doivent réintégrer le monde-camp et agir en lui. Les voici devenu déflagration théognosique. Lieu de révélation et d'extension intériorisante. Il s'agit, ensuite, de cheminer dans l'extension, dans l'étendue, ainsi offerte. C'est là, sans doute, sa vertu et son acte politique, autant que faire se peut. Voilà en quoi elle se tient aux côtés des légions angéliques qui soutiennent les nations.
La Contrelittérature n'est pas littérature contraire mais le contraire de la littérature-contraire, c'est-à-dire contrefaites, qui est celle des littératueurs du camp, les psychomécaniciens eugénistes de la lettre, elle n'a donc pas besoin de contrelittérateurs ou d'écrivains contrelittéraires, surtout pas. Il y a en chaque lecteur et en chaque « écrivain » littérature et contrelittérature, un double qui se détruit en se créant et qui créera son unification en se disloquant.
Situs intérieur, force internelle, dans la Talvera elle révèle l'originelle littérature, celle qui est écriture et non charme et force contraignante égotique de la lettre.
Elle est authentique ré-instauration. En cela elle est authentiquement contrevolutionnaire !
Mais, mais, mais ...
On m'en a donné le congé, aussi, vais-je me faire silence à ce sujet, et en revenir à :
l'indissidence contrevolutionnaire !
21:35 Ecrit par Thierry dans Inscriptures, Politis, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mardi, 23 juin 2009
Gestion (depuis l'EdS)
En un sens Abellio avait raison : "Dieu ne gère rien", non; Dieu n'est pas un comptable ou un gestionnaire. Ni, surtout, un gardien du camp biopolitique, non, Il est la seule crevaison possible des pneus qui font avancer ce cargo faussement vivant, la seule échappée envisageable, la seule liberté à l'horizon, qui dépasse, singulièrement, comme dernière singularité, l'horizon c'est LA PAROUSIE ...
Oui les "mots sont usés", nous avons usé des mots, nous en avons abusé. Nous les avons néantisés en même temps que, boursouflés, inversion d'inversion ! Nos mots ne veulent plus rien dire, plus exactement il veulent dire "rien", malgré la "surcharge pondérale" dont nous les avons affligé.
La fièvre hygiéniste qui secoue nos "sociétés" (notons bien qu'il n'est plus et ne saurait plus être question de civilisations) en est un miroir. Nos mots sont pleins de notre néant, plus même emplis de "néantisation", et nos enfants sont obèses, ce n'est pas là la "faute aux américains", que nenni. C'est ce que l'Europe (et les Etats-Unis en sont une excroissance) à intégrée en elle de néant qui en est la cause, nous avons usés et évidés nos mots et nos enfants enflent de cette excroissance de néant. Alors à un mal on va s'empresser d'opposer un "bien". Sans jamais creuser la question, creuser se serait risquer de se heurter au gouffre vertigineux de la néantisation heureuse et repue, criminelle et perverse. Le "bien" opposé tirera son origine de la même source, invertie, sans doute, positivée, surement mais de la même.
L'Europe n'a pas su, pas voulu, éliminer "en esprit et en vérité" le totalitarisme de son sein, l'Europe a refusé de voir et d'entendre que celui-ci est à son fondement; celui-ci est son fondement et son vide, celui-ci est son vide et ce avec quoi elle entend combler ce vide, négativement ou positivement.
Hygiénisme, naturalisme, écologie, mysticisme de la terre, idéologie du retour à "l'âge d'or sur terre" ... tout ces "traits" se retrouvent au coeur même des idéologies "totalisantes" de l'Europe.
Sous une forme néantisée, invertie, vidée mais d'autant plus forte qu'elle est "vide", ses traits idéologiques sont toujours présents, bien présents !
"Il faut" être, sinon l'amant (mais, on y viendra) du moins l'ami de la "nature". Que cette nature soit, à l'heure actuelle et dans nos contrées, très largement artificielle et construite ou reconstruite par l'homme (ce qui est, en fait le "propre" de la biologie ou de l'écologie) qui peut encore oser l'affirmer ? Qui se souci encore de faire, de poser, la différence entre natura naturata et natura naturans ? Qui peut encore voir l'importance de ce que ce mot, "nature" signifie "ce qui est à naître" ? La nature est, par nature, instable ! La nature se n'est pas l'Etre !
Comment "gérer" la nature, ce qui est, en soi, le projet écologique ! Il faut bien finir par "lacher" le mot, comme on lache les chiens. Les scientistes et leurs amis, progressistes éclairés, forcément, souhaitent : "gérer les stocks du monde du vivant". Il y aurait donc "le monde du vivant" et ... ? On se pose la question ... "le monde du mort" ?
Derrière un panthéisme (sans théos, évidemment !) de bon aloi s'avance l'idée de "gestion", de "gestion des stocks". Bien sur, bien sur, pour l'heure nous parlons de "singes", de "baleines" oui c'est évident, allons...
Osons regarder, osons voir : qui dans l'histoire de l'homme a promu la "gestion" comme politique, politique économique, raciale, sociale ... ? Vers où allons-nous aujourd'hui ? Vers l'économie et l'écologie durable, le "développement durable", l'antinomie comme néantisation du sens, néantisation du Verbe ! Qu'oppose-t-on alors à la "marchandisation" du monde, de l'humain, on y opppose une autre forme de gestion ... On envoi sur le ring deux morales qui n'ont pas de "fin", qui se préoccupent uniquement de gérer ! Evidemment la transcendance ça ne se gère pas, c'est ingérable la transcendance ! Alors on l'évacue, on ne garde que le "vivant" un joli euphémisme pour avouer au final qu'on ne souhaite pas d'autres horizons que le biologique.
Les N-S ont cherchés à réinventer une spiritualité "païenne", non-chrétienne. Ils l'ont fait sur des bases inverties, au vide antique que voyait leur propre nihilisme ils ont opposés un trop plein, leur trop plein d'une vision invertie et moderne de l'Antiquité, sur des bases naturalistes, scientistes et biologiques, conséquences conjuguées d'un héritage honnie dans les mots mais bel et bien intégrées, héritage de la Renaissance et du romantisme.
« Le nazisme se distingue par une inclinaison pédérastique très prononcée qui a toujours été en honneur chez les Allemands et que les traditions militaires ont exaltée; l'austérité spartiate, la nudité grecque, la gymnosophie furent, au XIXe siècle, les formes classiques du délire allemand. L'athlète hitlérien du XXe siècle est habillé, armé, sanglé, botté, casqué, décoré, mais l'inclinaison homosexuelle est plus forte que jamais. Tout l'indique : l'étalage de la force brutale et l'idôlatrie du muscle, des pectoraux de gladiateur sous les baudriers éblouissants, la folie des uniformes qui fascinèrent jadis la France vaincue comme la fascinèrent les beaux barbares blonds. » — Vladimir Jankélévitch, Une monstrueuse apothéose, in Quel Corps ?, éd. Passion, 1986, p.42
En outre ils y ont intoduits leur technicisme ! Les N-S n'étaient pas l'extrême droite de l'époque, il s'agissait d'un large mouvement unanimiste réunifiant gauches et droites telles que sorties de la Révolution française. Toutes ces révolutions, celle allemande des N-S comme celle russo-européenne des Communistes, ont eues pour base et cause le spirituel et le religieux, la politique fut un moyen, rien d'autre... spirituel et religieux invertis, certes, philosophiquement invertis mais bel et bien réels ...
Les révolutions (de revolvere, faire retour, et sous-entendu "vers l'origine") depuis la révolution française (qui venait de l'Europe et visait l'Europe, par les "Lumières") entendent "faire retour", paradoxalement, en apprence, en s'opposant à leur idéologie de "progrès", "d'avancée permanente"... Il ne s'agit nullement de déceler un complot, ni de dénoncer une concertation, une volonté mais il s'agit d'oser regarder et voir la pente quasi-naturelle d'un monde qui refuse obstinément la radicalité de la Chute, de la Rédemption et de la Resurrection.
L'unanimisme est toujours un danger, non d'un point de vue moral mais réellement, objectivement. Pour le judaïsme ancien un concensus contre un seul homme doit toujours être tenu pour suspect et révisé.
La technocratie réglementatrice de Bruxelles à reçu cet héritage. Son refus absolu, son rejet déterminé de tout ce qu'on donne pour avoir été les valeurs des N-S servent en définitive une continuité nihilistique, quelque soient les valeurs mises en avant, ou plutôt "mises en scène" (valeur finalement "en creux" / néantisées) c'est le même nihilisme, plutôt le même fond nihilistique, le même refus de la Rédemption divine au nom d'une humanité sacralisée et divinisée (mais sans-Dieu).
N-S et communisme ont eu un but ... gérer le monde sans Dieu, rendre réelle ou plutôt concrète la perception faussée de la povocation nietzschéene : "Dieu est mort" ! Provocation qui, également, passe à côté de l'essentiel : oui, Dieu est mort ! Mort sur la Croix ! Mais Il est ressucité. Alors pour tuer Dieu dans l'homme, comme une inversion intensificatrice du "corps sans organe" d'Artaud. D'un côté le peuple élu d'où est sortie l'Espérance, de l'autre certaines "classes" de la société au sein desquelles étaient visées les "croyants" stigmatisés en tant que "bourgeois ennemis du peuple". Visée équivalente, d'ailleurs le communisme, associa les juifs au capital, comme les N-S qui, eux, ajoutèrent à cela, selon leur logique propre, le rationnalisme biologique. Les deux, d'abord conjointement, puis, en apparence, en opposition, se devait de creuser une immense tombe, en Europe, l'un, l'autre dans le monde, collaborant, quoique de façon opposée parfois, dans le premier authentique "globalisme", la destruction de "l'espérance chrétienne", de la certitude de la résurrection, étant le premier échellon de ces gestionnaires du néant. Ces messianismes invertis, ces contres-religions, non pas irrationnelle, comme on le prétend mais, strictement, méta-rationnalistes ont ensemencés le monde actuel, la force de leur cruauté a permis de faire accepter la cruauté douce-amère des démocraties mondialisées.
"La vérité vous rendra libres". Adage chrétien, plus encore : réalité humaine, divino-humaine qui demeura, malgré le refus humain, et se vit invertie par l'idéologie de la gestion : "Le travail rend libre", slogan (c'est-à-dire "cri de guerre") qui convient bien aux deux monstres totalitaires. Le Libérateur qui anihile l'esclavage est nié au profit d'un servage "consenti", instrument d'une libération désirée à toute force et même accomplie. Il n'y a pas de résurrection, pas d'espérance céleste, ce n'est pas même le "travail vous rendra libre" mais, à l'entrée même de l'Enfer sur terre la promesse d'un Eden collectiviste hic et nunc. Les deux montres, ou plutôt ce monstre gestionnaire bicéphale fut, plus qu'un totalitarisme, un "unanimisme", quand bien même l'unanimité s'obtint-elle à la force du "revolver", des camps ou des chambres à gaz.
En cela l'Europe, héritière déclarée et volontaire des "immortels et universels" principes des droits de l'homme (révolutionnaire) est dans le droit fil de cette logique nihilisante, quand bien même les moyens, c'est-à-dire, les armes ont changés. Nous n'en sommes plus au temps des bureaucrates et des fonctionnaires à "revolver", la technique (i.e : l'art) a évoluée, l'art a trouvé sa maturité.
23:59 Ecrit par Thierry dans Ecologisme, Politis, Spiritualité chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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