vendredi, 21 novembre 2014

Le manuscrit de l'ami

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"Le poète est infiniment solitaire, ce n'est pas une nécessité, c'est une vérité, joyeuse, bien que souffrante, comme l'est, par essence la Vérité..." Internelle ardence, p.72

 

Alain Santacreu au faîtes d'une amitié poétique, acratique et christique, m'a fait l'immense joie de lire le manuscrit du livre "Internelle Ardence". La joy de la lecture lui fera accepter de rédiger un brillant églogue. La joy de l'inspiration poétique le conduira également à donner forme de poème à ce beau texte. 

 

Bien avant la parution livresque du texte cet églogue poétisé trouva un havre accueillant par la bienveillance de Recours au poème... 

 

A ceux qui auraient le courage singulier de se procurer "Internelle Ardence" une lecture en miroir entre l'églogue in-primé et le poème électronique est fortement encouragée 

 

Le Manuscrit de l'Ami, par Alain Santacreu.

Viens Ô Bleu, viens...

"Etre homme c'est ne pas se contenter" (Pessoa)

Bleu, film, Marc Hurtado, Etant Donnés

Extrait de "Bleu" un film de Marc Hurtado

 

 

Etant donnés c'est, bien sûr, le nom d'une œuvre de Marcel Duchamp. Oeuvre ouvrant à une alchimie moderne de refonte sacrificielle de l'art, du regard... 

Etant Donnés c'est aussi et avant tout depuis 1977 et plus particulièrement 1979 et l'album La Vue (sur le label de Die Form) une entité spectaculaire foudroyante, un maelström de créativité poétique, centré sur le couple de frère Eric et Marc Hurtado. Musique expérimentale, poésie, performances physiques, images, vidéos, films. Les deux frères ont récemment (2012) réalisé un long métrage dont ils portaient le projet depuis longtemps : Jajouka, quelque chose de bon vient vers toi. Une magnifique impression cinématographique des très anciennes légendes shamaniques du Maroc et une troublante évocation poétique des musiques de transes des Maîtres musiciens de Jajouka.

 

Il n'y a pas d'autre dépassement en dehors de celui-là, la réalisation d'états supra-humains, dont l'art et la poésie offrent, dans des illuminations symboliques, la représentation des degrés, fixant en formules de lumières la rythme de l'ascèse, taillant des marches dans la glace vive des parois vertigineuses le long desquelles le pied est aile, l'aile de Mercure, le guide divin, père et inspirateur des poètes auquel il montre les mondes infinis de la création de l'esprit dans l'esprit.

G. De Giorgio (« Mercuriales viri » in L'Instant et l'Eternité, Archè, Milan, 1987, p .137)

Marc Hurtado, peinture, Duchamp, Etant donnés

Les 4 frappes sourdes, peinture de Marc Hurtado

Myriades de projets, expressions tous azimuts... Marc Hurtado dans cet entretien fait le point (poing)  sur l'essentiel, la poésie et l'amour comme raison ultime de l'art.

Des années (80) de pure avant-garde à la française avec les albums radicaux et ses films 8MM (Aurore, Bleu, Royaume)  aux crépitantes aventures avec l'ultime aîné punk Alan Vega (l'album Sniper), en passant par le ressouvenir socratique de la noirceur incandescente du poète Georg Trakl mise en son avec l'artiste extrémiste Michael Gira (Swans) il s'agit d'une remise à l'endroit des sous-bassements conséquents de « l'underground » artistique. Une ascèse expressive du sec et de l'humide, de l'humus et du mercure, du sel et du souffre. Un retournement ésotérique, mais sans secret, un dévoilement, un éclatement :

 

C'est l'heure où les yeux du voyant s'emplissent de l'ordre des étoiles. G.Trakl

 

Des incroyables ballets oniriques de Etant Donnés, à la fois chtoniens, végétaux et cosmiques, Marc Hurtado a gardé, au cœur de toutes ses activités (musique, écriture, peinture, vidéo, scène) la radicalité alchimique et stellaire.

 

Soleil Sauveur

Amoureux de Vénus

De tes 4 cornes de feu

D'une caresse sur la roche

Tu as percé mon Ame

Taureau tu as percé la lune

Dans un éclair brun

Dors Dors Mercure d' Or d' Or

 

(Marc Hurtado, Mercure)

 

Que la musique se fasse plus électro, moins concrète, plus urbaine et moins panthéiste, le cri provient toujours de l'antre la plus profonde de la psyché humaine. Transe et extase sont le point de mire. Basculant par dessus la ligne fixe du langage rationnel il s'agit de renouer avec la sagesse sauvage d'une humanité sans feu ni lieu. Le cœur prime. La beauté s'exprime et se mire dans l'exhalaison mercurielle de la chair porteuse indicible de l'esprit. La cible mouvante et émouvante, le cœur transfiguré par l'étonnement radical. Dans la moindre de ses inspirations, dans toutes ses aspirations le souffle stellaire de l'humain comme germe tourmenté de la créativité, comme semence galactique d'un acte créateur visant à une fusion amoureuse de tout en tous.

Un entretien avec Marc Hurtado

21:39 Écrit par Thierry dans Art / Non-art, Inactuels, Musique, Poétique, Unidivers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : etant donnés, marc hurtado, eric hurtado, unidivers, alan vega | |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 07 novembre 2014

Une oeuvre à l'oeuvre, infiniment...

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"C'est à la littérature - à la poésie - de proposer l'expérience par laquelle nous sommes unis à l'épreuve de l'absolument autre, cela qui échappe à l'unité"

Maurice Blanchot

mardi, 28 octobre 2014

Poètes en tête

Qu’il est bon d’avoir des amis poètes, de ces âmes singulières qui ne font pas tout pour être “originales” mais qui s’approchent des dansantes  flammes des logoï des choses et s’épurent chacune à leur façon.

 

images?q=tbn:ANd9GcR3F4RF0jgrlOEk0_85tcEspmHGbUWy-s0LFk4nzOfvOIRUW5xVJ’ai lu, je relis et relie ces deux recueil, comme en miroir, Le Corps du monde de Gwen Garnier-Duguy avec L'Ode à la fin du monde de Pascal Bacqué...

 

Le premier est chrétien, conscient de ce que le mot peut porter d'ambiguïtiés lorsqu'on est poète, le second s’est foncièrement translaté dans l’orthodoxie juive, par amour de la connaissance et de l’intelligence il a fait et fait encore ses “classes” talmudiques, totalement juif il n’en demeure pas moins totalement d’occident et amant de la poésie, d’une tradition musicale et vocale (psalmique autant que psalmodique) cordiale et transfigurante de l’hier et de l’aujourd’hui... Les deux ont dans le chant du verbe un lointain ancêtre, David.

 

Gâte feu

à Pascal Bacqué



Héritage de l’âge,

La chair en déshérence.

L’amer primate

Au tragique s’acclimate.

Sans jardin d’Eden

Il est à la peine.

Son cœur d’ébène

Au noir silence

Traine la patte.



C’est le triste présage

Du corps en partance.

Les gaz qui dilatent,

Les vents qui démâtent.

La fétide haleine

Du chœur de haine

Qui brise les carènes

Des dures pestilences

Du roi écarlate.



Ange du partage,

Viens en ma patience,

Rythme mes hâtes.

Ecarte Hécate

Et ses lourdes chaînes

Des nobles veines

Qui toutes entrainent

Le Feu de l’Alliance

Qui en moi se gâte.

 

Mais, comment parler de ces lignes de vie si vives, de cet entrelacs de signes qui vibrent et illuminent l’air autour du lecteur.

 9782825144039_1_75.jpgCar, oui... “il y a l’ordre alphabétique il y a la Refloraison du monde” (G. Garnier-Duguy) ce “qui doit être lu” et ce qui doit être dit ET maintenu silencieux. C’est la même eau, le même feu (ceux-là qui resteront quand le monde aura passé, comme disaient tes ancêtres, Gwen, ceux de Xavier Grall et les miens)... et pourtant pas les mêmes. 

Car il y a aussi la voix qui éructe. Parfois silencieusement, plus silencieusement encore que dans les murmures du “cours de la vie intérieure”...

Rumeur du monde... je lis en silence et pourtant j’entends le grondement crépitant de ma guitare qui voudrait mettre des sonorités de feu en terribles arabesques vibratoires à ces lignes de fracture. Là je pense, oui, que j’ai bien raison de paraphraser Kafka et d’affirmer “le poème est la hache qui brise la mer gelée en nous”, il est aussi ce chant qui s’élève au-dessus des vapeurs noires et acides qui recouvre le corps splendide mais ô combien mutilé du monde, le corps bafoué de la Création divine, le chant donc qui s’élève à la rencontre de son ange (ce miroir noétique disaient les saints Pères) afin que par réfraction la gangue mortifère des faux langages, des paroles fausses de ce monde soient fracturées, désossées, recomposées en cet or brillant et léger du Verbe unique et multiforme !

Ode à la fin de ce monde, Ode au corps du monde recouvré dans sa vérité singulière, légère, vibratoire, non solidifié et tétanisée, non raturée mais chantante et exultante... La douleur peut être encore présente, l’angoisse aussi, la colère... mais elles sont aussitôt retournées, rédimées (oui, rédimées), en vérité sanctifiées !

 

Poète, qu’as-tu en tête,

même plongé dans l’or-dure

dans l’insanité de l’obscur

la sanité,

dans la peine

la plaine santé du Verbe doré

fluctuant, toujours,

et changeant

 

dans l’harmonie de son Unité

dansant et chantant

 

(Rappelons ici ma lecture de l'étonnante Légende d'Hélias de Pascal Bacqué)

 

 

mardi, 14 octobre 2014

Concaténation culturelle : Ex-tension

Extension du domaine de l’enquête (inachevée)

http://thierryjolif.hautetfort.com/archive/2014/06/22/concatenation-culturelle-autour-de-david-wojnarowicz-5396271.html

« Quel démon ? Tout au plus un avorton de diable. » (N. Stavroguine dans Les Possédés)

 

 

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G.G. Alin est un autre phénomène artistique américain issu de la passion punk. Sans le punk-rock, G.G. enfant de la classe moyenne américaine, médiocre en tout, n’aurait sans doute été qu’un junkie clochardisé de plus. Le « punk » lui aura permis de transcender cet état, par le bas autant que par le haut.

Ce n'est pas la beauté qui sauvera le monde. Trop de "chef d'oeuvre" (travail en tête) étouffe la moiteur de ce monde. Le Christ n'était pas "beau" selon les critères "classiques". Ce fut un des renversements ... Le Messie ne fut pas de toute beauté et puissance. C'est un âne qu'il chevaucha... Le pouvoir impérial accusa Ses premeirs fidèles de toute sorte de maux infâmes qui sont la "marque" des "satanismes" officiels depuis des lustres (cannibalisme, inceste, sodomie...). Il faudrait, quand même, que les "purs" s'en souviennent... Et quoique parfaitement infondées, ces calomnies ne furent pas combattues par de vaillants et valeureux procès en diffamation mais par l'acceptation "outrageantes" du martyr !! La vérité, qui sauve le monde, est laide et difforme (bouffonne) !! Ou, à tout le moins, elle n'a, en fait,  que faire (fair) du "beau" ... 

"Je vous supplie de le comprendre, tout ce qui vous vient de moi n'est pour vous que mensonge, parce que je suis la vérité." Maurice Blanchot, incipit à Le Très -Haut

 

Le « punk » est celui qui « fait l’idiot », qui fait le « contre-fait ». Dans Le Schpountz de Pagnol, l’oncle se gargarise de son « bon mot » blessant à l’endroit de son neveu Irénée : « ce n’est pas seulement que tu sois bon à rien, tu es mauvais à tout ». Se pourrait être une devise punk. Et, disons le tout net, dans l’art qui l’a « sauvé » pendant un temps, dans l’art qu’il pratiquait et vénérait, G.G. Alin aussi était « mauvais »…

 

 

gg alin, costes, wojnarowicz, art, non-art, punkDans le documentaire qui lui est consacré l’un de ses anciens professeurs le compare à un glouton (wolverine), il aura ainsi incarné, sans fioriture ni alibi, non même sans une certaine in-nocence l’aspect essentiel, dévorateur, engloutissant du nihiliste moderne. Contrairement à un Jean-Louis Costes il n’y avait chez G.G. Alin aucune distance envisageable, aucune possibilité de discours positif. L’art de la provocation était « animal ».

Paradoxalement, l’américain bien plus que le français, était dans une disposition primitivement religieuse. Dénué de tous référents culturels il sacralisait le « rock », ce phénomène qui était à la fois sa libération et ses chaînes. En ceci, et malgré tout, c’est bien à travers le scandale même, à la perpétuation de la civilisation dans sa réalité cultuelle et culturelle qu’il participait. Par-delà l’illusoire de la provocation Alin réintégrait la dimension sacrificielle du bouc émissaire s’offrant lui-même en pâture, non seulement à son public qui l’adulait mais également, et plus encore, à tous ceux qui le conspuait. Encore faut-il voir dans les deux attitudes un même mouvement fondamental, G.G Alin était ce que les autres ne pouvaient être.

...

 



 

23:15 Écrit par Thierry dans Art / Non-art, En état de poésie, Inactuels, Poétique, Poïémique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : punk, gg alin, art, non, wojnarowicz, coste | |  Facebook | |  Imprimer | |