mardi, 30 juin 2009

Quotidien vocabulaire

"Tu t'éveillais, transfigurant le quotidien vocabulaire d'homme, d'accents pleins et forts ta voix s'emplit et le mot "toi" livra son nouveau sens et signifia "le roi"."

Arsène Tarkovski, dans Le Miroir, film d'Andrei Tarkovski

La route ...

"Peut-être que dans la destruction du monde il serait enfin possible de voir comment il était fait. Les océans, les montagnes. L'accablant contre-spectacle des choses en train de cesser d'être. L'absolue désolation, hydropique et froidement temporelle. Le silence."

Cormac Mc Carthy, La Route.

lundi, 29 juin 2009

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dimanche, 28 juin 2009

L'Empire, en pire ...

 « La politique contemporaine, c'est cette expérience dévastatrice qui désarticule et vide de leurs sens institutions et croyances, idéologies et religions, identités et communautés partout sur la planète, pour les reproposer aussitôt sous une forme frappée de nullité. »

Giorgio Agamben

« Aussi comprend-on que le couple Satan-Lucifer soit appelé à la fois l'Antéchrist, car il vient immédiatement avant le Christ, et l'Anti-Christ, car il en est l'inversion absolue. »

Raymond Abellio

 

Tous les régimes démocratiques modernes ont, depuis leurs origines, porté, voluptueusement, en leurs seins, les plus terribles potentialités totalitaires. Leur essentialisme unificateur en est l'une des sources. En outre, les régimes totalitaires développés, de droite comme de gauche, n'ont jamais réellement tranchés les liens qui les rattachent à leurs origines. Toujours, d'une façon ou d'une autre, selon des processus variés et des procédés divers, toujours, ils sont eu besoin de s'appuyer sur la masse, la majorité, l'unanimisme, même manipulé, résigné, silencieux et incapable de tout sursaut salutaire.

Depuis quelques temps déjà l'actualité n'est plus qu'un ballet rapide et agité de pleureuses, de spécialistes experts en expertises du « je dis ça je ne dis rien ». Il faut qu'il y ait du scandale, mais ...

Et voilà qu'au cours de l'un de ces innombrables séminaires pour « grand de ce monde » qui, « si, si on le jure » vont, en l'espace de deux journées de discours et d'un rapport que personne ne lira, pas même ceux qui l'auront rédigé, changer le monde et les hommes; et voilà donc que le président-élu iranien y va de son long discours, discours que tout le monde attendait, celui que tout un chacun savait qu'il ferait, espérait qu'il ferait, celui que toutes les pleureuses patentés attendaient afin de pouvoir, enfin, agiter leurs très pures et virginales mains, leurs têtes très intelligentes et morales et leurs coeurs si bons et généreux pour faire « non, non, non », indignés ! Pouvoir enfin se signaler à tous et chacun dans un courageux, bien qu'unanime, élan, se lever et quitter, en signe de protestations la salle où se commet l'ignominie.

Ce bel exercice de manoeuvre stratégiquement droit de l'hommesque, qu'on ne saurait, sans être odieusement méchant, taxer de « retraite », permets, en outre, un plaisir supplémentaire aux commentateurs qui le plus gentiment du monde se hâtent de souligner que les représentants du Vatican, eux, sont restés assis ! Ainsi, ceux qui se bouchent les oreilles, et cassent celles des autres, en battant bruyamment en retraite pour le bien général sont courageux, et ceux qui demeurent sur leurs positions afin d'entendre les arguments et, éventuellement, les combattre réellement sont d'affreux collaborateurs, des pleutres et des antisémites (ce que tout le monde, enfin le monde réellement civilisé, sait depuis longtemps, bien sûr !).

Bref, quelques commentateurs, auront tout de même, suite à cette manifestation aussi bruyante qu'intutile, le bon goût de signaler aux occidentaux, civilisés donc, que le cirque logorrhéique du sieur Ahmadinejad devant les instances antiracistes européennes, relevait, en réalité, d'un autre cirque, électoral, celui-là même dont en ce moment se déroulent les navrantes conséquences en Iran.

Par contre, aucuns de ceux-là n'ira jusqu'à pousser l'analyse à son terme en mettant, par exemple, en lumière le fait que les « élections démocratiques » s'accommodent fort bien des discours jugés ici intolérants et intolérables, aucun ne signalera que, bien évidemment, l'opinion de la foule, des masses électives, peut fort bien être violent, aucun non plus pour affirmer qu'il y a quelque chose de monstrueux, lorsque l'ON a que le mot de tolérance à la bouche, de refuser qu'un peuple puisse, légitimement, en son âme et conscience, ne pas être d'accord, ne pas accepter la haute idée de l'Homme-Atome. Personne pour affirmer que la raison d'être de ce discours haineux ce n'est rien d'autre, que, précisément ces élections, qui demeurent, pour nos aguerris commentateurs l'acmé de la civilisation et la seule possibilité d'une liberté réelle. Ainsi, bien évidemment, ne vont-ils pas se tirer une balle dans le pieds en avouant que les élections, quelle qu'elles soient, sont très exactement ce quelles sont, une porte ouverte sur tout le pire ! Alors ? Alors ON camouflera tout cela en renversant tout du côté du dualisme racisme / antiracisme ! Même si ils votent les racistes sont de faux démocrates, c'est-à-dire de faux électeurs ! Leurs voix ne comptent pas, et si la majorité opte pour ce vilain défaut et bien, pour le coup, ce sera la minorité qui aura raison parce que le seul homme-électeur qui vaille c'est celui qui est d'accord avec nous.

En marge (comme ON dit) de ce sommet très officiel, se déroulèrent des manifestations. Manifestations qui, pour une fois, manifestèrent non pas contre mais avec ! Remarquons au passage le coquasse de la situation : les mêmes anarco-altermondialistes qui manifestent contre le G8 ou le G20, manifestent ici leur soutien à la même cause antiraciste. Et ce n'est, bel et bien, que l'antifascisme pathologique et cultuel des anarchistes et de certains socialistes qui donne aujourd'hui une réalité au fascisme, plus exactement à l'artefact fantasmé que l'ON a baptisé ainsi.

Soulignons encore ceci, pour, en fait rentrer dans le vif du sujet, soulignons donc le glissement sémantique opéré par les opposants officiels et patentés à la mondialisation, glissement déjà pointé de la plume avec pertinence par M.G Dantec dans American Black Box. Donc, les ennemis de la mondialisation sont passés de l'anti-mondialisme à l'alter-mondialisme.

Dans les deux cas, certes, euphémisme lénifiant, toutefois, que signifie cette rupture qui n'en est pas une ? Qu'est-ce que le mondialisme, et quel est son rapport, voire, son rapport de rapport avec, par exemple « l'internationalisme » ? Et la mondialisation ? Qu'est-ce ? La planification de l'unification économico-sociale et culturelle du monde ? N'y eut-il pas depuis toujours « un seul monde » ?

Un seul mais divisé ! Un monde, mais multi-polaire ? Or, la mondialisation serait la dépolarisation unificatrice du monde multiple ... D'un point de vue culturel et communicationnel l'unification serait quasi opérationnelle. Toutefois, obéissant encore, malgré tout à un vieux principe, rien de mieux pour une opérationnalité optimum que de laisser croire que la division est encore « de ce monde ». Ainsi ON nous opposera la dualité racisme/antiracisme, capitalisme/anticapitalisme comme ON le fit à l'heure du communisme/anticommunisme.

Mais, sur ce sujet particulier, nous aurons l'occasion de revenir.

ON nous a donc posé, lors de ce colloque, un beau programme de division-indivise. On invite, lors d'un colloque devant mener à la résolution planétaire du vilain racisme, un monsieur dont ON sait pertinemment qu'il va se fendre d'une diatribe antisémite. Antisémite oui, mais antiraciste aussi !

 

« Ah, donc ON peut être antisémite ET antiraciste ?

 

Bien sûr, puisqu'en fait, en réalité les races n'existent pas !

Ah oui ...

Oui, et puis, si vous produisez, rationnellement, attention hein, rationnellement, faut pas faire dans les salmigondis mystico-curé hein, attention ! Donc, vous posez, avec rationalité, que les sémites sont racistes et là vous pouvez être légitimement les deux ... bé oui ! En plus, ON vous le dit les races ça existe pas, donc, ben « sémites » c'est, comment dire, une commodité langagière. »

Et tout le monde est content, dedans les professionnels de la démocratie-protestative s'en vont pleins de la satisfaction du devoir-de-donneur-de-leçon accompli, dehors les anars peuvent, avec l'assentiment de leurs frères-ennemis-double libéraux, manifester contre les vilains fascistes (dont il faudrait se demander tout de même où ils peuvent bien être) et le racisme qu'est pas « bô », les commentateurs rayonnent de la joie que leur procure leur occupation préféré, « ajouter du creux dans du vide », les plus téméraires n'oseront aller au bout de leur tout-début de petit morceaux d'analyse, ils se rattraperont en flétrissant les catholiques qui sont restés là (« Eux, oui, eux ON peut dire, IL FAUT dire qu'ils sont antisémites), cadeau-bonus de ceux qui détestent toutes les religions mais qui ont trop peur des limites qu'ON-ils se sont fixés.

Ainsi l'alibi à l'antisémitisme sera-t-il, d'une part la campagne électorale, d'autre part l'antiracisme. Dire que cette détestation de la nation juive, que la haine de l'adversaire (l'anti-américanisme se défend dans les mêmes termes) en tant que race ou peuple proviennent du fond même de l'islam tel que professé par le président-élu et les siens se serait faire le lit de l'islamophobie ... (terme à connotation rationnellement médico-psychique, notons le).

Et pourtant, en allant au bout de l'idée de l'islam en tant que « sceau » et accomplissement des « religions du livre », les deux précédentes ne peuvent subsister, doivent se fondre au coeur de l'unique religion de l'unique ... et cette insistance sur l'unité (qui rejoint si bien le fond de la grande cause écologique ... même drapeau vert, soulignons, juste en passant) ne peut vouloir que le même, non pas l'autre.

Tout « anti » refuse l'altérité, la possibilité même de l'existence d'une singularité séparée. A l'origine, racisme ou racialisme, supposait une étude, de type scientifique, sur les différences entre race. Cette science en a tiré des conclusions quant à des critères de supériorité ou d'infériorité. Or, l'antisémitisme à d'autres causes. Le racisme, en tant que critériologie moderne à toujours servi toutes sortes de causes, néanmoins il n'a jamais débouché sur un antigaélisme lorsque les anglais justifiaient par l'infériorité raciale des irlandais ou des écossais leurs annexions (ils utilisaient alors de très rationnels et modernes graphiques prouvant la parenté raciale des populations celtophones avec les noirs africains, considérés par l'Europe entière comme inférieurs à cette époque). Toute civilisation à toujours usée de sa croyance en sa supériorité achevée pour considérer les autres populations comme inférieures, mais, pas nécessairement sur le plan racial et biologique, pour ceci il faudra attendre l'époque de la modernité libérée et libérale.

...

 

 

 

 

 

jeudi, 25 juin 2009

La contrévolution des armées célestes

"Mais de même que le "Je" transcendantal créé le monde en sortant du monde, cet Occident christique ne peut plus être mondain mais extra-mondain, il est l'idée transcendantale du monde."

Raymond Abellio 

A ce qu'il paraît, l'exception confirme la règle ...

Alors, confirmons la, en infirmant ce que j'ai écrit il y a peu à propos des commentaires.

Sur la note La Spirale intensificatrice de l'ésocriture, un courageux lecteur s'est fendu d'un bref commentaire qui, comme c'est trop souvent le cas, ne fut rédigé que pour essayer de prouver la supériorité d'une pensée, celle de l'anonyme qui fait oeuvre de commentateur, sur celle du questeur dont l'oeuvre inscrite n'est que l'interface externe de la theoria personnelle et expérientielle.

Bref, ce codicille, fut écrit pour « faire le malin » en retournant les faits pour m'accuser de faire « la bête » ! De quoi est-il question ?

Le texte en question concerne mon approche personnelle de l'expérience interne de l'écriture, en lien avec l'aventure spirituelle que fut, pour moi, la Contrelittérature (la revue et l'esprit) et le congé qui m'en fut donné. Mais, au-delà de cela, et des interprétations divergentes, qui en l'occurrence ne rentrent pas en ligne de compte puisqu'il s'agit bien de mon expérience et de nulle autre, au-delà, donc il semble au regard de notre modeste hôte que je nage en pleine confusion en paraphrasant Joseph de Maistre sur une sentence qui, à mon sens, et dans mon activité personnelle, me semble aller plus avant que celle qui fut, un temps, choisie pour représenter la dites revue (et l'esprit).

L'objet du délit est celui-ci : « la contre-révolution sera angélique ou ne sera pas. » Or, selon l'avisé commentateur cette phrase ne saurait appartenir en propre à l'esprit lumineux du Comte savoisien à cause de l'influence de Louis-Claude de Saint Martin. Et là, d'en tirer des conclusions quelque peu exagérées et n'appartenant qu'à lui (ou elle d'ailleurs) ! Exagérées car il ne me semble pas avoir écrit où que ce soit que la destination spirituelle de l'homme était de devenir un ange et je ne crois pas que l'on puisse, en aucune façon, interpréter ainsi la phrase de Maistre (influence saint-martinienne ou pas). Sur ce sujet j'ai déjà, en effet, inscrit plusieurs choses dans le corpus de cette interface, en lien avec l'écriture interne et les livres, sur les puissances noétiques, les miroirs angéliques et quoique mon « langage » soit parfois, je l'admets, un peu obscur j'ai toujours pris pour limites intangibles le corpus de nos Saints Pères, c'est à leur aune, pas à celle de MM de Maistre ou Saint Martin, que je vérifie mes folles intuitions. C'est pourquoi j'ai déjà cru utile, ailleurs, de modestement renvoyer mon aguerri commentateur (qui devrait lire mieux et commenter moins) vers l'oeuvre essentielle de Denys l'Aréopagite.

Toutefois, le grand Denys, fort heureusement n'avait pas encore devant ses yeux qui, pourtant, perçaient le lointain, les terribles idées de la révolution et de la contre-révolution. Quoique ? Le fondement ontologique de toute révolution ne se tient-il pas dans la première « prévarication » (pour reprendre un terme affectionné par Maistre et les siens ...) ?

Allons, l'explication de texte et le commentaire se tenant dans la même auge, explicitons donc, une fois n'est pas coutume :

Le terme révolution, dans le sens de mouvement perpétuel, convient primitivement à « l'activité » des Séraphins (« ceux qui brûlent » c'est-à-dire « ceux qui s'échauffent », nous précise Denys) dont l'une des propriétés est d'avoir « le pouvoir d'élever efficacement à leur ressemblance leurs inférieurs en les animant de la même ardeur, de la même flamme et de la même chaleur. » (La Hiérarchie céleste, VII, 1, 205 C)

La première involution du terme se confond avec la rébellion de Lucifer. D'une part « révolution » c'est, tout d'abord, faire retour à l'origine mais le perpétuel mouvement angélique se fait « autour » du centre intangible de la suressentielle divinité. Le désir du retour à l'origine n'est pas hypnotisant puisque dans la louange et la contemplation le lien d'origine n'est pas rompu mais transcendé. La révolte luciférienne est, elle, un décentrement; demeure le mouvement de soi-à-soi mais le centre est déplacé de Dieu à l'égo, or, ainsi que le rappelait Maître Eckhart « ego, le mot JE appartient à Dieu seul ». Dieu est le seul JE possible des anges, Lucifer se dédit et se place, autoritairement, en JE de lui-même.

Ainsi, les puissances célestes, angéliques, doivent nous illuminer et nous attirer vers la source de l'illumination (tout ceci est amplement décrit et définit par Denys dans l'ouvrage cité), satan et ses légions nous attirent vers nous-mêmes, exclusivement.

Toute révolution, dès lors, est extension de celle-ci. La faute première en fut une, la chute fut sa dévolution, mais, elle portait en elle le germe de la possibilité de la contre-révolution.

Dans sa phrase, Maistre, signale, qu'aucune contre-révolution authentique ne saurait être envisagée sans la synergie divino-humaine. Malgré la révolution luciférienne (qui est le contraire, l'inversion, de la révolution angélique primaire) les hiérarchies célestes sont demeurées fermes et fidèles, elles sont le seul et unique modèle qui doive éclairer l'humain. Souvenons-nous donc de ce qui adviendra : nous verrons le Fils, et nous verrons les anges monter et descendre, et nous verrons encore les anges accomplir ce qui doit, selon le récit fidèle de l'Apocalypse.

Nous ne devons pas devenir « ange », évidemment, qui pourrait soutenir ceci en dehors de quelques mous du bulbe gavés de propagande new-age (j'allais écrire mauvaise littérature new-age ! Quel pléonasme !) à la sauce « marron » ... mais, (n'oublions jamais, non plus, que le christianisme est une voie du et et du mais) Notre Seigneur, pourtant, nous l'a dit « alors, vous serez comme des anges », ce que nous ignorons, c'est le comment, car celui-ci, précisément git secrètement dans le silence rayonnant du suressentiel mystère.

Mais n'oublions pas que dans sa Vie terrestre, le Christ, le Fils de Dieu, l'Ange du Grand Conseil, fut annoncé et servi par les anges, n'oublions pas le bel enseignement de Denys concernant les anges des nations, n'oublions pas la prière à l'ange gardien, n'oublions pas que les anges célèbrent la Liturgie à nos côtés ... la contre-révolution, voyez, n'est pas à venir, son rayonnement final, oui, mais d'ores et déjà, elle vit, elle se vit !

Toute révolution est révolution contraire, comme son modèle archétypal ... voilà pourquoi la seconde phrase-sentence de Maistre va en avant de la première, voilà pourquoi elle n'a rien à voir avec une quelconque « ombre portée » de l'influence de qui que ce soit, la contre-révolution authentique sera angélique car elle sera le contraire de la révolution-contraire ...

Voyez Notre Seigneur, refusant, l'injonction de l'esprit malin dans le désert lui commandant de se laisser protéger par les anges, tentation politique s'il en est !

La contrévolution est un perpétuel mouvement, la Contrelittérature est un moment perpétuel, mieux, elle est un lieu, un situs, ce que symbolise proprement la Talvera ... un lieu vierge de retournement, un lieu de non-où, un espace non localisable, non vocalisable, l'espace hors l'espace labouré par les mots, hors les murs de la lettre-littérale, espace non spacialisable qui prolonge et, en même temps, annihile les murs immatériels du camp-monde. Elle contre l'acide assaut liquéfiant des mots-littéraires, elle les retourne à leur transparence énergétique contre l'opacité autophagique et ontophagique. Mais, c'est retournement, et les mots doivent réintégrer le monde-camp et agir en lui. Les voici devenu déflagration théognosique. Lieu de révélation et d'extension intériorisante. Il s'agit, ensuite, de cheminer dans l'extension, dans l'étendue, ainsi offerte. C'est là, sans doute, sa vertu et son acte politique, autant que faire se peut. Voilà en quoi elle se tient aux côtés des légions angéliques qui soutiennent les nations.

La Contrelittérature n'est pas littérature contraire mais le contraire de la littérature-contraire, c'est-à-dire contrefaites, qui est celle des littératueurs du camp, les psychomécaniciens eugénistes de la lettre, elle n'a donc pas besoin de contrelittérateurs ou d'écrivains contrelittéraires, surtout pas. Il y a en chaque lecteur et en chaque « écrivain » littérature et contrelittérature, un double qui se détruit en se créant et qui créera son unification en se disloquant.

Situs intérieur, force internelle, dans la Talvera elle révèle l'originelle littérature, celle qui est écriture et non charme et force contraignante égotique de la lettre.

Elle est authentique ré-instauration. En cela elle est authentiquement contrevolutionnaire !

Mais, mais, mais ...

On m'en a donné le congé, aussi, vais-je me faire silence à ce sujet, et en revenir à :

 

 

l'indissidence contrevolutionnaire !

mercredi, 24 juin 2009

Parti invisible

"... visible ou invisible, il existe un Parti qui rassemble et qui gère tous les corps soumis à l'histoire, une machine intégrant toutes les machines, et qu'on peut nommer Antéchrist. Mais Dieu, alors, que gère-t-il ? Dieu ne gère rien, disait le Père."

Raymond Abellio, La Fosse de Babel.

mardi, 23 juin 2009

Gestion (depuis l'EdS)

En un sens Abellio avait raison : "Dieu ne gère rien", non; Dieu n'est pas un comptable ou un gestionnaire. Ni, surtout, un gardien du camp biopolitique, non, Il est la seule crevaison possible des pneus qui font avancer ce cargo faussement vivant, la seule échappée envisageable, la seule liberté à l'horizon, qui dépasse, singulièrement, comme dernière singularité, l'horizon c'est LA PAROUSIE ...

Oui les "mots sont usés", nous avons usé des mots, nous en avons abusé. Nous les avons néantisés en même temps que, boursouflés, inversion d'inversion ! Nos mots ne veulent plus rien dire, plus exactement il veulent dire "rien", malgré la "surcharge pondérale" dont nous les avons affligé.

La fièvre hygiéniste qui secoue nos "sociétés" (notons bien qu'il n'est plus et ne saurait plus être question de civilisations) en est un miroir. Nos mots sont pleins de notre néant, plus même emplis de "néantisation", et nos enfants sont obèses, ce n'est pas là la "faute aux américains", que nenni. C'est ce que l'Europe (et les Etats-Unis en sont une excroissance) à intégrée en elle de néant qui en est la cause, nous avons usés et évidés nos mots et nos enfants enflent de cette excroissance de néant. Alors à un mal on va s'empresser d'opposer un "bien". Sans jamais creuser la question, creuser se serait risquer de se heurter au gouffre vertigineux de la néantisation heureuse et repue, criminelle et perverse. Le "bien" opposé tirera son origine de la même source, invertie, sans doute, positivée, surement mais de la même.

L'Europe n'a pas su, pas voulu, éliminer "en esprit et en vérité" le totalitarisme de son sein, l'Europe a refusé de voir et d'entendre que celui-ci est à son fondement; celui-ci est son fondement et son vide, celui-ci est son vide et ce avec quoi elle entend combler ce vide, négativement ou positivement.

Hygiénisme, naturalisme, écologie, mysticisme de la terre, idéologie du retour à "l'âge d'or sur terre" ... tout ces "traits" se retrouvent au coeur même des idéologies "totalisantes" de l'Europe.
Sous une forme néantisée, invertie, vidée mais d'autant plus forte qu'elle est "vide", ses traits idéologiques sont toujours présents, bien présents !

"Il faut" être, sinon l'amant (mais, on y viendra) du moins l'ami de la "nature". Que cette nature soit, à l'heure actuelle et dans nos contrées, très largement artificielle et construite ou reconstruite par l'homme (ce qui est, en fait le "propre" de la biologie ou de l'écologie) qui peut encore oser l'affirmer ? Qui se souci encore de faire, de poser, la différence entre natura naturata et natura naturans ? Qui peut encore voir l'importance de ce que ce mot, "nature" signifie "ce qui est à naître" ? La nature est, par nature, instable ! La nature se n'est pas l'Etre !
Comment "gérer" la nature, ce qui est, en soi, le projet écologique ! Il faut bien finir par "lacher" le mot, comme on lache les chiens. Les scientistes et leurs amis, progressistes éclairés, forcément, souhaitent : "gérer les stocks du monde du vivant". Il y aurait donc "le monde du vivant" et ... ? On se pose la question ... "le monde du mort" ?
Derrière un panthéisme (sans théos, évidemment !) de bon aloi s'avance l'idée de "gestion", de "gestion des stocks". Bien sur, bien sur, pour l'heure nous parlons de "singes", de "baleines" oui c'est évident, allons...
Osons regarder, osons voir : qui dans l'histoire de l'homme a promu la "gestion" comme politique, politique économique, raciale, sociale ... ? Vers où allons-nous aujourd'hui ? Vers l'économie et l'écologie durable, le "développement durable", l'antinomie comme néantisation du sens, néantisation du Verbe ! Qu'oppose-t-on alors à la "marchandisation" du monde, de l'humain, on y opppose une autre forme de gestion ... On envoi sur le ring deux morales qui n'ont pas de "fin", qui se préoccupent uniquement de gérer ! Evidemment la transcendance ça ne se gère pas, c'est ingérable la transcendance ! Alors on l'évacue, on ne garde que le "vivant" un joli euphémisme pour avouer au final qu'on ne souhaite pas d'autres horizons que le biologique.
Les N-S ont cherchés à réinventer une spiritualité "païenne", non-chrétienne. Ils l'ont fait sur des bases inverties, au vide antique que voyait leur propre nihilisme ils ont opposés un trop plein, leur trop plein d'une vision invertie et moderne de l'Antiquité, sur des bases naturalistes, scientistes et biologiques, conséquences conjuguées d'un héritage honnie dans les mots mais bel et bien intégrées, héritage de la Renaissance et du romantisme.

« Le nazisme se distingue par une inclinaison pédérastique très prononcée qui a toujours été en honneur chez les Allemands et que les traditions militaires ont exaltée; l'austérité spartiate, la nudité grecque, la gymnosophie furent, au XIXe siècle, les formes classiques du délire allemand. L'athlète hitlérien du XXe siècle est habillé, armé, sanglé, botté, casqué, décoré, mais l'inclinaison homosexuelle est plus forte que jamais. Tout l'indique : l'étalage de la force brutale et l'idôlatrie du muscle, des pectoraux de gladiateur sous les baudriers éblouissants, la folie des uniformes qui fascinèrent jadis la France vaincue comme la fascinèrent les beaux barbares blonds. » — Vladimir Jankélévitch, Une monstrueuse apothéose, in Quel Corps ?, éd. Passion, 1986, p.42


En outre ils y ont intoduits leur technicisme ! Les N-S n'étaient pas l'extrême droite de l'époque, il s'agissait d'un large mouvement unanimiste réunifiant gauches et droites telles que sorties de la Révolution française. Toutes ces révolutions, celle allemande des N-S comme celle russo-européenne des Communistes, ont eues pour base et cause le spirituel et le religieux, la politique fut un moyen, rien d'autre... spirituel et religieux invertis, certes, philosophiquement invertis mais bel et bien réels ...
Les révolutions (de revolvere, faire retour, et sous-entendu "vers l'origine") depuis la révolution française (qui venait de l'Europe et visait l'Europe, par les "Lumières") entendent "faire retour", paradoxalement, en apprence, en s'opposant à leur idéologie de "progrès", "d'avancée permanente"... Il ne s'agit nullement de déceler un complot, ni de dénoncer une concertation, une volonté mais il s'agit d'oser regarder et voir la pente quasi-naturelle d'un monde qui refuse obstinément la radicalité de la Chute, de la Rédemption et de la Resurrection.
L'unanimisme est toujours un danger, non d'un point de vue moral mais réellement, objectivement. Pour le judaïsme ancien un concensus contre un seul homme doit toujours être tenu pour suspect et révisé.
La technocratie réglementatrice de Bruxelles à reçu cet héritage. Son refus absolu, son rejet déterminé de tout ce qu'on donne pour avoir été les valeurs des N-S servent en définitive une continuité nihilistique, quelque soient les valeurs mises en avant, ou plutôt "mises en scène" (valeur finalement "en creux" / néantisées) c'est le même nihilisme, plutôt le même fond nihilistique, le même refus de la Rédemption divine au nom d'une humanité sacralisée et divinisée (mais sans-Dieu).
N-S et communisme ont eu un but ... gérer le monde sans Dieu, rendre réelle ou plutôt concrète la perception faussée de la povocation nietzschéene : "Dieu est mort" ! Provocation qui, également, passe à côté de l'essentiel : oui, Dieu est mort ! Mort sur la Croix ! Mais Il est ressucité. Alors pour tuer Dieu dans l'homme, comme une inversion intensificatrice du "corps sans organe" d'Artaud. D'un côté le peuple élu d'où est sortie l'Espérance, de l'autre certaines "classes" de la société au sein desquelles étaient visées les "croyants" stigmatisés en tant que "bourgeois ennemis du peuple". Visée équivalente, d'ailleurs le communisme, associa les juifs au capital, comme les N-S qui, eux, ajoutèrent à cela, selon leur logique propre, le rationnalisme biologique. Les deux, d'abord conjointement, puis, en apparence, en opposition, se devait de creuser une immense tombe, en Europe, l'un, l'autre dans le monde, collaborant, quoique de façon opposée parfois, dans le premier authentique "globalisme", la destruction de "l'espérance chrétienne", de la certitude de la résurrection, étant le premier échellon de ces gestionnaires du néant. Ces messianismes invertis, ces contres-religions, non pas irrationnelle, comme on le prétend mais, strictement, méta-rationnalistes ont ensemencés le monde actuel, la force de leur cruauté a permis de faire accepter la cruauté douce-amère des démocraties mondialisées.
"La vérité vous rendra libres". Adage chrétien, plus encore : réalité humaine, divino-humaine qui demeura, malgré le refus humain, et se vit invertie par l'idéologie de la gestion : "Le travail rend libre", slogan (c'est-à-dire "cri de guerre") qui convient bien aux deux monstres totalitaires. Le Libérateur qui anihile l'esclavage est nié au profit d'un servage "consenti", instrument d'une libération désirée à toute force et même accomplie. Il n'y a pas de résurrection, pas d'espérance céleste, ce n'est pas même le "travail vous rendra libre" mais, à l'entrée même de l'Enfer sur terre la promesse d'un Eden collectiviste hic et nunc. Les deux montres, ou plutôt ce monstre gestionnaire bicéphale fut, plus qu'un totalitarisme, un "unanimisme", quand bien même l'unanimité s'obtint-elle à la force du "revolver", des camps ou des chambres à gaz.
En cela l'Europe, héritière déclarée et volontaire des "immortels et universels" principes des droits de l'homme (révolutionnaire) est dans le droit fil de cette logique nihilisante, quand bien même les moyens, c'est-à-dire, les armes ont changés. Nous n'en sommes plus au temps des bureaucrates et des fonctionnaires à "revolver", la technique (i.e : l'art) a évoluée, l'art a trouvé sa maturité.

vendredi, 19 juin 2009

Biopolitique

"Si l'obsession du développement est si efficace de nos jours c'est qu'elle coïncide avec le projet biopolitique de production d'un peuple sans fracture." G. Agamben, Moyens sans fins

Démolisseur

"Un homme peut répondre à la haine par l'amour, une idée jamais, et plus cette idée est excellente, plus elle récalcitre."

Léon Bloy, Exégèse des lieux communs

jeudi, 18 juin 2009

Logos, Eros et thanatos

" Je voudrais désormais ne plus avoir à méditer que sur ma mort. Je voudrais ne plus avoir à interroger que les deux grands mystères qui, pour moi, à chaque instant, l'évoquent et le répètent, celui de l'écriture et celui de l'amour, puisque par eux s'ouvre sur ce qui n'a plus de nom dans le monde. Ecrire et aimer, seules occupations de l'universel, expériences originelles et ultimes, mort de la mort. "

Raymond Abellio, La Fosse de Babel

Inexprimable néant

"Avec le monde technique[...] dans le Logos , c'est la part du néant que l'on refuse de faire, du néant inexprimable, celui qui permet de vaciller d'un nombre au suivant, l'Eros disparaît de notre univers technique, un mot n'a plus qu'un sens et un seul, équivalent d'un objet matériel, et cette tragique fidélité détruit l'imaginaire pour lequel combat le poète en ce que cet imaginaire est le paradis, la lumière immatérielle, celle qui fait pièce à l'absurde."

Xavier Bordes, introduction à Axion Esti

 

mercredi, 17 juin 2009

Mise au poing; le retour !

 “Il continuait à écrire, mais, “pour lui”, avec un grand effort d'application, comme si, derrière l'opacité du vocabulaire, derrière cette pâte encombrante et rebelle, il espérait atteindre la vie nue, la vérité.” Paul Gadenne, L'Avenue.

 

Après quelques récents débats, avec moi-même et d'autres, à ce sujet, j'étais décidé, décision absolument non-démocratique mais entièrement libre, à fermer les commentaires sur les notes de TROPINKA partant de ce constat que « Tout commentaire est essentiellement vulgaire » (Paul Gadenne). En outre, je trouve encore plus fâcheux de commenter moi-même les commentaires sous formes de réponses à ceux-ci, réponses, qui, le plus souvent, ne sont pas lues ou pas comprises. Mais il semblerait que la technologie s'oppose à ma liberté et la refuse (ce qui n'est pas pour me surprendre). En conséquence, et sans pour autant me résigner, je préviens qu'il ne sera plus répondu aux dits commentaires dans la section réservée à cet effet, et, jouissant de ma pleine souveraineté en ce mien domaine, fut-il virtuel, j'y répondrais, le cas échéant, ici même sous forme de notules sans nécessairement faire référence directement aux commentaires générateurs de cette réaction et moins encore aux courageux commentateurs zanonymes aux ronflants pseudonymes.

 

TROPINKA n'est pas un blog !

Pas un blog,

pas un blog ...

 

Une ouverture, une tranchée dans le carnet de bord d'une création, dans le rapport de la dynamique de l'acte créateur.

TROPINKA n'est pas un journal intime, rien à voir avec les comptes-rendus quotidiens d'une intimité individuelle égotique, avec le répertoire introspectif des états d'âmes d'un homme de son temps. Mais : le reflet d'un colloque interne, les minutes du procès internelle d'une auto-théo-gnosie expérientielle. Tout commentaire extérieur est en ce sens totalement exotérique et manque la cible, si cible il y a, TROPINKA est extérieurement virtuel, seul internellement réel, non-atteignable extérieurement par un biais virtuel ou même « réel ».

Les commentaires sont trop souvent l'occasion pour les commentateurs de se « mesurer » à celui qu'ils entendent commenter ! En restant dans ce cadre, je ne crains pas de dire que nous sommes incommensurables ! Trop souvent l'occasion aussi de « faire le malin ».

TROPINKA n'est pas un blog ! Pour atteindre et mesurer celui qui n'est que l'interface agissante de l'extériorisation virtuelle il est possible d'écrire, d'atteindre à plus d'intériorité réelle hors de l'espace d'exposition virtuelle. Mais inutile de le tenter si c'est encore pour commenter !

Disons le clairement : laissons les commentaires à leurs spécialistes, les journalistes sportifs et politiques !

 

Ceci n'est pas un blog, ceci n'est pas un blog, ceci n'est pas un blog ...

Cheminer en visage

"Le même chemin conduit d'un visage inconnu à un visage plus inconnu encore."

Paul GADENNE, L'Avenue.

Mais ... écrire

Mais écrire ...

Encore, encore, l'insigne sans signe, l'insignifiance transparente des mots, usés, lessivés, exténués par notre trop intelligente négligence. Percer, la peau, tendue à l'extrême, dure, d'une apre et belliqueuse dureté, percer, la peau d'indifférence, qui recouvre les mots, retrouver l'insigne des signes, le sens, indicible, brêche délicieuse dans l'amère matière qui enclos tout élan dynamique dans le cercle vertueux de l'épuisement banal et moral de la sève savoureuse d'un silence qui annoblit tout ... en tous.

20:39 Ecrit par Thierry dans Journal / Guide | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écrire, roman, écriture, littérature, littérature française | | |  Facebook

Ex-primer / in-primer

"Comment pouvait-on se servir des mots, ces explosifs, sans les avoir d'abord décapés, désamorcés, sans avoir mis à nu les racines qui se perdent dans la nuit des temps ?

...

Mais écrire, justement, n'était-ce pas ajouter des signes à des signes ? Il aurait fallu aussi connaître les mots, et ce qui s'y cache. Comment pouvait-on s'exprimer ?"

Paul GADENNE, L'Avenue.

mardi, 16 juin 2009

Les solutions écologiques ?

 

L'écologie n'est pas la réponse aux problèmes de l'homme et de la nature; elle en est la conséquence invertrice. L'homme a asservi la nature et servi la mort; l'écologie sert la nature et la mort en leur asservissant l'homme.

 

L'homme ne doit pas devenir plus « naturel », il doit humaniser la nature et, l'humanisant se déifier et attirer la nature humanisée à sa suite.

 

Ce qui est véritablement humain dans l'homme, et qui doit le devenir dans la nature, c'est Dieu.

 

Pour saint Irénée, le premier Adam n'était pas « perfection », mais son « rôle », son espérance était dans le perfectionnement sous la conduite de l'Esprit dans le Verbe, conduite librement consentie en vue de l'achèvement parfait de l'humain en le divin, soit la « verbification ». La venue du Verbe était envisagée « de toute éternité » (oikonomia) ... Adam avait une cible : la déification (oikonomia). Le mal (kakia), le péché (amarta) c'est d'avoir manqué cette cible. Cependant, ceci ne se résout pas dans un seul sens « technique », au contraire, toute technicité était exclue en ce sens qu'elle aurait constitué l'introduction d'une forme de nécessité, or cela, c'est « l'esprit du contraire » qui l'introduit précisément pour dévier la flèche de la déification, la faille fut personnelle, intimement intime, la faille fut intimement relationnelle, aussi, le recours n'est pas dans une technique, fut-elle, spirituelle mais plutôt dans une méthode (meta-hodos, « voie supérieure ») non-linéaire, non technique, une libre discipline après la métanoïa qui est, dans ce sens la re-connaissance, le retournement supérieure de la connaissance de la nature réelle de la faute.

 

En décembre 2008, eut lieu, à Uppsala, un sommet inter-confessionnel sur le climat. Selon le Père Chryssavgis (Patriarcat de Constantinople) les « communautés religieuses sont retardataires » (sic). L'article n'en dit pas plus, et nous sommes en droit de nous demander « sur quoi donc ? ». Puis on évoque un « péché écologique » ... (sic), et aussi le fait que la terre (avec un T) est Création de Dieu et que l'homme doit tout faire pour la sauver, prendre en considération ce que dit la science et enfin, on nous dit qu'il ne « s'agit pas de trouver des réponses religieuses spécifiques ».

 

Et voilà, voilà comment le monde, comment le ON, le monde du ON, l'unanimisme sacré, retourne l'Église elle-même. Tout au moins une part de Celle-ci ! Devant la force centripète de ce gros ON dont la force n'est pas même la faiblesse (comme l'Église) mais la médiocrité équitablement partagée les chrétiens n'osent plus affirmer que ce n'est pas la terre (avec ou sans T) qu'il faut sauver, mais bel et bien l'homme. Et comment donc, le ferions-nous, puisque même cette idée d'homme (avec un H, souvent) a été évidée par le ONISME, par ce monde ... à coup de « droits », de « morales », d'évitements soigneusement dosés ...

Comment le ferions-nous puisque l'Église elle-même, en sacrifiant aux droits de l'homme en tant que dogme, s'éloigne du martyrium (du témoignage) qui pourtant est son fondement.

Bien sûr les droits de l'homme sont moralement justifiés, éthiquement fondés, oui, évidemment, oui ... selon ce monde ! Mais, soyons clairs, au fond du fond, nous voici face au Grand Inquisiteur ! Aujourd'hui, au nom des droits de l'homme, l'Église, Amnesty International, la Ligue des Droits de l'homme, Human Right Watch ... tous, interdiraient la crucifixion du Christ, ils s'y opposeraient avec la dernière énergie. Au nom de l'homme, ou plutôt de l'abstraction de ses « droits » ils laisseraient triompher la mort !

Tous ces nobles sentiments, toutes ses pensées morales, bonnes protectrices, sont autant de bonnes intention qui pavent les voies de l'enfer (de l'enfer vert !). Cette vie vidée de sens, comblée de choses, déphasée, cataphatique, cette vie que l'homme a voulu sienne, propre et seule, qu'il a vidé, évidé, dont il a emplit tous les vides de ses consommations-addictives, cette vie-là il faut, par tous les moyens, philosophiques et techniques, la prolonger, encore, et encore, quitte à la terminer par une euthanasie « librement consentie dans le respects de ses droits et de sa dignité » ...

Et ce ne sont pas les résultats des récentes élections zéropéennes qui amélioreront le « climat » ...

Le pôle totalitaire « vert » va se renforcer au sein du faux néozempire européen. Les peuples, consentant par voie de fait contraignant, supporteront la part la plus forte de cette nouvelle pression politico-moraliste et, puisque les « verts » représentent la bonne conscience morale et ultra-consensuelle du « sauvons la planète », ils pourront, en toute bonne conscience, propager (et propagandiser) toutes les bonne idées humanistes du droit et du bien pour l'Homme ...

 

Sans être éperdument à la recherche de réactions, pour corroborer mes intuitions, naïves et confuses selon certains, je dois admettre que, parfois, trouver un écho, qui, sans être une justification, va dans le sens d'un éclaircissement, je suis plutôt satisfait, ainsi je relève que, peu de temps avant la victoire des « gentils verts » (un écolo méchant ça ne se peut pas !!) le Président de la Croix-Rouge française notait que « collectivement et de manière non consciente, la France est aujourd'hui une société eugéniste qui refuse le handicap et préfère l'élimination de l'enfant handicapé. » (J-F. Mattei, entretien Famille chrétienne, 30 mai 2009). Je regrette (mais je n'ai pas lu l'entretien en entier) seulement que le lien ne soit pas fait avec tout ce qui se cache derrière l'écologie politique pro-avortement (ça pollue moins que les hormones rejetées avec l'urine dans les rivières) et toutes ses conceptions faussement naïves-naturalistes. Je regrette aussi que ne soit pas même émises cette idée du double discours : refus, à la source, de ce que la nature peut imposer de non-conformité, et acceptation forcée dans une discrimination positive (oxymore), qui, en outre, n'entend pas tant accepter réellement l'autre, tel qu'il est, mais surtout le hausser à un niveau de « normalité » acceptable, par tous les procédés « non-naturels » possibles !!

« Tous écolos », titrait récemment le journal La Croix... pas si sûr ! Le « principe responsabilité », déjà détourner en « principe de précaution » pourrait bien se muer en peur « panique » ! Les habituelles mises au point, tergiversations de surfaces, toujours consensuelle et unanimiste pourront un temps faire illusion, ou plus exactement faire « masque », écran. Dans l'éditorial de ce numéro le journal s'interroge sur la profondeur et la véracité des « conversions » à l'écologisme... Le mot est assez bien choisi ! Rappelons la figure de l'antique dieu PAN, c'est de lui, que viendrait la « panique », la peur hystérique des « non-initiés » à ses mystères devant la nature sauvage et incompréhensible. Embusquée derrière cette image foisonnante et inquiétante : la mort. Rappelons le cri légendaire qui accompagna la victoire du christianisme : PAN est mort ! Cette scène-là nous a été rejouée depuis, historiquement ... ON nous l'a dit : Dieu est mort ! Et parmi les adeptes les plus fervents de l'écologisme, nul doute que ce cri là est enregistré et validé depuis belle lurette. Pourtant c'est le dyonisiaque Nietzsche, qui voulu longtemps se persuader de la véracité du cri historique, qui nous éclairera. Le solitaire de Sils-Maria le dit, Dieu est le témoin gênant de la médiocrité de l'homme, en le liquidant l'homme peut médiocriter en paix et surtout il peut tâcher de se construire sa propre armature divine, mais ne pouvant plus prétendre viser une union avec un Dieu mort, une « béatitude » réintégrer dans le Paradis il visera le « bonheur » (restaurant ainsi le manichéisme cher à son coeur avec le corollaire du « malheur »). Malheureusement, le « bonheur », la paix béate et repue plongé dans une poubelle à ciel ouvert ... ça coince. Logiquement l'écologisme emboite le pas à l'idéologie du progrès, celle-ci, cause première des dégâts que l'on sait, s'invertie très tranquillement et s'agrège les vieilles utopies naturalistes de l'Age d'Or sans trop de difficultés puisque le fond évolutionniste permets de s'accommoder sur l'ensemble. En outre, puisque la crise financière s'en mêle, le modernisme écolonomique va pouvoir se prévaloir de plusieurs pistes à utiliser suivant le sens des événements. Il s'adaptera parfaitement à un néo-néo-libéralisme option décroissance-bio et nouvelles technologies « vertes », et, de plus, il va parfaitement pouvoir dépoussiérer l'option cyclique marxiste, la tendance solidaire pourrait bien relancer l'idée collectiviste et ON pourrait tout à fait nous assujettir à une forme de bio-communisme-soft.

Pour Nietzsche, encore, faire du bonheur le seul ressort de la vie est « un état d'impuissance absolue ». C'est bien en fait, par delà un hédonisme vulgaire et primaire de façade (bon enfant, pourrais-je dire, sans vouloir faire de « mauvais esprit »), ce que vise ce mouvement, en apparence, divisé et diviseur, qui sait unir les opposés (en inversion de la vraie conciliatio oppositorum). Oui c'est bien ce qu'il vise : « le bonheur millénaire et stupide dans le paradis » (saint Grégoire de Nazianze).

 

La Lettre

" Leur amour de la lettre sert à déguiser leur impiété."

saint Grégoire le Théologien

lundi, 15 juin 2009

Occulturisme

 

« Il existe non seulement une tradition sacrée de l'Église mais encore une tradition sacrée de la culture. Sans la tradition, sans la succession héréditaire, la culture est impossible. Elle est issue du culte. Dans celui-ci, il y a toujours un lien sacrée entre les vivants et les morts, entre le présent et le passé, il y a toujours une vénération des ancêtres et une énergie qui tend à les ressusciter. La culture a reçu un héritage occulte, cette révérence des plaques tombales et des monuments funéraires, ce maintien de la liaison sacrée des temps. La culture, à sa manière, cherche à affirmer l'éternité. » Nicolas Berdiaev

Il est, pour moi, un peu trop question de « sacré » dans ce court extrait de Berdiaev, mais, comme si souvent avec ce penseur, sa pensée excède de loin ses mots (en plus souvent encore ceux de ses traducteurs ...). Toutefois, ce passage recèle une indéniable vérité. L'usage du terme sacré signale aussi tout ce que le monde profane et profané peut ajouter de « sacralisation » à ses valeurs déthéisées !

Les mots empoisonnés du monde font leur oeuvre ! Plus ON parle de culture, de culture pour tous, de culture populaire, d'accès à la culture et moins celle-ci à de « pouvoir », de puissance liante, unifiante, bien au contraire !

Toutes les révolutions qui se voulaient libératrices (et plus encore celles qui eurent la revendication culturelle pour fondement central) ont enchainés les hommes aux éléments les plus avilissants, libéré de la servilité matérielle, ouvert à des éléments, à des influences, culturels sans forme, sans gardes-fous, déliés des liens avec un passé et des ancêtres « plus grands » que lui, l'homme à périclité. A mesure que l'ON pensait l'idée Homme, issue des ses « droits », l'homme s'effaçait.

La culture moyenne, à force de tendre vers une modernité, un toujours plus jamais assouvi, s'est abaissé, elle est celle du médiocre et du parvenu. Les zintellectuels et les zagitateurs actuels méprisent la culture populaire, mercantile, vulgaire, commerciale, abrutissante mais c'est pourtant celle la-même que leurs idéaux ont voulu. Et vers quoi veulent-ils eux faire tendre la culture de masse ? Les tags, graffitis, slam, hip-hop ou bien vers cet « art contemporain » inconnu et incompris (sic), héritier de l'agit-prop, de la guérilla urbaine et d'un surréalisme mort-né ? Mais mêmes ces avatars fin de race de la culture moderne sont soumis à l'argent et à la volonté de gloire.

Alors quoi ? Le folklore ? Ses résurgences artificielles trompent-elles encore le monde ? Oui, dans une certaine mesure, et, là encore, l'argent du « show-business » (c-à-d du « boulot de m'as-tu vu ») n'y est pas étranger. Voilà pourquoi elles trompent encore le monde, l'argent est le sang du monde, ce qui maintient certains de ces secteurs en vie-artificielle.

Les modes de vie qui maintenaient en vie les cultures traditionnelles, qui les irriguaient, les rendaient vives, ces modes de vie ne sont plus et plus personne n'en voudrait mais il faut faire comme si, il faut entretenir cette illusion qui sera bien utile en collusion avec les idéologies pancosmistes écologistes, il faut maintenir cette vie artificielle par les forces occultes de l'argent et d'une nostalgie utilisée comme un vecteur magique de type « spirite ».

Il faut pendant un moment encore cacher le caractère inversif de ces idéologies, de ces « cultes » ! Cacher que, précisément, sans les subventions du monde moderne, bien des cultures traditionnelles seraient d'ores et déjà détruites, cacher qu'en réalité elles le sont et ne peuvent maintenir que l'apparence d'une vie qui est essentiellement déjà, et irrémédiablement moderne, cacher que ce sont précisément les programmes culturels de « protection de l'environnement » qui, à l'heure actuelle, détruisent ces cultures, cacher que les visions de la nature de ces cultures ne sont pas, mais alors pas du tout, en phase, contrairement, à ce qu'ON veut croire et faire croire, avec l'écologie politique. Cacher que cette écologie ne peut pas encore se révéler pour ce qu'elle est réellement, reprise magico-religieuse invertie et invertrice du marché-monde-capital !!

 

A propos d'une théorapie

 

« Trésor médicinal que ton grand jour,

Car en toi le Remède de vie s'est levé sur les blessés. »

saint Ephrem le Syrien

J'avais décidé de publier l'extrait du texte du Père John Romanidès, à mon avis essentiel à méditer dans son intégralité, pour tendre un miroir (qui inverse), à la note publiée précédemment, dans laquelle je souhaitais mettre en perspective toute la différence entre la cure réelle de notre psyché, son dépassement, même auquel invite la tradition chrétienne bien comprise à la suite des Pères du désert et des Pères grecs, et l'actuelle obsession du bien être, de la santé sans la sainteté. Il semble que ce fut, peut-être, une erreur ! Tant pis, parfois celles-ci provoquent plus de bien que de mal !

Toutefois, bien que ce ne soit pas tant, semble-t-il, l'idée de thérapie qui a dérangé que celle de cessation de la prière, j'y reviens tant il me semble curieux que cela soit si mal interprété.

« Ce n'est pas un messager, ni un ange, mais le Seigneur lui-même qui les a guéris. », c'est ce que nous dit Isaïe (LXIII, 9).

« Le Seigneur a envoyé son Verbe et les a guéris. », c'est ce que nous dit le psalmiste.

" Qu'ils sachent que le Seigneur n'est pas venu seulement se montrer, mais soigner et enseigner ceux qui souffraient.", c'est ce que nous dit saint Athanase d'Alexandrie. 

« ... ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri, mais c'est ce qui a été uni à Dieu qui est sauvé. », ce que nous dit saint Grégoire de Nazianze.

Et, le Christ, notre Sauveur, qu'accomplit-il durant sa vie terrestre ? Quelles sont donc Ses Actions très précieuses ? Ne guérit-Il pas ? La métanoia qu'Il fait s'accomplir en ceux qui Le croient et qui croient en Sa Parole de Vérité, n'est-elle pas le passage de la maladie à la santé ? Oui, Il est Sauveur, Soter, le salut et la santé ! Lorsque les mot ont encore un sens, c'est-à-dire quand ils sont orientés (« L'Orient nous visitera d'en haut. » Luc, I, 78), qu'ils ont un sens, une direction et qu'il ne manquent pas la cible, ce qui est l'étymologie du mot péché !

Les Pères ont constamment identifié le péché à une terrible maladie héréditaire, le Christ au médecin (pharmacos) ! Foi, sacrements, dogme, prière aux traitements et instruments thérapeutiques.

 « ... le très sage et tout harmonieux Logos de Dieu, ayant proposé toutes sortes de remèdes aux âmes des hommes, exposés à toutes sortes de maux, a pris en main son instrument de musique, la création de sa sagesse, l'homme, et a fait résonner grâce à lui des odes et des épodes aux oreilles des êtres raisonnables ... », c'est Eusèbe de Césarée qui nous le dit.

Pour finir avec cette interprétation (qui n'est pas exclusive, le christianisme étant inclusif, conciliaire !), il faudrait citer, aussi en entier sans doute, les écrits multiples sur le Sacrement de la confession tel qu'il fut et est compris, aujourd'hui encore, par l'Orthodoxie ! Je ne prendrais appui ici que sur cette phrase de saint Anastase le Sinaïte : "Si donc tu trouves un homme spirituel, expérimenté, qui peut te guérir, alors, confesse-toi à lui."

Arrivé à ce point, je serais bref sur cette délicate question de la cessation de la prière. Simplement, face à l'argument « si cela est réservé à quelques uns n'en parlons pas » je voudrais, encore une fois jouer le maximalisme et demander si il faut dans ce cas parler de l'Himalaya, de l'Everest, du Kilimanjaro ? Faut-il cesser de parler de la Beauté puisqu'elle semble si inaccessible ? Faut-il donc retirer du champ du réel tout ce qui ne sera jamais atteignable que par un petit nombre ? Sans doute est-ce la le faîte, l'acmé insurpassable de la vie chrétienne ! “l'hésychia” !

Les saints Pères, les saints moines, et parmi les plus notables, disaient eux mêmes qu'il n'existait sans doute qu'un seul être par génération capable d'entrer dans cet espace insondable et indicible ! Ne tendaient-ils pas tous vers ce but, pourtant ?

Pour approcher, oh, de si loin, ce Mystère des Mystères, il faut se reporter au beau (mais long) texte de saint Isaac le Syrien, qu'il résume de lui-même ainsi : “Tout ce qui est prière cesse et l'âme prie en dehors de toute prière.”

Quant à l'argument de la prière christique, je suis vraiment fort navré de ne pouvoir en dire plus que l'Intéressé lui-même, étant fort loin, faut-il vraiment le préciser, de l'état décrit par l'admirable Isaac !

« En ce jour vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous;

car le Père lui-même vous aime, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. » (Jean, XVI, 26-27)

 

dimanche, 14 juin 2009

Technique-monde

"La Technique c'est ce qui fait que le lointain nous est devenu proche, plus proche que n'importe quelle proximité, et que le proche nous est devenu lointain, plus loin que tout éloignement."

Günther Anders