mercredi, 08 janvier 2014

Cezary Wodzinski, saint Idiot et Dostoïevski

J'ai découvert les étranges manières philosophiques et philologiques du polonais Cézary Wodzinski d'une bien singulière façon.

Invité lors d'une journée consacrée aux éditions L'Âge d'Homme je me suis retrouvé à présenter le domaine polonais de l'éditeur parce que j'avais consacré un "beau" texte  à la  rugueuse poésie du réel d'Anna Swirszczynska (http://www.unidivers.fr/anna-swirszczynska-poesie-rugueuse-du-reel/). En ce jour exaltant j'ai donc eu la chance de rencontrer Erik Veaux, trop modeste, traducteur et connaisseur de la littérature polonaise et, entre autre, heureux traducteur du génial Aleksander Wat (http://www.unidivers.fr/alexandre-wat-lucifer-chomage-futurisme/). La connivence se fit plus enthousiaste encore , plus tard, et Erik me confia ,à la suite d'une présentation "live" du superbe livre de Viktor Slipentchouk (http://www.unidivers.fr/zinziver-perestroika-victor-slipentchouk/), une confidence de "voyant" ... je devrais certainement être enthousiasmé par le texte de Cézary Wodzinski qu'il avait traduit et publié aux éditions de la différence Saint Idiot...

Le livre me fut adressé. La bascule ne tarda pas !! Texte d'une pénétrante acuité, loin des simagrées universitaires "à la française", dans une langue savoureuse naviguant entre les eaux de l'ironie et de la prophétie pénétrante. Ce n'est que mon enthousiasme (et les pauvres mots dont je l'ornais) pour ce texte majeur un peu occulté qui me valut de me voir proposer par Marko Despot des éditions L'Âge d'Homme d'écrire (si je le pouvais) un avant propos à une autre bombe gnosique signé Wodzinski !

Ce fut fait. A la fois avec l'exaltation du découvreur et l'aspect laborieux de celui qui ne se sent jamais à la (h)auteur !! Ce texte est une vraie et crépitante révélation sur la bicaméralité de nos corps et âmes en cette époque qui aurait pu être nôtre !

"Transe, Dostoïevski, Russie, la philosophie à la hache" paraîtra (il me semble) à peu près aux alentours des jeux olympiques qui se tiennent à Sotchi en Russie... Seuls les aveugles-nés ou dressés ne verront pas ce que ce texte recèle de véritables informations sur "l'âme" de la Russie véritable (et ce qu'elle nous dit de "nous" ) en cette heure toujours plus tragi-comiques...


Cezary Wodzinski, Transe, Russie, Dostoïevski, philosophie, hache, philologie, raskol, Fedorov, souterrain, raskolniki,



Un extrait de l'Avant propos :

 

La terre gelée se fracasse, se brise avant d'exhaler. Prise sous la glace la terre n'a pas de prix, elle n'en a que plus et dans l'esprit elle semble fleurir et embaumer plus qu'ailleurs. Dans les steppes glacées mieux qu'ailleurs, matériel et immatériel se serrent l'un à l'autre et dès lors, l'ailleurs, l'autre qui ignore la chaude alchimie de cet embrassement, de cet embrasement, l'autre ailleurs, l'inconnu qui ne connaît pas (au sens biblique, précisément) devient plus étrange-étranger, plus haïssable... Plus bon à se faire fendre le crâne par l'idée et par le fer !

 

 

 

A la verticale de son propos Wodzinski aurait pu aussi prendre appui sur cet étrange russien que fut Rozanov, le prophète du « mamelon chaud du monde », le slave égyptien, chantre de la sexualité spirituelle et contempteur des « hommes de la clarté lunaire », du «christianisme noir » que récusait Merejkovsky tout en s'inclinant pourtant (à bout touchant de l'axe orthodoxe) devant les grands starets, ces paradoxaux réconciliateurs de l'humidité terrestre et de la sèche ascèse céleste...

 

mardi, 27 août 2013

La Tradition celtique (encore) de Guénon à Girard en vidéo...

En forme d'aller-retour mythographique déconstruit, j'ai eu le plaisir de prononcer un balbutiement de théorie sur les apports multiples de certains penseurs occidentaux quand à la tradition la plus extrême-occidentale qui se puisse trouver...

Pour les courageux fortunés ceci se trouve là

 

http://www.baglis.tv/esprit/prechristianisme/P574-la-tradition-celtique-de-rene-guenon-a-rene-girard

Pour les plus patients, il se pourrait que ceci débouche, bon gré mal gré, sur un texte ou un livre qui développerait une vaste cartographie reliant des théories fractionnées (Guénon, Girard, Haudry, Marx, Cousin, Coomaraswamy...) concernant le mythe, la légende, l'origine et la pure singularité de la cure christique...

 

mardi, 30 juillet 2013

Poïémique : un tragédien et mystique trash : Jean-Louis Costes

 

 

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Je ne crois qu'en l'individu nu. (Jean-Louis Costes)

 

Avec cet effrayant roman Jean-Louis Costes pourrait bien, enfin, se dévoiler pour ce qu’il est : un tragédien trash de génie, un fol en Christ borderline paumé dans le cul de basse-fosse d'une modernité en décomposition...

 

Ce n'est pas la guérison des plaies infligées par le temps que nous cherchons à son contact, ni un baume bienfaisant que nous le supplions de nous accorder d'une main miséricordieuse ; nous voulons qu'il déchire nos plaies, qu'il y mette le doigt afin que nous sentions plus profondément la douleur et la nécessité inévitable du destin où nous sommes nés. Qu'il ne nous arrache pas, qu'il nous enfonce au contraire plus profondément dans les racines de notre existence, même si elles sont pareilles à un buisson d'épines. C'est là tout ce qu'il y a d'humain et de digne de vie en nous, tout ce qui est gros d'avenir en lui. Si nous ne pouvons le comprendre ainsi et si le sens de son œuvre échappe à nos recherches, elle n'est qu'un poids mort pour notre esprit et tous nos efforts autour de lui ne sont qu'une vaine agitation. (Otto Kaus à propos de Dostoïevski. Le même parlait de la « perfide habileté » avec laquelle l'écrivain russe « s'appliquait à provoquer dans l'homme tout ce qu'il a de « radicalement mauvais »... )

 

 

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Récit épique d’aventures crapoteuses, fiction picaresque porno-social Guerriers Amoureux se lit à 100 à l’heure les yeux toujours au bord de la nausée. Nous sommes en plein triangle mimétique girardien. Deux garçons et une fille se cherchent, se désirent, se déchirent (et pas qu’au sens figuré) et se séparent. Au cœur d’une cité-cliché faites de tribalisme et d’ennui. On vend de la dope pour se remplir les poches, on en prend pour remplir sa vie-vide. Ces deux illusions s’évanouissent plus vite que la fumée d’une pipe de crack. A force de violence, de sexualité pis-aller, d’alcool et de drogues pour l'éclate tout éclate, Patou le petit français looser s’enfuit, désespéré, morve au nez en courant et en pyjama, il veut fuir la cité et sa viscérale violence, fuir ses amours tordues, son ami d'enfance Momo le dealer arabe et Darlène, la toute (trop) jeune haïtienne, fuir sa propre déchéance non dans un éclair de lucidité, mais aiguillonné par une peur animale. Il se retrouvera en Guyane dans des « aventures » plus scabreuses encore (oui oui c'est possible quand comme Costes on veut dévoiler, dénuder, écorcher la réalité nue), un peu plus libre peut-être... mais la tragédie le ramènera bien vite, sans qu'il le sache vraiment vers ce et ceux qu'il a cru pouvoir fuir... Retour tragique mais retour parce que, malgré tout, toute la crasse, toute la misère pure et sans pitié pré-frabriquée il y a, même foutraque, même tordu, pas beau, esquinté, il y a : l'amour !

 

Patou et Momo sont des héros du siècle des fausses religions. Patou adore l'or et Momo la mort. Et l'or donne la mort. Et la mort se change en or. Mais qu'importe l'issue. Ils se foutent de la cause et du but. Tout se qui compte, c'est adorer. Adorer le Bien, le Mal, l'Or, la Mort, ou n'importe quoi. Tout ce qui compte c'est bander. Car adorer c'est bander. Aimer désirer sans retenue. Bander dans sa queue et sa tête. Toujours bander. Jamais débander. Bander comme une lame aiguisée pour un dieu déguisé. (p. 95)

 

 

 

Et c'est ainsi que dans ce néo-ritualisme idolâtre de zonard, Costes se fait (presque) théologien du mal. Mix punk-dada-banlieusard d'un Sade convertit à la maistrienne réversibilité des peines...

 

On loue toujours Zola pour son « naturalisme », on loue encore le réalisme « sans compromis » (et surtout 100% amalgame free) de documentaires sans nombre. On s’emballe, fulminant pour, rageant contre des « piss Christ » sans intérêt autre que celui du cours journaliers du « buzz » ou des Homards géants et versaillais sans profondeur mais, contre Costes, l’unanimisme officiel se refait et, c’est son arme absolue, se tait. On exalte la punkitude de Daniel Darc (paix à son âme), dangereuse pour lui seul, on admet même, avec un petit sourire bienveillant, sa foi ardente qu’il ne veut pas taire, consolation naïve de celui que la vie n’a pas épargné, mais il convient de mettre sous le boisseau le dadaïsme radical de Costes. Il constitue pourtant un sérieux antidote à la vraie vulgarité, celle, publicitaire (cette alliance, « contre-nature » mais victorieuse du sophisme et du platonisme) (1) qui sert de camouflage à la pornocratie chic et choc qui lénifie la culture, la politique, le verbe et même la philosophie, d’Ovidie au Janus bifrons DSK- Marcella Iacub en passant par les femen ou la pseudo-provoc calibrée et labellisée de Giédré... Guerriers amoureux serait un roman d'amour populaire si le peuple en était encore un et non un pâle ersatz d'une bourgeoisie moribonde, pusillanime et platement puritaine... !

 

Costes jette une lumière outrancière, trop crue sur les aspects vraiment cruels de la réalité sociale. Il porte au plus haut degré de l’exagération les troubles et les dérèglements mais surtout il le fait sans rien céder ni à l’industrie marchande ni à une sociologie moralisante et déculpabilisante. Costes vise ce qu’il connaît, ce qu’il perçoit de la misère sociale, affective, sexuelle, la violence à son comble et qui, seule gratuité dans la globalité marchande, ne comble jamais les désirs fauves sans égards ni pitié.

 

Incisif, Costes fait de son écriture un scalpel passé au feu noir du mal ordinaire. Il tranche dans le vif de la peau hâlée et bichonnée de notre condition pour en faire sortit le pus. Il vrille avec une ironie sans remord nos constructions morales défensives. Il n’a pas de remède, certes… peut-être pas, mais cet exercice d’exorcisme par l’excès permet paradoxalement un moment de respiration. C’est une déchirure dans le voile amidonné des discours toujours un peu frelaté.

 

Bref, Costes sait ce que c'est que le péché, il sait que nous en sommes plein, jamais sevrés, jamais rassasiés et que parfois il faut tuer le mal par le mal, quand bien même il sait, jusqu'à l'effroi, la souffrance et la peur. Mais alors la vulgarité la plus basse et la plus crue vaut toujours mieux que tous les simulacres (si subtils qu'ils puissent être) de vertus, de morale mais plus encore de demi ou de semi-libertés. Dire « je suis libre de toutes les adorations contraignantes » alors qu'on ne vit que d'accommodements plus ou moins conscients, le dire alors qu'on a plus aucune conscience de ce qu'est le mal c'est signer en douce quotidiennement un pacte avec le prince de ce monde... C'est ce que nous propose à tout bout de champs l'art dit contemporain. Celui promu et financé, celui aussi qu'on nous vend comme étant « en marge » mais qui accepte sans sourciller de n'être plus que l'avant-garde sociétal de la marchandise globale ! Enfant prématuré-précurseur du bonheur indifférencié qui vient... En réalité, loin de ce planisme mortifère, dans ses spectacles autant que dans sa prose Costes est un un rejeton non du dadaïsme sanctifié et des mouvements d'avant-garde moutonniers mais carrément celui des spectacles bouffons et carnavalesques du Moyen-Âge !! Tout ceci tient plus des Carmina Burrana (les originaux), de la Nef des fous et des débordements carnavalesques de la fête de l'âne... pour les textes et le caractère foutraque, la technologie et l'approche ont "changé" évidemment, c'est tout... mais il devrait logiquement se produire sur les parvis des Eglises !!

 

En lisant ce livre vous êtes bien obligé de lâcher toutes les catégories qui s’imposent extérieurement, vous êtes dans le réel effrayant où politiquement correct ou incorrect sont tout aussi insignifiants ! Jean-Louis Costes, consciemment ou pas, sait qu'un texte est un miroir... Révélant et déformant, grossissant et vérifiant la terrible vérité du mal, de l'être et du non-être. Pour qui sait voir...

 

 

http://eretic-art.com/costesguerriers.html

 

 

(1) Lire à ce propos l'excellent essai de Dominique Quessada, L'Esclavemaître, l'achèvement de la philosophie dans le discours publicitaire, Paris, Verticales, 2007. En outre, sous le couvert du thème abordé dans le titre même de l'ouvrage, D. Quessada développe dans cet ouvrage la question abordé dans le précédent, La Société de consommation de soi, à savoir la dérive vers une an-altérité, un monde sans autre ou règne sans partage l'individu autophage... Et ceci est loin d'être sans rapport avec l'analyse qu'il est possible de proposer du travail « au long cours » de Jean-Louis Costes...

 

 

lundi, 29 juillet 2013

Néant littéraire

"Durant toute ma rude existence, j'ai été un néant littéraire, qui pourtant a servi l'être honnêtement"

 

Sigismund Krzyzanowski.

lundi, 10 juin 2013

A propos d'anarchrisme

Extrait de mon contre-rendu pour UNIDIVERS.FR :


"« L'anarchisme chrétien » ne semble ni concrètement « réel » ni précisément « souhaitable ». Les auteurs l'affirment avec emphase : « L'anarchisme c'est donc la tension vers l'anarchie » (p.397) c'est-à-dire « une société libre, digne, décente, juste, humaine, communautaire, familiale, locale, villageoise, amicale, une vie libre, simple, naturelle, décente et digne d'être vécue. » (ibid), en effet, qui ne le souhaiterait, et quel besoin du Christ pour le réaliser ? Tout humain le souhaite, mais l'humain n'est-il pas en situation de « chute » ? Le Christ venu révéler le divino-humain ne devrait-il pas être bien plutôt le point vers lequel « tendre »... ? Il y a, malheureusement, dans le terme et l'idée d'anarchisme chrétien, le germe de ce que Miguel de Unamuno reprochait aux « conservateurs chrétien » espagnols qu'il appelait fort justement des « christianistes ». Le nom de chrétiens est un nom d'homme, le seul qui rende libre, le seul qui rende « sans étiquette », il ne devrait jamais, pour commencer, être accolé à un quelconque adjectif quand bien même celui-ci à de grandes « lettres » de noblesse. Il ne faut ni « appel » ni « manifeste » il y a L'Evangile ... L'indistinction dans laquelle se tenait chez Baudelaire, Verlaine, Bloy, Rimbaud, Bernanos ou chez Péguy (avec l'acrate) l'idée d'une insoumission de la personne est bien plus belle et bien plus forte, plus « christique » dans sa clandestinité que toutes les tentatives théologico-politiques qui, toujours, courent le risque du sectarisme ou de l'arraisonnement par « ce monde »...

 

Et ci-après, à la suite de quelques découvertes, déconvenues et  menus remue-méninges, l'avertissement de l'ami en Christ Alain Santacreu (talvera.hautetfort.com) :

 

Il est impératif de dénoncer l’imposture intellectuelle du livre L’Anarchisme chrétien de Jacques de Guillebon et Falk van Gaver qui est une insulte à la vérité historique et un déshonneur pour la pensée radicale. Cette vision compilatrice, plate et syncrétiste de l’anarchisme témoigne d’une méconnaissance scandaleuse du mouvement anarcho-syndicaliste de la guerre civile espagnole, authentique surrection de l'acratie christique camouflée par toutes les forces politico-religieuses
Livre de propagande de la nouvelle évangélisation mondialiste jésuite, ce
livre est une offense à la pensée vivante.  Je m’adresse donc à la conscience de tous ceux qui, pour des raisons sentimentales, stratégiques ou “mondaines”, ont préféré se taire plutôt que de condamner cette infamie.
Avec mes meilleurs sentiments contrelittéraires
Alain Santacreu

Lectures russes, épisode 0 : Mettre des bornes à Dostoïevski

 

dostoïevski,littérature russe,littérature,magazine littéraire,sorokine,nabokov,critique« Mais dites moi : pour vous convaincre que Dostoïevski est un écrivain, faudrait-il que vous lui demandiez un certificat ? Prenez seulement cinq pages de n'importe lequel de ses romans et, sans aucun certificat, vous serez tout de suite convaincue que vous avez affaire à un écrivain. » (Mikhail Boulgakov, Le Maître et Marguerite)

 

 Dostoïevski par Carl Kolher

 

Mettre des bornes (methorion) à Dostoïevski

Point de départ :

A propos de Le Magazine Littéraire, Mars 2010, Dossier Dostoïevski.

 

Le numéro de mars du Magazine Littéraire consacre son dossier principal à Dostoïevski, sans raison apparente, pour une fois nul anniversaire, aucune commémoration n'auront été nécessaires. Toutefois, sans que cela soit évoqué clairement, il semble que l'on trouve beaucoup d'écrivains russes dans ce numéro, qui n'est pas « spécial » (deux inédits de Nabokov, un article sur Sorokine, un article sur Tolstoï, une page d'écrivain -assez convenue- sur le personnage de Raskolnikov...). Faut-il y voir un effet de l'année de la Russie en France ? Effet secondaire, alors ! Inscrit avec toute la discrétion précautionneuse des mêmes effets pour certaines pharmacopées ? Qu'importe !

 

Le dit dossier comporte de très intéressants articles (qu'on aurait souhaité plus consistants toutefois), en particulier celui de Jean-Louis Backès sur Nietzsche et son rapport à l'auteur des Frères Karamazov, ou bien encore celui de Pierre Assouline sur les difficultés de la traduction des oeuvres de Dostoïevski. Evidemment, nous sommes ici en bonne compagnie et on nous a signifié dès l'entrée du dossier les bornes que la convenance littéraire ne saurait dépasser : l'oeuvre de Dostoïevski « nous est indispensable « malgré tout ». Entendez : malgré tout ce qu'elle a suscité comme glose, nourri de digressions sur la folie, le mysticisme lorsqu'il a partie lié avec l'épilepsie... ; et surtout : « qu'importe s'il a cru en une Russie idéale... » (Pierre Assouline, p. 58) ! Voilà les bornes posées ; maintenant discutons sereinement ! Fort heureusement certains des textes présentés s'aventurent un peu au-delà de ses bornes, de toute façon, comment pourrait-il en être autrement lorsque l'on aborde cette oeuvre-là, cet homme-là ?

 Lire le dé-lire du monde dans son écriture

 

dostoïevski,littérature russe,littérature,magazine littéraire,sorokine,nabokov,critique« Je me suis contenté de porter à l'extrême ce que vous ne vous êtes jamais aventuré à pousser ne fût-ce que jusqu'à mi-chemin. » (F.M Dostoïevski)

 

 Illustration d'Alfred Kubin pour "Le Double" 

 

Il a, en effet, porté à l'extrême un double exercice; en réalité, les deux phases d'un même processus : lire le monde à travers l'écriture ! L'excellent entretien accordé par Ludmilla Saraskina universitaire russe, spécialiste de Dostoïevski, apporte un éclairage admirable sur la réalité de ce double exercice et de son rôle dans la réalité visionnaire de l'oeuvre dostoïevskienne :

« Tout ce qu'il a annoncé est advenu. » (Ludmila Saraskina, p.69)

Pour ce faire, n'a-t-il pas fallu, qu'il les dépasse allègrement, et douloureusement, les bornes ? N'est-ce pas, très précisément, ce dépassement qui séduisit et dégoûta Nietzsche ? Et qui lui fit déclarer (malheureusement pour la « postérité » ) : « le seul psychologue qui m'ait appris quelque chose » ; quand Dostoïevski lui-même refusait ce qualificatif. L'immense philosophe, l'intense écrivain auront vu le nihilisme et l'auront reconnu, en pleine lumière... mais toute lumière projette une ombre ; ils n'auront pas scruté la même, pas sous le même angle, à tout le moins. Sur ce problème crucial il eu mieux valu, dans ces pages, pas d'analyse du tout qu'une succession de lieux communs.

 

De la même manière, dans l'article de P. Assouline sur les affres de la traduction de l'oeuvre de Dostoïevski pouvons-nous ne pas ressentir par trop les limites que se fixe une certaine morale critique. Il convient de ne pas dépasser les bornes d'une forme assez glaçante de littérature universitaire. Ces bornes-limites évitent ainsi de s'essayer à des interprétations profondes, elles seraient qualifiées d'extrêmes ou de déplacées, absurdités d'autodidactes. Ainsi, le dualisme de certains titres ne pourraient pas nous éclairer sur autre chose que les choix délicats des traducteurs. Les Démons ou Les Possédés... cette divergence dans la lecture traductrice d'une même oeuvre ne signifierait rien du point de vue littéraire en lui-même, il ne rejoindrait pas, ne ferait pas écho à cette fameuse « polyphonie », à ce processus de génie dont Dostoïevski usa tant et qui est, pour le coup, fort bien décrypté, au contraire, dans l'article de Karen Haddad-Wolting, « Le Sacre ou le sacrifice du personnage ? » (pp. 84-86) ?

 

Toutefois, nul part ne se trouve évoqué, précisément, ce qu'une contemporaine lecture aurait à gagner à lire les travaux de Mikhaïl Bakhtine sur l'écriture de Dostoïevski ! Ce (trop?) « fameux » dialogisme, mais aussi cette limite – qui différencie si radicalement l'écrivain russe de la gent « littéraire » des auteurs. Outre cette polyphonie amoureusement ornée par Dostoïevski il s'agit de remarquer que l'homme qui écrit ne se conforme pas au destin démiurgique des « auteurs ». Il laisse tout ouvert... Il ne décide pas souverainement de la « fin » de « ses » personnages ! Nul augustinisme littéraire chez Dostoïevski donc. Pas de monde à créer, mais le regard intérieur qui tisse le texte dans lequel vont s'exposer ou se reposer les voix de différents « types ». Le regard et l'ouïe intérieurs... sans identification, car, si le nihiliste, le slavophile, l'athée et le croyant, le romantique, le rationaliste, le progressiste et le conservateur sont en Dostoïevski ils ne sont pas lui et lui n'est pas eux, en ouvrant sa voix à leur voix il les dépasse... (conspiration des contraires, qui selon saint Grégoire est la méthode créatrice de Dieu...) !

 

*

Un dossier, finalement assez bien construit, puisque que dans le même temps, il peut enthousiasmer, interroger et agacer, porter plus loin le regard ou bien contraindre à se bagarrer avec des « gardes-chiourmes » trop zélés qui entendent vous boucher l'horizon...

 

Bref, encore, on se réjouira que ce soit le petit encart réservé au turbulent Vladimir Sorokine qui nous permette de porter plus loin notre regard en suivant le sien, celui d'un descendant littéraire du grand écrivain, descendant un brin révolté et sévère avec son aîné mais qui a le mérite insigne de vivre encore l'écriture comme un canal ou se mêlent les eaux des tourments personnels et des signes de l'histoire, qu'elle soit grande ou dérisoire...Toutefois une autre lecture apporterait un tout autre grain à moudre à celui dont la révolte semble moins profonde et moins féconde :

"Dostoïevski ne conte point : raconter c'est tout de même réduire", Suarès, Dostoïevski, p. 48


Voilà une autre illusoire avanie brisée. Et il serait fort possible d'en trouver une cause très particulière :


"L'originalité de Dostoïevski est d'avoir été un pneumatologue, et non un psychologue." Jacques Madaule, Dostoïevski, p. 27


Et Madaule de préciser que cette "catégorie" spirituelle n'a pas été retenue par l'Eglise d'Occident... Tiens donc !?


 

 

 

 

 

 

mardi, 09 avril 2013

Aphorisme littératueur#1

"La parole ôte à la pensée sa pureté et son secret" mais "le silence ne diffère point de la parole intérieure." (Louis Lavelle, La Parole et l'écriture)

23:44 Écrit par Thierry dans Aphorisme, roman d'une seule ligne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : louis lavalle, parole intérieure, alittéraire, littératueur | |  Facebook | |  Imprimer | |

De la langue mat(i)ernelle (inachevé)

La langue maternelle (Vassilis Alexakis) – la langue matièrenelle (Valère Novarina)

 

 

Dans la langue maternelle, Vassilis Alexakis part en (re)quête de la langue grecque autour du mystère de la lettre epsilon...

le grand mystère du E de Delphes !

 

« L'epsilon désigne le silence qui l'accompagne. Ce n'est pas l'intitiale d'un mot mais d'un silence qui permet d'entendre l'écoulement du temps. » (V.A)

 

« Il n'arrive jamais rien

simplement, parfois,

on entend

le bruit

que produit

 

le temps

en écrasant

du vide »

(poétisation d'une phrase de La Langue maternelle par Th. Jolif-Maïkov)

 

Dans ce texte insolite, portraits miniatures d'un dialogue avec une langue, Alexakis pose que le roman n'a pas de racines en Grèce. Ce que mes recherches confirment, le « roman » est occidental, une ombre portée. Alexakis souligne que, « par contre » la poésie et le théâtre y ont racines...

 

« Nous sommes les enfants d'une langue... C'est cette identité que je revendique... J'écris pour convaincre les mots de m'adopter. » (V.A)

 

En outre, avec une belle acuité, il pose également que le roman s'élève comme miroir de la société industrielle. Ezra Pound aurait dit « con usura », ce qui revient « au même » !

 

 

Poïétique 2

 

Ce qu'il a fait ?

 

une légende dans ma tête

 

c'est défaite de poète.

 

 

 

Ces mots ouvrages qui mentent, qui serpentent,

 

c'est un ourlet de beauté disgracieuse,

 

ces mots torturés

 

qui tentent une échappée.

 

 

 

Rescapé je le confesse

 

de ces mots qui mentent

 

en créneau

 

et peu me chaux

 

de ce qu'ils gravent sur ma peau...

 

21:52 Écrit par Thierry dans En état de poésie, Poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peau, poésie, monde, légende | |  Facebook | |  Imprimer | |

Quotation #2, Méta Guide

Les agitopolitoloquaces (webloquace)

Jacassent leur jactance

fracassent la langagière

éffarante outrance

deleur débilitante militance...

21:45 Écrit par Thierry | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, militant, poésie, note, quotation | |  Facebook | |  Imprimer | |

Quotation #1, Méta Guide

Alain Soral, comme le "philosophe" du Bourgeois gentilhomme : "la présomptueuse victime de sa présomption" qui génère la violence parce qu'il croit pouvoir la maîtriser...

Les "juifs" persécutés en réalité précisément parce que leur tradition est celle qui dévoile, dénonce et refuse la violence fondatrice du sacré... seul reproche ?  qu'en majorité ils ne le savent plus eux-mêmes. finalement qu'ils se soient laissés contaminer par la "violence mimétique" et son mensonge mythologique sacralisateur...

21:41 Écrit par Thierry dans Poïémique, Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : soral, juifs, mimétisme, violence et sacré, ggirard, alittéraire | |  Facebook | |  Imprimer | |

Poïétique 1

 

Toutes ces saisons qui t'indiffèrent

 

cette grande route de fer

 

et cette forêt de verre

 

qui nous éclaire à cœur ouvert

 

 

 

et fait de cette pierre

 

chair qui nous prépare ce long exil

 

et cet orage qui nous gronde

 

 

 

mais dis moi

 

mais dis moi

 

la nuit descend quand même

 

 

 

mais dit moi

 

mais dit moi que

 

je ne me bats plus pour ça

 

 

 

pour une couverture de ronce amères

 

 

 

et

 

que la nuit descend quand même

 

quand même

 

sincère

 

 

 

La nuit, c'est tout nouveau,

 

te fera un radeau

 

passagère du ciel

 

tu trouveras quand même

 

le duvet blanc du lys

 

dans les cruelles interstices

 

dans de noirs calices

 

 

 

Tu trouveras quand même

 

tout au fond de mes veines

 

l'image imputrescible

 

de mon âme chevauchant la plaine

 

 

 

mais dit moi

 

dit moi

 

que la nuit descend quand même

 

21:34 Écrit par Thierry dans Poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, thierry jolif maikov, alittéraire | |  Facebook | |  Imprimer | |

jeudi, 07 mars 2013

En état de poésie 10 : Mandelstam et Dante

"Nous avons retouché Dante selon des critères d'une science morte alors que sa théologie était un réservoir d'énergie." Ossip E. Mandelstam, Entretien sur Dante, p.51 (L'Age d'Homme, collection Le Bruit du temps, Lausanne, 1995)

 



Entretien d'une traite. Mandelstam dialogue, au sens "plain" dostoïevskien avec Dante, avec le verbe de Dante. Fi des plats et doctes conservatismes théologico-sciento-universitaires et des classicismes. Deux chairs (et non deux "chaires") enfantées (et non infatuées) du Verbe se "pro-noncent" !

Non pas "entretienS" mais "entretien". D'un trait, d'un jet. Dialogue avec "l'en face" à propos d'un "chair" disparu. Disparu mais présent. Qui donc déjà écrivait ceci que, de son vivant, lorsque Dante croisait une maman et sa fille au marché, la première disait à la chair de sa chair : " Tu vois ce monsieur, il revient de l'Enfer" ?

"L'Enfer ne renferme rien, il n'a pas plus de volume que l'épidémie, l'infection, la pestilence, que tout mal contagieux qui se répand et ne doit rien à l'espace." (p.67)

vendredi, 01 mars 2013

Le secret séjour du coeur (2.0) et entretien avec Trey Spruance

[Un entretien réalisé en octobre 2011 à Rennes pour Unidivers.fr (par T.Jolif/N. Roberti et L. Brémeault)]

Une introduction à l'oeuvre des Secret Chiefs Three en forme de suite à notre texte sur la musique et l'idolâtrie de la modernité (http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2008/07/02/musique-modernite-et-traditionalisme.html) !! Pourquoi ? Parce que la musique de ce groupe suit un processus d'évolution spirituel qui correspond exactement à ce à quoi nous nous référions dans ce texte !

Les expériences musicales de son groupe Trey Spruance les plaçait depuis quelques années déjà, sous le signe des études ésotériques et métaphysiques de noms comme Guénon, Schuon et quelques autres, leurs grands devanciers bien sur, maîtres du soufisme ou de l'advaita vedanta, mais surtout sous le "patronnage" d'Henry Corbin. Une gnose spiritualiste un brin intellectualiste mais non dénuée de coeur.

Comme tout humain, dont l'intelligence ne se limite pas a la dialectique discursive, qui lit des livres, T. Spruance dut certainement noter les références citées dans ces lectures puis chercher, avidement sans doute, à se "rapprocher" de ces autres auteurs, de ces autres maîtres, desquels on attend avec fébrilité quelques nouvelles découvertes, du moins de quoi approfondir les précédentes, voire illuminer un peu ce petit coeur trop sec de moderne trop moderne !

Sa musique en tout cas laisse présager de ce cheminement, à peu de chose près ! Il serait aisé de dire qu'elle emprunte à l'orient arabe, à l'Inde pour mêler ces emprunts à un rock un peu "rétro" (surf - psyché - garage) mais sous tension permanente lui-même entre électro et "hard" ! Ce serait plus facile si les musiciens qui entourent Trey Spruance ne maîtrisaient à la perfection leurs "exotiques" instruments !

Aussi se nous trouvons-nous dès lors face à une musique certes "moderne" mais qui devient très vite, à la manière de la musique des derviches (même si la comparaison  semble facile et rebattue), un sorte de miroir hypnotique dont le centre figurerait un vortex métaphysique (très réellement, tant cette musique semble faite pour dépasser littéralement la matière même qui la compose) établissant un contact furtif avec les "influences spirituelles" de "mondes anciens", influences que les traditionalistes aiment tant à dire "inaccessibles aux modernes", voire "épuisées pour notre cycle". Or, ces jeunes gens électriques, tant par leurs évocations que par leurs "méditations en actes", leurs prières électro-électriques font advenir les énergies spirituelles au ctrey spruance,secret chiefs 3,musique,coeur,orient,orthodoxie,secret,feu,énergieoeur de leur modernité !

Et puis, et puis... ? Et puis le bonhomme, comme nous le fîmes, découvrit le travail et la vie, la vie surtout, d'un autre moderne qui fit éclater au coeur de sa vie tout étriquée de ce vide angoissant, la lumière sans déclin de la Vérité incarnée ! Ce trou métaphysique que la moderne occidentalité a creusé a force de refuser cette douloureuse et pourtant si joyeuse nouvelle : la Vérité est une Personne, une Personne divino-humaine tout environnée de la lumière au-dessus de la lumière que cette personne EST aussi ! Le monde est un buisson ardent, le feu immatériel qui y brûle sans le consumer vulgairement, ce feu est énergie, dynamique ... et qu'est-ce que la musique sinon de l'énergie, des dynamiques, les vibrations harmoniques de nos vieux instruments acoustiques : énergie ! L'electricité de nos instruments modernes : énergie !

Le feu de nos corps, le feu de nos coeurs, l'électricité de nos cerveaux, de nos neurones ... infusons toutes nos énergies, toutes les prières muettes de nos corps infusons les dans des hymnes vibrantes; hymnes acoustiques-électro-électriques. Fusons, infusons, le silence dans nos coeurs, nos prières sur-vribrantes d'énergies; assourdissantes pour imposer le silence au monde !

Il y a une route pour les musiciens post-modernes, il y a, pour eux, une Vérité, il y a pour eux, en dehors de la simple vulgarité populacière ou brutale, en dehors de l'intellectualité sèche ou pseudo-archaïque, stérile ou moutonnière ... il y a une vie, une Personne, le silence vibrant d'énergie et de lumière, au coeur même de nos notes électriques ! Comme nous le fîmes, Trey Spruance, à travers l'énergie électrique qui passe de notre cerveau à nos instruments à cherché à combler les vides contemporains, il a cherché la vérité, il l'a cherché métaphysiquement, il l'a cherché religieusement, de toute sa force animique, de tous ses espoirs, de toute son intelligence, avec les fibres électrifiées de son corps tendu dans l'ek-stase ultrasonore ... et au bout du bout de ces énergies du désespoir, au terme de la tension intellectuelle un visage ombombré d'une lumière incréée... la Véritétrey spruance,secret chiefs 3,musique,coeur,orient,orthodoxie,secret,feu,énergie, la Vérité incarné, le visage qui comble les apories du monde, de la quête dans le monde...

Tropinka : Trey, peux-tu nous dire, pour tous ceux qui ne seraient pas familiers de Secret Chiefs Three, quand l'idée de cette entité musicale t'es venue à l'esprit, lorsque tu étais membre de Mr. Bungle, avant, après ?

 

TS : C'est amusant, parce qu'en fait maintenant Secret Chiefs Three est « séparé » en plusieurs entités musicales (Traditionnalists, Ishraqiyyun... NDLR) et, en fait, à l'époque c'était ça mon idée, avoir plusieurs directions musicales, ce qui remonte à 1992 ou 1993. En réalité SC3 est né officiellement en 1995, donc lorsque Mr. Bungle existait encore. Les deux premiers disques sont sortis alors que Mr. Bungle existait encore.

 

T: Se sont là les « sept incarnations » dont tu as parlé dans un autre entretien, les sept différentes manières de jouer de la musique ?

 

Oui, mais jouer « live » et enregistrer en studio ce sont deux choses très différentes, il y a la manière dont tu penses intérieurement les choses en tant qu'idéaux ou en tant qu'archétypes et puis lorsque tu joues vraiment sur scène ce doit être plus incarné, c'est comme injecter le sang des personnes qui jouent physiquement dans des idées...

 

T : Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce nom Secret Chiefs Three ? Est-ce qu'il t'es venu d'un coup ou est-il le résultat d'une réflexion sur chacun de ses éléments ?

 

C'est un peu de tout ça. En vérité il me semble qu'il apparaît beaucoup de chose autour de SC3, beaucoup de significations semblent provenir de collisions, de double-sens ou plus... Mais, finalement, peut-être n'y-a-t-il rien de si profond... Tu vois cette idée du monde comme étant gouvernés par des forces secrètes, par des « chefs secrets ».... ? C'est une idée très actuelle, qui marque les consciences...

 

T : C'est une sorte de plaisanterie à l'attention de ceux qui prennent l'idée de conspiration trop au sérieux... ?

 

TS : hmmm c'est encore trop simple de dire ça... parce qu'en amérique il y a tous ces dixieland bands qui se nomment eux-mêmes Five Horses Five ou d'autre chose comme ça...

Il ya quelque chose d'un peu ironique en référence à cette tradition avec Secret Chiefs... Three, mais également avec le symbolisme, évidemment du « trois », le plus grand, mais aussi avec le sens de la « trinité », du triangle phytagoricien...

 

T : pour de nombreux auditeurs l'un des intérêts dans la musique de SC3 est son « aspect » oriental, mais, peut-on te demander Trey, en tant que musicien occidental moderne, quel est ton orient, quel peut être ton orient ?

 

TS : Pour ça il faut se référer à l'un des groupes qui composent SC3 : Ishraqiyun ! Ishraq est comme une contraction qui signifie à la fois la lumière et l'est... Tout le monde sait que la

lumière se lève à l'est, pour la plupart des auditeurs c'est surtout ce « groupe » qui sonne oriental ou asiatique mais chacun des groupes représente en fait une « orientation » différente mais finalement la question est de savoir si tu peux être « orienté » « au centre »... si tel est la cas, alors tu peux être conscient d'où vient la lumière, ou elle va et donc comment l'ombre projetée est orientée. Alors, en tant qu'occidental je peux dire que j'ai commencé dans l'ombre, c'est de là que j'ai commencé le cheminement...

 

T : et tu te diriges depuis, toujours, vers l'est... ?

 

TS : Non, pas nécessairement... c'est plus intérieur... je veux dire, parfois, les tonalités les plus orientales peuvent être « orientées » vers l'ouest, vers l'ombre et, inversement, les tonalités les plus « occidentales » être tournées vers la lumière... mais c'est lorsque tu te situes au centre que tu peux être attentif à cela...

 

T : Tu a été très influencé par les travaux d'Henry Corbin...

 

TS : énormément

 

T : et par l'ésotérisme musulman... Pour certains il paraît très difficile, sinon impossible, de transcrire ces influences dans la musique moderne... Alors, quelle est ta « méthode » ?

 

TS : Le commencement de cette question c'est le désir, la volonté, l'inspiration d'unir des choses qui nous sont devenues abstraites, que nous avons oublié... des « principes ». La musique nous unit, nous réunit à des idées que la modernité tend à repousser hors de notre portée... Alors je dirais, qu'originellement, l'intention était de rendre ces choses plus tangibles, plus à notre portée... Mais ceci c'est le projet « originel », nous avons du devenir de plus en plus réalistes par rapport à nos désirs, à nos intentions, c'est un processus que nous devons continuellement redéfinir... Pour moi ce fut un processus très personnel, un développement très personnel... mais la musique n'est pas mon « dieu » ou mon « seigneur », nous avons du nous accorder pour mettre en acte ce qui est, de façon tangible, des principes philosophiques...

La musique m'a permis de découvrir qu'il y avait quelque chose au-delà de la philosophie. En tant qu'occidental je suis parti de cette idée des philosophes antiques pour lesquels la « sophia », la sagesse était le but et la philosophie le moyen, le « médium ». Au départ, clairement, tout ça n'avait vraiment rien de religieux... Je pensais vraiment appliquer le programme du « quadrivium »... La musique devait permettre d'appliquer ces « principes ».

 

T : As-tu alors, arrivé à ce point, étudié la théologie, les Ecritures...

 

TS : Oui, oui bien sur, mais pas avec mon « esprit » philosophique... ce sont deux « ordres » différents... Il n'y a pas d'opposition, mais tu n'agis pas de la même façon lorsque tu es assis, que tu étudies et analyses les idées et lorsque tu es dans une relation d'amour et d'adoration de Dieu, de l'Amour...

 

T : La musique n'a donc aucune part dans ta conversion à l'Orthodoxie ?

 

TS : C'est encore une très longue histoire... Environ un an avant ma conversion j'ai rencontré quelqu'un qui ce faisait connaître sous le nom de Anonymous 13. Elle est maintenant none dans un monastère en Roumanie, elle est d'origine roumaine et c'est une grande musicienne, à cette période elle jouait de la musique, c'était ma petite amie, elle a vécu trois ans chez moi, ce fut une période vraiment très fructueuse. C'est à cette époque qu'elle a commencé naturellement à se tourner de nouveau vers l'Orthodoxie. Elle traversait quelque chose de très douloureux, elle avait besoin d'être soigner de cela, naturellement elle se tourna vers sa patrie spirituelle alors que nous avions le même intérêt profond pour les mêmes sujets, l'ésotérisme et tout ça. Maintenant je peux dire, c'est de l'avoir vu guérir après avoir traversés des voies différentes, d'avoir rencontré les gens qui l'ont aidé qui m'ont permis de ne pas, je ne peux pas dire, « me perdre » mais, enfin, de ne pas être, oui, perdu spirituellement, enfermé dans des limbes intellectuelles. J'ai fait la même expérience avec mon père spirituel. Donc la question du rapport de sa guérison avec la musique, puisque la musique est notre vocation me vient à l'esprit car c'est par elle, à cette époque, que je me suis retrouvé confronté au chant byzantin, de même pour elle, en Roumanie, sa particularité, pour les moines et spécifiquement pour le chant roumain byzantin, ce fut son talent musical, elle a été très importante pour la renaissance de ce chant, mais ce fut également un combat, il lui a fallut du temps pour ajuster les choses, elle n'est pas une « diva » mais elle en a le talent, alors, une jeune moniale qui doit apprendre à tout le monde le chant byzantin et les moniales agées qui guident le coeur à aller au-delà, mais c'est une bonne relation. Ce fut ça mon introduction, par la musique à l'orthodoxie, toute l'énergie du chant, l'harmonie, entendre le vrai sens de l'harmonie qui prend place de le cycle liturgique...

 

T : Alors, finalement, l'Orthodoxie aura été une guérison de quelque chose de très sec et intellectuel vers quelque chose qui soit plus « du coeur » ?

 

TS : Pour moi il s'agit de deux catégories tout à fait différentes... Je vois une profondeur au centre de la musique, une profondeur au centre de ce que signifie l'harmonie, ce que j'ai toujours recherché et que la musique orthodoxe incarne, qu'elle incarne idéalement si ce n'est toujours dans l'exécution mais en tout cas elle sait toujours où est la profondeur... je ne fais que recevoir ça, je me sens très passif face à la musique orthodoxe, dans un contexte orthodoxe je n'ose pas...

 

T : Quel est le poids de ta propre spiritualité dans la musique de SC3, tu as étudiés en profondeur l'ésotérisme, particulièrement l'ésotérisme musulman avant de te convertir à l'Orthodoxie... ?

 

TS : A ce point c'est très bien que je puisse parler de ça, c'est certainement le seul moment ; le seul « lieu » où je puisse le faire car d'habitude je n'en parle pas... Habituellement je garde ça à un niveau très personnel, même dans la musique... nous avons travaillé sur des symboles, sur des idées très vastes, très nombreux et de ce fait nous avons un grand nombres d'auditeurs très différents et qui se concentrent sur ces choses, et c'est merveilleux d'une certain manière, et parfois, ce n'est pas si merveilleux que cela parce que chacun apporte ces idées propres et nous pouvons nous sentir un peu irresponsables... D'une certaine manière je suis parfois entravé par ce que le musique reflète de moi-même et par ce qu'elle me fait, c'est pour cela que je préserve un peu plus de ce qui est, actuellement, intensément personnel. Mais maintenant je peux dire que cette étude très intensive, l'ésotérisme musulman, tout ça... sur lequel je me suis penché pendant une très longue période, douze ans... cette façon de faire était très sèche, c'était comme une terre aride, très intellectuelle à partir de laquelle rien ne pouvait pousser, toutefois cette étude, froide, détachée, très intellectuelle de l'ésotérisme musulman aura certainement brisé quelque chose qui m'a amené à pouvoir concevoir la théologie... d'une façon ultime la théologie elle même, cette rupture avec un rationalisme dur... il y a douze ans de cela je n'aurais certainement pas été capable de lire les Pères comme je le fais aujourd'hui... Une réponse très convenue, non ? Mais vraiment c'est ce qui m'a permis de comprendre la balance entre le coeur, l'intuition et l'intellect... c'est quelque chose de très important...

Entretien réalisé par O et Jen C.




Interview Trey Spruance, Secret Chiefs Three par ThierryJolif

L'intégralité de l'entretien, en langue anglaise...

(Photographies, 26/11/2012, en haut Trey Spruance, en dessous Timba Harris, par Laurent Brémeault - WeShooot Studio)


podcast

Ci-dessus un nouvel entretien réalisé à Rennes en novembre 2012. Th. Jolif avec Trey Spruance.

Ci-dessous un "aperçu" en "translation" française :

ITW TREY SPRUANCE  26 11 2012

Trey, quel est ton sentiment sur ces nouveaux concerts un an tout juste après votre dernier concert ici ?

00.07. Il c'est écoulé peu de temps, c'est vrai. C'est sans doute à cause de l'orientation de cette tournée, nous avons ressenti les choses différemment en nous rapprochant de la Bretagne par le sud en remontant par la côte ouest. 

00.34 Nous avons ce moment particulier parce que nous sommes en tournée depuis un mois. La dernière fois que nous avons joué à Rennes c'était notre troisième concert sur la tournée et c'était encore un peu chaotique, alors que là, sans doute à cause du rythme de la tournée c'est beaucoup moins stressant pour nous, nous nous sentons un peu comme à la maison et le fait que nous nous arrêtions pour deux jours c'est très agréable. C'est un bon endroit pour se poser pendant deux jours.

Vous avez annoncé que durant ces deux concerts vous alliez jouer TOUT ce que vous pouviez et saviez jouer, faut-il en déduire qu'après cette tournée c'est une nouvelle ère qui commencera pour Secret Chiefs Three ?

 

    1. je pense qu'on peut dire ça oui. Peut-être qu'on peut dire ça a chaque fois d'ailleurs. Mais comme nous jouons deux soirs, nous voulons vraiment que les gens qui viennent aux deux soirées soient surpris. C'est pour ça que nous avons répété quatre morceaux de Secret Chiefs Three que nous n'avons pas joué durant la tournée. Et puis après un mois de tournée nous avons besoin de nous remettre en question, de proposer quelque chose de nouveau.

 

C'est également un nouveau line-up et pourtant on vous sent plus détendus, plus « joueurs » que par le passé sur scène ?

 

    1. C'est aussi quelque chose que l'on doit au fait que nous soyons en tournée depuis un mois. Et puis ce qui me réjouit vraiment moi c'est que, même si la musique a été écrite dans une certaine perspective, le mieux c'est que chacun des musiciens dans le groupe interprète cette musique d'une manière spontanée. Pour moi, quand tu écris de la musique tu le fais avec une certaine intention, mais tu dois aussi savoir laisser celle-ci de côté pour que les autres puissent vraiment briller à travers la musique, tu dois leur faire confiance, si tu ne le peux pas tu ne devrais pas jouer avec eux. Parfois tu peux avoir le sentiment que c'est une façon un peu ridicule d'interpréter, et puis finalement avec de la confiance ça devient magique, quelque chose de mieux que l'intention que j'y avais projeté dans un premier temps. C'est une chose positive que de s'autoriser cette liberté. Parfois ça se passe d'une façon différente quand tu tournes pendant un long moment, les gens deviennent tristes, sombres. Je suis très heureux que ça ne soit pas le cas en ce moment.

 

Certains sur cette tournée ont le sentiment de découvrir une autre facette de SC3. La joie que dégagent les membres du groupe amène une autre atmosphère, plus détendue, peut-être finalement plus en phase avec la musique du groupe ?

 

    1. Je l'espère vraiment. C'est important de trouver cet équilibre entre l'idée personnelle et la manière de la partager vraiment, d'une faire une expérience commune. J'ai eu tendance à être très renfermé, j'essaie maintenant d'être une personne à l'esprit ouvert et si musicalement ça fonctionne c'est très bien, si je sens que quelque chose que j'ai créé apporte de la joie c'est magnifique. Alors, c'est important de trouver des musiciens capables de partager ça, de parler leur propre phrases à partir du langage que j'ai créé. Je n'ai jamais été père mais j'ai l'impression que c'est un peu comme voir ton enfant grandir et apprendre à parler.

 

Penses-tu que ce nouveau line-up, cette nouvelle tournée auront une influence sur la manière dont tu vas composer et dont le groupe va travailler après ?

 

    1. En fait, et c'est quelque chose que je ne faisais pas il y a deux ans, maintenant j'arrange les morceaux en fonction des musiciens qui jouent dans le groupe. Avant, quelque soit l'instrument dont il jouait je donnais tel ou tel rôle au musicien. Aujourd'hui il y a une base tellement vaste de personnes qui peuvent jouer dans le groupe que c'est un plaisir de composer en fonction du talent particulier de chacun

 

Et finalement cette manière de composer, n'est-elle pas plus en phase avec l'essence même des six groupes différents réunis sous la bannière de SC3 ?

 

    1. Je pense que les sept groupes sont vraiment un archétypes de ce qui doit être réuni pour faire un disque de SC3 mais d'un autre côté il y a tout ce qui est humain... Par exemple nous sommes en train de réaliser un disque de Ishraqiyun et il est vraiment basé sur la performance des musiciens et pas sur un archétype idéal que j'ai construit. Nous jouons ensemble depuis longtemps et maintenant mon rêve serai que nous soyons vraiment un groupe et j'aimerais que nous capturions sur disque l'énergie des musiciens et pas un achétype de mon imagination, c'est terrible de n'avoir que son propre petit univers archétypique, pouvoir le partager c'était mon but depuis longtemps et c'est entrain d'arriver.

 

Une autre surprise pour votre public c'est aussi la parution récente d'une reprise de Jacques Brel, La Chanson de Jacky ? Tu peux nous en parler plus en détail...

 

08.21 Oui, bien sur, mais comme toujours c’est une histoire un peu compliquée.En réalité je connais cette chanson depuis longtemps, mais dans la version de Scott Walker. Je connaissais, bien sur le nom de Jacques Brel mais je n’avais jamais vraiment écouté sa version, je l’ai découvert relativement tard. La raison principale pour laquelle je voulais en faire une chanson pour SC3 ce sont les paroles. C’est un projet qui remontre à 2004 en fait. Les paroles, donc, ces trois couplets sont une merveileuse illustration de ce que signifie être « au milieu ». On peut voir les couplets comme ça : le premier c’est le jeune homme, le second c’est l’homme pathologiquement narcissique, qui veut prendre le contrôle du monde mais les deux sont assez paranoïdes, il ne savent pas comment tout ça va finir. Et dans le troisième le vieil homme, c’est soit un sage, soit un « idiot ». 09.40

09.43 Au départ mon projet était d’avoir trois chanteurs différents pour chacun des couplets. J’avais un peu caster des personnalités que je connais pour tenir les trois rôles différents.09.53

10.33 Le second devait être Mike Patton. Parce qu’il est parfait pour ça. C’est intéressant parce qu’il était très intéressé et du coup il a pris sur lui de chanter tous les couplets, même le troisième que je voulais garder en français. Ce n’est pas ce que j’attendais. Je le connais très bien mais je ne m’attendais pas à ce qu’il puisse faire ça. J’ai été très surpris mais finalement c’était tellement bien que nous avons fait de cette manière. Donc il y aura finalement trois versions de cette chanson, la version de Mike Patton, une version avec trois chanteurs et… une version karakoé. Comme ça les anglophones pourront saccager la partie française et les français la partie en anglais, ce sera parfait !11.37

 

Finalement SC3 avec cette façon de faire, amplifie encore le caractère très théatrale de la chanson originale…

11.57 Oui tout à fait. Et le couplet du milieu est celui où l’on passe de l’anglais au français. De même si vous écoutez les arrangements que j’ai fait, on passe d’une partie très inspiré par les arrangements de la version de Scott Walker à une partie plus inspirée par le côté « chanson ». Il y aurait du en avoir trois mais finalement ce sont deux arrangements différents qui permutent à ce moment médian. C’est très amusant, vraiment. 12.26

Donc, finalement, après cette longue trournée, tu n’es pas fatigué du tout et vous avez toujours beaucoup de projets excitants ?

12. 43 Finalement nous allons sortir un disque complet d’Ishraquiyun. Nous avons quasiment tout enregistré en octobre à New-York. Et puis je vais essayer de terminer l’album The Book of Souls à temps pour la nouvelle tournée que nous planifions et qui devrait commencer en avril (2013) avec les premiers concerts au Maroc. 13.06

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13.10 Le dernier qui devait avoir lieu avait été reporté. L’idée c’est de faire le Moyen-Orient, la Turquie, Liban, Chypre peut-être Barhein et j’espère vraiment que nous pourrons aller jouer en Palestine, grâce à l’Eglise (orthodoxe) parce qu’il y a un précédent, des musiciens ne pouvaient pas traverser la frontière et le Patriarche est venu les trouver et les a fait traverser, sinon des deux côtés, les Palestiniens et les Israéliens y étaient opposés. C’est intéressant cette position là-bas des chrétiens comme artisans de paix.


19.42 – 19.47 Merci beaucoup Trey. Merci à vous… c’est tout ?? Merci…13.50

La fin de notre conversation concerne la découverte par Tey de John Romanidès et de ses travaux (à laquelle j'ai modestement contribué lors de notre entrevue précédente...). Elle n'est pas traduite ici... Tendez les oreilles, "que ceux qui ont des oreilles..." !

lundi, 29 octobre 2012

En état de poésie 9 : Daniel Turcea, un frère comme nous n'en avions pas

« Avec quels mots regarderons-nous le miracleet ce qui est encore au-delà » D. Turcea, Logos, La source (in Daniel Turcea, L'Epiphanie, choix et traduction du roumain par Anca Vasiliu, La Différence, collection Orphée, 1997)

 

Il me semble que les actuels lecteurs et traducteurs de Turcea se posent trop de question... ou alors pas les bonnes, ou bien trop peu, peut-être... ?

 

avec quels mots regarderons-nous le miracle ?

 

Comment et pourquoi s'étonner qu'un poète « moderne », « d'avant-garde » voire, se saisisse de la modernité (contemporanéité) du langage afin d'exprimer de très « vieilles » vérités (ici taxées de « byzantines » -sic – du moins les vocables  utilisés le sont-ils) en plus d'être de "pieuses manipulations)  ??

ah oui, c'est vrai, il suffit d'avoir pris des « vessies pour des antennes » et ne plus savoir et vouloir voir que c'est bel et bien le Verbe de Dieu fait chair que langues et lois humaines (« trop humaines ») ont pendu au bois de la croix... et ce chemin là devrait être bouché, inéluctablement, au « poète » moderne, sous peine de ne l'être pas... (moderne) !

Turcea n'y crut pas, et mourut jeune ! Et que put-il « dire » :

« et ce que je peux dire maintenant

ce que je peux nier, ce que je peux me rappeler

de quel jour la lumière fut vécue

et de quelle nuit la vie s'effeuilla

je t'ai vécu

miracle

source

d'indicible silence

et il n'y a plus de pareil, rayon humain

du corps terrestre » AM TRECUT

Comment le poète ne serait-il pas concerné par « cela » ? Le Verbe de Dieu s'est fait chair, et sang, puis transperçant et renversant la mort, la Parole se fait quotidiennement pain et vin, car le travail des hommes est de nuit, tous frères nocturnes du poète (Haldas, comme si souvent, le sentait et le poétisait, lui).

« blé entre les pierres du moulin

raisin écrasé dans le pressoir

le ciel brûlera

dans la main

de l'absolu

réjouissez-vous

coeurs des enfants

jusques à l'âme

la vue transpercera » II ZIUA ORBITOARE

La lumière théopoïétique est mangée et dites, intérieure et extérieure afin de dissiper les ténèbres en vérité...

Ainsi en est-il dans le fabuleux poème NINSOARE/NEIGE qui poétise le récit de l'expérience de Motovilov avec saint Seraphim de Sarov :

« et l'âme se faisant sans bornes

pardonne moi, abba, c'est sans mot

et parle en silence. »

Mais il faudrait, de nécessaire nécessité, selon certains lectureurs (comme il en est des « coureurs ») et commentatueurs, que cette langue et ces thèmes fussent usités pour aller vers « autre chose »... RIEN n'est spécifié, évidemment, et il nous faudrait donc nous en limiter à ce militant rien vide et chosifiant...

Que le Verbe de Dieu ne puisse être source et but de poésie devrait donc aller de « soi »... il s'agit de lui trouver, forcément, des adjuvants, d'autres « orients », pour faire les beaux et camoufler le crime (encore)... Le poète chrétien devrait de « force » avoir « autre chose en plus »... Il a le « huitième jour », ininterrogeable, mais ce n'est pas assez au « lectureur » qui, pour être « moderne » se doit de l'être plus, et mieux que le poète... Il faut ajouter du « vide » (faussement mystérieux) au Mystère !

« le

huitième

jour

sans fin

descendant

maintenant

le calice s'allume !

Ce que je ne vois pas

ce que je ne vis pas

ce que je ne connais pas

c'est vie

ce que je ne vois pas

c'est lumière

près de mes yeux

près de mes lèvres

et sous les paupières

maintenant ! » (ETERN ACUM)

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CONNAISSANCE
 
vieux
rouleau
enroulé
 
aux signes comme les nuages écrit
est-il déjà !
et ne l’ouvre pas !