mardi, 01 mai 2012

Naamah, le style prosétique d'Henry Le Bal

 

Henry Le Bal Naamah, L'Age d'Homme, Lausanne, Suisse, 2012

 

« Mais chercher l'aventure au plus profond des mots,

Chercher sans gouvernail parmi ces charlatans... »

(Jean-Louis Murat, Le Champion Espagnol)

 

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« Alors j'ai hurlé, tel un oublié d'ergastule » (Naamah, p. 366)


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Naamah c'est un cri. Un cri intérieur qui s'articule de se désarticuler sur plus de 400 pages. Naamah c'est un nom qui résonne comme un cri, un nom de femme, celui, jamais vraiment révélé de la femme de Noé et celui d'une femme insulaire après avoir été muse des grands peintres d'une capitale désormais étêtée... Naamah... ça ressemble assez à un cri, à moins que ce ne soit à un murmure... Henry Le Bal qui, nous prévient-il, n'est pas « l'auteur » de ce texte, nous offre donc le récit de la longue descente dans le gouffre de la création, dominé par toute les beautés engendrées par l'homme, d'un homme au prise avec les mots. Un homme insulaire exilé en solitude, retranché des vies continentales par une gigantesque tempête, par un cinglant déluge. La violence extérieure met en branle un déluge de processus, une tempête extérieure et une intérieure, des voies intérieures de plus en plus profondes et silencieuses exigent la distinction entre des écritures différenciées, de plus en plus...

 

Par leurs paroles, leurs tirades, les mots sont devenus les verbes d'une action qui mène à la destruction. Des mots, des verbes, une destruction, et bientôt la fin. (p. 363)

 

Les grandes œuvres, l'art, les dialogues possibles et impossibles entre la musique, la poésie, l'écriture, la peinture, les souvenirs, les aventures, les paysages... c'est la grande collision qui enflamme le cerveau de celui qui se parle et s'écrit en lui-même « parce que là ça aime »...

 

Henry Le Bal nous le dit, voici deux textes trouvés, un carnet de bord, celui de l'écrivain perdu en des tempêtes et l'oeuvre théâtrale inachevée (ou plutôt transpercée de nuit et de tempête) qu'il laissa...

 

Inquiet de la beauté et des ineffables vibrations qu'elle nous lègue l'écrivain « malgré lui » qui nous fait don de ces textes d'involontaire folie créatrice pressent toute l'ambivalence de cette « plus haulte question ».

 

Les œuvres ?... Sans doute. Elles sont, oui, qui montrent les accès. Mais les accès à quoi ? A la beauté ? C'est ça la beauté, ce qu'il y a en dessous ? … Peut-être que la beauté est là-bas, de l'autre côté, de l'autre côté de la panique. Oui, peut-être que c'est ça... savoir que l'entrée elle existe, qu'on peut y aller, que les œuvres l'ont montrée mais qu'avant il faut affronter le Huff-hou avec juste dans la main une lampe qu'on a emporté et qu'on se demande si elle ne va pas nous lâcher. (p. 248)

 

Le chef-d'oeuvre – horizon inaccessible qui pour être atteint ne doit être visé, il y faut de l'inachevé, de l'humble au risque, sinon, d'être purement inhumain voire luciférien...

 

La splendeur des chefs-d'oeuvre qu'on dit célestes, ne serait-elle pas la voix des damnés (p. 249)

 

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Bien qu'abreuvés continuels de nouvelles pas bien neuves tant sur les changements climatiques que sur les « niouzes » du vieux démonde-tel-qu'il-ne-va-pas, le temps, en fait, qu'il soit chronologique ou atmosphérique, bien admettre que, la plupart du temps, ON y prête guère attention. Il nous faut, à nous qui pourtant y baignons continuellement comme un poisson dans l'eau et le bocal, il nous faut un changement, un « événement », une bizarrerie quelconque pour que l'attention s'y « arrête » enfin à celui-là qui précisément ne sait s'arrêter...

 

Une tempête de 39 jours, par exemple... Tempête qui, en outre, fait chavirer un moderne vaisseau plein d'or gluant et noirâtre qui empoisse tout, tout bien...

 

39 jours et quelques menus (més)aventures... Et le monde de l'anonyme rédacteur d'un «  livre de bord où j'écris comme à la barre d'un cerveau démâté et qui ne voit plus rien » (p.209), défaille, s'enlise en même temps qu'il s'élève et s'approfondit et trouve tout son sens... tout ses sens de déraison! Devant, et dans, les éléments déferlants comme « jamais », dans leur meurtrière et créatrice beauté, effarante, violente, comme toute beauté : « ça c'est de l'écriture, pas besoin des mots » (p.31) ! Parcours qui, dans la tempête, par la tempête, a la folie de la création ! Le contempleur/voyeur implose, il transpose, translate enfin tout ce que ses yeux avides et avares ont vu-lu, luvu vulu et retenu, trop retenu, contenu... tout ce que sa lecture intérieure va enfin transmué en inscriture, et en inscriture de la fin.

 

Drôle de bouquin, n'est-ce pas ? Tous ces livres écrits depuis qu'on a commencé à écrire, des millions de millions, pour nous mener là à nous interroger sur ce qu'on fait avec les mots, paumés au milieu de cette farandole de planètes et d'étoiles qu'on se demande bien à quoi elles servent si ce n'est à nous dire : « tout ça c'est du temps », et ce bouquin qui nous dit à chaque mot que toute cette histoire c'est une histoire de mots, pas une histoire de temps. (p. 329)

 

 

La tempête, la marée noire, l'antre tout ça l'empoisse, l'empoite, le claquemurise dans son fort intérieur et le pousse à l'écoute, à l'éclate de l'interne machinerie... Le stylet doit saigner, la main s'agripper, le bic doit verser son sang bleu sur le virginal papier ; rite aristocratique propitiatoire... libératoire ! « Donne le sang pour recevoir l'Esprit »...

 

Je ne comprenais rien aux mots mais ils me parlaient de choses que j'avais toujours sues, enfin...  (p.249)

 

Création contrainte par le monde qui s'agonise, par l'urgence du monde qui s'agonise, de la création qui s'éternise dans son agonie... L'île, son île, ses îles deviennent paquebot fou de mots... « Carnet de bord, au bord des mots », à bord avec les mots et les poursuites pleines venteuses des mots (cf. p. 41). Celui qui écrit, autant qu'il est écrit, est un « nègre », il « vit » des mots des autres, il écrit les mots des autres pour poursuivre ses passions aventurières de chasse et de pêches, de collections et d'éruditions, passions qui font des « souvenirs » mais pas une mémoire, des souvenirs frabriqués pour oublier l'essentiel ( l'essen-ci-elle )... mais la « création » ça non ! Il faudrait un déluge, et déluge il y a... et la création se jette dans l'interrogation de sa parèdre : destruction. La beauté dans la sienne : violence et mort au nom de l'Amour... au nom du Nom...

 

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Déplacé hors-temps, hors-champs, la tempête l'immobilise, contrainte racinaire et décoiffante telle elle le mobilise pour la création, toute création. L'homme d'aventure, l'homme des mots des autres est fait l'hôte des mots autres. Amour, folie émotion l'y maintiennent. Les mots l'emporte, l'entraîne plus haut, avec les visions amoureuses d'ici-bas par-dessus la tempête...

 

Une guerre de plus en plus sauvage, là-dedans, pour une paix à écrire. Un livre sans personnage, un livre commencé, et à coup sûr inachevé... dont l'auteur serait retrouvé fou. Dévoré tout là-dedans par le mensonge. Un livre inachevé dont l'unique personnage serait à l'extérieur... et que le livre aurait détruit.(p. 331)

 

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Splendide prouesse que ce texte. Epique pièce d'une seule pièce. Ce texte multiple. Dense, riche, virevoltant. Le style de Le Bal parle sa langue, son écriture parle sa langue. Joviale et profonde, singulièrement prose, phénoménalement poétique. « Prosétique » et prophétique (quand bien même le mot est dévoyé comme tant d'autres aujourd'hui), tout en longueur et saveur, en mystérieux questionnements retournés et en réponses plus interrogatives encore. Le qu'est-ce qu'écrire, le qu'est-ce que dire... Si nous visons la beauté qu'est-ce que cette violence intrinsèque qui nous coupe, nous dissèque et trouve à se faire dire, encore, encore... avec dans la nature son reflet si cinglant...

 

Tout commence par le signe, effet de la beauté toujours inconnue, toujours terrifiante. Tout commence par la poésie qui dit et apaise...

 

La paix finale du néant... Des mots pour qu'il n'en reste rien. Ecrire, faire œuvre de création, comme on dit, sur la destruction. Tout détruire d'écrire. Les mots pour en finir...  (p.326)

 

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On a dit de Le Bal que des thèmes de ces romans il faisait des pièces, ou que d'un même thème il faisait roman et pièce, pièce et roman... Nan !! Tout vient du poétique ! Ici il le dit, ces textes ne sont pas de lui, il s'est ex-patrié de son inspiration et son inspiration il l'a conquise en haute lutte de tempête de son île intérieure (de son « il » intérieur, ce qui parle, ce qui écrit...). Il pose donc en miroir noétique une pièce, Insularis, inspirée de cette in-ploratoire aventure où de haute lutte il arracha, en un sauvetage qui est salut, les textes nommés Naamah et Falindha... Résultat du dialogue qu'il noua avec ces personnages dans les sombres paquets de pluie illuminés des vents révélateurs...

 

 

 

 

 

 

 

mardi, 17 avril 2012

Mirbeau, fauve anarque alittéraire

Mirbeau, l'anarque alittéraire. Avec L'Abbé Jules, il défait le roman « classique », c'est-à-dire littéraire. Pour Octave Mirbeau, dans un univers absurde, dans un monde livré au chaos il est naïf (voire particulièrement mirbeau, anarque, alittéraire, abbé jules, l'age d'hommemanipulateur) de produire un récit qui entretienne l'illusion d'un cosmos ordonné. Anarque, donc, parce que contrairement au sectateur anarchiste, il perçoit qu'il ne s'agit pas de rejeter (de façon immature) les principes mais de s'unir à eux pour être son propre principe, son propre commencement... (arkhè).

 

Mirbeau rejette et défait le finalisme du roman balzacien et zolien, mauvais visionnaires d'une « réalité » qui n'est autre que la « fausse parole faites chair » ! « Classiques » ou aussi faussement « novateur » que les « naturalistes » ces histoires aux enchaînements logique, implacablement linéaires mènent vers un aboutissement, vers un achèvement... Et c'est une fausseté ! « création » frauduleuse d'un côté, « mimésis » mensongère de l'autre...

 

Anarque à sa manière également, Witold Gombrowicz, qui plus radicalement encore pointera l'immature essence de ce «mONde » comme il roule et refusera le diktat littératueur du « dénouement » !

 

 

vendredi, 16 mars 2012

D'un "carré" de Vladimir(s)

D'un carré de Vladimir, à propos de Vladimir, Le Soleil rouge de V. Volkoff, Juliard/L'Age d'Homme

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« Et alors il se produisit quelque chose. Une lumière apparut sur le chemin et tout changea de signe, comme une opération algébrique. » (p. 171)

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Saine lecture que ce texte en cette période de jugements et de commentaires le nez collé sur la surface poussiéreuse des événements. « Vladimir, le soleil rouge » de Vladimir Volkoff alors que la Russie vient de se choisir « à nouveau » un autre Vladimir...

 

Son écriture, aussi nette et précise, que chaudement rythmique et naturellement racée, Volkoff a su la mettre à la mesure de son, sujet. J'y sens une admiration sensuelle et charnelle mais aussi, paradoxalement, une humble fierté... Son français parle russe !

 

Dans le langage mondialiste euphémisé ON évoque parfois (le plus souvent à propos d'un « éminent » littérateur – ils deviennent tous éminent une fois froid!), on évoque donc, la « disparition » d'un tel... Or, à celui qui aura su infondre l'énergie du Verbe dans sa langue, dans son langage écrit, qui aura bataillé dans son « imprimerie » secrète intérieure, que peut bien être la « disparition » ? Non messieurs-dames de « lettre ». Certes je l'ai assez écrit mais je le refais, il y a dans l'écriture et la publication, précisément un rapport et un apport à la mort, un processus thanatologique. Oui ! Mais, précisément, l'écriture vraie est athanatique ! Il ne s'agit nullement de la (vaine) gloire d'une immortalité par l'oeuvre, pour la survivance du nom (« Tu portes un nom comme si tu étais vivant, mais tu es mort », Apocalypse), mais de l'efficace résurrectionnel du Verbe diffusé dans la parole écrite... Inversion intensificatrice d'inversion...

 

Plus que l'actualité, puisque ça c'est le maudit nonlangage de la fashi-ON globale, c'est l'acuité de la geste vladimirienne qu'il s'agit de voir et de sentir. C'est à cette vision que mène le texte de Volkoff.

Le prince Vladimir passe et fait passer la Russie du paganisme à la foi en Christ, Vladimir Illitch fera passer la Russie d'une foi trop engoncée dans le pouvoir en la foi au pouvoir pur ! L'actuel ? Dieu seul sait ce qu'il pourra faire... ce sera sans commune mesure : inversion d'inversion...

 

Il n'y a pas d'extrémisme chez Volkoff. Sa syntaxe elle-même rend compte de son acceptation de la violence et de la ruse en politique, si le but visé est « supérieur »... Que la voie soit ascendante ou descendante, au bout est le Verbe fait homme, la Lumière qui a éclairé les enfers mêmes ! Et le poète fait son œuvre, dans l'obscur de l'Histoire éloignée, il éclaire humblement de la lumière personnifiante de son verbe l'intérieur ignoré et secret de l'homme... Car, en effet, le texte aujourd'hui ne peut être texte, écriture, toile tissée que s'il révèle humblement (c'est-à-dire en le cachant) que la poésie est son être intime... La poésie humiliée est la vérité des textes. De ces textes qui « sortent » du cadre, du sarcophage du livre...

 

C'est la grande réussite de ce texte de Volkoff. Sa plus belle réussite, à vrai dire, ce texte où le français parle le russe, ou la poésie verbifie et donc humanise les hommes cruels qui bâtissent (et parfois, baptisent...) l'Histoire. Le terrible Soleil Rouge (une plus juste traduction du russe donne d'ailleurs « soleil bien-aimé ») nous réchauffe finalement d'une tendre chaleur...

 

Quand la cruauté, qui fait la grandeur et la chute des bâtisseurs est niée au profit, non de l'amour, mais de son usurpation qui est, par dessous les camouflages de la « fausse parole », la plus infecte et néfaste des indifférences, où trouver encore les poètes qui, à la faible lumière du verbe intérieur, éclaireront les opaques obscurités de l'Histoire des hommes ? Quand Dieu, et le Verbe fait chair, est nié au profit d'un homme réduit aux dimensions d'un ver de terre satisfait et sentimental, qui orientera vers « l'image et la ressemblance » la pâle et faible,lueur d'un frêle cierge ? Pâle et tremblante mais pourtant plus chaleureuse au cœur-épris que cent mille radiateurs alimentés de nucléaire électricité...

 

Le poète ! Celui qui vibre encore, caché, humilié, au centre secret du cœur de certains des « meilleurs » littérateurs... Akhmatova disait à son époque qu'à Paris la peinture avait écrasé la littérature... La littérature depuis bien longtemps a humilié et persécuté les poètes... Un mal pour un bien ! Car si le Verbe s'est fait chair, assumant la kénose parfaite... il est « logique » que l'amant du Verbe connaisse aussi la « douloureuse joie » de l'humilité... Il est bon aussi, même meilleur souvent, qu'il l'ignore !

 

Saint Vladimir prie pour nous et pour l'âme du poète qui t'a rendu à nous, qui t'a poétisé !

 

 

 

Egobody

 Egobody, la fabrique de l'homme nouveau,

Robert Redeker, Fayard, 199 pages, 16 euros

(En miroir noétique à cette chronique http://lalliteraire.hautetfort.com/archive/2011/12/31/car...

 

« Mieux vaut être un Socrate insatisfait qu'un porc satisfait. » John Suart Mill

 

L'heure est-elle encore aux « concepts » ? Robert Redeker, avec son nouvel ouvrage, met-il en place un concept nouveau ? Le propos semble plutôt d'offrir à ceux qui peuvent encore la lire la carte d'une nouvelle réalité surgissante. Une forme d'analyse, plutôt clinique de ce qu'est l'homme occidental (qui est presque planétarisé) hic et nunc. Et le pessimisme semble de mise.

 

Toutefois, avec la citation du nom de Philippe Murray dès la quatrième de couverture, une question ne manque pas de se poser. Redeker ne surferait-il pas sur la vague vaguement floue des « réacs-chics » ? Après les rebelles-à-roulettes notre « ère du vide », qui n'aime rien tant que se remplir de tout et de rien et, plus souvent qu'à son tour, de son apparent contraire; notre ère donc ne serait-elle pas en train de concocter dans ses cornues usées une nouvelle baudruche « tendance » ? Une « fashion-réac » plus « sexy » que la mouvance néo-cons déjà périmée ? C'est fort probable...

D'autant que Robert Redeker, jusques en 2002 (même si le temps s'accélère ce n'est pas si vieux) participait, de bon coeur, semble-t-il, à la mise au pilori de Carl Schmitt en n'hésitant pas à le présenter comme un « concurrent de Rosenberg » (sic). Ce qui ne manquera pas de piquer la curiosité des lecteurs du présent essai dans lequel il présente un émouvant plaidoyer pour une lecture critique mais positive, autant dire intelligente, de Gobineau...

 

Néanmoins, l'essai de Redeker a ceci pour lui d'être presque froid et clinique. Certes on y ressent bien un certain dédain très personnel pour les bio-technologies, la cybernétique, la consommation et le jeunisme mais nulle envolée trop lyrique qui bien souvent, justement, dénonce le côté superficiel de la fougue anti-moderne passionnelle.

 

Nous sommes donc ici en présence d'un exercice d'analyse en profondeur de notre réalité. En profondeur car il faut bien être spéléologue ou mineur pour aller aujourd'hui trouver ce qui peut demeurer d'âme dans l'homme. Egobody c'est bien la nouvelle forme-informe de ce que nous appelons encore homme. Egobody c'est chacun d'entre nous plus ou moins contaminé par ce virus. Oui, la maladie et le malade peuvent être appelés du même nom. Mais, finalement, le mot, le concept et son nom ne sont pas l'essentiel (le « concept » pouvant bien de nos jours ne pas valoir beaucoup plus qu'un « trade mark »...). Le plus important se tient dans la « démonstration » de ce que les idées, les théories et les doctrines, quand bien même ignorées du plus grand nombre ont fait l'homme et le monde tel que nous pouvons le connaître. Disons plutôt que nous pouvons suivre à travers ces pages une certain généalogie de tout ce qui a contribué à défaire l'homme.

 

Notons immédiatement que le sous-titre de l'ouvrage, en ce sens, pose un problème. En effet, l'idée « d'homme nouveau » est loin d'être nouvelle et il me semble que ce à quoi nous expose l'analyse développée par Redeker se trouve au contraire être du domaine d'une anthropologie négative (comme on le dit de la théologie apophatique) en ce sens que le processus mis en lumière agit par dépouillement de ce qui faisait l'homme pour aboutir à « autre chose »: egobody peut-être, « neghumain » (terme forgé par le même auteur) aurait semblé plus juste (mais peut-être moins « vendeur » ?). De ce fait, le terme de « fabrique » semble un peu trop simpliste. En outre, il met l'accent sur une seule des idéologies en cause. Bref, détail que ceci, et insistons encore un peu sur « l'homme nouveau ». L'expression est « paulinienne » et ceci, malheureusement, n'est nul part souligné dans le livre. Sa reprise historique, nous le savons bien, fut soviétique. Si nous devons aujourd'hui constater que « quelque chose » de nouveau est en marche il serait très intéressant de considérer cette perpétuation des mots selon l'idée abellienne d'inversion intensificatrice d'inversion. Egobody, le neghumain, comme inversion intensifiée de l'homme nouveau paulinien...

Seulement voilà, bien que Robert Redeker ne soit nullement hostile au christianisme, bien qu'il semble même convaincu que la liquidation en occident de sa doctrine par et au profit d'une sorte de néo-platonisme athée (dont Badiou pourrait être un exemple type) et paganisant, il préfère demeurer sur la haute position du philosophe, et ne pas s'engager dans la voie d'une affirmation plus personnelle, enfermé dans le mirad'or relativiste des idées :

 

« Le sport achève la guerre contre le corps amorcée par Platon, mais sans les sublimes ambitions spirituelles qui motivaient l'antisomatisme platonicien. » (p. 169)

 

Or, c'est de ce lieu que furent tirées les premières cartouches. Car, ce monde – qu'il faudrait aussi se décider à appeler de son nom nouvel : environnement – dans lequel peut advenir egobody, cet être sans souci, c'est bien celui de la « mort de Dieu », celui des philosophes puisque ce monde est celui du Dieu des philosophes, du dieu-idée, cerné, analysé, rationalisé, disséqué... (d'ailleurs Robert Redeker le dit plus ouvertement qu'il ne le pense dans le corps de l'ouvrage, puisque selon lui « âme » de la religion ou « moi » de la psychanalyse, tout ceci se vaut face à l'effacement actuel de toute profondeur intérieure...)

 

Bien sur, concernant le repli de l'âme sur le corps, sur la liquéfaction de ce corps et sa surestimation « paradoxale », sur toutes les confusions modernes qui permettent l'identification du corps et de l'ego, l'auteur de ce texte a éminemment raison, sur l'arraisonnement par la technologie poussé au-delà de ce qu'un Heidegger avait pressenti encore... Toutefois, citer (avec une certaine complaisance non feinte) un Maistre ou un Donoso ne saurait suffire. Car, comme nous le signalions plus haut, il semble bien que l'auteur ne se lamente que sur des idées, des concepts qui auraient plus de valeur que l'actuelle réalité-irréelle... Toute sa conclusion sur les belles réalités passées du monde paysan comme résistant ontologique au processus d'anthropofacture, évoquées avec force par Giono, Thibon, Pesquidoux sent un peu trop la philo d'urbain déculturé. Ces lignes évoquent avec trop de distance la réalité opposable à la virtualisation dénoncée comme inéluctable.

 

Ainsi en est-il de cette idée d'une extrême importance, traitée (mais comment pourrait-elle l'être autrement) comme une irréalité. R. Redeker amène pourtant de façon pertinente cette compréhension que, finalement, la mort de Dieu n'est que le masque philosophique de la « mort du diable ». Mais, évidemment, pour notre auteur ce ne sont là que des « notions-cadres », des « concepts-limites ». La lecture de Schmitt, en particulier de sa doctrine du katechon aurait pu ici s'avérer d'une aide précieuse, tout comme celle d'Ortega y Gasset...

 

Redeker lui-même à de très belle lignes pour définir le conservateur-réactionnaire comme un « apophatiste », parfaitement conscient de ce que le combat, qu'il entend, néanmoins, mener jusqu'au bout « est perdu »... Ce qui aurait pu faire la force de son « pamphlet » (car s'en est un), à savoir, son caractère distant et détaché, se dilue dans l'espèce de tonalité trop universitaire pour être honnête. Bref, il y manque une réelle profondeur authentiquement spirituelle.

 

Finalement, finalement, un ouvrage qui laisse la désagréable impression d'emprunter un langage pour mieux l'asservir à ce qu'il entend dénoncer (de plus en plus courant). Une création assez artificielle de concepts peut-être voués à être utilisés dans le sens inverse... Le sentiment paradoxal (d'autant que les analyses semblent justes et pertinentes) d'être face à ce qu'on appelle couramment une manipulation...

 

 

samedi, 31 décembre 2011

LESL 1 : Virgil Gheorghiu et la 25e Heure

« La 25e heure » est, avec « L'Archipel du Goulag », l'un des majeurs outres-textes du début du XXe siècle..., disons plutôt de la pénétration agonique et mécanique industrielle du XIXe dans le XXe. Ces textes sont de témoignage... de martyr ! Ils reprennent pour l'inverser le schème négatif de la « littérature », ce concept qui semble le seul à même « d'informer » l'homme de ces temps, le néo-homme qui se forme...

 

« ... nous adoptons le style de vie de nos esclaves techniques. » (V. Gheorghiu, La 25e Heure)

 

virgil gheorghiu, nil maïkovski, alittéraire, sans littérature, christ, roumanie, camps, technologie, théologieLes années 1920 à 1940 sont à la fois les incarnations et les incarnatives prémonitions des romans « d'anticipations »... De Kafka à Zamiatine néanmoins il manque souvent (aporie consubstantielle) une lumière inextinguible, une issue. Ou, pour le dire autrement, cette issue de lumière (christique) est, forcément, ou espérance ou scandale...

 

La doctrine-technique nazie en acte était bien une thérapeutique ! (de bout-en-bout le nazisme -comme acmé de l'occident moderne- est une « techno-logie », un discours qui « in-forme » sur « l'art-et-la-manière », pure anti-théo-logie). Il s'agissait de « guérir » l'humanité de la juiverie, du communisme et, ainsi que l'écrivait le pourtant « faussaire » Malaparte, ce n'était, en définitive, au bout du bout, qu'une immense « chasse au Christ » !

 

La 25e heure, cette heure inexistante qui révèle l'inexistence « moderne » des autres « heures », est le titre d'un roman fictif qui n'advient pas, le titre du roman de Traïan Koruga le littérateur devenu témoin, c'est-à-dire « martyr » et qui voit, dans la lumière crue de l'espérance (qui est la lumière de la Croix, du « scandale ») et dans sa chair, advenir ce qu'il croyait pouvoir « prophétiser » en une « fiction », fusse-t-elle l'ultime (or, il n'y aura pas « d'ultime » roman-fiction, sinon celui de « ce monde » très vrai qui gît « aux mains du démon »)...

 

Dans le roman éponyme dé-romantisé autant que re-membré exulte l'outre-texte... En sa première partie il s'achève sur un ensemble de gestes d'une suressentielle charité active, en pleine contradiction avec l'exposé romanesque prophétique de Traïan sur le monde technique, sur la technique-monde... Ensuite, vient la vérité de la « prise en charge » de tous par cette technique-monde... L'espace-temps du citoyen, « nés du croisement de l'homme avec les machines » ce met en place et déferle sur toute vie, même et surtout la moins « attentive » aux signes de sa venue. Toute vie sera mise en « note », résumée, rincée jusqu'à sa « plus simple expression », toute vie sera rendu « fictive » et, si « indigne » soit-elle, rendue à sa part inepte, digne, dès lors, d'être fondue dans toute inclusive fiction...

 

Dans le monde dit « réel » Ioann Moritz est traité comme un pur personnage de roman, de fiction... Sa « personne » est, sans cesse, remise en cause... Il est « l'éternel coupable ». Indubitable ! Son innocence est la meilleure preuve de sa culpabilité !

 

Cette instabilité du « caractère » est fondatrice du littéraire et c'est, précisément, ce qui empoisonne très concrètement notre très romanesque existence « contemporaine ».

 

Allemands, américains, russes... les camps sont un seul réseau infini. La gestion de l'homme par le « citoyen » n'a pas d'identité propre, c'est une des révélations du « témoin » de cet outre-texte, de ce texte hors-du-camp (car le texte, même intérieur, devient la seule réalité « hors-camps » envisageable lorsque tous les corps-et-esprits sont inclus en lui, et non le « livre », corps également soumis à la gestion marchandifère...) ! Et nous en sommes, nous, à la phase de confusion entière de l'homme et du « citoyen », se débattre devient exponentiellement la « meilleure » manière de devenir un « citoyen »...

 

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Gheorghiu insiste beaucoup , par l'entremise du « Témoin », sur l'importance de la « mise en fiche » des vies et des hommes par la technique-monde, par le monde devenu un camp-géré. Ceci renvoi immanquablement à ce texte (qui est presque un outre-texte) de renversement que fut « La vie des hommes infâmes » de Michel Foucault... texte de rupture avec la littérature qu'il considérait jusques alors comme « informant » fondamental...

 

Ce « presque-outre-texte » de Foucault s'intéresse aux courtes notes rédigées aux fins de « basses polices » aux alentours du XVIIe siècle, très courtes « biographies » dont le style généralement très « châtié » et « classique » (ampoulé) tranche généralement avec « l'infamie » des sujets dont elles traitent...

 

Fin du « pouvoir de résistance » de ces textes qui ne se nommait pas encore littérature ! Le « pouvoir » pénètre ici de façon décisive et luciférienne l'allégorique pour le tourner en fictionnel ! Ces notules de polices signent de façon « lumineuse » la pénétration du « sujet-pénal », du « soi-coupable » dans l'écriture... en pouvant devenir « vies infâmes et infamantes » les vies infimes deviennent « sujet » d'histoire-fiction. La littérature se saisit véritablement des « hommes vivants » lorsque par les « écritures », le pouvoir « central » se saisit de l'entièreté des hommes « réels »... lorsque par « les écritures » il assouvit son entier pouvoir : « écrire » les hommes, les « ré-duire » !!

Le « pouvoir » capte les « vies nues », celles qui n'avaient pas vocation à laisser de « traces », il les soumet, les canalise, les réduit... La littérature les rattrape dans l'effacement, les exalte, les frictionne de fiction afin d'en faire de « fausses allégories » faussement normatives... tenailles inflexives et inflexibles !! L'actuelle littérature n'en démord pas, et, par exemple, un Houellebecq ou un Auffret ne font qu'infiniment confirmer cela...

 

C'est le « pouvoir d'étonnement » des textes courts que le pouvoir, nouveau Prométhée, dérobe ! Foucault souligne bien l'étrange fascination que peuvent exercer ces notes judiciaires, « haïkus » modernes, presque sans précédent... Le pouvoir policier en dérobant l'énergie verbifique de la poésie s'accaparent le pouvoir de « personnaliser », il l'inverse à son profit (peu de temps après, apparaîtra la grande vogue du « citoyen »...) et ses scories formeront la littérature naissante (autre cage subalterne, ou « lanterne magique » apte à canaliser les « fausses » routes « subversives »).

 

*

 

Ioann Moritz et Traïan Koruga forme un couple « délétère »... Le paysan qui ne lit pas, et le littérateur « délivré » de la littérature par son exercice rigoureux de l'écriture... L'articulation de ce « couple » n'est autre, en vérité, que le père de Traïan... le prêtre Alexandru Koruga ! La déchirure christique unifiante est présente... (celle qui manque à Kafka, par exemple – et qu'il semble, à bout de souffle toujours rechercher...). Lors d'un passage (pas assez souligné et commenté, à mon sens) le saint homme, refuse de bénir l'action des paysans roumains qui prennent le maquis et entendent défendre « la croix et la patrie ». Il bénit, néanmoins, les hommes en tant qu'hommes, en tant que « résistants » mais réaffirme que celui qui entend agir au nom du Christ se doit d'agir « comme le Christ » !! Tout « camps » agit « au nom de... » et c'est à une littérature idéologique qu'on se raccroche alors, jamais au Vivant..., on peut tout sacraliser « au nom de... », sous une bannière littéraire tout et son intime contraire peut devenir « sacré » et rien ne sort de « l'état de meurtre »  mais le Nom Saint qui sanctifie (prenez soin, lectureurs, de la différence...) rien, sinon la personne ne peut le réclamer ou le proclamer... Il est la déchirure ! Déchirure du voile de la page littéraire...

La 25e heure... Scandale et dé-voilation !! « Debout, soyons attentifs, en silence ! »

vendredi, 23 décembre 2011

Les écrivains sans littérature 0 : Autour de la Vingt-cinquième heure (Virgil Gheorghiu) et d'une nouvelle « catégorie » : les écrivains sans littérature

« Ce n'est pas de la littérature. Chaque nuit j'attends qu'il m'arrive quelque chose. » (Virgil Gheorghiu, La 25e Heure)

 

*

 

Pas de la littérature... Précisément !

Refaire l'histoire occidentale, ce n'est pas évident. Depuis « quel lieu » parlez-vous demande les malins et les sceptiques...

Refaire, en inversion d'inversion, l'histoire lourde de l'occident... qui, désormais vous « prendra au sérieux » ? Surtout depuis que cette histoire-là a vaincue, depuis qu'elle a aggloméré à son corps-inexistant les trop fameux « pays de l'est » (euphémisme qui ne veut pas dire « orient » pour ne pas dire, précisément, « occident »!). Comment la re-faire, le re-dire quand elle ne cesse d'être l'histoire de ce qui ne veut pas être nommé, pas être dit ? L'histoire qui se ré-écrit sans cesse tout en camouflant, par ce geste, son écriture et réécriture même ?

 

Le « roman » dirait ce qui ne peut être dit de ce qui se fait politiquement, humainement, dans un lieu et universellement... Soit un mensonge, soit une pure aporie contagieuse...

 

Contre cela il existe ce qui jusques alors ne se nomme pas : « l'outre texte » ! L'enqueste du texte infini... Le texte qui ne se limite pas au livre qui le contient... qui « déborde » ! Ce que d'aucuns osent appeler encore : « l'Ecriture » ! Oui, oui... n'ayons pas « trop » peur des mots... Parmi le flou de la littérature qui ne trouve jamais de définition pour mieux englober « tout » et trahir « tout » il nous « reste » (pauvre petit reste – pour un repas, avant, nous disions « reliefs »... c'est bien de cela qu'il s'agit... ) l'écriture ! Oui, certains « livres » sentent encore l'Ecriture ! Il est des « outres-textes » qui appellent « l'outre-entendement » parce qu'ils débordent très largement ce qui les contraints !!!

 

La « littérature » est une abstraction qui « con-fond » tout... Vaste brassage qui ne laisse rien « hors d'atteinte ». La « littérature » est un phénomène de « masse »... ! Des brèches, des échappatoires ont été tenté, fomentés contre le mur de nivellement et de fonte dans le totalisant « tout se vaut »... Parfois comblant une brèche du mur par leur trop tempétueuse impréparation, parfois taillant une occlusive tranchée !!

 

A son époque, Akhmatova disait qu'à Paris la peinture avait écrasé la poésie... Depuis longtemps, la « littérature » n'a eu de cesse que d'écraser la poésie, la fausse-langue libre qui comble contre la libre-langue qui fait des brèches...

 

Mais quand la réalité du littérature ne sait que péricliter, la Vérité du Verbe ne sait pas mourir, elle ne sait que Ressusciter !!   

En état de poésie 6 : Lubomir Levtchev

« Dieu ne ferme jamais à clé », La Différence, 2006

 

Il n'y a qu'en Dieu et en état de poésie que puissance et colère soient aussi (et surtout) douceur et miséricorde.

 

« Je me sens comme une fenêtre ouverte

sur deux horizons ;

après l'oiseau

j'attends la pierre.

Alors je deviendrais un système complétement ouvert

sous le son du bris

de l'Etre

du non-être

du non... seulement

et d'autres éclats en verre » (Les états en verre)

 

Parce que Dieu ne ferme jamais à clé, qu'il n'y a « nul part » en Lui de système clos, de fermeture. L'état de poésie connaît ceci. Les vers de Levtchev connaissent ceci. Parler depuis un lieu totalement ouvert, un lieu non-occupé mais habité. L'état de poésie a à voir avec le quotidien, avec levtchev lubomir.jpgune vision totalement ouverte depuis un lieu légèrement décalé, un éclairage diffus et différent. Une vision ouverte jusqu'à l'absurde qui est la dernière marche avant la transfiguration. Et la lumière invisible pro-vient de l'intérieur... L'ambivalence et l'ironie valent une sorte de théologie apophatique contre un Dieu absent-présent trop imposé par l'extérieur...

 

« Et toi aussi, coeur en vacation

va donc chercher

un Dieu ouvert 24 heure sur 24

afin qu'il échange tes espaces de vide

contre une nouvelle bouteille... » (Les Bouteilles)

 

La lumière et la révélation intérieure peuvent se passer de nom même et surtout si elles s'épanchent par les mots.

 

 

En état de poésie 5 : Antonio Ramos Rosa

« J'écris, et ce que j'écris ne mène nulle part. Les mots sont pauvres, blancs, transparents. Peut-être qu'ils sont une silencieuse irradiation du vide. Mais c'est ainsi que je m'approche du dieu inconnu. »

Le Livre de l'ignorance, Antonio Ramos Rosa

 

« Ce que j'écris dépend de cette relation ténue à quelqu'un d'invisible qui attend et supplie. » (ibid)

 

Antonio Ramos Rosa a écrit « le dieu nu(l) »...

Il a aussi écrit « le livre de l'ignorance »...

L'état de poésie serait-il un état d'ignorance ? Une agnosie ?

Dans son « vestibule »... oui je le crois...

 

« J'écris là où la parole n'a pas encore été délivrée

entre l'eau et le désir

par la langue du vent » (La Parole)

 

ramos rosa.jpgRamos Rosa écrit depuis un centre vide, de lumière et d'ombre. Depuis un regard originel, au coeur d'une nature paisiblement sauvage et originaire. Planté au milieu, moins comme une plante que comme une pierre aiguisée, avec un corps granitique, presque adamique, primordial mais sans la pénétration encore plénière du souffle pneumatique... Vie nue, purement minéral mais qui s'étonne et s'interroge... L'actuel nihilisme pourrait-il s'avérer plus révélateur qu'un espace sursaturé de cet ambivalent sacré sacrificiel, de ce camouflage permanent... ? Le désert minéral comme espace plus vivant, enfin... Une pleine saisie du désengagement aride, enfin, mais infiniment, imperceptiblement, fécond...

 

« Tous les mots s'éclairent

au feu sûr du corps dévêtu

tous les mots restent nus

dans ton ombre ardente. » (Le papier, la table, le soleil, la plume)

 

 

 

 

 

 

mercredi, 21 décembre 2011

Comme en un miroir noétique 1 : Gérard Conio, le sans-objet

Gérard Conio, Dépassements constructivistes, L'Age d'Homme, 2011 ; et Le Suprématisme. Le Monde sans-objet ou le repos éternel, Kazimir Malévitch, traduit du russe et présenté par Gérard Conio, InFolio éditions, 2011.

 

[En construction, ce texte va évoluer, avec la maturation des lectures, sur un sujet essentiel bien que largement ignoré de nos jours. La théorie (c-à-d vision) de G. Conio au sujet de l'aporistique entre modernisme dans l'art et modernité dans la société fait appel, à mon sens, à une mise sous tension de type abelienne, soit une inversion intensificatrice d'inversion, et ce situe, véritablement, dans cette problématique qui sous-tend toute l'histoire occidentale depuis la malversation fillioquiste... ]


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Gérard Conio, professeur émérite à l'université de Nancy 2, est l'un des grands spécialistes des avant-gardes de l'Europe de l'Est. Il dirige également les collections Classiques slaves et Slavica, avec G. Nivat et V. Dimitrijevic, aux éditions L'Age d'Homme.

 

Après deux tomes consacrés au Constructivisme (plastique et littéraire), et le fulgurant essai L'Art contre les masses nous voici confrontés à une autre étude exigeante. Exigeante car le style de Gérard Conio l'est. Nous ne nous trouvons pas ici devant la morne litanie érudite d'un universitaire. Le style de Conio transporte avec lui une énergie profondément amoureuse, proprement « avant-gardiste ». La composition de ce livre en est, au premier abord, la preuve la plus excellente : en effet, plutôt que de publier plusieurs livres séparés présentant ses traductions des textes importants de Taraboukine, Axionov et Eisenstein, Gérard Conio les rassemble, les confronte et se place lui-même au coeur du sujet en intercalant ses propres textes, en tissant ses analyses dans la matière même de son sujet. En outre, l'ouvrage se clôt par un entretien vigoureux avec Marc Konik peintre et designer, acteur et héritier des ces courants de l'avant-garde russe... Disons plutôt que cette clôture est exactement une ouverture... Une invitation à une pensée « projective » (comme l'eut dit Fedorov!). L'objet d'étude de Gérard Conio, en partie grâce à lui et à son travail acharné, se révèle, précisément, non forclos. Le corps bouge encore et s'agite avec l'intention de nous en dire beaucoup sur notre « modernité » en décomposition.

 

Force m'est faites d'énoncer encore la même phrase : par sa fréquentation amoureuse des textes et des idées-forces des avant-gardes russes, Gérard Conio à « inventé », au sens où il a mis à jour un « trésor » enfoui sous une montagne d'idées reçues, de lieux communs glaiseux et boueux... Depuis plusieurs années il exhorte ceux que cela peut encore intéresser à considérer le fossé qui fut creusé entre le « projet » des avant-gardes « modernistes » et la modernité réalisée... Ce mur « nu et aveugle » que, précisément, les constructivistes ont vu se dresser devant leur projet d'un art qui serait le moteur d'une reconstruction de la vie !

 

 

« Dépassement » du constructivisme fut le productivisme de Taraboukine dont Gérard Conio excelle à sublimer la pensée, c'est-à-dire à la faire entrer tant en collision qu'en résonnance (collusion) avec notre trop maigre (anorexique) époque...

 

Echec échoué ? Oui ET non... ! Conio sait, mieux que « personne » faire sauter les pas, et il met immédiatement en contradictoire et vivace résonance l'unisme du polonais Strzeminsky et les intuitions de Taraboukine au sujet de l'échec envisageable sous certaines conditions de « la transfiguration de la vie par l'art » :

 

« Tout ce qui a été créé par l'aile gauche de l'art trouvera sa justification seulement entre les murs d'un musée, et toute la tempête révolutionnaire qu'il a soulevée trouvera le dernier « repos » dans le silence de cimetière des musées. » (Taraboukine)

 

L'exhumation stimulante de ces textes essentiels et trop peu connus nous jette au visage l'inanité de notre époque dans ses réactions tant laudatives que réactionnistement critiques de l'art « contemporain » qui n'est absolument pas l'héritier « direct » des avant-gardes mais, très précisément son « inversion intensificatrice », « la fureur des modes, le culte vulgaire de l'actualité est la version superficielle, négative et caricaturale » de cette avant-garde qui avait su ne pas se contenter d'une « révolte » (forcément éphémère) contre la tradition, mais qui avait encore « assimilé le concept même de modernité à une révolution permanente consistant à remettre sans cesse en question les acquis de la veille » (G. Conio, « Permanence de Taraboukine », in Dépassements Constructivistes, p.198)

 

« L'échec de l'avant-garde en termes de réalité ne signifie pas pour autant qu'elle ait eu tort en termes de raison. L'état pitoyable des cerveaux de nos contemporains montrerait plutôt le contraire. Jamais l'écart n'a été plus grand entre les faits et les signes, entre l'être et l'image, jamais les modes de présentation n'ont été utilisés avec autant de virtuosité pour manipuler les « masses ». Chaque nouvelle victoire de l'esprit positif recouvre une nouvelle défaite de l'esprit créateur. Toute choses signifie son contraire et il suffit d'avoir gardé un reste de lucidité pour comprendre que l'apothéose tant vantée de la libération coïncide avec l'apothéose de l'abrutissement. » (G. Conio, Dépassements Constructivistes, p.199)

 

*

La parution quasi simultanée de ces deux ouvrages (et celui de Malévitch, encore inédit en français en particulier) ne doit rien au hasard. Parution en miroir des deux voies que décidèrent de suivre les jusqu'aux boutistes de l'art ! Dissident des dissidents de l'intérieur Kazimir Malévitch aura décidément tenu un rôle à part dans la folle épopée des avant-gardistes... Vivant en sa chair et en son esprit, totalement, l'absolu raréfaction et liquéfaction des arts :gérard conio,constructivisme,suprématisme,kazimir malévitch,apophatisme,sans-objet,repos éternel,dieu,art,virus,eisenstein,taraboukine,abellio,monde sans-objet

« Voguez ! L'abîme blanc, l'infini sont devant vous ! » (Malévitch)

 

[...en construction...]

dimanche, 18 décembre 2011

En état de poésie 7 : Malévitch et l'unitotalité

Malévitch et l'unitotalité,

par T. Jolif-Maïkov et Nil Maikovski

 

« Dieu est le monde exempt de toute confusion et de toute agitation. » saint Nil de la Sora

*

 

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« [...] toute preuve est la simple apparence de ce qui n'est pas prouvable.

L'homme appelle toute apparence objet; ainsi l'objet n'existe pas dans le prouvable et l'improuvable. » (Malévitch)

 

*

 

Par ses six fiat Dieu, penseur parfait parce que Vivant parfait, a construit le monde « sans employer une seule minute de travail » nous dit Malévitch dans son petit opuscule essentiel Dieu n'est pas détrôné. L'Art, l'Église, la Fabrique (L'Age d'Homme, Petite bibliothèque slave 20, Paris, 2002).

 

*

 

« Pas une seule », « pas une seule minute de travail ».

 

Le travail est pour l'homme déchu.

 

Peine

Sueur

Souffrance

Douleur

 

Dieu a créé et il n'y aura plus de création car l'homme a déserté le non-lieu de Dieu.

 

« Pas une seule minute de travail (à l'exception du modelage de l'homme dans de l'argile). »

 

*

 

L'homme-matière ne fut pas créé de « rien ». Il y avait « quelque chose ». L'homme sort de Dieu et du monde-créé, il est élevé depuis l'unitotalité.

 

Extrait et écarté, extrait et purifié par le Souffle.

Auto-créateur en communion dans la pensée divine il n'aura su supporter le poids de la création. Il ne saurait plus rien créer. Il travaille.

 

*

 

Il peine, il fabrique, il usine à partir de la matière chutée. Il travaille.

Travaille la matière et se torture à chercher dans la peine, la sueur, la souffrance, la douleur le chemin de la perfection. Il fabrique des objets, il fabrique de l'objectivité, de la représentation pour se mirer dedans.

 

*

 

Sa peine

Sa sueur...

 

Soupirent après le monde-sans-objet...

La pureté du sujet sans représentation. La vision face-à-face.

Le repos.

La « grande paix ». Sans les mots qui sont comme des outils pour forger des objets nouveaux.

Bien qu'il n'y ait et ne puisse y avoir de nouveauté.

Juste peine, douleur, sueur, faire, travail, torture...

 

*

L'homme-matière-chuté ne connaît nul repos. Il connaît, tout juste, une illusion de repos quand, en Dieu, tout est repos – katapausisme...

L'exténuation du travail. Le travail qui inlassablement le travaille, conjointement au langage. L'homme ne connaît nul repos. Nul pause.

En veut-il d'ailleurs. Vers quoi dirige-t-il cette énergie qui le dévore. Par le travail trouver la fin du travail. A découvert c'est l'exténuation qu'il recherche. Nulle création.

 

*

 

Et puis l'ennui. L'inactivité est une autre torture. Cessation de l'excitation qui pour Malévitch est fondement du monde. Le chemin vers l'exténuation est bouché.

Alors il y a l'art.

L'artifice pour combler, pour faire faussement de l'excitation.

L'art nait comme camouflage douloureux du faux-repos spirituel de l'inactivité.

 

*

 

Devant une toile de maître, ou y songeant, Unamuno écrira « le crime est aussi un art ».

L'art est aussi un crime. Mais un crime grimé.

 

*

 

L'art est d'origine caïnite. Mais il n'est rien qui ne puisse être retourné.

 

*

 

« L'aspiration de l'homme à l'unité est une aspiration obscure à voir de façon supposée, dans l'unité une direction de Dieu; c'est l'unité dans la Trinité en tant qu'elle dirige l'Univers, en l'homme comme direction de sa vie pan-humaine. » (Kazimir Malévitch, op.cit, p. 48)

 

Dernière brochure paru du vivant de Malévitch Dieu n'est pas détrôné est un texte ramassé. Une condensation de la pensée. A partir de son expérience intérieure Kazimir Malévitch expose une vision textuelle presque picturale, raréfié, pénétrante, tendue entre interrogation monumentale et affirmative révélatrice. Fulgurance.

 

Nous savons néanmoins que le traité de Gerschenzon Troïstviennyi obraz soverchenstva fut comme la source du texte de Malévitch. Il fut comme le détonateur de la charge philosophique qui s'échauffait déjà en l'artiste.

 

*

 

Pour traduire sans trahir il faudrait ne pas hésiter. Pour une même phrase offrir différentes variantes et variations.

 

Obraz c'est l'image, c'est également l'icône, ce peut être le visage, la « face ».

 

L'image triadique de la perfection

Le visage ternaire de la perfection

De la perfection l'image trine

Le visage trinitaire de la perfection

De la perfection l'icône trinitaire...

 

 

 

*

 

La voie trinitaire de la perfection, l'art, l'église, la fabrique, est ce qui ne peut être dit, ni contredit, donc. Voie, dans la division, camouflée dans la division, vers l'unité au-delà de l'un, le sans-objet.

 

*

 

« Dieu n'a pas travaillé, il a seulement créé... » (Malévitch, op. cit., p. 81)

Pour Malévitch Dieu est entré ensuite dans le total repos non-pensant car Il a construit le monde dans sa perfection. « Rien n'a plus besoin de Dieu, comme Dieu n'a plus besoin de lui. Il ne dirige plus son royaume technique. Et ainsi tout aspire au repos ou Dieu en tant qu'état non-pensant. » Ceci c'est le bout du chemin.

Entre les deux il faut la division pour réunir.

Une grande ascèse contre la culture et la civilisation. Un épurement plus exactement.

 

*

 

Mais il faudra aussi, et ce serait une grande avancée aussi pour l'herméneutique de ce texte de Malévitch, revenir une bonne fois sur cette idée de la création. La « création » est un acte unique !

Le texte de la Génèse dit « faire ». Dieu a fait le monde... c'est assez différent. Et il le fit par Sa Parole. Il a donc parlé le monde... Le monde s'est fait parce que Dieu a parlé. L'homme-chuté fabrique laborieusement. Et dans ce qu'il modèle de ses mains il y a toujours un peu de sang.

 

 

En état de poésie 4 : Christian Bobin

Il m'est arrivé de lire un livre de Christian Bobin et d'en « rendre compte » ici-même d'une manière très spontanée et qui suivait de très près, chronologiquement, les deux ou trois singulières lectures qu'en j'en fis. bobin.jpgLes Ruines du Ciel de Christian Bobin m'avait amené à telle conclusion : Les Chérubins cachent leur face non à cause de la terrible toute-puissance de Dieu sur son Trône mais de l'inimaginable et incompréhensible humilité de son Amour...

 

Et voici que l'autre au jour, au cours d'un autre intempestif baguenaudage ensoleillé, alors qu'incendié intérieurement par ma récente découverte de Juarroz, le livre Le Très-Bas de Christian c'est jeté sous mes yeux et il côtoyait, amusante coïncidence, un ouvrage de G. Haldas...

 

Le Très-Bas... histoire poétisée du poverello, de saint François d'Assise ! Au creux du texte, des phrases qui pourrait figurer dans Le Christ à ciel ouvert d'Haldas... :

 

« Un moineau parle : je suis une mie de pain dans la barbe du Christ, un brin de sa parole, de quoi nourrir le monde jusqu'à la fin du monde. »

 

Le Très-Bas, c'est le Dieu kénotique, le Christ, la vérité-incarnée, faible et humiliée :

 

« ... la vérité ne doit rien à la grandeur supposée de nos fortunes ou de nos esprits. La Vérité tient sa lumière en elle-même, non dans celui qui la dit. Elle n'est grande, quand elle l'est, que par sa proximité avec la vie pauvre et faible. »

 

 

 

 

 

jeudi, 15 décembre 2011

Le feu dans la bouche

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"Le verbe trop fort me foudroya"

B. Miljkovic, Epitaphe

 

 

 

 

Le poète est mort. Tué. Assassiné. Par sa main ? Celle d'un autre ?

Un calendrier liturgique orthodoxe retrouvé dans la poche. Dans cette poche où sa main avait dû fouiller maintes et maintes fois, cette main maintes fois embrassée, cette main qui maintes fois avait pris la plume pour tracer des signes de feu, cesmiljkovic.jpg mêmes signes que sa bouche, aujourd'hui close, avait, plus que tout, aimé prononcer, cette bouche-là, qui laissait s'exhaler le feu du verbe et qui, aussi, avait aimé embrasser tant de mains, tant de bouches... cette bouche-là qui lassait par trop exigeant amour tous ceux-là qui ne savent ce qui se trame et se joue dans le fond sans fond du poète...

Branko Miljkovic, « prince des poètes », pouvait-il s'en aller autrement ?

Couronné en 1960 pour son recueil Le Feu et le rien, le poète s'exile définitivement un an plus tard, éteignant son feu, s'éteignant dans le rien, un calendrier liturgique orthodoxe dans sa poche...

Je ne voudrais surtout pas attirer Miljkovic (je prononce à peine ce nom sans quelque tremblement) vers ce qu'il ne fut pas, il ne fut pas un poète « Orthodoxe ». Toutefois, il y a, et il ne peut être ignorer totalement qu'il y a : « Au commencement fut le Verbe... et le Verbe se fit chair » ! Il y a et nul ne peut l'ignorer le LOGOS...

 

Lui, le savait, à n'en pas douter.

Lui, le goutait, à n'en pas douter.

 

Mais il y a, aussi, tout le reste. Le monde, le désir, la beauté sensible, la joie, la mer et les mots, les maudits mots, tous, il y a tout ces restes innombrables et incassables sous la lumière diffuse, pâle et trainante, la lumière de la lune... et l'envie des mots, le goût, la saveur irassasiable...

 

C'est un déluge intérieur parfois. Un amour supérieur. Le Verbe est là, soleil implacable. Et puis les mots qui, tout autour, révolutionnent, qui sont anges ou mouches... et l'on souhaiterait, parfois, que le soleil s'obscurcisse, juste un peu, avoir un peu d'ombre à soi... mais, toujours, néanmoins, toujours les mots persistent. Quand bien même le quotidien est là, quand bien même l'amour est là, les mots ne laissent de répit, il faut les servir...

 

« Toute la vie les mots nous ont dépossédés » (Rejet du doute)

 

C'est comme un feu dans le coeur, dans la bouche, dans la tête. Les mots obscurs et lumineux, obscurément lumineux, lumineusement ombreux, dansent et chantent. Le poète n'en perçoit que la projection, l'après coup, l'après goût, l'écho seulement de la danse, du chambard joyeux ou livide !

 

« Devant la porte où au-delà l'espace se putréfie

Il est un ducat confus une pousse équivoque

Du mot nébuleux toujours plus profond qui nous attend

Pour en germant à travers l'écorce nous percer la moelle. » (Souvenir du défunt)

 

Les mots, dans les poèmes de Miljkovic, sont comme baignés dans l'éther, arrêtés dans leur cours fuyant, emplis de matière, travaillés, retaillés pour s'insérer dans un espace défini et puis comme liquéfiés ensuite. Leur corporisation débouchant comme sur une fluidification. Ils demeurent mais tout en ne laissant qu'une effluve plus parlante pourtant que leur présence visible. Ils sont de feu mais ne laissent qu'un parfum suave de nuit obscure.

 

« Le tout est là ou le verbe. Sois matinal

Au temps du soleil des étoiles et du tournesol.

La nuit surgira de la mer et se réveillera dans le coeur. A la

Nuit il prédit la comète au rêve la rosée à la plaie le remède. » (Début de l'oubli)

 

Comme est haïssable ce monde bas et brute qui ne sait plus que la poésie est le chant de toute chose. Comme il est vil ce monde qui a tout vendu pour de la « littérature » !

Comme il est ignoble qui ne sait plus même que ce chant là monte des plus profondes profondeurs de ce qu'il fut, qu'il est, ce chant, son présent le plus éternel et son seul possible avenir.

 

Il faut vraiment qu'il soit totalement inepte et inapte, ce monde qui fait de la poésie une vague dentelle moisie pour vieilles filles aigries ou bien vague printemps pour « djeunes » en vague à l'âme militant...

 

 

 

 

 

 

 

 

23:25 Écrit par Thierry dans Livre, Poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer | |

Un chateau, vide, en forêt

Norman Mailer, un démon de toute petite envergure

« Le démoniaque contient toujours le vrai mais inversé. » S. Kierkegaard

 

*


« Nous n'oserons pas proposer au lecteur la solution de ce que plus tard, on appela l'énigme du Reich; cependant, comment résister à la tentation de jeter un oeil sur un phénomène dont un élément, au moins, titille l'imagination ? Il s'agit de cette spécificité de l'Etat national-socialiste, de son atmosphère propre qui reproduisait d'une façon inattendue et originale l'univers d'un malade mental, ce sentiment de l'évanouissement du réel et de la présence de forces occultes, invisibles qui régissent ses pensées et ses actes. » Boris Khazanov, L'Heure du roi

 

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Critique critique


Norman Mailer a, dans ce texte, dépassé la littérature. Par l'écriture, par l'inervation intérieure enflammée de l'écriture il a, clairement, rencontré des influx énergétiques habituellement cachés sous la croûte de la construction fictivo-réelle qui nous est à la fois monde et mesure de ce monde. Voilà ce qui dérange et qui gène. un chateau en forêt,mailer,littérature,littérature américaine,europe,diable,démon,maestro,démonologie,évagre le pontique,christ,séduction du bourreau,charlotte lacoste,nazismeVoyez tous ces laborieux critiques qui ne veulent pas même croire ce que DIT l'écrivain et qui ne veulent se fier, envers et contre « l'auteur » autrefois chéri, qu'à leur lecture « à eux », forcément inouïe et clairvoyante. Oui, comprenez bien, comment croire, une seule seconde qu'un « auteur » puisse être persuadé de l'existence de cette puérile invention : le démon ! Cette invention d'arriérés ! Tout juste peut-il vivre « réellement » dans un roman, une fiction. Oui, tout juste bon comme « symbole », comme « paradigme »... On peut écrire ce que Mailer a écrit, mais il faut ensuite que l'auteur avoue, qu'il confesse bien clairement que ceci n'est qu'un « procédé »...


Dur. Très dur, de s'avouer à soi-même que notre état normal, à tous, est dirigé par le malin... Plus encore pour des critiques admiratifs de « l'homme-auteur » qui menait pour eux, en leur nom, les « bons combat ». Difficile de devoir constater qu'avant le grand passage de l'extinction, le « grand auteur » se laisse aller à évoquer enfin, et avec style, une vérité qui ne leur sied pas...

 

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« Je ne sais pas ce qu'il en est des anges, mais les démons sont tenus de maîtriser l'expression littéraire. » (Un château en forêt, p. 81)


Comme Dante le rappelait dans son De l'éloquence en langue vulgaire, la première parole de l'homme fut, sans aucun doute El, Dieu... mais le premier dialogue fut à base de mensonge entre la femme et le serpent ! Première fiction mythogène fondant et infectant le langage dans le même mouvement-moment !

 

« Ce qui nous permet de survivre, nous les démons, c'est que nous avons assez de sagesse pour savoir qu'il n'y a pas de réponses mais seulement des questions... mais les bonnes questions sont faites pour résonner longtemps en nous. » (p. 447)

 

Le maître des démons est le questionneur, l'instigateur des dialogues vains, des pièges dialectiques. La science très particulières des Pères du désert fut démonologique (voire Evagre le Pontique). Ce fut une science des « pensées », car toutes nos pensées sont anges ou démons !


Ce livre est une trahison. Le démon de rang inférieur qui l'écrit, dont l'une des missions fut de veiller sur le destin de la famille incestueuse Hitler, trahit le secret de son existence même, et de celle de son maître, nommé Maestro. Il nous explique, dès le début qu'il préfère écrire le rapport de son expérience sous forme de roman afin de mieux passer inaperçu aux « yeux » du Maestro qui, au moment de cette rédaction, surveille beaucoup plus les « nouvelles technologies » (qui, évidemment, remplacent efficacement les noeuds de conjonction-disjonctive entre fiction-réel et vérité que furent les romans).

 

Cette oeuvre ressortit-elle de toutes celles mises en cause par Charlotte Lacoste dans son étude « La Séduction du bourreau » ? Etude entamée en réaction, semble-t-il, au succès de « Les Bienveillantes » de J. Littel. Selon l'analyse de « l'étudiante » la littérature aurait tendance à faire retour à la vieille thèse (toujours, si ce n'est réactionnaire, disons au moins « obscurantiste) du « péché originel », du mal universel, de l'homme naturellement mauvais, bref, lâchons le terme honni : une conception mystique. Conception qui ne saurait être le fait que de « mals-pensants » se revendiquant comme tel, des hommes « revenus des illusions philantropiques ». Conceptions qui, inévitablement, déboucherait sur un « académisme de l'abjection », une « séduction par l'horreur », un vision naturaliste des comportements violents. En outre, ces écrivains ajouteraient à leur vilenie en se défendant sur l'air du romancier fait ce qu'il veut dans le monde qu'il a créé, sans morale. Certains iraient jusqu'à invoquer une certaine supériorité de la création littéraire sur l'histoire pour appréhender le mal...

 

En un sens, le livre de Mailer serait bien, en effet, « condamnable » suivants ces critères... Néanmoins, soulignons l'hypocrisie de l'analyse suivie qui vise très clairement le christianisme (enfin, nous pourrions dire simplement le catholicisme, mais je doute que l'auteur(e) puisse seulement envisager une quelconque différence...) sans jamais le dire...

 

Que cela soit très « net »... Je suis tout à fait d'accord avec une partie de la thèse, précisément, celle que semble nier l'analyste : la supériorité de la littérature pour appréhender le mal, puisque celui-ci est son essence. Il s'ensuit qu'en effet les ouvrages et les écrivains qu'elle critique sont, en vérité, parfaitement fondé à écrire selon cette inclination. Et, ce qui prouve bien l'inanité de l'accusation (alors même que l'analyse étendue à l'ensemble de la littérature est pertinente) c'est que la mise au pinacle d'autre forme de « déviances » qui ne trouvent à faire place dans la société que par le biais quasi exclusif de la littérature n'est à aucun moment mise en cause... Nul doute que si elle l'était la brillante accusatrice dénoncerait, précisément « l'obscurantisme » de telles assertions...

 

Or, l'univocité paradoxale du langage est également au coeur du texte de Mailer. Le Waldschloss (le château en forêt) est le nom dont fut ironiquement affublé un camps par ceux qui y était forclos. Cette ironie était, selon notre démon-conteur, fort prisée des berlinois, qui luttait ainsi contre le parler doucereux (très maternel, selon « l'auteur ») qui lui-même masquait la dureté des origines de la langue allemande (voire la déconstruction radicale par Novarina de la « langue matièrenelle »). Manière de faire qui rejoint, parfaitement, les observations et critiques de Karl Kraus sur la Vienne de la même période, et le langage en général lorsqu'il est controuvé en masque, en parade de camouflage. Comme dans le cas de notre universitaire-délatrice il s'agit de la terreur petite-bourgeoise face au rejeton qui « assume » ce qui toujours fut là-masqué...

 

Mailer aura vu ceci ! Et, en cela, son ouvrage est meilleur que tous ceux du même genre qui refusent d'aller jusqu'à la racine du mal... et provoquent donc une fascination déviée. Il a débusqué dans le fait littéraire la signature du démon. Loin de vouloir déresponsabiliser le « coupable » par un « nous-portons-tous-la-même-potentialité », il a repoussé la culpabilité de la littérature quasiment jusqu'à son origine... En effet, seul un texte littéraire peut se permettre cette intrusion, cette refonte de l'histoire historique et de l'histoire personnelle « fictivisée » ! Seul le démon peut le faire, et la responsabilité de l'homme n'est pas dégagée, au contraire...

 

L'augustinisme radical qui est à la base de ce pessimisme littéraire catholique (et qui à infusé toute la littérature occidentale à de rares exceptions...) a oublié la leçon d'Evagre le Pontique pour qui le mal est une puissance étrangère qui, de l'extérieur, tente de s'insinuer au creux de la personnalité.

 

« Le démon n'est pas mauvais par nature. »

Evagre, Kephalaia Gnostika, IV. 59

(Sur l'optimisme ascétique et créatif d'Evarge et des premiers Pères, cf. Gabriel Bunge, Akédia, la doctrine spirituelle d'Evagre le Pontique sur l'acédie, Spritualité orientale n°52, Abbaye de Bellefontaine).

 

A tous ceux qui ont eu possibilité de connaître la révélation du Verbe de Dieu la responsabilité est entière...

 

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« Le Maestro parlait toujours favorablement de la Trinité, comme s'il savait une chose que les autres ignoraient. » (p.234)

 

Malheureusement, la percée « gnostique » et démonologique, la véritable généalogie de l'incarnation du mal dans l'histoire et la littérature par Mailer, se heurte très rapidement aux limitations de la connaissance théologique à sa disposition :

 

« Puisque le Saint-Spectre (sic) est l'incarnation (sic) de l'amour du Père pour le Fils et du Fils pour le père (sic), c'est toujours le point précis où le Maestro dirigeait ses attaques pour affaiblir la quintessence de cette intégrité. » (p. 234)

 

L'aporie des littérateurs qui veulent vraiment contempler ce en quoi ils sont pris, est toujours, en occident d'ordre pneumatologique...

Le chemin chaotique d'une âme intense (Papini)

Giovanni Papini, le chemin chaotique d'une âme intense à travers le miroir de deux textes :

Un homme fini, L'Age d'Homme, 2010

et

L'Histoire de Jésus De Fallois - L'Age d'Homme, 2010

 

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Nous ne pouvons plus lire « Un Homme fini » tel qu'il fut écrit, tel qu'il fut lu et reçu...

L'écart entre « Un Homme fini » et « L'Histoire de Jésus » nous est connu. Mais, la force de ce texte tient peut-être, précisément, dans cette distance qu'il restait à combler lors de son écriture. Cette « fin » qui se savait déjà. Qui, sans se dire, se savait déjà un « commencement ».

Papini a lui-même déclaré qu'il n'a pas écrit L'Histoire « en état de foi » mais dans un état de tension entre foi et interrogation... Dans L'Histoire, comme finalement dans Un Homme c'est le littérateur qui parle, l'exalté du texte et du style, le « je » qui « veut » !


« Comme le mystique s'abîme dans le Dieu unique et s'efforce d'oublier tout détail sensible, de même je me plongeais et perdais dans cet océan de sagesse qui, au moment précis de me combler, m'emplissait d'un nouvel appétit... » (Un Homme fini)

 

Puis, L'Histoire aura raison de lui. L'outre-texte aura raison de la raison raisonnante degiovanni papini,une homme fini,christ,histoire du christ,poésie,foi,athéisme l''auteur. La résonance du derrière-du-texte mettra à mort la rationalité du texte littérairement correct. La folie de l'Homme fini sera reprise et invertie... Est-ce si sur ? Car déjà, sans qu'il le sache pourtant il avait tout de ce pauvre, prisonnier de la basse misère, de la maladie du « chuté » qui tant émeut le Coeur des coeurs...

 

« Comme ils me méprisaient alors, libraires, patrons, camarades, famille, tous ! Garnement maigre, silencieux et mal habillé, avec son regard fixe de myope, ses poches pleines de papiers, ses mains tachées d'encre, ses plis de colères et de tristesse autour de la bouche – et ma ride verticale qui commençait à se creuser au milieu du front. » (p.56)


Portrait d'un fol en Christ qui s'ignorait. Mieux, d'un fol en Christ inversé qui avait déposé tout son espoir tant la sagesse de ce monde, et encore faisait-il la différence entre cette sagesse bourgeoise acceptée par tous... et sa folie absolue de vérité ultime et une !

 

« J'étais laid et méprisable – je le sais et le savais aussi à l'époque -, mais pourtant, sous cette laideur et cette misère, il y avait une âme qui voulait savoir, connaître la vérité et s'imprégner toute entière de lumière... » (p.56)

 

Non seulement ce précoce enfant (Papini voulut d'une volonté de fer, lorsqu'il était enfant, rédiger à lui seul une encyclopédie et l'entama très réellement...) voulait ignorer le Christ mais le dépasser, guider l'humanité vers la fin la meilleure telle que la concevait son esprit abandonné mais non dénué d'un certain amour féroce...

 

Cet amour qui le fera se « retourner » d'un total et incandescent retournement...

Cet amour qui le fera reconnaître Christ poète et prophète crucifié par « ce monde »... : son semblable !

 

Il y a plus de raisonnement chez Papini. Moins de claires évidences dépassant la raisonnable rationalité qui banalise le mal. Il y a plus de conscience du mal qui fait mal à l'âme chez Papini. Il y plus de littérateur que chez Haldas poète... Il y a plus de rachat aussi, plus « d'homme fini »... Quand Haldas est plus dans le dépassement. Et ceci vient bien confirmer et conforter cela que « le » Papini qui écrit L'Histoire est encore-toujours un peu celui qui écrivit « Un Homme fini ». Ce n'est pas tant l'écriture de ce texte que la vie internelle que révéla l'écriture qui fut la métanoïa de l'italien...

Poïémique 1 : Littératuez, littératuez, il en restera toujours quelque chose

« La poésie c'est la banalité seigneurisée. » Armand Robin

 

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« Où que s'en aille ton cadavre,

l'aigle le retrouvera. » (, JLM Bergheaut)

 

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Je n'ai jamais lu Houellebecq.

Et, l'ai-je lu, je n'ai toujours pas lu celui que les médias aiment détester

et,

aiment aussi aimer...houellebecq,littérature,poésie,modernité,modernisme,vacuité,rien

 

D'une part, c'est celle qui est de moindre importance, son exposition sera donc courte : je n'aime et je ne crois pas du tout, du tout en cette phrase « j'ai lu « untel » ! « Ah ? Tiens donc, tel un devin, l'avez-vous bien examiné alors ? Comment donc lui avez-vous ouvert le corps ? Etait-il volontaire le pauvre ?  »

 

D'autre part, il m'est devenu très évident que les textes littéraires de Michel Houellebecq n'étaient que camouflage, maillage masquant...

 

Et puis,

Et puis,

que peut faire un lecteur,

1 lecteur,

de moins ou de plus

à un gusse

qui a reçu,

tel un bovin à la foire

un prix a accrocher

à son cou ?

 

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Je n'ai jamais lu Houellebecq.

 

Ses textes ne m'avaient jamais semblé « possibles »,  « approchables », « interiorisables ». Ce n'était pas un jugement définitif, non plus que négatif entièrement... Pour moi. Très intimement je ne me sentais juste aucune intimité avec ce qui alors était perceptible extérieurement. L'homme, ou, à tout le moins l'ombre d'homme que l'écrivain donnait à voir, parfois, lui, me semblait accrocheur, intriguant... Bref, plus poétique que sa prose.

Et puis il y eut cela. Evénement parmi tous les autres événements de l'aujourdemain toujours arrivant, toujours déclinant.

Loin de moi de dire ou penser que ce fut le « prix » attribué à Houellebecq qui m'ait décidé. Je ne dirais pas le contraire. Même si, vraiment, les prix attribués à un « livre », à un écrivain, à une jeune fille, à un gars musclé ou à une grand-mère... me font l'effet d'une cocarde accrochée au collier d'une pauvre vache dans une foire agricole... ce n'est certainement pas si gratifiant que cela.

 

Disons que cette occasion me fournit une occasion. Une émission radiophonique. Un entretien, et une phrase... comme un processus de raréfaction. Je n'ai pas retenu autre chose. Une phrase sur l'importance de la poésie et l'entièreté d'un chapitre « poétisé »... Or, peu de temps avant ce bref instant j'avais approché un livre, en furetant, comme souvent. Un livre de poèmes, recueil de poésies signé Houellebecq ! Après. Après l'auditif instant qui ne cessait de résonner, il me semblait qu'une lecture devenait possible, voire hautement probable.

 

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Michel, instrument littéraire du monde, le poète le juge !

 

« Le poète !... Le poète est le premier juge de l'humanité. Lorsqu'il siège, éclairé par le feu inextinguible du buisson ardent et lorsqu'il sent le souffle tumultueux passer sur son visage, c'est alors qu'il déchiffre dans le livre lumineux de la vie éternelle la lettre de son siècle, qu'il présage le chemin légitime de l'humanité, et condamne ses dévoiements. Mais aujourd'hui, ce juge prophétique est-il en état de prononcer son verdict irrévocable ? » (V. Odoïevski, Les Nuits russes)

 

 

Houellebecq a construit ses romans à partir de sa poésie... révélant (malgré lui ?) que la littérature c'est ce qui recouvre, détourne et inverse la poésie.

 

« ... une littérature complètement factice, une littérature de faux-témoins, une CONTRE-PAROLE est créée pour combler, par un mensonge habile, le vide que ne manquerait pas de laisser apparaître la suppression pure et simple de toute parole véritable. » (Armand Robin)

 

Une fausse parole, un mensonge déguisé d'une vérité-plus-vraie que « nature ».

 

Houellebecq, travaillé par le nihilisme plus qu'il ne travaille celui-ci, est la victime-contante. Le prisme talentueux par lequel l'époque peut se dégager du remord qui la travaille. L'écrivain est ici (un peu) l'image (néanmoins déjà moins que cela, réalisée-néantisée-virtualisée) du « bouc-émissaire ». Son travail portera les cicatraces écarlates, vermeilles de l'époque, les questionnements en profondeurs, l'éveil, le dégout, la réaction, le désabusement et les réponses cruelles-ironiques qui ne changent rien, n'impriment aucun sens supplémentaire, aucun supplément d'âme... et, à tout cela, la réaction de CE monde qui en sait la pertinence (mais aussi, toutefois, l'insignifiance face à sa propre puissance en expansion) sera la punition médiatique et puis... le rachat. Après l'acharnement, le rachat..., oui ! La littérature c'est ce qui a un prix !

 

Le processus, si il met à mal, la prose littéraire de l'homme (logique !), laisse intact sa poésie... (une autre logique) !

 

« Essayons d'oublier les anciens adjectifs

Et les catégories;

La vie est mal connue et nous restons captifs

De notions mal finies »

(M.H dans le recueil Renaissance)

 

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M.H : le « camarade » que vous aim(i)ez détester...

 

« M. Maudit plein de déchet

M. chéri plein de baisers

Hara-kiri comme un bébé... » (J-L. Murat)

 

M.H. Le « raté » maudit. Quoi de plus « naturel » à ce monde que cet ingénieur informatique déclassé devenant le point focal haï/adulé du « monde littéraire »... ? Cet adulescent mal dégrossi en passe de devenir (en ayant trahi la poésie – ce que Baudelaire, cet autre « petit-bourgeois » mal dans son corps n'aurait osé faire...) référence littéraire avoue-confesse (révélateur ?) tout ce qu'il faut... : le nihilisme peut être positiviste mais pas mystique... Oui, le scientisme peut faire pardonner beaucoup d'errements de nos « jours » !

 

Et pourtant, il reste la poésie...

 

« Dans la poésie ce ne sont pas uniquement les personnages qui vivent, ce sont les mots, ils semblent entourés d'un halo radioactif. Ils retrouvent d'un coup leur aura, leur vibration originelle. » M.H

 

...

 

Est-ce très positiviste ça ??

 

« Les religions sont finies ! »

« C'est triste mais c'est la vérité ! »

Il n'aime pas l'Islam mais pourrait disserter sur le bouddhisme (la plus scientifique des « religions » - logique pour un informaticien)... vain est l'effort philosophique des hommes (notre point de contact...), l'homme moderne a foi dans le néant, c'est une triste vérité...

autre point de contact... ? Non, car je suis vacciné de cette « réalité » que Houellebecq et quelques autres pseudo-lucides nous mettent sous les yeux (bardés de lunettes 3D pour rendre plus « réelles » la « réalité »..) ! Il lui a manqué le Verbe... Il a manqué le Verbe, voici la tristesse...

 

 

« La poésie, en réalité, précède de peu le langage articulé. » (M.H)

 

 

*

 

J'ai « lu Houellebecq »...

 

La poésie ne l'a pas sauvé.

La littérature lui fera un enterrement « hors de prix »...

 

*

 

Je l'ai lu,

Je laid lu...

A travers son corps de mot

A la traverse de son corps de mot,

Je l'ai vu

je n'ai pu

 

Je l'ai

pour ce qu'il a pu...

 

Put-il

s'évader du stérile

du puéril

?

 

je laid

je laide

de fictionnel

 

Son cadavre se raidit-il

Son cadavre se lut-il...?

De ses mots, morts, infertiles ?

 

Je l'aide

Michel

du fictionnel

crut-il

(croix-t-il)

capturé

la Vérité

indicible ?

 

Qui te signes

Qui te signeras ?

 

Banal éphémère événement

 

Qui te seigneurisera ?

N'as-tu pas raté ça

(aussi)?

 

Je ne laid

pas lu

pas eu