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25.03.2008

Sur le néo-chiliasme

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Sur le néo-chiliasme.

Thierry JOLIF

 

 

Sur le néo-chiliasme.

Thierry JOLIF

 

Nous nous appuyons sur le roc inébranlable des commandements du Seigneur. Et nous établissons notre défense à l'abri des traditions.

Saint Nil de la Sora.

 

L'Archevêque Averky, de bienheureuse mémoire, avait raison d'affrimer que, plus que tout autre temps, le temps du Grand Carême, est un temps de lutte et de combat spirituel. Il avait également raison d'opposer à cette vérité essentielle de la voie christique, la forme dévoyée qui ce faisait jour à l'heure où il écrivait et prononçait ces paroles empruntes de sagesse patristique. Nul doute qu'aujourd'ui encore, peut-être même plus encore, il s'en trouvera pour stigmatiser ce discours, couvrant la vérité qu'il pointe sous les noms de « radicalisme, fondamentalisme, conservatisme » ou mieux encore « d'obscurantisme », comme le rappelait à juste titre dans son texte l'Archevêque Averky, ceux qui souhaitent s'en tenir à la vérité « connaitront des tribulations ».

 

La personne qui, en vue de sa plus large publication, traduisit ce sermon du russe, pourrait apporter un éclairage singulier à l'analyse développée par Vladyka Averky. En effet, le Père Seraphim Rose alors qu'il était encore, pour le monde, Eugène Rose fut un brillant étudiant. Brillant certes mais néanmoins, comme beaucoup de ses contemporains et co-disciples, profondément angoissé par les soubresauts du monde et cherchant avidemment, quoique obscurément, une réponse spirituelle absente de leur environnement. Le Père Seraphim fut un spécialiste affirmé de la langue et de la philosophie chinoise antique, après de violentes crises d'un nihilisme existentiel aigu, il rencontra les écrits de René Guénon et de « l'école » dites « pérennialiste ». Il y fit son miel essentiellement des constats d'échec du monde moderne et des raisons tant spirituelles que métaphysiques de ces échecs. Progressivement pourtant, une autre lumière ce fit jour et ostensiblement l'orienta vers la Sainte Eglise Orthodoxe, en l'occurence, puisque vivant aux Etats-Unis vers l'Eglise orthodoxe russe hors-frontière. Sa conversion, d'abord basée sur des critères intellectuels, fut finalement telle qu'il se consacra entièremment à l'Eglise, d'abord en ouvrant une librairie orthodoxe ainsi qu'une imprimerie (avec la bénédiction paternelle de l'Archevêque Jean Maximovitch, saint Jean de Shangai et San Fransisco) dédiée aux écrits spirituels de l'Eglise, ensuite en poursuivant cette oeuvre missionaire particulière au sein d'un « désert » en fondant la Fraternité Saint Herman.

La foi du Père Serpahim fut, à ses débuts, aussi ardente que son nihilisme des années antérieures, comme beaucoup de convertis il en vint à se vouloir plus « orthodoxe que les orthodoxes », plus « russe que les russes », il faudra les épreuves, les oppositions, les conflits et une vie de prière pour ramener le « zélote » à une plus juste considération de ce qu'il nommera lui-même « l'orthodoxie du coeur ». Il sut alors concilier une rigueur doctrinale, éclairée par une connaissance profonde des Pères et une intelligence aigue des réalités spirituelles, à une chaleureuse affection. Un équilibre qui le fit respecté de tous ceux qui croisèrent sa route. Il mit, dès lors, toute sa force, toute sa capacité de travail dans un labeur acharné, luttant pour affirmer la droiture et la justesse de la foi orthodoxe, pour l'ouvrir à des « cherchants » de plus en plus nombreux tout en en défendant la complète et stricte intégrité.

De par son parcours personnel, de par la crise philosophique et spirituelle terrible qu'il avait vécu, le Père Seraphim fut, tout au long de son existence terrestre, très attentif au problèmes des illusions spirituelles. Bien qu'ayant infusé beaucoup de compréhension et de chaleur dans son « zèle », certains reprocheront encore au Père Séraphim des positions que beaucoup de modernistes ne peuvent, évidemment, que reprocher à l'Eglise et à ses moines, néanmoins, le souci majeur du Père Séraphim, bon connaisseur des spiritualités orientales, qui avait eu l'occasion dans ses années d'études d'analyser au plus près les phénomènes modernes des « secondes religiosités », fut toujours de préserver la doctrine spirituelle orthodoxe de tout mélange mortifère, considérant que celle-là se suffisait parfaitement à elle-même et va même bien au-delà de ce que beaucoup de « cherchants » prétendent trouver dans telles ou telles philosophies « antiques ». Mais aussi de prévenir ces « cherchants » des risques réels et sérieux qu'ils allaient inévitablement rencontrer, fusse dans leur désir de se mettre à « l'école » de la foi orthodoxe vécue intensément.

A propos du "néo-chiliasme"

 

 

A propos du néo-chiliasme,

Archevêque Averky

(Sermon publié en annexe au livre Apocalypse, par Archevêque Averky et le Père Seraphim Rose; Saint Herman Press, traduction de l'anglais par Thierry Jolif)

 

Le Grand Carême est une saison de repentance; et la repentance est ce combat que nous devons soutenir contre les passions peccamineuses et les désirs, ce combat qui est si difficile pour l'homme que le Seigneur, le juge de la lutte Lui-même, la compara au port d'une croix.

Nous sommes vivement rappelés à cela au beau milieu du Grand Carême, lors du dimanche de l'Adoration de la Croix. Tout comme le Seigneur porta la Croix pour notre, ainsi, chacun de nous doit « porter sa croix » afin d'atteindre le salut préparé, pour nous, par le Seigneur.

Sans la Croix, sans le combat, il ne peut y avoir de salut ! Voilà ce qu'enseigne le vrai Christianisme. L'enseignement sur le port de la croix, sur le combat, court, tel un fil rouge, à travers toutes les écritures sacrées, toute l'histoire de l'Eglise; et les vies des saints qui plaisaient à Dieu, ces athlètes spirituels de la piété chrétienne en porte clairement le témoignage. Le Grand Carême est, «  tout simplement, un exercice annuellement répété du port de la croix dans la vie de chacun, un exercice de combat spirituel inséparablement lié à la vie entière du vrai Chrétien.

 

Mais aujourd'hui, dans le vingtième siècle de l'ère chrétienne, des « hommes sages » sont apparus, des « néo-chrétiens » comme certains d'entre eux se présentent eux-mêmes; et eux, ils ne veulent pas entendre parler de cela. Ils prêchent une nouvelle sorte de néo-christianisme

sentimental, à l'eau de rose, vidé de toute notion de travail, de combat; un amour pseudo-chrétien imaginaire et la jouissance sans entraves de tous les délices de cette vie mondaine transitoire. Ils ignorent totalement les innombrables passages des Saintes Ecritures qui, éloquemment et avec force, évoquent les combats spirituels, l'imitation du Christ Sauveur par la crucifixion de chacun, les nombreuses peines qui attendent le chrétien dans cette vie, notamment ignorent-ils les paroles que le Christ Sauveur Lui-même adresse à ces disciples lors de la Cène Mystique : « Dans le monde vous aurez des tribulations» (Jean 16 : 53). Et ceci-même en raison de ce que, comme le Seigneur l'expliqua Lui-même, les vrais chrétiens ne sont pas « de ce monde » (Jean 15:19), depuis que « le monde entier gît sous la puissance du malin» (Ijean 5:19). C'est pour cela que les chrétiens ne doivent pas aimer ce monde et « les choses qui sont dans le monde » (I Jean 2:15), « que l'amour du monde est inimitié contre Dieu » (Jacques 4:4).

 

Ainsi, ces « sages » modernes, manquent de voir que le Verbe de Dieu ne promets nulle part aux chrétiens une pleine satisfaction spirituelle et une bénédiction paradisiaque durant cette vie mondaine mais, bien au contraire, insiste-t-Il que cette vie s'éloignera de plus en plus de la Loi de Dieu, en conséquence de quoi les hommes tomberont de plus en plus bas, que « tous ceux qui vivront saintement en Christ Jésus souffriront des persécutions. Mais les hommes méchants et imposteurs avanceront toujours plus dans le mal, égarant les autres et s'égarant eux-mêmes » (I Timothée 3:12-13), et que finalement « la terre avec les oeuvres qu'elle renferme sera consumée » (II Pierre 3:10); mais alors « apparaîtront de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans laquelle la justice aura sa demeure » (II Pierre 3:13), une merveilleuse Jérusalem nouvelle descendra « du ciel d'auprès de Dieu » (Apocalypse 21:12), celle qui fut vue par Jean durant la révélation qui lui fut accordée.

 

Mais, tout ceci n'est pas du goût des « néo-chrétiens » ! Ils veulent la félicité ici, dans ce monde, ce monde chargé du poids de sa multitude de péchés et d'iniquités; et ils attendent cette bénédiction avec impatience. Ils considèrent que l'un des plus sûr moyen de l'atteindre se trouve dans le « mouvement oecuménique », l'union et l'unification de tous les peuples dans une seule nouvelle « église » qui comprendrait non seulement les catholiques romains et les protestants mais également les Juifs, les Musulmans et les païens, chacun conservant ses convictions propres et ses erreurs. Cet amour « chrétien » imaginaire, au nom du bonheur sur la terre ne peut que piétiner la Vérité. La destruction de cette terre avec tout ce qu'elle porte, bien que clairement annoncée par le Verbe de Dieu, est considérée par eux comme une chose indescriptiblement horrible, comme si cela était inconciliable avec l'Omnipotence de Dieu et, apparemment tout à fait indésirable. Ils acceptent, à contre-coeur, la destruction du monde (car, comment ne pas accepter ce qui est prophètisé par le Verbe de Dieu ?) mais à la condition que celle-ci advienne dans un lointain, très lointain et brumeux futur; non dans des centaines mais dans des milliers d'années.

 

Qu'elle est la raison de cela ? Nous pourrions répondre à cause de la faiblesse de foi, ou de l'absence totale de foi en la resurection des morts et la vie du siècle à venir ». Selon eux, tout se trouve dans cette vie modaine, et lorsqu'elle s'achève, alors, pour eux, tout s'achève également.

 

Sous certains aspects (spécialement dans l'attente d'une vie bénie en ce monde), un tel état d'esprit se rapproche étroitement de l'hérésie, fort répandue durant les premiers siècles de la chrétienté, connue sous le nom de : chiliasme. Il s'agit de l'attente d'un règne de cent ans du Christ sur la terre; ainsi, la manifestation moderne de cette hérésie pourrait être appelée : « néo-chiliasme ».

Il nous faut être attentif et garder à l'esprit que le chiliasme fut condamné par le second concile oecuménique en l'an 381; aussi, croire en lui aujourd'hui, au vingtième siècle, même en partie, est tout à fait impardonnable.

 

Par conséquent, ce « néo-chiliasme » contemporain est, de loin, bien plus mauvais encore que l'ancienne hérésie, car à sa source se tient, indubitablement, une incroyance dans « la vie du siècle à venir » ... ainsi que le désir passionné d'atteindre la bénédiction ici sur la terre en usant de tous les développements et de toutes les réalisations du progrès matériel de notre temps. Ce faux enseignement entraîne de nombreux ravages, endormant la vigilance spirituelle des fidèles, leur suggérant que la fin du monde est fort loin de nous (si jamais elle doit advenir) et qu'ainsi il n'est nul besoin de « veillez et prier », ce à quoi, pourtant, le Christ Sauveur apelle constamment ceux qui le suivent (Matthieu 26:41); inutile donc, puisque tout dans le monde devient graduellement meilleur tant spirituellement que matériellement. Et les terribles phénomènes que nous observons dans les temps présents sont tous « temporaires », tout cela c'est déjà produit et finalement tout cela cessera et sera remplacé par une chrétienté extraordianirement florissante dans laquelle, bien entendu, les oecuménistes occuperont les places principales et les plus honorables.

Ainsi tout est bien ! Il n'est pas nécessaire de travailler sur soi-même, et aucun combat spirituel n'est requis, les jeûnes peuvent être abolis. Tout ira mieux par lui-même jusqu'à ce que, finalement, le Royaume de Dieu soit établi sur la terre dans la béatitude et la satisfaction mondaine universelle.

 

Frères ! Où trouver la source fondamentale de ce faux enseignement aguichant, n'est-ce pas clair ? Qui suggère toutes ces pensées aux chrétiens contemporains dans le but d'engloutir l'ensemble de la chrétienté ? Comme d'une plaie infectieuse, comme du feu devons-nous craindre ce « néo-chiliasme » si profondément contraire à l'enseignement du Verbe de Dieu, à l'enseignement des Saints Pères et à tous les enseignements séculaires de notre Sainte Eglise par laquelle des milliers et des milliers de justes ont été sauvés.

 

Sans combat spirituel il n'y a pas et il ne peut y avoir de vraie Chrétienté. En aucune manière notre voie ne se confond avec l'un quelconque des mouvements modernes, ni avec les oecuménistes ni avec les « néo-chiliastes ». Notre foi est la foi des saints ascètes, « la foi apostolique, la foi des Pères, la foi Orthodoxe qui à affermit le monde entier ». A cette foi et seulement à cette foi nous adhérons en ces jours mauvais dans lesquels nous vivons désormais. Amen !

16.03.2008

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700541279.JPGAux mots il faut un plan ... il y a construction et contre-construction, un plan recouvre un autre plan !

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